Dans la solitude des champs de coton

Dans la solitude des champs de coton
De Bernard-Marie Koltès
  • Maison de la Culture - MAC Créteil
  • 1 Place Salvador Allende
  • 94000 Créteil
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En investissant la poétique et la langue de Bernard-Marie Koltès de « Dans la solitude des champs de coton », à contre-courant de la mécanique de destruction qui semble devenue si incontrôlable, Kristian Frédric a choisi en évoquant la brutalité du monde de renouer avec l’espoir. Chantre de l’âme, Koltès interroge la quête des hommes, ce  voyage existentiel qui nous fait interroger le sens de notre vie et de nos désirs. « Plus j’essaie de répondre à vos questions, plus je me rends compte que ce sont des interrogations et non des affirmations qui me viennent »(*)

En fixant son action dans un univers de fiction très singulier, entre contemporanéité et intemporalité, le metteur en scène a fait appel à l’artiste dessinateur Enki Bilal pour créer le décor et les costumes.  Dans le sillage de la pièce de Koltès, au cœur d’un espace distopyque, en forme d’opéra sonore, Kristian Frédric entend déchiffrer et transcrire simplement « un désir, une émotion, un lieu, de la lumière et des bruits, n’importe quoi qui soit un bout de notre monde et qui appartienne à tous. »(*)

 

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Bousculer et transgresser, le metteur en scène interroge essentiellement la place de notre humanité en se confrontant toujours à d’autres univers artistiques pour dégommer toutes les frontières imaginaires et créer une ode à la vie en dépit du  chaos.

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6 avr. 2023
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« Dans la solitude des champs de coton » de Bernard-Marie Koltès mise en scène par Kristian Frédric de la Compagnie Lézards qui bougent, dans le cadre de la programmation de la Scène nationale du Sud-Aquitain, sur la scène du théâtre Michel Portal à Bayonne, est un voyage au-delà des mots, de la musique qu’ils génèrent, de la passion, de la souffrance, du désir de la vie dans une solitude de l’âme au carrefour de son rêve.

Les mots, la langue de Bernard-Marie Koltès vous saisissent, vous stupéfient, dès leur première apparition sur scène. Il nous transporte dans un univers métaphysique des plus troublants : soit on décroche, soit on est happé par ce texte, d’une poésie violente, qui vous tient en haleine jusqu’à sa dernière parole.

Sur son rocher une vision de Moïse détenteur de ses tables commerciales : Ivan Morane, dans le rôle du dealer, prêche sa parole pour le mécréant, le client, interprété par Xavier Gallais.
Deux hommes que tout oppose mais qui ont pour point commun le désir (mais pas dans la même orientation) se lancent dans une joute verbale composée de longs monologues pour se répondre dans un dialogue à la rupture de ces regards qui se cherchent, de ces corps en mal d’amour : mais quel amour ?
Le désir voluptueux de celui qui achète et de celui qui vend selon sa doctrine en perte de vitesse, qui n’est pas là pour donner du plaisir. Une loi du marché, du deal, qui part en poussières.

Ce mot « désir » qui ne cesse de nous chatouiller les oreilles tout au long de leur rencontre, pour mieux insidieusement nous pénétrer au plus profond de notre inconscient, sans jamais savoir, pouvoir, le matérialiser, dans un rapport de force à l’équilibre instable.

Comment l’interpréter ? Comment se l’approprier pour ne pas tomber dans son excès, dans son impuissance, dans une jouissance vertébrale ?
Deux êtres de lumière dans cette noirceur de la vie, de la nuit, navigant en milieu hostile d’un point A vers un point B, qui d’uppercut en uppercut s’apprivoisent, à la recherche du pardon dans la souffrance, au milieu de ces soupirs qui rythment le temps qui passe inexorablement.

Kristian Frédric dans sa mise en scène époustouflante d’ingéniosité, avec la complicité d’Enki Bilal qui a créé une scénographie au graphisme minéral dans un percutant clair-obscur soulignant la dramaturgie de l’action en prolongement de ses costumes, bouleverse les codes de la lecture de cette pièce. Yannick Anché à la lumière et Hervé Rigaud à la musique appuyée par ses sons métalliques, ses cris d’écorchés vifs, accentuent cette vision surnaturelle de cet univers pointé par la voix de Tchéky Karyo.

Un texte, un jeu, sublimés par cette introduction dans la narration de la langue araméenne parfaitement retranscrite dans le phrasé captivant, d’une netteté orgasmique d’Ivan Morane.

Ivan Morane à la présence magnétique campe un dealer maîtrisant son corps, sa parole, en face d’un client, emprisonné dans un rail avec sa chaussure qui ne peut suivre, dans un bruit métallique, que le parcours du point A vers le point B. Un client joué tout en nuances dans des mouvements elliptiques frisant le bord du précipice par Xavier Gallais.
Un duo qui fonctionne à merveille dans leurs jeux de lumières de leurs yeux qui transcendent, bouleversent, leurs échanges de désirs.
Ils sont tout simplement, naturellement, le dealer et le client au service de la pureté d’un texte puissant.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor