Am Königsweg

Am Königsweg
De Elfriede Jelinek
Mis en scène par Falk Richter
Avec Idil Baydar
  • Idil Baydar
  • Benny Claessens
  • Matti Krause
  • Anne Müller
  • Théâtre de l'Odéon (théâtre de l'Europe)
  • Place de l'Odéon
  • 75006 Paris
  • Odéon (l.4, l.10)
Itinéraire
Billets de 6,00 à 40,00
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“Attention, place au nouveau roi!” La nuit même où Donald Trump était élu président des États-Unis, Elfriede Jelinek a entamé l’écriture de sa nouvelle œuvre.

Mais Am Königsweg est très loin de se réduire à un règlement de comptes entre le “génie stable” du milliardaire américain et l’écrivaine autrichienne, prix Nobel de littérature 2004: elle est lapièce politique du moment.

Peu importe le nom réel du dernier souverain en date, il porte ici assez de titres – il est le champion, le vainqueur, le guide, le triomphateur, le père, le mâle, le sauveur, le dieu.

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25 févr. 2019
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Prima !

Elfriede Jelinek et Falk Richter nous donnent une leçon de dramaturgie en nous soumettant une vraie réflexion concernant nos pseudo-démocraties...

Rarement, il m'a été donné de voir un spectacle contemporain aussi lucide, aussi percutant, aussi acéré, ayant pour sujet la triste situation politique mondiale actuelle.
Car c'est bien de cela dont il va être question durant ces trois heures et trente minutes.

Le point de départ est assez simple et factuel : un certain Donald Trump arrive à la tête des USA. La nuit même de cette élection, Elfriede Jelinek, prix Nobel de littérature 2004, entame l'écriture de cette pièce.

Bien entendu cette surréaliste mais bien réelle prise du pouvoir étatsunien par le milliardaire blond permet à l'auteure autrichienne de mettre en perspective tous les fléaux qui affectent notre monde globalisé : autoritarisme, néo-fascisme, violence, exclusion, mais aussi rejet de l'autre, de la différence, haine de la pensée et des mots au profit du divertissement décérébrant.

Et puis il y aura autre chose. Elle ne va pas s'arrêter là, Frau Jelinek.
Il sera question de responsabilité collective. Dans l'affaire, nous sommes tous coupables : comment pouvons-nous faire en sorte que tous ces phénomènes arrivent, faisant revenir de terribles mécanismes historiques au sentiment de « déjà-vu » ?
Quelle faute est celle des peuples de laisser arriver au pouvoir néo-fascistes, populistes, démagogues de tout poil et autres tyrans (au sens étymologique grec) ?
L'auteure et le metteur en scène Falk Richter vont nous montrer cette faute, et les mécanismes qui font qu'elle est devenue possible.

C'est cette auteure qui entre sur la scène de l'Odéon, incarnée par l'impressionnante Ilse Ritter, accompagnée bientôt d'un choeur de voyants-aveugles.
Ils nous disent-prédisent ce qui va se passer. Nous, nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas.
Le neuf pour le neuf, la volonté de changement permanent, le poids écrasant des banques, la crise des subprimes, la montée en puissance des religions, la démagogie ambiante, la force des réseaux sociaux...

La métaphore de l'aiguille sera très parlante : si l'on veut se planter une aiguille dans un œil, il faut fermer les deux pour justement ne pas voir arriver cette aiguille.

Et puis le Roi, le Despote pas du tout éclairé arrive sur le plateau, préparant son règne.

Grotesque et fascinant, repoussant et hypnotisant, pathétique et trépignant, vulgaire et bling-bling. Un grand vilain gosse trop gâté...
Benny Claessens est ce tyran-là, éructant, braillant, gesticulant, chantant (très bien...), en chemise rose à jabot et caleçon noir, en somptueux manteau d'hermine, une dérisoire mais bien réelle couronne sur la tête, des gants de Mickey à quatre doigts aux mains...
Le comédien est extraordinaire d'abattage, de folie, de drôlerie au second degré. Ses adresses au public, ses improvisations font mouche (le passage consacré à Karl Lagerfeld est un grand moment !) Quelle force comique, quelle énergie !

La démesure, le chaos permanent vont régner sur le plateau. Un foutoir totalement maîtrisé. Nous verrons aussi Kermit la grenouille, les petits vieux du Muppet Show, des chanteurs de country, des animaux empaillés pleurant du sang eux aussi... Car le résiné coulera... Souvent...

Autre grande interprétation, celle de Idil Baydar, qui campe le personnage haut en couleurs de Gilet Aïcha.
L'Autre ! La migrante. Celle qui n'est pas comme nous.
Tout du moins, l'image de cette immigrée qu'ont de plus en plus de « petits-blancs » et notamment de "jeunes petits-blancs"...
En jogging à grosses paillettes siglé Louis-Vuitton, elle est irrésistible à débiter des horreurs, des lieux communs, des caricatures de plus en plus courantes, ces visions décomplexées du racisme ordinaire.
La comédienne est elle aussi à la fois hilarante et glaçante.

Notamment lorsqu'elle demande à Siri, l'assistant vocal d'Apple, de lui raconter l'histoire de la classe ouvrière oubliée.

La mise en scène de Falk Richer est fulgurante, foisonnante, permettant ainsi aux sept comédiens de restituer le texte dans toute sa sidérante et fascinante démesure.

Aucun dialogue n'émaille le texte. Seuls des monologues plus ou moins longs sont interprétés. C'est avec les spectateurs qu'un échange implicite se met en place. La tentation est parfois grande de répondre aux acteurs, notamment pour les premiers rangs. C'était mon cas.

Des images vidéo projetées en fond de scène nous montrent le monde chaotique tel qu'il ne va pas...
Terrifiant...
Avec notamment la une du Spiegel montrant Donald ayant égorgé Lady Liberty...

C'est un spectacle grandiose, hallucinant, qui raconte le présent, qui interroge l'actualité et la contemporanéité, qui NOUS interroge, qui nous interpelle, qui nous provoque !

Et le pygargue à tête blanche américain de dominer en permanence le plateau...
Allez, Mister Trump, la mèche est dite !
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor