La légende du Saint Buveur

La légende du Saint Buveur
Avec Christophe Malavoy
  • Christophe Malavoy
  • Théâtre du Petit Montparnasse
  • 31, rue de la Gaîté
  • 75014 Paris
  • Edgard Quinet (l.6), Gaité (l.13)
Itinéraire
Billets de 18,00 à 34,00
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« Un texte rare, touché par la grâce, la simplicité et la pureté …  »

La légende du saint buveur est l’histoire d’Andréas, buveur invétéré, qui vit sous les ponts de Paris depuis un temps qu’il a lui-même oublié.

Le destin lui fait rencontrer un homme mystérieux, touché par la grâce après avoir lu l’histoire de la petite sainte Thérèse de Lisieux. Cet homme à la mise soignée, lui fait un prêt de 200 Francs, une somme importante dont Andréas devra s’acquitter un jour, comme celui-ci s’y engage, en déposant cette somme le dimanche matin après la messe à l’église sainte Marie des batignolles où se trouve la statue de la petite sainte Thérèse de Lisieux.
Ce prêt inespéré va précipiter la vie d’Andréas qui va rencontrer une série de personnages qui le détermineront à s’acquitter de cette dette envers la petite sainte.
Et ainsi, à sauver son honneur…

Une nouvelle d’une grande force et d’une beauté rare, emprunte d’humilité et de grâce.

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8 oct. 2020
7,5/10
5
« La Légende du saint buveur » est une nouvelle de Joseph Roth.
Joseph Roth est né dans une famille juive en 1894, il vivait en Autriche en tant qu’écrivain. En 1933 avec l’arrivée au pouvoir des nazis, il décide de s’exiler en France où il mourra en 1939, dans des conditions misérables, seulement âgé de 44 ans. « La Légende du saint buveur » sera sa dernière nouvelle, publiée à titre posthume.

Cette nouvelle est l’histoire d’Andréas, émigré polonais venu travailler en France mais il n’y a plus de travail et finit par vivre sous les ponts. L’histoire débute par la rencontre, un soir, entre Andréas et un homme bien habillé qui lui donne un billet de 200 francs. Andréas, piqué dans son honneur, s’engage à le rembourser, mais l’homme lui dit d’aller faire un don à Sainte Thérèse de l’église Sainte-Marie-des-Batignolles en guise de remboursement. Andréas en prend bonne note mais la tâche ne sera pas aussi aisée qu’il lui semblait malgré toute la bonne volonté qu’il possède. Y arrivera-t-il ? C’est tout le nœud de l’histoire.
Au fil de ses rencontres, nous découvrons son passé parfois difficile, parfois festif. Il y a aussi ses rencontres qui vont chambouler aussi sa vie pour rembourser sa dette.

Christophe Malavoy a adapté la nouvelle, fait la mise en scène et assure le rôle d’Andréas. C’est une réussite à tout niveaux : l’adaptation est très vivante, la mise en scène réussie avec des lumières très pertinentes (Maurice Giraud) et Christophe Malavoy est un superbe comédien. Il possède un talent de conteur hors pair, nous restons suspendus à ses lèvres. Son jeu est tout en subtilité et ce regard tout en sincérité qui exprime une émotion tout au long de la pièce.

Un moment de théâtre que je recommande.
8 oct. 2020
9/10
18
Qui a bugle boira !

Paris. 1939.
Andreas Kartak nous attend sur le plateau du Petit Montparnasse. En costume élimé, trop grand pour lui, un chapeau informe sur le chef, il joue du bugle.
Une complainte, une mélopée triste.

Andreas le sans-abri, l'exclu, le SDF qui vit sous les ponts de la capitale.
La ville très peu lumière pour lui, qu'il a rejoint après avoir dû quitter sa Silésie natale.

Andreas l'alcoolique, le pilier de bistro, l'accro à l'apéritif anisé... Aussi. Surtout.
Lui qui ne possède rien, va se voir prêter 200 francs, à charge pour lui de rembourser la somme au prêtre de l'église Sainte Marie des Batignolles.

Car Andreas est un homme d'honneur.

C'est cet « anti-héros » qu'a imaginé l'auteur Joseph Roth, en... 1939. A Paris.
Cet Andreas, il n'a pas eu à aller chercher très loin.
L'auteur est lui aussi alcoolique, lui aussi expatrié. Le IIIIème Reich brûlait ses livres...
Joseph Roth, atteint de délirium tremens mourra la même année. Cette légende est sa dernière œuvre.

En adaptant pour la scène cette courte nouvelle d'une trentaine de pages, Christophe Malavoy incarne ce personnage en quête de rédemption.
Car c'est bien de cela dont il s'agit : peut-on trouver la rédemption et comment ?

Peut-on être touché par la Grâce, même après avoir commis un meurtre ?

Comment faire en sorte de pouvoir retrouver l'envie de se regarder dans un miroir ?
Andreas avait peur des miroirs, écrit Roth, « car il n'était pas bon de constater de ses propres yeux sa propre déchéance. Et tant que l'on n'y était pas obligé, cela revenait à peu de chose près à n'avoir pas de visage du tout ou à avoir celui d'avant la déchéance. »

Mais quel conteur que ce Christophe Malavoy !
Quel raconteur, qui nous attrape dès ses premières notes et ses premiers mots !

Il va nous faire aimer ce type, nous faire compatir à sa douleur et nous faire comprendre le rôle de l'expédient alcoolisé qui lui permet de tenir.

Cet homme meurtri, qui a commis l'irréparable pour l'amour d'une femme, nous l'avons devant nous, attachant, émouvant, drôle aussi, avec parfois un petit côté Estragon, ou encore Charlie Chaplin.

M. Malavoy sait comme personne nous captiver.

Sous nos yeux, les personnages prennent forme, prennent vie.
Le comédien incarne en effet tous les personnages, en plus du narrateur et du poivrot magnifique.

En changeant de gestuelle, de voix (ah ! Les voix de tête pour certaines dames), en prenant tel ou tel accent, il nous fait découvrir les péripéties de cette quête avant tout spirituelle.
Il est alors impossible de le lâcher.

Dans la scénographie de Francis Guerrier, il s'est lui-même mis en scène devant et derrière un rideau de multiples et longs fils blancs.
Au devant de la scène, une chaise et une table à jardin, une sorte de banquette en bois assortie.

Ce sont les magnifiques lumières de Maurice Giraud qui sculptent très précisément et de très belle façon l'espace.

Le comédien ne fera pas que jouer avec les mots.
Il chantera, et jouera du fameux bugle.

Il en jouera même très bien, alternant les forte et les pianissimi avec un très joli son velouté (le timbre de l'instrument, plus grave que celui de la trompette, prend toute son ampleur et colle parfaitement avec cette histoire triste).

Souvent pour terminer une phrase, le comédien-musicien joue un très long et très beau vibrato.
J'ai particulièrement apprécié ses versions de Syracuse et du sublime Manha de Carnaval de Luis Bonfa.

Il va beaucoup nous émouvoir, en interprétant de façon intense, pudique, sans pathos de mauvais aloi la fin de la nouvelle.

Voici donc un très intense et très fin moment de théâtre.
D'un texte assez peu connu, le comédien tire un spectacle d'une grande universalité, faisant ressortir l'humanité de ce clochard brisé.
Un homme à la recherche de son salut.

Si Andréas avale à vitesse grand V ses verres de Pernod, nous, nous buvons sans modération aucune les paroles de Christophe Malavoy.
21 déc. 2019
9/10
1
« La Légende du saint buveur » de Joseph Roth, dans une traduction de Sylviane Bernard-Gresh, mise en scène et interprétée par Arnaud Simon à l’Artistic théâtre est un instantané de vie suspendu aux verres de l’exil destructeur.

De la Galicie, cette terre polonaise volée par les autrichiens en 1772, est né en 1894 Joseph Roth, issu d’une famille allemande de confession juive, qui devint écrivain et journaliste à Vienne.
L’arrivée au pouvoir des nazis le conduit à s’exiler en France en 1934 où il mourra en 1939, malade, alcoolique et sans argent, à l’âge de 44 ans.
« La Légende du saint buveur » sera sa dernière nouvelle.

Dans une légèreté insolente, Arnaud Simon s’est approprié dans sa chair, cette fable, ce conte, cette nouvelle, cette histoire d’Andreas Kartak, émigré de Silésie polonaise pour venir travailler en France dans les mines.
Un texte touchant rempli de verres, de carafes et de bouteilles d’humanité.

Un voyage qui le conduira sous les ponts de Paris.
Sous des ponts où ses nombreuses rencontres lui apporteront des petits bonheurs qu’il faudra saisir au bon moment.
Des petits plaisirs, comme des miracles de la vie quand on sait y croire, qui seront toujours célébrés comme il se doit par un petit verre d’alcool.
Un compagnon qui réchauffe le cœur, qui réchauffe l’âme.
Un compagnon, une addiction qui vous transporte dans un état de grâce à la volupté réjouissante.

Tout commence par la rencontre, un soir, entre Andréas et un homme bien de sa personne qui lui fait don de 200 francs.
Andréas, en homme d’honneur, s’engage à le rembourser, mais le bienfaiteur le dirige vers Sainte Thérèse de l’église Sainte-Marie-des-Batignolles pour y accomplir, après la messe, sa rédemption…

Pas aussi facile qu’il y paraît, Andréas malgré toute sa bonne volonté ira de déconvenue en déconvenue pour respecter sa parole.
En chemin, il rencontrera moult personnes, hommes et femmes, qui lui rappelleront son passé parfois joyeux mais aussi douloureux où la prison fut entre autres sa compagne d’infortune, lui l’homme naïf au cœur généreux.
Des rencontres où fleurissent les billets de cent francs, provocateurs de tentations ; mais des rencontres aux goûts de douceurs libératrices de tensions, où amères selon les cauchemars qui remonteront à la surface d’une existence bien chamboulée par les péripéties de la vie.

Une volonté de toujours vouloir avoir la tête hors de l’eau et ici c’est un miracle si cela se produit.
Une volonté acharnée de vivre, de combattre, même si le petit démon qui est en lui, l’appelle vers les profondeurs d’un état souverain, celui de l’enfer des alcooliques, où règne l’ivresse de la délivrance qui conduit inexorablement à la déchéance…la mort.

« Que Dieu nous accorde à nous tous, à nous autres buveurs, une mort aussi douce et aussi belle ! »

Mis en valeur par la scénographie et les lumières de François Cabanat, Arnaud Simon dans une pudeur, une fraîcheur, arrive à nous faire partager cette aventure sans tomber dans le pathos, sans à aucun moment nous noyer dans l’ivresse des verres d’alcool qu’il ingurgite.
Dans un costume de Dominique Bourde, une belle présence dégingandée avec son regard perçant où l’émotion est présente de bout en bout dans un jeu à la sincérité touchante.
La tendresse qu’il donne, qu’il partage avec son personnage est bouleversante d’indulgence.

Un seul en scène à l’humour, l’autodérision certains, qui marque nos esprits et nous émeut.
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Texte
Jeu d'acteur
Rire
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor