Chapitres de la chute, Saga des Lehman Brothers

Chapitres de la chute, Saga des Lehman Brothers
De Stéfano Massini
Mis en scène par Arnaud Meunier
Avec Jean-Charles Clichet
  • Jean-Charles Clichet
  • Philippe Durand
  • Stéphane Piveteau
  • Serge Maggiani
  • Martin Kipfer
  • Théâtre du Rond-Point
  • 2bis, Avenue Franklin D. Roosevelt
  • 75008 Paris
  • Franklin D. Roosevelt (l.1, l.9)
Itinéraire
Billets à 40,00
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Trois Juifs bavarois débarquent en 1844 outre-Atlantique, ils découvrent le rêve américain. Les frères Lehman, Henry, Emmanuel et Mayer, viennent en Alabama vendre du «schmatès», tissu en yiddish.

Mais le projet fraternel se transforme en empire bancaire.

En 2008, le groupe Lehman Brothers s’effondre, il entraîne dans sa chute les bourses mondiales, et devient l’emblème d’une crise sans précédent.

 

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9,5/10
68 0
« Si le capitalisme m’était conté !… » Non, il ne s’agit pas de la découverte d’un texte posthume de Sacha Guitry ni d’un clin d’œil ironique au grand maître.

Cette figure de rhétorique a pour but de résumer l’avis général qui se dégage de ce feuilleton théâtral en trois épisodes et un entracte, dénommé ainsi par l’auteur Stefano Massini lui-même.

Nous assistons au récit de la saga légendaire des Lehman Brothers, qui commence en 1844 et se termine en 2008 aux États Unis. La pièce finement documentée est écrite avec un maillage savant de narrations et de scènes jouées, faisant ressortir l’historique des faits en les posant sur les chemins d’une dramaturgie adroite et passionnante. Les personnages s’exposent au jugement en présentant leurs personnalités et leurs histoires. Les situations permettent de comprendre ce qui s’est passé, en nous renseignant sur l’évolution des contextes. Une écriture efficace, fluide et d’une intensité dramatique soutenue.

La puissance de l’argent, le pouvoir de l’économie, la quête permanente du rendement, des bénéfices, du toujours plus au péril du bonheur et de l’honneur de l’humanité ; L’oubli de l’humain, de l’autre comme de soi ; Le mensonge institutionnel, la politique vérolée. Autant de concepts, autant d’arguments pour décrire les faits et les méfaits du capitalisme à l’aune de cette histoire familiale, politique et financière des frères Lehman.

La mise en scène d’Arnaud Meunier fait le choix d’un plateau épuré, réduisant les décors et les accessoires au nécessaire, labourant le texte pour en recueillir toute sa valeur et sa compréhension dans chacun de ses contextes.

Les comédiens Jean-Charles Clichet, Philippe Durand, Martin Kipfer, Serge Maggiani, Stéphane Piveteau et René Turquois jonglent adroitement avec leurs rôles multiples, sans nous perdre un instant. Ils montrent une palette riche d’émotions et de jeux qui nous captive d’un bout à l’autre de la pièce.

Au-delà du plaisir d’assister à un moment de théâtre intelligent et captivant, doublé d’un beau spectacle, si le capitalisme m’était conté, même si bien conté… Je le verrais toujours avec effroi, avec cette sourde et profonde colère de voir la pourriture vernie de cette richesse amassée encore et encore, confisquée au plus grand nombre.
18 mai 2016
8,5/10
79 0
Henry est le premier à débarquer en Alabama et à tenter sa chance dans le coton. Il est l’aîné, la « tête » de la famille.

Ce juif bavarois sera bientôt rejoint par Emanuel, le cadet, dit le « bras » puis par Mayer, qui est le « bulbe » ou pour être plus précis, une patate. Ils ont quitté l’Allemagne pour venir vivre le rêve américain. Ils travaillent sans relâche, même le dimanche, et ne ménagent pas leurs efforts dans la petite boutique de tissus et de confections, faite de bric et de broc dont la scénographie en retranscrit parfaitement l’esprit. Mais déjà, Henry meurt et un terrible incendie ravage les plantations.

Il faut accroître le commerce et trouver de nouvelles idées. S’adapter, rebondir, s’enrichir. Ces hommes de « l’entre-deux » exercent un métier qui reste à inventer. Ils se disent gestionnaires et basent leur ascension sur les mots et la confiance. C’est ainsi que la guerre de Sécession sépare momentanément les deux frères mais déjà la nouvelle génération est prête à prendre le relais avec Philip, fils d’Emanuel et Herbert son cousin. Et la chute surviendra avec Robert, empereur mort avant son empire financier.

Des chapitres, il y en aura trois. Si les titres choisis par Stefano Massini sont Les trois frères (1844-1867), Pères et fils (1880-1929) et L’immortel (1929-2008) nous pouvons aisément les résumer de la manière suivante : la réussite – l’ascension – la chute. En effet, c’est bel et bien le krach boursier de 1929 qui viendra bouleverser la petite affaire familiale qui a su prospérer depuis l’ouverture de l’étroite boutique de tissus en Alabama, ouverte en 1844 par les Lehman Brothers comme le petit écriteau surplombant la porte l’a souvent mentionné. Les générations se sont succédées et chacun a su gravir les échelons de l’ascension sociale comme un doux rêve à portée de main mais à trop s’élever, le risque de tomber s’accroît.

Lors de ce jeudi noir, la chute de leur empire s’amorce inévitablement, jusqu’à la vente de la banque en 2008. Le beau château de cartes s’écroule en entraînant avec lui les bourses mondiales.
Le commerce est évidemment affaire d’homme à cette époque. Alors, la distribution, entièrement masculine, s’emploie à nous faire vivre une écriture captivante dont nous connaissons déjà la fin. Nous nous laissons porter par la narration très fluide qui alterne avec des dialogues incarnés où la déshumanisation s’effectue au fur et à mesure que la fortune familiale devient abstraite, passant d’une étoffe, tactile, à des actions, immatérielles, réduites à des chiffres qui se manipulent plus vite qu’un voyage en train ou en avion. Cela confère à l’ensemble un rythme plaisant, alerte et les touches d’humour, disséminées avec parcimonie, permettent d’éviter les écueils d’une représentation trop démonstrative.

Chaque acteur parvient à donner des couleurs propres aux narrateurs et protagonistes avec une belle homogénéité. Cependant, saluons la prestation exemplaire de René Turquois, bouleversant Mayer, le vilain petit canard devenu cygne blanc d’une rare beauté mais aussi celle de Serge Maggiani dont nous avions déjà pu admirer le talent dans Le Faiseur, mis en scène par Emmanuel Demarcy-Mota. Jean-Charles Clichet (Emanuel), Philippe Durant (Henry), Martin Kipfer (Philip) et Stéphane Piveteau (Herbert) n’en démérite pas moins les chaleureux applaudissements qui emplirent la salle à la chute du rideau.

Sans aucun jugement, l’astucieuse scénographie de Marc Lainé s’adapte parfaitement au propos et la mise en scène subtile d’Arnaud Meunier laisse de très belles images (projetées ou créées) de cet empire financier au bord du gouffre dont nous regardons, impuissants, l’effondrement. Sa direction d’acteurs, précise et dynamique, séduit amplement. Puis tout s’accélère face à la baie vitrée qui rappelle la véranda de son Retour au désert, ne laissant que la possibilité de contempler les conséquences désastreuses du haut de ce qui fut un empire de verre. Une fulgurante saga, prenante et captivante, qui permet d’inscrire la petite histoire dans la grande avec pertinence et élégance.
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Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor