1988 Débat Mitterrand Chirac

1988 Débat Mitterrand Chirac
Avec Jacques Weber
  • Jacques Weber
  • François Morel
  • Théâtre Antoine
  • 14, boulevard de Strasbourg
  • 75010 Paris
  • Strasbourg Saint Denis (l.4, l.8, l.9)
Itinéraire
Billets de 18,00 à 60,00
À l'affiche du :
11 mars 2019 au 11 mars 2019
Jours et horaires
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l m m j v s d
    • HORAIRE
    • 20:00
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« Vous avez tout à fait raison monsieur le Premier Ministre… »
« Vous n’avez pas le monopole du cœur, vous ne l’avez pas… »
« Vous avez tendance un peu à reprendre le refrain d’il y a sept ans, l’homme du passé ». Il est quand même ennuyeux que vous soyez devenu, vous, dans l’intervalle, l’homme du passif. »

 

Ces phrases ont rejoint dans nos mémoires les répliques célèbres de notre littérature et plus particulièrement de notre répertoire théâtral.
Les débats sont des rituels réglementés et mis en scène. Ils traversent à leur manière les grandes préoccupations d’un peuple et de son histoire ; à distance on y retrouve la forme et les traits d’une époque.
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3 mai 2017
9/10
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Aujourd’hui fait partie de l’histoire de demain.

A la veille du débat politique opposant Emmanuel Macron à Marine Le Pen, le théâtre de l’Atelier entame pour 6 représentations exceptionnelles « 1988 LE DÉBAT, MITTERRAND – CHIRAC ». N’étant pas née lorsque ce débat eu lieu, c’est donc Jacques Weber (F. Mitterrand) et François Morel (J. Chirac) que je suis allée voir : j’ai assisté à une leçon d’Histoire.

Tout deux hommes « de » et « au » pouvoir sortant d’une cohabitation de deux ans, F.Mitterrand et J.Chirac débattent sans s’épargner avec force de conviction, effronterie et charisme. Jacques Weber, mains allongées sur la table, lunettes au bout du nez et regard absent prend cet air hautain d’un autre temps et discrédite son « premier ministre » : il domine et reste maître sans hausser le ton. François Morel très droit et très figé tente de prendre la main sur ce débat difficile et s’emporte un peu, parfois. Les deux acteurs sont investis et sérieux pourtant c’est le rire qui s’immisce très vite dans l’auditoire pour y rester tout le long de la représentation. Un rire bienveillant et communicatif, un rire libérateur et presque joyeux. La salle goûte à ce débat avec plaisir. Mais alors quoi ? Le débat d’hier était-il moins empreint de gravité que celui aujourd’hui ? Les enjeux étaient-ils moindres et les clivages idéologiques moins importants ? Comment s’expliquer ce rire dans une salle de théâtre de ce qui fut un débat comme celui auquel nous assisterons ce soir ?

C’est que le public ravi se remémore la joute verbale magnifique que fut ce débat, l’esprit et l’intelligence de deux hommes qui se font face avec des mots pour seul arbitre. Le recul donne cette liberté sur des sujets que l’on croit voir de loin dans la lorgnette du passé quand soudain resurgit un thème bien actuel, une interrogation bien présente. Il sera intéressant d’écouter ce soir sur tous les sujets abordés, ce que Marine Le Pen et Emmanuel Macron partageront d’opinion avec les candidats de 1988 et cette piqûre de rappel me donne le sentiment qu’il faut connaître son histoire pour ne pas se « trumper ». Certains passages de fond, où les deux candidats dévoilent leur parti pris m’ont interpellée, certains bis repetita m’ont donné le vertige (propos durs de J. Chirac sur l’immigration, remise en question de la presse, crise de Nouvelle-Calédonie contre Guyane aujourd’hui).

Le peuple est toujours un devenir qui avance et le passé cette lumière douce et âcre qui lui tend s’il veut ouvrir les yeux le flambeau de la réflexion. En cela le théâtre : lieu de créations, lieu d’émotions, lieu de mémoire, lieu de divertissement, lieu d’éducation est une arme républicaine puissante pour mêler la politique et l’apolitique au cœur de la cité. Sans prendre parti, sans être militant c’est au sens de l’histoire, c’est à ce que nous voulons être au monde individuellement et collectivement que l’on nous donne à réfléchir.

La culture est pour moi un phare qui partout peut élargir les esprits et créer des liens. C’est une éthique, une philosophie de vie que de croire en la culture comme moteur d’inclusion et je fais mienne cette vision pour les années à venir. Merci au théâtre de l’Atelier, au théâtre Montansier et à tous les porteurs du cycle « à haute voix » pour ce cycle de spectacles exigeants et audacieux.

Aujourd’hui fait partie de l’histoire de demain.

[3 mai 2017- Ecrit et publié dans l’attente du débat de ce soir, état d’esprit éphémère qui vu l’enjeu sera sûrement tout autre après]
9,5/10
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Pouvions-nous imaginer qu’un débat entre deux hommes politiques puisse faire l’objet d’un spectacle aussi dense, drôle et captivant ? Sans mimétisme ni imitation, Jacques Weber et François Morel se saisissent des propos de cette joute désormais célèbre d’avril 1988 et incarnent les deux hommes d’état en jouant devant nous toute la mystique du propos politique, la fragilité de sa crédibilité et le comique de ses malices.

Il y a quand même de quoi s’inquiéter d’entendre aujourd’hui ces sujets de naguère revenant aussi crument interpeller l’actualité, la vanité des promesses et de leurs ambitions. La vie de la Cité passée au filtre du temps se révèlerait donc un perpétuel recommencement des interrogations sur le sens de l’histoire de l’humanité, entre finalité et hasard, entre décadence et progrès, entre aspiration au bonheur et recherche de puissance ?

Que cette joute est drôle. Même si nous la savons réelle, nous ne pouvons pas nous empêcher de rire des traits comme dans une pièce de Courteline. Nous sommes surpris de nous esclaffer des ruses plus flagrantes aujourd’hui qu’elles n’étaient perçues sans doute alors. Nous nous faisons prendre au piège du sérieux des messages, les recevant comme autant d’incantations grotesques tant le jeu des comédiens, par la transcendance des codes que le théâtre permet, les défont de leur noblesse d’apparat pour les rendre simplement accessibles et de fait, peu crédibles, peut-être risibles.

Que déclament-ils donc ces deux-là ? À qui s’adressent-ils en définitive ? Sommes-nous devant des discours pour l’histoire comme celui d’Aristote sur « la cause finale », les écrits d’Hegel sur « l’esprit absolu », ceux de Marx sur « le matérialisme historique » ou le discours de Martin Lutter King « I have a dream » lors de la marche sur Washington ?

Non bien sûr et pourtant, il y a bien là, dans les textes comme dans les postures, une visée historique dans une forme adresse à la grandeur de la nation. À l’instar de Clemenceau ou Jaurès au siècle dernier ou de Mélenchon aujourd’hui, il y aurait comme une tentative d’apparaitre tribun parmi les tribuns, au-delà des petites phases et des grandes envolées.

Nous ne sommes pas dans un Speaker’s Corner de Hyde Park ni dans une discussion de famille devant la cheminée du salon, nous sommes au Théâtre. Nous assistons à une pièce qui rejoue un débat télévisé mythique et nous nous interrogeons, avant le 2ème tour des présidentielles 2017, à l’acte politique à venir, à sa vanité ou à sa nécessité car derrière le rire il n’y avait pas les larmes… Il y avait et il y a toujours le sentiment d’appartenance à la Cité, la certitude de se sentir citoyen.

Un spectacle sous la forme d’une expérience théâtrale inédite et audacieuse. Admirablement joué par François Morel, Magali Rosenzweig et Jacques Weber, avec la finesse nécessaire et le talent de nous faire rire et réfléchir tout le long. Moment mémorable.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor