Bourrasque

Bourrasque
  • Théâtre Montansier
  • 13, rue des Réservoirs
  • 78000 Versailles
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Lorsque Synge se rend en 1898 dans les îles d’Aran, au large de l’Irlande, c’est pour vivre « entouré de gens simples et passionnés comme son cœur ».

Il découvre le caractère primitif de leur vie sociale, leur faculté poétique qui se déploie en chansons et légendes, leur familiarité avec le surnaturel.

Librement adapté de la pièce L’Ombre de la vallée, Bourrasque en reprend l’argument mais en modifie les enjeux et la portée. Par un soir de violente tempête, dans une contrée reculée, Nora Burke veille son mari défunt, l’âpre et ombrageux fermier Dan Burke.

Silence dans la chaumière isolée quand à la porte frappe un inconnu, nomade des collines, cueilleur d’histoires qui ravive dans l’âme de Nora la soif d’un ailleurs. Les intérêts primant, cédera-t-elle aux avances de Michaël Dara, le marin devenu berger qui vit à quelques lieues et convoite à la fois les biens et la femme ? Mais c’est méconnaître la malignité du vieux Burke.

Et si la mort n’était qu’une ruse ? Si, soudain, s’éveillait le défunt, chahutant les vivants, que ferait Nora ?

Nathalie Bécue, dans une langue rocailleuse, fait d’une pièce féroce et drôle une parabole sur le destin. Passé la bourrasque, Nora va dérouler « ses rêves sous ses pas ».

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9 avr. 2018
9/10
27 0
Bourrasque est un de ces spectacles dont on mesure la chance qu'ils existent. Parce que Nathalie Bécue a fait un travail d'écriture très réussi, librement adapté de la pièce L’Ombre de la vallée, en reprenant l’argument tout en modifiant les enjeux et la portée.

Elle place le spectateur au plus près de l'atmosphère poétique qui a imprégné l'Irlande que John Millington Synge (1871-1909) nous a fait découvrir au XIX° siècle ... et qui est encore très vivante grâce à la modernité de la mise en scène de Félix Prader.

La distribution est habile, avec Nathalie Bécue, qui interprète Alice burke, et trois autres comédiens, Pierre-Alain Chapuis (Daniel Burke), Théo Chedeville (Michaël Dara) et Philippe Smith (John), tous différents, qui permettent d'apporter des points de vue parfois déroutants, maintenant le spectateur quasiment en haleine comme s'il était au coeur d'un thriller.

Le caractère primitif de la vie sociale si particulière des îles d’Aran en deviendrait presque "normal" dans un décor rustique, simple et familier.

Par un soir de violente tempête, que l'on entendra rugir derrière la verrière, Alice Burke veille son mari défunt, l’âpre et ombrageux fermier Dan Burke, comme le veut la coutume dans cette contrée reculée. Silence dans la chaumière isolée quand à la porte frappe un inconnu, nomade des collines, cueilleur d’histoires (Synge) qui ravive dans l’âme d'Alice la soif d’un ailleurs. Un autre homme bouscule les certitudes d'Alice, Michaël Dara, le marin devenu berger qui vit à quelques lieues et convoite à la fois les biens et la femme ? Et si, soudain, s’éveillait le défunt, chahutant les vivants, que ferait Alice ?

Le mort est sur scène, muet, cela va sans dire, mais bien présent tout de même. Sa femme lui rend hommage malgré les cahots qui ont chahuté sa vie. C'est une femme simple, qui a les pieds sur terre, capable d'un brin de fantaisie que l'on remarque dans le point de tricot du gilet qu'elle porte sur une robe bleu marine. Sans doute réalisé avec la laine de ses moutons.

Les paroles se bousculent au rythme des souvenirs et à la mesure des angoisses qui l'assaillent, comme des ressentiments qu'elle exprime ... toute seule. La tempête qui agite son esprit est semblable à celle qui souffle au dehors. Elle reconnait qu'elle ne sait plus où elle en est et s'assoit près de celui qui fut son homme.

Chaque mort serait une étoile qui scintille dans le ciel ... Au-delà de cette jolie image, Alice est confronté à l'absence de deux beaux enfants partis aux Amériques et aujourd’hui un mari qui part et à qui elle parle comme s'il était vivant et comme elle ne lui a sans doute jamais parlé, parce que jusque là elle n'osait pas. Tout bascule, ça vrille, comment c’est possible, possible, je suis en colère.

Elle refuse puis accueille la réalité et ... l'homme étranger, qui explique sa fonction : je cueille des mots. Et qui fait davantage en analysant les évènements. C'est lui qui le premier a un doute : Il est mort votre copain ! On dirait qu’il fait le mort.

Si effectivement la mort n'était qu'une ruse, pour permettre de débusquer la vérité vraie, à l'instar d'Orgon caché sous la nappe pour confondre Tartuffe.

La langue choisie par Nathalie Bécue est précise, poétique et féroce : Si je désentortille votre charabia. J’ai trop la trouille pour pas y aller... avant de se décider à dérouler ses rêves sous ses pas.

Faisons nous aussi le pas pour ne pas louper ce petit bijou qui se joue au théâtre de la Tempête jusqu'au 15 avril 2018.
17 mars 2018
9/10
10 0
Bourrasque jusqu’au 15/04 théâtre de La Tempête.
Mouvance de la destinée de Nathalie Bécue inspiré de l’œuvre de John Millington Synge dramaturge irlandais 1871- 1909. Mise en scène par Félix Prader.

Au premier instant nous sommes happés par un merveilleux poème invoquant la solitude, le chagrin des êtres perdus, la détresse, la tristesse, les regrets.
*« Pour chacun de tes morts, désigne une étoile… »
*« Pourquoi j’ai reçu cette vie ... au lieu d’attraper l’air transparent dans le bleu du ciel… rester là à attendre. »
Une atmosphère de conte, de poésie et de mystère nous enveloppe.
Un jour de grande tempête, au plus profond de la campagne irlandaise, nous pénétrons dans une sobre demeure. Il va se dérouler sous nos yeux pleins d’étonnement un conte tragi-comique.
Les personnages sont hauts en couleur.
*Un paysan, Daniel Burke, rustre et s’abreuvant de whisky pour oublier sa peur et la tristesse de la vie, simule sa mort pour espionner sa femme.
*Alice soumise à sa condition, se questionne sur sa vie passée et à venir. Tout en veillant son défunt mari.
*John, marcheur solitaire, poète, écrivain et avide de liberté écoutant et observant le monde, arrive à l’improviste dans cette demeure.
*Michaël ancien marin devenu berger est un étranger dans cette campagne isolée. Il va convoiter Alice pour s’intégrer dans ce monde hostile.
Tous ces personnages vont se révéler, nous raconter leur histoire parfois tragique, parfois cocasse.
Que veulent-ils devenir ? Prendront-ils leur destinée en main ?
Nous découvrons le sens de la fête, les rites et coutumes funéraires de la campagne irlandaise. Nous ressentons l’isolement de ses contrées, la vie rude et solitaire de ses habitants ainsi que le climat rigoureux et froid.
C’est à la fois violent et tendre, émouvant et burlesque.
Les comédiens nous émeuvent et nous transpercent le cœur.
9,5/10
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Un spectacle sublime et très prenant à l’écriture étonnante et captivante, aux jeux d’un brio stupéfiant. Un très grand moment de théâtre. A voir absolument.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor