Compartiment fumeuses

Compartiment fumeuses
De Joëlle Fossier
Mis en scène par Anne Bouvier
  • Studio Hébertot
  • 78bis, boulevard des Batignolles
  • 75017 Paris
  • Rome (l.2)
Itinéraire
Billets de 16,00 à 35,00
Evénement plus programmé pour le moment
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Une histoire d'amour entre deux femmes dans un univers carcéral où seuls retentissent le bruit des clefs, les pas qui résonnent, le claquement sec d'un œilleton qui retombe.

Une prison : cellules minuscules où viennent s’échouer des femmes meurtries.
Hasard ? Destin ?
Suzanne, la rebelle, fait régner l’ordre « chez elle », jusqu’au jour où, contrainte et forcée, elle accueille Blandine de Neuville.
Entre ces deux femmes que rien socialement n’aurait dû rapprocher, éclot une histoire d’amour sous l’œil jaloux de la troisième, la surveillante.

L’histoire de Blandine de Neuville est une histoire humaine, universelle.
Un authentique témoignage d’espérance : "L’amour" dans lequel elle est plongée, a valeur de révélation.
 
"Au travers de cet amour, j’ai cherché l’émerveillement.
Cet émerveillement dont la charge vitale nous transporte hors les murs.
Cet émerveillement qui aide à se reconstruire quand tout semblait détruit. Hymne à la résilience, hymne à l’amour..."
 
Compartiment Fumeuses est une pièce dédiée à toutes les femmes qui résistent, s’affranchissent, aspirent à briser leurs chaînes et gagnent leur liberté. 

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9 avr. 2017
9,5/10
17 0
« Compartiment fumeuses » au studio Hébertot est l’histoire de deux femmes qui se croisent, dans le compartiment de la prison qui les « abritent ». Il y a Suzanne d’une part (jouée par Sylvia Roux également à l’affiche de Stavanger) : jeune femme un peu revêche et rebelle, récidiviste incarcérée pour chèques en blanc et Blandine de Neuville, vieille dame gracile amenée par le convoi du matin et en attente de son procès.

Dès la rencontre passée, où Suzanne applique l’impitoyable règle du plus fort pour bien établir son autorité dans le compartiment, la rencontre de ces deux meurtrissures tourne à la reconnaissante. Car dans leur différence d'âge et de milieu, les deux femmes se reconnaissent cependant et la pièce prend dès lors un tournant poétique inattendu.

A 78 ans, l’élégante Bérengère Dautun est d'une beauté confondante. Sa présence toute en douceur et en douleur dans le rôle d’une femme enfant n’ayant jamais vécue est une interprétation généreuse offrant de vrais moments de grâce aux spectateurs. Piégée par la nécessité et la misère, sa codétenue Suzanne est elle aussi touchante, montrant un personnage fait de la digne étoffe de ceux rendu fous par le malheur de la nécessité et n’aspirant qu’au bonheur. L'interprétation de ces personnages est sensible et juste.

Cette entente déplaît cependant à la surveillante jouée par Florence Muller : jalousies et guerres de pouvoir du monde carcéral viennent troubler cet équilibre : c’est la tragédie de Claude Gueux qui se rejoue. Réussir à évoquer ainsi ce qu’il y a de plus humain, de charitable et de poétique dans l’homme mais aussi ce qu’il y a de plus vil, d’égoïste et d’injuste dans une seule et même pièce est ce qui rend cette écriture si fine et si intéressante.

Malheur sublimé par l'autre, moment de bienveillance dans la tourmente… Ce spectacle laisse le sentiment d'avoir touché du doigt, l’espace d’un serrement de cœur, quelque chose de sublime. Je souhaite à Bérengère Dautun la même longue carrière que Gisèle Casadesus, il lui reste c’est sûr encore de beaux rôles à jouer !
3 avr. 2017
9/10
41 0
Ma claque du dimanche soir, celle qui vous laisse espérer que l'humanité a encore un peu de valeur.

Cette histoire écrite par Joëlle Fossier est un chef d'oeuvre de finesse et pourtant elle décrit sans concession l'univers carcéral avec tous ces maux.

Au milieu de ce monde en cage, il y a Suzanne (une très péchue Sylvia Roux), la bretonne qui sent le poisson (d'après elle), jeune femme fière et forte, récidiviste grande gueule qui va se retrouver avec une prévenue magnifique de naiveté et tendresse : Blandine De Neuville (la merveilleuse Bérangère d'Autun) qui va exploser la carapace de Suzanne et leur coeur vont s'ouvrir l'un à l'autre dans une histoire douce et profonde.
Pour casser l'ambiance, il y aussi la rébarbative surveillante chef (Florence Muller qu'on adore détester dans ce role) de la prison qui tente de se mettre entre les détenues.

Ces trois femmes sont parfaites !

La mise en scène sert à merveille le texte et la proximité des spectateurs avec la scène nous permet de nous sentir nous aussi enfermé dans cette cellule.

On passe un moment vraiment particulier avec ces trois là.
13 févr. 2017
8/10
19 0
A peine le cycle Xavier Lemaire se termine t-il que le Studio Hébertot inaugure celui des "amours singulières" qui fait écho au titre du livre "Les amitiés particulières" de Roger Peyrefitte. Le sujet de l’amour entre personnes du même sexe est certes dans l’air du temps mais Joëlle Fossier, l’auteure de Compartiment fumeuses, a su lui donner une dimension humaine qui échappe aux référentiels du militantisme ambiant.

Isabelle est revenue bouleversée et enchantée de la Première. Elle apprécie ces soirées où le jeu des acteurs n’est pas complètement rôdé. Leurs émotions n’ont pas encore subi l’usure de la répétition. C’est d’autant plus vrai quand le thème abordé est un sujet difficile comme dans cette pièce où deux femmes meurtries par la vie vont devoir partager la même cellule en prison. Rien pourtant n’aurait pu, dans un autre contexte, les rapprocher à ce point.

La première, Suzanne, jouée par l’excellente comédienne Sylvia Roux, directrice du Studio Hébertot, se définit elle-même comme une prolo qui "pue" le poisson. Elle est fille de marin pêcheur breton et en prison depuis 2 ans pour multirécidives dans des affaires de vols et de chèques en bois. Arrive pour partager sa cellule, une femme d’un certain âge, d’un grand raffinement et fort élégamment habillée, Mademoiselle Blandine de Neuville incarnée par la magnétique Bérengère Dautun.

Tout à priori sépare les deux femmes : l’âge, l’éducation, le style et, nous l’apprendrons par la suite, la gravité de leur crime. Mais dans ce huis clos forcé, elles n’ont rien d’autre à faire que d’apprendre à se connaître et leur vie va s’en trouver changée. Suzanne se présente comme la maîtresse des lieux. C’est un peu devenu chez moi ici, dit-elle à propos de ce petit monde que sont les quatre murs de sa chambre. La mise en scène d’Anne Bouvier correspond à l’idée que l’on se fait du dépouillement d’une cellule de prison : 2 lits, 2 petites tables avec une chaise et une fenêtre à barreaux très haut placée.

Sur sa table, Blandine dépose sa pochette en soie, son peigne en ivoire, ses flacons de parfum et une photo d’un personnage mystérieux qui s’avère être son père… Suzanne a entassé sur la sienne des coquillages de toutes tailles dont elle se sert pour faire des créations. Parmi eux, une conque dans laquelle elle souffle pour communier avec la mer.
Ces éléments de décor ne sont pas anodins. Ils reflètent les univers respectifs des deux femmes : un raffinement poudré pour l’une, la mer et ses horizons infinis pour l’autre.

La première journée s’écoule, scandée par les bruits des trousseaux de clefs, des portes qui claquent, des pas qui résonnent dans les couloirs. Stéphane Corbin, auteur-compositeur, nous donne à entendre ces sons qui font sursauter Blandine à chaque passage de la surveillante (Florence Muller), une femme perverse, ambigüe et jalouse de la relation d’intimité qui se noue entre Suzanne et Blandine. Le piano sera l'instrument central, avec une attention particulière portée au traitement sonore, réverbérations et textures qui définiront le climat et feront partie intégrante du décor de la pièce, en cohérence avec le travail de lumière et la mise en scène d'Anne Bouvier.
Tout commence par le partage d’une cigarette (denrée précieuse en prison), qui va instaurer leur première complicité. Les voilà embarquées dans le même compartiment, où elles voyageront par la parole et découvrir que l’on peut s’émerveiller de la différence et l’accepter avec bienveillance. Au lieu de rejeter ce qui fait leur individualité, elles vont s’en nourrir mutuellement.

Suzanne explique les lois de la prison à sa compagne. On sent en elle un caractère rebelle bien décidé à ne pas céder aux humiliations : La force qu’il faut ici, c’est se tenir vivante.

On apprend que Blandine était professeur de lettres. Elle a le profil de la personne sans histoire.
- T’as l’air d’une petite fille qui collectionne les médailles … Moi je tchatche mais toi ton charme c’est ta présence.

Blandine remerciera en employant le vouvoiement qu'elle conservera tandis que Suzanne louvoie entre vous et tu, donnant l’avantage au singulier : T’es pas ici pour qu’il se passe quelque chose, t’es ici parce qu’il s’est passé quelque chose. Qu’est-ce qui s’est passé dans votre vie Blandine ?

Blandine porte un lourd secret qu’elle ne confiera à Suzanne que plus tard, lorsqu’elle se sentira en confiance et que vous le découvrirez en allant voir le spectacle.

Dans la solitude de cet univers carcéral, leur amour va éclore comme une fleur qui pousserait dans la craquelure du bitume. Les sentiments se dévoilent tout en délicatesse et en humour. Alors que Suzanne décrit son habileté à voler, Blandine lui répond avec un sourire angélique : J’ai mon cœur à voler, personne n’a encore jamais volé mon cœur.

Toutes deux s’évaderont dans un rêve éveillé fait de beauté, de liberté et de poésie. Je veux du large dit Suzanne ... un monde à votre mesure Suzanne lui murmurera Blandine.
Elles s'évadent vers la liberté, traversent l’océan, Bérengère Dautun devenant magnifique figure de proue d’un navire imaginaire rappelant le beau bateau en coquillage fabriqué par Suzanne. La malveillance de la surveillante finira par les séparer physiquement mais on comprend avec la scène finale qu’elle n’a pas eu raison de leur amour. C'est un spectacle à ne pas manquer.

Comme le souligne parfaitement Joëlle Fossier

, Compartiment Fumeuses est une pièce dédiée à toutes les femmes qui résistent, s’affranchissent, aspirent à briser leurs chaînes et gagnent leur liberté.
13 févr. 2017
8,5/10
64 0
Comment vivre une histoire d'amour en prison ?
Comment être libre, même entre quatre murs ?
Comment avoir été si malheureuse dans la vie et connaître enfin le bonheur en cellule ?

Voici trois questions que la n° 206 va résoudre à sa façon.
206, c'est le numéro d'écrou de Blandine de Neuville, incarcérée en préventive pour avoir tué son père.

Elle va trouver en Suzanne Ploumenech une co-détenue à la fois explosive et touchante.
Les deux vont, au fur et à mesure que se déroule ce huis clos, les deux vont construire une magnifique histoire d'amour.

Suzanne, c'est Sylvia Roux qui joue avec truculence mais aussi une vraie profondeur et une vraie justesse cette co-détenue qui ne veut pas rester cantonnée à l'étiquette qu'on lui a collée pratiquement dès la naissance.
Elle m'a beaucoup ému, Sylvia Roux, qui nous montre une grande palette de jeu dans ce rôle. Elle est vraiment épatante dans cette interprétation d'une femme blessée.

Et puis, il y a l'icône.
Il y a Bérangère Dautun.
La Dautun.

C'est elle qui nous accueille une fois le noir tombé, à l'avant scène, devant un rideau blanc qui se transformera doucement et par la magie d'un projecteur à gobo en immense grille de prison.

Elle ne l'incarne pas, cette Melle de Neuville. Elle EST purement et simplement cette professeure de Français qui a été contrainte à commettre l'irréparable. (Je vous laisse découvrir par vous-mêmes la raison de cet acte irréparable.)

Da sa silhouette frêle, fragile, de sa voix reconnaissable entre toutes, de sa diction plus que jamais parfaite, de son regard lumineux, elle nous fait immédiatement aimer son personnage.
Elle nous fait comprendre que le passage en prison de son personnage va la transformer à jamais, et que la cellule va la rendre libre.

Le troisième personnage est incarné par Florence Muller.
C'est la gardienne, la matonne, la représentante de l'administration pénitentiaire, comme elle se plaît à le répéter souvent.
Melle Muller est elle aussi excellente, malgré une légère extinction de voix ce soir-là.

Elle a en permanence dans les mains un accessoire qui résonnent fortement dans toutes les têtes, en raison de la terrible actualité : une matraque.

Son personnage est celui qui enviera, jalousera les deux co-détenues.
Elle, elle n'a jamais osé avouer son amour à quelqu'un, à fortiori à une autre femme.
C'est un rôle difficile. Il faut avoir un grand talent pour ce caractère de l'ombre et du drame.

La mise en scène d'Anne Bouvier est efficace et très maîtrisée.
Elle a demandé beaucoup à ses comédiennes, et ce beaucoup, elle l'a vraiment obtenu.
Elle a notamment chorégraphié « au ralenti » une scène de grande violence, sous une intense lumière rouge. C'est d'une grande beauté visuelle.

Il ne faut pas oublier que cette pièce de Joëlle Fossier a été écrite voici vingt-cinq ans.
La raison qui a conduit Melle de Neuville en prison, cette raison-là n'était pas aussi « audible » que dans notre société de 2017.
En 1992 encore, rares étaient celles qui osaient en parler...

L'une des vraies trouvailles de l'écriture de Joëlle Fossier est de caractériser ses personnages par leur registre de langue.

Une langue châtiée, pure, pour la professeur de Français à particule nobiliaire.
Un registre plus prolo, plus popu pour Suzanne la Bretonne.
Le registre glacé de l'administration pénitentiaire pour l'impitoyable matonne.

Ici, c'est la langue qui définit en grande partie les caractères.
C'est une vraie réussite, ainsi que l'alternance du tutoiement et du vouvoiement en fonction des différentes scènes.

Bref, allez voir cette magnifique histoire de femmes, cette histoire de résurrection.
Cette belle histoire d'amour.
9,5/10
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Dans son parcours artistique, il semble bien que Bérangère Dautun soit de ces comédiennes qui choisissent des personnages qui se battent. Après « Alexandrine Zola », « Louise Michel », « Les coquelicots des tranchées », Sophie Rostopchine » ou encore « Le marronnier de la rue Caulaincourt », des textes décriant l’injustice ou œuvrant pour le devoir de mémoire, cette grande dame du théâtre défend ici avec ardeur, intensité et une troublante sincérité, le destin de Blandine de Neuville, meurtrie à jamais par l’inceste depuis son enfance, emprisonnée pour avoir tué son père, son bourreau.

COMPARTIMENT FUMEUSES est une pièce forte dans laquelle une victime présumée coupable est incarcérée dans l’attente de son procès. Pendant ces quelques jours de préventive, Blandine découvrira l’univers de la prison, la haine, la contrainte, la jalousie et… l’amour.

Il lui aura fallu attendre cette expérience pour connaître à son âge, avec Suzanne sa jeune co-détenue, le réconfort d’une écoute, la délivrance de la culpabilité, la protection affectueuse et l’éblouissement du sentiment amoureux. Un amour de femmes beau comme une plage ensoleillée, simple comme un sourire, chaud comme les bras de l’autre. Une aspiration au bonheur, enfin.

L’écriture de Joëlle Fossier, à la fois fine et précise, décrit sans concession la violence générée par la privation de liberté, ses effets sur les personnalités brisées par cet univers carcéral où les normes internes remplacent les normes sociales, sans morale et sans merci. La profondeur des sentiments entre les deux femmes, leurs incommensurables bienfaits, nous emportent dans une écoute attentive, recueillant des images et des sensations qui nous impressionnent, nous livrant à l’espoir d’une fin heureuse.

La mise en scène d’Anne Bouvier accompagne le mouvement donné par le texte en centrant notre attention sur l’intimité forcée des détenues dont sortira cette improbable et pourtant merveilleuse histoire d’amour.

Florence Muller joue avec adresse la surveillante de prison, celle qu’on devrait haïr, que l’on hait d’ailleurs. Mais qui nous laisse entrevoir un trouble latent, une humanité empêchée mais vivante.

Sylvia Roux nous surprend de son jeu riche, pêchue et sensible. Elle arrive à passer d’une sorte de cerbère qui ne s’en laisse pas conter à la femme blessée, touchée, s’abandonnant avec chaleur et féminité dans cette relation pour enfin vivre des instants heureux.

Un spectacle passionnant, prenant, dont les images et les répliques restent et résonnent, magistralement joué par trois comédiennes, belles et touchantes, comme l’histoire qu’elles nous racontent.
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Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor