Comparution immédiate, une justice sociale ?

Comparution immédiate, une justice sociale ?
De Dominique Simonnot
Mis en scène par Michel Didym
Avec Bruno Ricci
  • Bruno Ricci
  • Théâtre du Rond-Point
  • 2bis, Avenue Franklin D. Roosevelt
  • 75008 Paris
  • Franklin D. Roosevelt (l.1, l.9)
Itinéraire
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Justice en France, une loterie nationale.

La journaliste Dominique Simonnot a écrit pour Libération et Le Canard enchaîné des chroniques judiciaires savoureuses, Carnets de justice ou Coups de barre. La scène se transforme en prétoire : au public de juger la justice de son pays.

Pays des droits de l’homme ou pas, la justice peut s’avérer expéditive. Un abattage lors des comparutions immédiates : un quart d’heure pour juger un suspect, lui éviter la détention et empêcher qu’il croupisse en préventive. Manque de moyens, lourdeurs administratives, précipitations et les cas s’enchaînent. Le détenu est relâché ou il intègre le monde carcéral. À tort ou à raison.

À l’ombre, dans la réclusion, Jean Genet, Sade, Wilde ou Casanova ont signé des pages lumineuses. Hors de la prison, la journaliste Dominique Simonnot a écrit pour Libération puis Le Canard enchaîné des chroniques judiciaires savoureuses, Carnets de justice ou Coups de barre.

 

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10 oct. 2017
9/10
45 0
D.S.
Les fidèles lecteurs du Canard Enchaîné connaissent bien ces deux initiales.
Dominique Simonnot.

Chaque semaine, la chroniqueuse judiciaire nous livre une photographie instantanée, un état des lieux impitoyable de la justice française.
Elle raconte ce qu'elle voit dans la salle d'audience dans laquelle elle se trouve.
Et ce à quoi elle assiste mérite vraiment d'être raconté.

La procédure de comparution immédiate a généré le sous-titre de ce spectacle : « une justice sociale ».
Selon que vous serez puissant ou faible, « fou » ou sain d'esprit, SDF ou pas, banlieusard ou provincial, issu de l'immigration ou « gaulois », la justice sera-t-elle la même pour tous ?

Selon qui vous jugera, selon qui vous défendra, selon qui représentera le ministère public, aurez-vous droit à la même justice ?

De la salle d'audience à la scène de théâtre, en passant par le papier journal du quotidien satyrique, il n'y avait que deux pas que Dominique Simonnot a enfin franchis.
J'écris « enfin », car j'ai toujours pensé que depuis qu'elle écrit ses chroniques (je crois n'en avoir raté aucune...), j'attendais avec impatience ce passage au plateau, tellement la dimension dramaturgique de tout ceci était évidente.

C'est Michel Didym qui met en scène les mots de l'auteur, sans en changer une virgule.

Nous sommes devant la barre d'un tribunal lambda, tout en aluminium, permettant toutes sortes de reflets lumineux.

Dans ce décor d'une froideur extrême, il va nous faire défiler une multitude d'acteurs judiciaires de la comparution immédiate.
Immédiate, et souvent expéditive.

Devant nous, vont se succéder des procureurs vachards et cyniques, des juges perplexes, étonnés, sarcastiques, goguenards, des avocats dépassés, emphatiques, pleins de bonne volonté.

Et puis, bien entendu, des prévenus, sains d'esprit ou malades.
Tous différents, eux aussi, un éventail humain faits de flagrants délits, de récidivistes, de personnes qui ne comprennent pas ce qu'ils ont fait et qui ne comprendront pas plus la peine qui leur sera infligée.

Le metteur en scène a choisi (quelle bonne idée !) de faire incarner tous ces personnages par un seul comédien : Bruno Ricci.
Celui-ci va incarner toute cette humanité. Et ce faisant, il m'a bluffé.

Oui, sa capacité à incarner au bas mot cette cinquantaine de personnages est purement et simplement époustouflante.

En changeant de démarche, de gestuelle, en changeant une attitude, en faisant une grimace, en prenant un accent, il est véritablement celui ou celle qu'il incarne.
On a vraiment devant nous cette avocate méridionale, à l'accent pagnolesque, ce ténor du barreau parisien, ce SDF paumé, cette présidente dédaigneuse, cette autre qui au cours de sa carrière a déjà appelé à la barre un prévenu décédé voici depuis deux ans.

Didym fait évoluer son comédien derrière la barre, tout aussi métallique, avec un marteau assorti, et il le fait également arpenter de manière très judicieuse le plateau, en fonction des différentes incarnations.
Tout ceci est animé, ici, rien n'est statique.
Nous sommes vraiment dans une pièce de théâtre, et non pas dans une seule lecture.

A plusieurs moments, Bruno Ricci va nous lire des lettres de taulards écrits durant les ateliers d'écriture des maisons d'arrêt de Toul et Toulon.
La voix légèrement amplifiée, il dit alors les mots de ceux qui ont été incarcérés, souvent à la suite de ces comparutions immédiates.
Le parti-pris est judicieux. Nous sommes alors dans la conséquence de cette procédure. Nous mesurons ce que signifient les sentences et les ratés judiciaires.

Un autre volet important est évoqué par l'auteure, le metteur en scène et leur comédien : la saturation des tribunaux, le malaise qui y règne, l'accumulation des dossiers (la scène correspondante et à cet égard très judicieuse et très parlante...).

Au final, je suis ressorti avec en tête cette constatation : tout ceci fait peur !
Le tableau sociétal et sociologique évoqué par Dominique Simonnot est implacable : la justice française cause des dégâts considérables.
Et Michel Didym d'ajouter dans sa note d'intention : des conséquences irréparables.

Une comédie humaine glaciale. Un spectacle important.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor