Après la répétition

Après la répétition
De Ingmar Bergman
Mis en scène par Nicolas Liautard
  • Théâtre de la Tempête
  • Route du Champ-de-Manœuvre
  • 75012 Paris
  • Château de vincennes (l.1)
Itinéraire
Billets de 12,00 à 28,00
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A l’issue d’une répétition, le metteur en scène Henrik Vogler, plongé dans ses pensées, est surpris par le retour d’Anna Egerman, jeune comédienne passionnée.

Vogler a été autrefois l’amant de sa mère, Rakel Egerman, décédée depuis dix ans. Anna lui fait part de la haine qu’elle éprouve pour elle, ainsi que de ses propres incertitudes de comédienne. Surgit alors du passé Rakel Egerman, célébrité déchue, qui fait reproche à son ancien amant de ne plus lui confier que des rôles insignifiants.

Deux espaces-temps coïncident… A son départ, « l’aventure mentale » reprend avec Anna, mettant en jeu, avec ambiguité, charme et manipulation. L’ oeuvre oscille subtilement entre imaginaire et réalité, impromptu filmé et théorie de l’art, théâtre et cinéma. Après Scènes de la vie conjugale, Nicolas Liautard propose une adaptation scénique du film de Bergman. Il poursuit ainsi son « étude de l’intime », qui puiserait sa vérité dans l’expérience propre des interprètes : les personnages sous les personnes, et les personnes sous les personnages.

Cette « confusion », ou indétermination, est à la fois un principe esthétique et la condition du plaisir pour un spectateur devenu témoin.

 

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16 mai 2017
7,5/10
7 0
Quand on est passionné de théâtre on est toujours plutôt exigeant quant aux reprises de grands classiques. J'avais vu le Misanthrope dans la mise en scène de Nicolas Liautard à Clamart et j'avais beaucoup aimé le modernisme dont il avait fait preuve dans sa mise en scène.

C'était en 2011 et malheureusement je n'ai pas eu l'occasion d'assister à aucun de ses autres spectacles depuis, et en particulier Scènes de la vie conjugale que j'aurais beaucoup aimé voir. Après la répétition, qui est un autre texte de Bergman, forcément, m'intriguait, d'autant qu'il joue lui-même le rôle de Henrik.

A l’issue d’une répétition, le metteur en scène Henrik Vogler, plongé dans ses pensées, est surpris par le retour d’Anna Egerman, jeune comédienne passionnée qui lui fait part de ses incertitudes professionnelles et personnelles, et aussi de la haine qu’elle éprouve pour sa mère, Rakel Egerman, comédienne elle aussi, décédée depuis dix ans. Anna l'ignore mais Vogler a été autrefois l’amant de sa mère, ... qui soudain surgit du passé pour faire reproche à son ancien amant de ne plus lui confier que des rôles insignifiants. Deux espaces-temps se bousculent alors …

C'est un huis-clos mais le plateau est ouvert, dans une sorte d'absence de décor, en tout cas tel que le conçoit un spectateur. Les théâtraux reconnaitront l'espace familier des séances de travail : une table, la lampe dite d'architecte, qui permet de diriger le faisceau de lumières sur les notes de mise en scène, des chaises, et l'inévitable et rustique machine à café.

Coté son, plusieurs hauts-parleurs diffusent un son qui est censé venir soit de jardin, soit de cour, soit d'une pièce située derrière la scène. Des micros d'ambiance auraient pu suffire mais on a préféré équiper les comédiens de micros serre-tête, qui imposent, à mon avis, un gros travail de la part d'un ingénieur du son confirmé et sans doute un retour pour que les acteurs s'entendent sur scène.

Ce qui m'a gênée et peut-être aussi parce que j'étais au premier rang, c'est qu'il m'a été très difficile d'oublier ces engins et de me laisser emporter par la situation, c'est-à-dire de douter qu'ils soient en représentation. Ces micros, au demeurant inutiles dans une salle de dimensions aussi modeste que la salle Copi semblaient dire deux choses : nous ne sommes pas capables de chuchoter et de nous faire entendre, et surtout nous sommes des acteurs, sous-entendu, ne vous y trompez pas, ne vous laissez pas abuser. Leur visibilité nous rappelle que la scène n'est pas la vie. Pourquoi pas, après tout.

Pourtant, il y a d'autres moyens de signifier la distance. Par exemple plusieurs scènes sont jouées de profil et le public se sent alors en position de voyeur. On y croit alors parfaitement. On est bien après une répétition, au moment où les actrices (car ce sont le plus souvent les femmes qui se posent le plus de questions) cherchent à grappiller quelques indications supplémentaires du "metteur", dans un jeu qui alors est à la limite de la séduction, ... ou de la tyrannie dira Bergman.

Il demeure que les dialogues sur le théâtre et le jeu d’acteur sont aussi intéressants à suivre que le sont les interprétations des comédiens. Nicolas Liautard avait indiqué qu'il travaillait beaucoup à partir d'improvisations, lors de la présentation de saison de la Tempête il y a quelques mois. Et c'est ce qui donne autant de force à ce qui nous est montré, en terme de direction d'acteurs.

Interpréter lui-même le rôle du metteur en scène est tout à fait cohérent et on peut imaginer qu'il y a mis beaucoup de lui. En tout cas je n'ai pas perçu cette tyrannie dont il est question plus haut parce que le questionnement sur la méthode de jeu domine. De ce point de vue ce spectacle est totalement réussi.
Cette pièce d’Ingmar Bergman, dont la force apparait plus puissante que son film de 1984 dont elle est tirée, relève d’une cérémonie du mensonge transgressif auquel seul le Théâtre peut se permettre de nous faire croire. Nous assistons au spectacle du Théâtre raconté par lui-même, les artistes glissant de cour à jardin sur les regards furtifs qu’ils jettent aux miroirs de nos vies et de celles de leurs personnages.

Henrik se retrouve dans sa loge après la répétition. Il réfléchit à sa mise en scène. La jeune comédienne Anna vient perturber sa quiétude et engage avec lui un pas de deux émouvant et tragique où l’amour se confond à la séduction, le désir à la confidence, comme le bien au mal.

Le passé ressurgit. Rakel, la mère d’Anna, célèbre comédienne décédée, traverse les discussions entre sa fille et celui qui fut l’amant de sa mère. Rakel apparait sur le plateau et entreprend avec Henrik un échange houleux où reproches et désirs s’entremêlent.

Est-ce un songe, celui qu’Henrik aurait eu peut-être s’il avait fait sa sieste quotidienne ? Est-ce le mensonge coloré qu’il révèle à Anna pour couper court à cette relation naissante, destructive si elle ne se tait pas. Est-ce un savant mélange troublé de deux réalités montrées en parallèle, se moquant de la temporalité mais s’imposant dans le même espace ?...

Qui sait ?... Faut-il le savoir ?

Il y a toujours un plaisir impatient à se laisser engloutir dans les antres du Théâtre, se laisser prendre dans ce torrent de délices de sensations. Ressentir, réfléchir, aimer ou haïr par truchement.

Vivre juste quelques instants dans les entrailles de ces mises en abyme aux multiples facettes qui avec elles, entrainent celles des comédiens et de leurs paradoxes. Ceux-là même qui déjouent en les jouant les rouages de leurs doutes, de leurs fragilités et de leurs dévotions passionnées à cet art.

Art ô combien royal parmi les arts tant il est des plus vivants qu’il soit dans la représentation de la vie et la transcendance de la mort, de la crudité du réel et de la nudité de ses images. Nos fantasmes et nos désirs, nos peurs et nos aspirations, nos combats et nos valeurs, tout ce qui est « nous » peut se voir représenter alors.

La mise en scène de Nicolas Liautard fait le choix d’une épure de moyens, d’un dépouillement qui concentre notre regard et de notre écoute sur les comédiens et les relations entre les personnages, eux-mêmes pris dans la représentation d’un imaginaire sans linéarité, sans autre importance que les émotions échangées. Un travail de direction de jeux précis. La flagrance voire l’urgence dans les propos, les voix épurées d’effets, parfois sonorisées pour troubler plus encore les sensations parmi les images, le présent avec le passé, le vrai avec le faux.

L’ensemble nous emporte dans une échappée belle, dans une envolée poétique et mystique.

Les trois comédiens Sandy Boizard (impressionnante et pathétique Rakel), Nicolas Liautard (crédible et déroutant Henrik, metteur en scène amoureux éperdu du Théâtre plus que des humains) et Carole Maurice (espiègle et émouvante Anna dans la quête de sa perte) nous offrent des jeux simples et sincères, intenses et sensibles. Ils nous touchent, nous rusent et nous plaisent.

Un spectacle captivant et agréable au service d’une partition de Bergman riche et prenante. Superbe !
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor