Amphytrion

Amphytrion
De Molière
Mis en scène par Guy-Pierre Couleau
  • Théâtre 71 Malakoff
  • 71, passage du Théatre
  • 92240 Malakoff
Itinéraire
Billets de 11,00 à 30,00
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Attention, les Dieux descendent sur terre semer la zizanie ! Jupiter, le dieu des dieux, est tombé amoureux de la mortelle Alcmène.

Pour la séduire, il prend les traits de son époux, Amphitryon, pendant que ce dernier est parti au combat. Le fidèle Mercure, lui, contrefait Sosie, le valet de la maison. Le subterfuge est divin, jusqu’au moment où le vrai Sosie revient…et tombe nez à nez avec cet « autre moi ».

Quand les modèles font face à leurs imposteurs ou quand leurs femmes préfèrent à l’original sa copie, on peut faire confiance à Molière pour multiplier quiproquos, doubles sens et faux- semblants. Dans cette longue nuit des sosies, il nous prête à rire de ces dieux manipulateurs et voyous, de ces hommes dupés et incapables de distinguer le vrai du faux. Une comédie subversive et cruelle sur la manipulation et la perte de toute certitude.

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1 avr. 2017
7/10
9 0
Un voyage dans le temps. La compagnie Oghma m’a fait faire un voyage dans le temps, hier soir, au Théo Théâtre, avec cette représentation étrange d’Amphitryon.

Dès l’entrée dans la salle, l’ambiance s’est installée, une rampe de bougies pour éclairer la scène, deux portants, à cour et à jardin, qui avanceront et reculeront pour faire varier l’éclairage.

Sosie s’est avancé, en costume. Sosie s’est exprimé, face aux spectateurs, dans une langue au phrasé étrange, telle que la parlaient les français de la cour de Louis XIV.

Je n’ai pas vu un voyage dans le temps, j’ai fait un voyage dans le temps. Je n’étais pas spectateur d’une intrigue se déroulant dans un temps passé, futur, parallèle ou uchronique. J’étais le voyageur, arrivé à Versailles, assistant à une représentation.

Eclairage à la bougie, pas d’éléments de décor, les acteurs jouent face au public et ne se regardent jamais, ils entrent en marchant et sortent à reculons, ils expriment leurs émotions presque comme des clowns le feraient. Ils déclament. Dans une langue qu’on arrive à comprendre si on en fait l’effort.

C’est ça, mon interrogation face à cette pièce. J’ai admiré le jeu des acteurs, la mise en scène, j’ai trouvé leur travail de reconstitution fantastique. Mais j’ai rapidement laissé tomber l’effort de compréhension continue du texte, comme quand je regardais les premiers épisodes de Fawlty Towers, je saisissais des bribes suffisante pour suivre l’histoire, insuffisantes pour en saisir le sel. Ma voisine s’est même assoupie sous l’effet de la chaleur, salle presque pleine et bougies, la chaleur est rapidement montée, et l’atmosphère était un peu étouffante.

En sortant, je me suis dit que j’aurais pris un immense plaisir, au détour de la visite d’un château, à croiser la troupe jouant dans le théâtre, prendre la représentation en cours, en goûter 30 minutes, et poursuivre mon chemin.

Pourtant l’exercice est intéressant, presque fascinant.

Si vous voulez voyager dans le temps, retourner au 18ème siècle, allez-y, vous ne serez pas déçu !
8 déc. 2016
9/10
25 0
Avec Amphytrion, Guy-Pierre Couleau poursuit dans l'univers onirique installé sur la scène du Théâtre du peuple de Bussang où nous avons vu cet été le Songe d'une nuit d'été. Je devrais écrire le contraire parce que la création de cette pièce est antérieure (octobre 2015 à la Comédie de l’Est à Colmar) mais je ne les ai pas vues dans l'ordre.

Il faut dire qu'il travaille avec la même équipe (notamment Laurent Schneegans aux lumières, Delphine Brouard à la scénographie) et qu'ils ont l'art de la suggestion avec un décor efficace tout en libérant le plateau.
Sitôt sa nuit de noces avec Alcmène consommée, Amphitryon, général thébain, quitte sa jeune épouse pour aller guerroyer. Le dieu Jupiter, amoureux de la belle mortelle, profite de l’occasion pour se glisser dans son lit sous les traits du mari. Son allié Mercure monte la garde, après avoir pris l’apparence de Sosie, valet d’Amphitryon. Mais celui-ci est de retour au palais, précédant son maître pour annoncer sa victoire... et tombe nez à nez avec cet "autre moi".
Dès lors, la pièce repose toute entière sur le motif du double et du miroir. Entre quiproquos, malentendus et rebondissements, Molière invente une fantaisie mythologique à grand spectacle, où les dieux descendus sur terre, rusés et manipulateurs, sèment la confusion et s’amusent aux dépens des humains, dupés de bout en bout et incapables de distinguer le vrai du faux.
Quand la pièce commence, le spectateur est dans une profonde obscurité, dans une ambiance de science fiction formidablement restituée, justifiant la phrase de Molière : les poètes vont à leur guise.

La Nuit (Jessica Vedel) a les traits d'une femme fatale, dans un corps très sensuel, en toute logique avec la thématique de la tromperie. Les dieux sont des divinités obscures venant perturber le cours de la vie des hommes et leurs apparitions s'effectuent comme par magie à la faveur d'un nuage de fumée, venant parfois des cintres (le ciel), parfois d'une trappe dissimulée dans le plancher (l'enfer). La scène est surélevée et pourvue d'escaliers dans la tradition du théâtre de tréteaux.

Il faut se laisser porter par les images, splendides, tout en écoutant avec attention le texte de Molière qui pourrait bien être toujours d'actualité. Guy-Pierre Couleau a raison de souligner combien nous devons être vigilants face aux tyrans qui gouvernent avec toute puissance, en se considérant comme égaux à des dieux.

Molière avait assimilé les leçons de Galilée (qui était son contemporain) : en prouvant que la terre n'est pas au centre du monde on questionne aussi la place de l'homme qui pourrait donc s'affranchir de la soit disant volonté divine (et des puissances politiques). Car la pièce le démontre, les dieux mentent et peuvent nous faire perdre notre identité. Regardons ce qu'il advient de Sosie, créé par Molière lui-même et que Luc-Antoine Diquero interprète avec toute la subtilité nécessaire. Il devient une marionnette, à deux doigts de la folie : me faut-il renoncer à moi-même ?

Si, depuis notre fauteuil nous voyons l'imposture qui concernera aussi Amphytrion (François Rabette), pauvre innocent époux qu'il faudra regarder en coupable, avons-nous la même clairvoyance dans la vraie vie ? Les masques parviennent-ils à tomber aussi rapidement qu'au théâtre ?

Le travail de Laurianne Scimemi participe à cette réflexion puisqu'elle a choisi d'habiller les humains en costumes qui nous sont contemporains alors que les dieux sont représentatifs du courant steampunk, d'où le sentiment que nous avons d'osciller entre réalité et science-fiction.

La bande-son est elle aussi juste parfaite, avec la voix rauque de Terez Montcalm reprenant Je n'attendais que toi (créée par Charles Aznavour et Mama Béa pour le film Édith et Marcel en 1983) :
Je n'attendais que toi / Moi rêvant d'absolu / De choses impossibles / Moi venant de la rue / Sortant de l'inconnu / Qui espérait mon roi / Ce héros invincible ...

Avec Klaus Nomi, et puis aussi cet air jazzy à souhait, enfin paisible, à la toute fin du spectacle, accompagnant des pas de danse : Dites-moi étoile, pourquoi je vous regarde? / Les étoiles les étoiles les étoiles / Dites-moi, étoile qui vous regardera ?… que Melody Gardot chantait déjà en 2009 sur l'album My One and Only Thrill.

Des rires peuvent fuser dans la salle par moment mais sur scène on comprend que les dédoublements perturbent la raison des personnages, nous offrant aussi une réflexion fine sur la question de l'identité.

Après John M. Singe, dont Guy-Piere Couleau avait monté La fontaine aux saints et Les noces du rétameur en 2010, puis l'année suivante Le baladin du monde occidental, il s'est attelé avec autant de bonheur au répertoire de Molière et de Shakespeare. Quel sera son prochain choix ?
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor