Doll is Mine

Doll is Mine
  • Théâtre de Nesle
  • 8, rue de Nesle
  • 75006 Paris
  • Odéon (l.4, l.10)
Itinéraire
Billets de 11,00 à 30,00
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Une plongée dans le Tokyo nocturne aux côtés d'une jeune femme qui travaille dans une étrange Maison de sommeil et d'une chanteuse jazzy.

Une jeune femme, Shiori, mène à Tokyo une existence dangereuse travaillant dans une "Maison du sommeil" où des hommes insomniaques échouent traînant leur fardeau d'obsessions, de fantasmes, de douleur.

Elle a tout perdu, n'a plus de père, plus de chez-soi, plus de repères. Pourtant, dans la noirceur de l'hiver tokyoïte, elle demeure un reflet de lumière aux portes de la nuit... jusqu'à la veille de Noël.

Soutenu par une partition musicale suspendue entre Orient et Occident, le récit de Shiori dessine en creux les contours désespérants de la crise que traversent les hommes, tous les hommes, aujourd'hui. 

  

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Toutes les critiques
7 déc. 2017
9/10
3 0
J’ai été invitée à assister à une représentation probablement spéciale de Doll is mine car il y avait ce soir-là beaucoup de japonais dans la salle, ce qui sans doute a contribué à la qualité d’attention du public.

Le Théâtre de Nesle est déjà en soi un lieu particulier, avec son hall chargé d’histoire, hanté par des statues africaines et une lithographie de Miro. La voute de pierres de la salle est un décor en soi.

Une lumière bleutée inondait la scène, recouverte d’un tapis de pétales de roses blanches. Un bouquet de chrysanthèmes apportait une touche de couleur vive, de même qu’un alignement de flacons de vernis à ongles que je n’ai pas perçu immédiatement.

J’avais le sentiment d’avoir été conviée à une cérémonie du thé. Nous venions de subir le passage à l’heure d’hiver et nous nous accrochions entre veille et sommeil. Le sujet de la pièce semblait avoir été pensé sur mesure. D'ailleurs mes jeunes voisins (ils n'étaient pas trentenaires) se sont endormis au cours de la soirée. Moi pas. J'ai au contraire eu le sentiment de vivre à 200% ce spectacle élégant, exotique et superbement interprété, parfois à la limite de la chorégraphie.

Shiori est une jeune femme candide qui travaille dans une Maison de sommeil, comme il en existe dans le Tokyo nocturne contemporain. Drôle de métier consistant à veiller sur l'endormissement des autres sans avoir le moins du monde le droit de céder aux appels de Morphée. La jeune femme est interprétée brillamment par la comédienne franco-japonaise Azuki Hagino qui assure tous les rôles en modifiant sa voix et sa posture avec un naturel confondant, témoignant de sa maitrise du No comme du Butō.

La traduction que Arturo Armone Caruso a faite du texte de Katia Ippaso a été lauréate de l'aide à la création du Centre National du Théâtre en mai 2014. L'auteure a voulu pointer les troubles du sommeil, liés au stress auquel le travail, la culture de la réussite à tout prix, la solitude des nouveaux modes de travail exposent les japonais, en particulier les hommes. Mais la maison de sommeil dont il est question ici est plus un lieu de l'imaginaire qu'une copie du réel. Elle se situe davantage dans le rêve et le fantasme que dans le monde concret.

Arturo a construit la mise en scène en se souvenant que chez Kawabata (prix Nobel de littérature, qui a écrit Les belles endormies), des hommes âgés ayant perdu leur virilité venaient dans les maisons de sommeil pour admirer des jeunes filles vierges, endormies. Les maisons au Japon où l'on va dormir et chercher un réconfort, pas forcément sexuel..., existent vraiment. Il y a des similitudes entre ces "cafés sieste" et l'établissement de Doll is mine. Mais les règles fixées dans la pièce sont imaginaires. L'intérêt du Japon réside dans sa capacité à trouver pour ces manifestations de malaise, une formulation précise et de proposer des solutions plus ou moins pratiques... Ainsi la maison dont on parle dans la pièce est bel et bien plausible.

L'action démarre un 1er décembre. Les soirées vont s'enchainer, annoncées systématiquement en lettres noires sur le mur de pierres. Certains passages sont par le même procédé, traduits en japonais, ou en français, et c'est une très bonne idée parce que même si les chansons s'écoutent avec grand plaisir il est important d'en saisir le sens.

C'est en effet un spectacle qui est autant visuel que musical. Maria Fausta Rizzo en a créé la musique qu'elle joue et chante en direct, sans être sur la scène, mais en se situant cependant tout près. Ce parti-pris de mise en scène adopté par Arturo Armone Caruso laisse toute la place à la comédienne sans nuire à l'interprète car cette chanteuse-violoniste-pianiste-compositrice a une très forte présence, et une voix enveloppante, aux limites du rock.

Elle est une sorte de trait d'union entre la salle et ses spectateurs, avec la scène et l'actrice. Elle accompagne la dérive de Shiori qui peut-être ne tiendra pas jusqu'à la fin du mois. Doll is mine, le titre de la pièce, reprend celui d’une chanson du groupe de rock italien Blonde Redhead, que l'on entendra au cours du spectacle et que le metteur en scène a eu la bonne idée de traduire afin qu'on n'en perde pas une bribe. De même qu'un poème de Cesare Pavese. (J'ai regretté que la berceuse japonaise Tanako ne le soit pas).

La clientèle d'une maison de sommeil, comme on peut aisément l'imaginer, n'est pas banale. Les hommes sont plus ou moins insomniaques et passent la porte sans abandonner leurs fantasmes, pulsions et angoisses, quelque soit leur âge. Les adolescents ne sont pas plus rassurant que le vieillard cauchemardeux. Et rien ne ressemble plus au sommeil que la mort.

La musique est parfois hypnotique. Le duo fonctionne à la perfection avec la comédienne jusqu'à la fin, caractéristique de l'esprit japonais puisqu'il sera question de pardon.

On espère que la pièce sera prolongée ou reprise dans un autre théâtre. L'association de trois personnalités dont l'enfance s'est déroulée au pied d'un volcan (le Fuji Yama, l'Etna et le Vésuve) lui garantisse le potentiel pour durer. Arturo, Katia et Maria se sont rencontrés à Paris. Ils sont opposés (ce qui s'illustre sur scène où l'une est en couleur, l'autre en noir et blanc) mais leur entente est sans faille. C'est une belle rencontre.

Elle se prolonge d'une certaine manière avec le concert exceptionnel que Maria Fausta Rizzo donnera à l'occasion de la sortie de son nouvel album solo, le dimanche 10 Décembre 2017, toujours au Théâtre de Nesle, avec le célèbre violoniste Didier Lockwood.

Pour ma part je reverrai sans doute Arturo à une autre occasion car il est aussi fin gourmet et ... excellent cuisinier. Ses spécialités siciliennes ont été une révélation. Comme quoi le culinaire peut fort bien se conjuguer avec le culturel. On le savait depuis longtemps.
11 nov. 2017
7,5/10
14 0
Shiori est une jeune fille sans famille. Shiori travaille dans une maison de sommeil. Shiori veille sur le sommeil de ses clients, ne se déshabille pas, ne dors pas, ne se drogue pas, on ne la touche pas, c’est la règle définie par la maîtresse de la maison. Les jours de décembre défilent, il neige, Noël sera à l’horizon. Avec les nuits de décembre défilent les hommes, et leurs âmes sombres. Un vieux, qui a besoin d’aide pour en finir avec la vie. Un entrepreneur qui a échoué et dont les rêves expriment la violence qu’il masque la journée. Deux lycéens qui explorent les limites de leur sexualité. Un fan d’un homme célèbre. Andrew, américain et japonais, qui vit entre deux mondes, celui de la veille, celui du sommeil. Andrew, qu’elle va aimer, qui va l’ignorer.

Shiori travaille dans une maison de sommeil, elle n’a pas d’horizon, une seule amie.

Je me suis assis en me demandant si ce métier existe vraiment, et si il existe, qui peut ressentir le besoin d’y faire appel.

Sur scène, un lit, un espace avec des pétales, quelques pots de vernis à ongle, un banc fait d’un morceau de bois qui a vécu.

Doll is mine est un spectacle multiforme. Azuki est Shiori, son jeu est lent, intense, tout en tension. Elle joue, elle danse, elle exprime, elle chante. D’un remodelage de son visage (et pourtant je ne suis pas très fort à distinguer les émotions des visages asiatiques), elle est Shiori, son amie, la tenancière, chacun des clients. Elle contrôle, module sa voix, son regard, son corps. A cour, derrière son piano, son violon, son micro, Maria Fausta Rizzo apporte des respirations musicales, la chaleur bienvenue de sa voix aux teintes de soul. La mise en scène d’Arturo Armone Caruso (compagnie Ressources Humaines) est un écrin qui sert le texte de Katia Ippaso.

La salle s’est assise, la scène s’est éclairée, la musique a commencé. Je me demandais un peu à quoi j’allais assister. Azuki est entrée, lentement, a commencé à parler. J’ai commencé à écouter, toujours curieux.

J’étais super attentif, mon cerveau en alerte… et je me suis rendu compte que je serrais les poings, que mes ongles s’enfonçaient dans la paume de mes mains. J’ai cessé d’écouter, de regarder, j’ai continué à entendre, à voir, je me suis laissé pénétrer par la tension de la pièce, elle m’a envahie. Au milieu de la salle pleine et silencieuse, je ressentais la solitude, celle des clients de Shiori, contagieuse elle emplissait Shiori, contagieuse elle m’emplissait. J’ai ressenti la circulation de mon sang ralentir, le froid envahir mes bras. A la fin de la pièce, mon corps s’est rétracté, contracté, avec celui d’Azuki. A la fin de la pièce, je ressentais pourquoi on peut avoir besoin d’aller dormir dans une telle maison, quand on est face à un destin inconnu, dans ces moments où on est seul, face à un soi même qu’on ne sait accepter seul.

Après la pièce, j’ai eu besoin d’une pinte de stout dans un pub encombré et bruyant pour faire doucement le voyage de retour.

La salle était presque comble, je pouvais toucher son silence. Elle a apprécié, salué les artistes de très longs applaudissements, mérités.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor