Audience & Vernissage

Audience & Vernissage
Mis en scène par Anne-Marie Lazarini
  • Artistic Athévains
  • 45 bis, rue Richard-Lenoir
  • 75011 Paris
  • Voltaire (l.9)
Itinéraire
Billets à 30,00
Evénement plus programmé pour le moment
Réservation de tickets

Audience et Vernissage suivent, avec une distance ironique subtile, le double imaginaire de l'auteur – le dissident Ferdinand Vanek – confronté aux lâchetés et pressions quotidiennes des autorités, mais aussi à celles de ses proches qui l’appellent à trahir ses valeurs, à se conformer.

Le théâtre de Václav Havel est un théâtre qui n’affirme pas, ne sait pas. Un théâtre qui laisse voir la vertigineuse complexité et les nombreux paradoxes de l’individu… par le prisme d’un humour tout aussi sensible que redoutable !

 

Note rapide
7,5/10
pour 3 notes et 3 critiques
0 critique
Note de 1 à 3
0%
1 critique
Note de 4 à 7
33%
2 critiques
Note de 8 à 10
67%
Toutes les critiques
15 déc. 2016
7/10
26 0
Quelle mise en scène exquisement originale des deux pièces de Vaclav Havel !

Une fois les spectateurs assis sur les cageots de Pilsner Urquell qui font office de sièges, munis de coussins et d'invitations au "Vernissage" qui suivra, la salle se fait noire pour la première pièce : "Audience". A travers les vitres crasseuses du bureau du quidam ivrogne à la barre de la brasserie, le nœud de vipères se resserre petit à petit autour de Ferdinand, écrivain déclassé et forcé à ce travail pour survivre. Les mots se répètent et se ressemblent comme pour rendre le poison inodore lorsque le serpent se décide à cracher son venin : à mots couverts, l'homme propose à Ferdinand de moucharder pour lui. Refus de compromission dudit Ferdinand qui le mettra en colère et en désespoir face à sa propre lâcheté "vous, les intellectuels, même au fond vous êtes toujours le dessus du panier".

Puis l'on change de salle pour un nouveau décor : pression des "pairs" à se conformer, pernicieux discours de ceux "qui ne veulent que notre bonheur", résistance silencieuse de Ferdinand qui ne lâche rien mais qui se sent de plus en plus sommé, acculé à coopérer dans "Vernissage".

Sans connaissance de l'auteur et du contexte d'écriture au préalable, ces deux pièces peuvent paraître incomplètes mais s'il faut en dégager un message ces pièces sont autant de torches de liberté rappelant qu'aucun régime ne peut faire taire la résistance d'un homme qui écrit !

Une représentation aussi étonnante qu'intéressante !
8 déc. 2016
8/10
25 0
Ceux qui pourraient penser que l’univers de Vaklav Havel est marqué du sceau d’une époque révolue doivent aller d’urgence voir Audience et Vernissage à l’Artistic Théâtre.

Mises en scène par Anne-Marie Lazarini, ces deux pièces écrites en 1975 sont au contraire d’une étonnante actualité. Refus de la pensée unique, des idéologies pesantes et du matérialisme, le théâtre de Vaklav Havel secoue nos conformismes faciles et nos démissions par lâcheté. Isabelle est allée les voir et vous en parle sur le blog :

L’auteur (1936-2011) est né dans une famille aisée de l’ex-Tchécoslovaquie qui se voit dépossédée de tous ses biens en 1948 avec l’arrivée des communistes au pouvoir. Lui-même est taxé d’ "ennemi de classe" et doit arrêter ses études en 1951. Après divers petits boulots qui lui permettent de découvrir le théâtre comme éclairagiste puis dramaturge, il s’installe de plus en plus dans la dissidence. La répression du "Printemps de Prague" en 1968 est étouffée par l’invasion des troupes du Pacte de Varsovie, et les russes imposent la "normalisation".

Mais un vent d’espoir et de liberté a soufflé et même si les écrits de Vaklav Havel sont interdits en 1971, ils circulent sous le manteau. C’est cet esprit qui habite les deux pièces qui nous sont proposées en une seule soirée (avec un billet unique).

On s’imagine monter dans la salle de théâtre à l’étage mais l’ouvreuse nous guide vers le bas. Un escalier puis un autre, nous arrivons dans le sous-sol sombre où sont installés quantité de petites caisses en bois. Distribution de coussins et nous voilà tous assis dans la brasserie pour le début de la première pièce : Audience.

La lumière se fait et on aperçoit derrière des carreaux sales, Sladek (Stéphane Fiévet) assoupi sur un bureau recouvert d’une innommable quantité de bouteilles de bière. Il est réveillé en sursaut par Ferdinand Vanek (Cédric Colas) qu’il a convoqué.

Vanek est un écrivain dissident et, on le comprend vite, une sorte de double de Vaklav Havel. Le régime le contraint à un travail d’ouvrier pour le faire taire et l’abrutir. C’est un homme posé, réfléchi et bienveillant. Sladek de son côté est le prototype du petit chef roublard, pour lequel on ressent répulsion et pitié. Il est torturé par sa propre médiocrité qu’il tente de noyer dans la bière.
Nous assistons à un huis-clos oppressant entre les deux hommes. Sladek s’exprime à tort et à travers, s’échauffe, tente d’amadouer son interlocuteur, l’insulte, pleure. Au départ on ne sait pas trop où il veut en venir. Vanek l’écoute, respectueux, humain, dépité. Mais les choses se précisent et Sladek va proposer à son employé un marché de dupe...

La pièce prend alors toute son ampleur. Sladek représente la victime de l’idéologie, celui qui a fait profil bas face au régime et a perdu sa liberté intérieure: Ils ont peur de toi mon vieux, mais moi, on ne vient pas se renseigner sur moi, car moi on me tient. C’est toi qui tiens le bon bout.

Vanek au contraire incarne la résistance de celui qui veut «vivre en vérité». Il va donc refuser le marché : Monsieur, je vous suis très reconnaissant mais je ne peux pas m’associer à une pratique contraire à mes convictions.

Sladek admire et envie la droiture de Ferdinand. Il espérait le corrompre pour se sentir moins seul dans sa lâcheté : Monsieur a des principes, il s’occupe de rester blanc et propre. Vous tous les intellectuels, vous êtes le dessus du panier même quand vous êtes au fond.

Cette lucidité douloureuse de Sladek rend son personnage supportable. On sent que Vaklav Havel ne porte pas de jugement de valeur sur la personne en elle-même. Chacun fait comme il peut en fonction de sa force de caractère.

Changement de décor pour Vernissage. On nous invite à nous lever pour gagner l’appartement de Véra et Michael dans la pièce à côté. Ils ont invité ce soir-là leur ami de toujours, Ferdinand Vanek, pour lui montrer l’aménagement cossu de leur nouvel intérieur.

Anciens dissidents comme Ferdinand (toujours joué par Cédric Colas), Michael (Marc Shapira) et Véra (Frédérique Lazarini) ont cédé aux sirènes du matérialisme. Fiers de leur réussite et parés de leurs plus beaux atours, maquillée à l’excès pour Véra, ils exhibent leur bonheur domestique jusque dans l’impudeur. La caricature et le snobisme des personnages est source de rires.

Ils espèrent obtenir une réaction d’admiration et d’envie de la part de Vanek et aussi le pousser à suivre leur exemple. Nous te voulons du bien, que ta situation trouve enfin son dénouement. Mais cet étalage d’opulence y compris le décortiqueur d’amandes électrique (!) laisse ce dernier assez indifférent.
Véra et Michael se font insistants, l’enthousiasme se change en désarroi violent. Comme un disque qui déraille, certaines phrases sont répétées jusqu’à créer une impression de malaise. Une musique dérangeante scande ces redites et finit par émettre le bruit d’un vinyl rayé.

Ferdinand tente de partir mais Véra l’agrippe et le retient : Ferdinand, tu ne peux pas nous laisser tout seuls. (...) Nous avons compté sur toi pour rester la nuit, te faire voir le bonheur, une vie pleine de signification.

Mis en face de leur vacuité par le révélateur silencieux qu’est Ferdinand, le couple qui a renoncé à ses idéaux de jeunesse incarne la perte d’identité qu’impose la norme.

Entre comique et tragique, ces deux pièces de Vaklav Havel nous dérangent autant qu’elles nous stimulent. L’auteur n’a jamais renoncé à ses idéaux. Devenu un des personnages clef de la "révolution de velours", il sera élu président de la nouvelle République tchèque indépendante en 1990. Son œuvre théâtrale est le reflet de sa philosophie de vie, lui qui voulait que le théâtre soit la voix de la conscience des hommes.
9,5/10
29 0
Ces deux pièces en un acte de Václav Havel sont écrites en 1975, dans la lignée de ses autres pièces baignées par le théâtre de l’absurde et inspirées par son auteur de prédilection, Frank Kafka. Il y traite du fait social avec la puissance cynique et acerbe de son écriture aux gants de velours. Il y éclaire notamment de son propos les liens entre le théâtre et l’idéologie dominante, entre l’art et le pouvoir.

AUDIENCE décrit et dénonce les relations de subordination outrancière établies entre le chef Sladek et l'ouvrier Ferdinand Vanèk, à Prague en 1974. Ferdinand est l'ouvrier puni parce qu’il est un écrivain considéré comme subversif. Il n’a de cesse de faire de son humilité son lot, pour oublier de se voir tel qu’on lui demande d'être et de ne pas succomber aux violences mentales et physiques de ce totalitarisme implacable et vain. Le chef lui propose un marché de dupes aux élans salvateurs. Aussi perdus l’un que l’autre dans cet univers incroyable d’abus de pouvoir et de d’impossibles libertés, ils vont dévoiler peu à peu chez Sladek les dessous tordus de sa conscience corrompue. Avec un humour caustique et une dérision presque tendre, Václav Havel y excelle de son écriture incisive et sereine.

VERNISSAGE nous invite à une sorte de pendaison de crémaillère, chic et genre, d’un couple dégorgeant des valeurs morales de la culture dominante. Nous sommes affligés par cette démonstration ridicule de ces personnalités détruites à laquelle nous assistons hilares malgré nous. De la tristesse envahit nos regards et de la rage étourdit notre écoute devant ces clichés pontifiants, appris par cœur ou à corps défendant, propres à l’époque, à Prague ou ailleurs. De nouveau, Václav Havel écrit avec une cruelle clairvoyance l’état dans lequel des hommes et des femmes ont été soumis par le pouvoir de la bienpensance qui n’a de libre que le mot sur l’effigie des frontons et de créatif que le titre des stages qu’ils ont pu subir. Heureusement, l’absurde des situations permet la distance et l’humour des textes d'entrevoir la couleur de l’espérance lointaine mais possible.

La folie traverse les deux pièces. Elle implose et détruit le chef Sladek au rythme lent des bouteilles de bière qu'il ingurgite. Elle explose chez Véra et Michael dans ce couple qui extravertit sa quête de reconnaissance d'une normalité qu'ils revendiquent, tentant d'imposer à Ferdinand de s'y plier. Seul Ferdinand, digne double théâtral de Václav Havel, restera l'observateur imperturbable de ces consciences déchues, broyées et formatées par le pouvoir en place.

Les comédiens Cédric Colas (Ferdinand), Stéphane Fiévet (le chef), Frédérique Lazarini (Véra) et Marc Schapira (Michael) sont justes remarquables. Ils servent le texte avec une simplicité déroutante presque dérangeante tant ils nous le rendent proche, nous faisant complices par le rire de ce qui devrait nous révolter. Ils nous montrent l’incongruité et la cocasserie de chacune des situations par une redoutable délicatesse caustique et mettent en valeur la puissance insolente des mots.

La mise en scène audacieuse et incisive d’Anne-Marie Lazarini nous installe dans l'entrepôt de la brasserie, assis sur des caisses, face au bureau de verre où se joue AUDIENCE puis dans le salon de l'appartement de Véra et Michael où se joue VERNISSAGE. Elle apporte aux situations une épure efficace, laissant aux comédiens tout le soin de nous entreprendre avec les textes qui nous touchent ainsi avec plus de force, nous ouvrant les portes de la réflexion et nous proposant des moments de théâtre simples et passionnants.

Un spectacle composé de deux pièces différentes et intéressantes, au fil conducteur de la pensée insoumise, dont nous sortons réjouis. Une réussite de théâtre militant, accessible et drôle.
Votre critique endiablée
Nos visiteurs sont impatients de vous lire ! Si vous êtes l'auteur, le metteur en scène, un acteur ou un proche de l'équipe de la pièce, écrivez plutôt votre avis sur les sites de vente de billets. Ils seront ravis de le mettre en avant.
Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor