Cap au pire

Cap au pire
De Samuel Beckett
Mis en scène par Jacques Osinski
Avec Denis Lavant
  • Denis Lavant
  • Théâtre de L'Athénée - Louis Jouvet
  • Square de l'Opéra Louis-Jouvet - 7 rue Boudreau
  • 75009 Paris
  • L 3-7-8 Opéra
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Dans Cap au pire, il y a une mèche qui brûle, une mèche qui va s’éteindre, la vie qui va s’éteindre, l’écriture qui va s’éteindre. Cap au pire est une œuvre de la fin, de la dernière période de Beckett.

Mais pour l’instant, la mèche brûle encore. Beckett cherche l’écriture, cherche comment on écrit. Dans Cap au pire, il y a la lumière qui éclaire la feuille de l’écrivain, la pénombre qui guette.

Dans Cap au pire, Il y a une tête. Un crâne. Un corps. Qui ne sait pas quoi faire avec les mots. Il y a, à la lisière, l’image d’un homme et d’un enfant qui se tiennent par la main. Il y a peut-être une vieille femme aussi. Que faire avec ça. Comment faire avec ça. Comment écrire encore se demande Beckett.

Comment faire encore du théâtre ? Du théâtre en lien au texte, à l’écriture ? 

 

Note rapide
Toutes les critiques
7 janv. 2018
6/10
15 0
En partant du titre original 'Worstward Ho ', worst étant pire en anglais, et le suffixe -ward étant l'idée de direction, nous obtenons en français : Cap au pire !

Cap au pire donc ! car c'est une oeuvre difficilement classable comme roman ou pièce, et pour résumer une oeuvre difficile tout court. Beckett ne raconte pas une histoire. Il s'agit plutôt pour lui de présenter sa méthode pour créer la pire des œuvres... et ça dure 1h20 !

Il y a d'abord au début lorsque le noir se fait sur le plateau, la voix de Denis Lavant qui s'élève, on se dit que la lumière va arriver..Mais que nenni, on reste dans le noir un bon moment, c'est impressionnant, on est alors ultra attentif à la voix du comédien, la salle retient son souffle car c'est la seule source sensorielle et il faut la suivre pour ne pas se perdre.

La lumière arrive enfin mais c'est juste un petit carré de lumière juste devant le comédien Denis Lavant qui va rester parfaitement immobile à débiter le texte d'une voix lisse. Le texte de Beckett n'est pas accessible facilement et pour être franche, je ne suis pas sure d'en avoir retenue quelque chose mais on peut se laisser porter par la mélopée des mots dans cette ambiance étrange. C'est comme un état second où l'on est hypnotisé par l'immobilisme du comédien et son débit de voix monocorde.

La performance de Denis Lavant est énorme même si le texte est difficile à porter.
13 déc. 2017
8/10
25 0
1982. Samuel Beckett publie ce « Cap au pire ».
Est-ce un roman, est-ce une pièce de théâtre, est-ce un texte narratif ?
Pas vraiment...

Il s'agit pour l'auteur de présenter sa méthode pour créer « la pire des œuvres, une non-oeuvre ». Je le cite.
Cinquante-quatre pages, aux éditions de minuit, d'un texte qui supprime tout repère au lecteur et par conséquent au spectateur.

Le metteur en scène Jacques Osinski nous informe que Denis Lavant a « un rapport ancien et intense avec Beckett, qui le fait rire ». Soit.
C'est donc essentiellement pour cette raison que le comédien et lui ont choisi de monter cette non-oeuvre, à partir de leurs sensations de lecture.

Le comédien entre en scène. Il se fige.
Il va commencer à dire les mots, les courtes phrases, les silences, tout ceci dans le noir, pendant dix bonnes minutes.

On devine sa complète immobilité, car un tout petit carré de lumière se dessine sur le plateau, au lointain, derrière un rideau de tulle noire, apportant une maigre clarté.

Soudain (oui, j'ai sursauté), un rectangle de lumière crue se matérialise juste devant le comédien, comme une page blanche.
Les pieds nus au bord de cette espèce de puits sans fond, il va rester là, toujours immobile.

C'est bien entendu une vraie performance. Durant une heure et vingt-cinq minutes, son corps, les mains, les bras, les pieds, les jambes ne bougeront plus du tout.
Et c'est long, une heure et vingt-cinq minutes !

L'immobilité la plus noire, la plus sombre laissant la place uniquement aux mots les plus décharnés, les plus abstraits, les plus abrupts.

Seuls bougeront parfois imperceptiblement et très lentement la tête d'avant en arrière, les yeux restant à fixer LE spectateur droit devant, lui aussi réfléchissant à sa propre immobilité.

Le public est alors confronté à sa propre attitude corporelle.

Je vous assure que faire face à cet homme-statue est une expérience assez troublante. J'ai rarement entendu une salle aussi « calme », je n'ai pas souvent perçu ce silence aussi radical.

Car tel est bien l'un des enjeux du propos : comment se comporter face à cette statue parlante ?
Comment recevoir ce rare moment figé dans une société en perpétuel mouvement ?

Des petites lumières, des pans de lumière tamisée apparaissent et disparaissent lentement, contribuant aussi à mettre en avant cette inertie mobile, ce relatif hiératisme.

Le texte auquel on ne prête plus guère attention, si ce n'est par le biais des allitérations, des répétitions lancinantes de certains mots, le texte presque entièrement privé de sens devient alors une œuvre musicale.

Et l'on écoute, on se laisse bercer par cette sonate lexicale.

Denis Lavant est tout simplement prodigieux !

Au delà de sa très difficile performance physique, privé qu'il est de son corps, cet outil principal du comédien, j'ai été fasciné par sa capacité à nous hypnotiser par les seuls mots.

De sa voix rauque, il nous les balance à la figure, comme s'il s'agissait des derniers que nous entendrons jamais. Il les dit de façon monocorde, posée, il les mâche, il les expulse ainsi de son être.
C'est à une expérience réussie mais très peu banale qu'un auteur, un metteur en scène et un comédien nous convient.
Au retour de la lumière, les bravos fusent, les applaudissements sont très nourris.
"Encore ! Tout là comme maintenant lorsque tant mal que pis encore !"

Je suis sorti de l'Athénée un peu dérouté, un peu sonné.
Ce qui est bien, c'est que le théâtre, ça sert aussi à ça !
16 nov. 2017
6/10
9 0
Denis Lavant est immobile et le restera.

Il jouera avec les mots de Samuel Beckett. Il jouera avec nos nerfs. Je le soupçonne même d’adapter son texte selon le public. Un spectateur sortira, Lavant dira « Ouste ». Deux spectateurs font de même, il trouvera dans le texte la phrase qui conviendra à ce moment précis. Même si les deux prestations n’ont rien à voir, je repense à Angelica Liddell et son année de Richard. Je la découvrais et j’étais à la fois fasciné et nauséeux face à sa performance, cette loghorrée dont on ne voit pas la fin. Et si la performance de Denis Lavant tenait à cela : cela se terminera quand tous les spectateurs auront fait claquer leurs sièges, quitte à se répéter, se répéter, se répéter. J’avais dit à je ne sais plus qui que Denis Lavant ferait une lecture du bottin, je serais là. Je fus lessivé après la représentation. Un peu en colère aussi.

Pourtant ce monologue reste bien en tête. Pas certain que je le reverrai lors de sa reprise à Paris, pas sûr non plus de le recommander à tout le monde, mais il reste un moment assez mémorable pour continuer à suivre Denis Lavant dans une autre des ses expérimentations. (vu en juillet 17, au théâtre des Halles, Off Avignon)
25 juillet, 22h, Avignon

Denis Lavant entre sur le plateau, habillé en noir. Il se place dans un rectangle lumineux et commence le monologue de Cap au pire de Beckett. Tout est dans le titre, nous sommes effectivement conduits vers le pire … Ce texte est incompréhensible, sans relief, aucune émotion ne s’en dégage.
Malgré son incontestable talent, Denis Lavant ne parvient pas à rendre accessible ce texte. On ne peut que le regretter.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor