L’art du théâtre, De Mes Propres Mains

L’art du théâtre, De Mes Propres Mains
De Pascal Rambert
Mis en scène par Pascal Rambert
  • Théâtre du Rond-Point
  • 2bis, Avenue Franklin D. Roosevelt
  • 75008 Paris
  • Franklin D. Roosevelt (l.1, l.9)
Itinéraire
Billets de 12,00 à 33,00
À l'affiche du :
6 février 2019 au 3 mars 2019
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l m m j v s d
    • HORAIRES
    • 15:30
    • 20:30
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Ma puissance d’acteur va te carboniser sur place.
D’abord, l’acteur se lance dans une exploration féroce des métiers du théâtre. Il parle à son chien. Puis il donne sa voix à un homme au bord du gouffre, hâte d’en finir avec l’existence. Deux monologues opposés, complémentaires, forces de vie et de mort.

Deux monologues, deux feux. D’abord, il parle à son chien. L’animal, sur le plateau, écoute. Il veut le carboniser, par sa voix, sa parole, sa puissance d’artiste. « Je peux faire sortir de la fumée de tes oreilles de cocker. » Il est acteur, il enflamme. Il raconte ce qu’il sait des acteurs, roublards ou artistes. Il épingle les discours vains des mauvais directeurs d’acteurs comme les silences des vrais créateurs. Ici comédien solitaire, Arthur Nauzyciel prend en charge une exploration féroce des métiers du théâtre. Parole drôle, vive, méchante et crue. À la suite : De mes propres mainsdonne la voix à un homme au bord du gouffre. Il parle vite, pressé, hâte d’en finir avec l’existence, de trouver l’endroit précis où « armer le revolver et tirer dans la bouche ». Enragé, il brûle, saisi par un excès d’appétit de la vie.
Metteur en scène de La Mouette de Tchekhov ou de Jan Karski d’après Haenel, Arthur Nauzyciel présentait Ordet au Rond-Point en 2009. C’est aussi le directeur du Théâtre National de Bretagne qui embrasse ici les arts de la scène. Pascal Rambert a reçu en 2016 le prix du Théâtre de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre. On lui doit Clôture de l’amour, vu au Rond-Point en 2014, succès mondial traduit en plus de 24 langues. Auteur, réalisateur, metteur en scène et chorégraphe, il dirige Arthur Nauzyciel dans deux monologues opposés, complémentaires, forces de vie et de mort. 
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31 janv. 2016
9/10
54 0
Arthur Nauzyciel est déjà sur scène, immobile, en situation d’attente lorsque le public arrive et s’installe dans la petite salle du plateau 3 du T2G.

Très vite, toutes les conditions sont réunies pour un théâtre de l’intime, de l’introspection. L’homme s’est égaré, perdu, il court à sa chute : « nous sommes des hommes sauvés parce que nous savons que vivre, c’est se lever, marcher, manger, travailler et dormir et puis recommencer tout simplement [...] nous avons construit notre vie sur l’amour [...] dans tout cela je ne me reconnais pas. ». Il s’est détaché de tout ce qui l’entourait et faisait de sa vie une existence somme toute normale : son ami Hans, son grand amour M. mais aussi ses voisins ou la crémière. La grande importance accordée à la gestuelle de ses mains exprime la rage qu’il a en lui mais aussi la folie et cette immense solitude qui ne peut le conduire qu’à la mort : « tue-toi, abrège-toi, ose le crime fou d’oser te supprimer ».

La voix puissante d’Arthur Nauzyciel résonne sur le plateau sur lequel il s’impose, habite chaque centimètre carré par le texte, les mots incisifs de Rambert. Parfois la violence de son propos dérange au cœur de cette introspection d’un homme qui n’est déjà plus et qui pourtant semble enraciné, retenu par l’ici et le maintenant, dans le sol d’un plateau nu, dépouillé de tout artifice pouvant troubler la profondeur des mots, vierge et disponible pour pouvoir y accueillir la prose complexe mais passionnante que Pascal Rambert a placé dans la bouche de son ami Arthur Nauzyciel pour une hallucinante performance.

Ici, pas de décor ni de costume. Juste le poids de la parole et son sens, le tout livré brut, sans ménagement, avec pour seul écrin le corps de l’acteur. Cette enveloppe corporelle qui ne vacillera pas face à la condition humaine et à sa chute. A peine un léger affaissement d’épaules ou un dos courbé mais l’homme est là, figé dans un corps qui entre en contraste avec l’énergie verbale proliférante. Par la suite, quelques infimes déplacements, très minimalistes, témoins de sa situation immuable, de sa servitude morale. L’immobilisme du corps est impressionnant dans ce seul-en-scène où le monologue révèle à la fois la force et la fragilité de l’Homme. L’interprétation est intense, le débit est rapide. L’homme parle aussi vite qu’il pense. Un flot de paroles s’échappe, comme une urgence de tout déballer.

Seuls quelques moments de silence, tels une accalmie, ponctuent la prestation de cet homme « incarcéré à vie » qui se dévalorise, se compare à un chien.
De mes propres mains réunit toutes les caractéristiques de l’écriture rambertienne, un uppercut verbal dont l’intensité est poussée à son paroxisme. Le texte semble écrit pour Arthur Nauzyciel tant il l’habite, l’incarne, le redonne à entendre avec conviction et sincérité. C’est bouleversant. Le texte est reçu comme une salve de tirs où les balles cribleraient notre esprit. Et puisqu’il « faut souvent plonger pour connaître son identité », nous nous abandonnons complètement. Le génie de Pascal Rambert a encore atteint sa cible et nous attendons avec impatience de découvrir le texte Une vie qu’il a écrit pour les comédiens de la Comédie-Française et Mourir pour l’immense et talentueuse actrice Isabelle Huppert.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor