1984 (Belgique)

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Imaginez… Un monde où la technologie permet à certains de connaître nos moindres faits et gestes, nos moindres pensées. Imaginez…

Une nation énorme dirigée par un fantoche au vocabulaire restreint qui assène avec aplomb les contre-vérités qui le servent. Imaginez…

Ce même fantoche qui assoit son pouvoir sur les sentiments primaires du peuple : haine, rejet de l’autre, réflexe sécuritaire. Imaginez… Un travail sur le langage qui empêche l’expression de toute idée complexe. Imaginez… Des médias qui diffusent volontairement des fake news pour manipuler l’opinion publique à des fins politiques. Un peuple gavé de malbouffe qui a oublié les saveurs les plus simples. Une pensée basée sur l’affirmation au détriment de la réflexion.

Des individus isolés, coupés d’eux-mêmes. Et parmi eux, quelques-uns décidés à se battre contre le système. Prêts à mourir. Prêts à commettre des actes pouvant entraîner la mort de centaines d’innocents. Les utopies sont souvent dédaignées par le monde politique qui les considère comme irréalistes.

Qu’en est-il des dystopies ? Doivent-elles aussi être considérées comme irréalistes ? Dans ce chef-d’œuvre d’anticipation, George Orwell imagine un monde qui fait froid dans le dos. Et si sa seule erreur était de l’avoir situé en 1984 ?

 

Théâtre royal du parc
3, rue de la Loi
BRUXELLES
Belgique

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9 mars 2019
9,5/10
29
Bienvenue dans le Bloc C-36 !

Big Brother vous regarde ! Encore et toujours.... Plus que jamais !

Thierry Debroux, par ailleurs directeur du Théâtre Royal du Parc, à Bruxelles, a eu l'excellente idée d'adapter pour le théâtre le chef d'oeuvre de George Orwell, écrit en 1949.
Un roman qui connaît ces dernières années des records de vente, comme si le propos orwellien était de plus en plus d'actualité, comme si la société de surveillance que l'auteur britannique décrit était bel et bien en place.

Dans le livre, c'est un narrateur qui raconte les mésaventures de Winston Smith, un modeste employé, nous décrivant puis tentant de combattre la société totalitaire et policière, inspirée du nazisme et du stalinisme.

Thierry Debroux a donc dû trouver un procédé dramaturgique afin de passer du roman à la forme théâtrale.
Il a adjoint au personnage de Smith (l'excellent et totalement convaincant Fabian Finkels) le personnage de la « mauvaise pensée », interprété par le formidable Guy Pion.
Le duo fonctionne à la perfection, nous faisant comprendre les doutes, les angoisses, puis nous permettant de saisir les motivations et les mécanismes de la révolte qui vont animer le modeste employé.

Le metteur en scène Patrice Mincke s'est appuyé en grande partir sur la magnifique et très astucieuse scénographie de Ronald Beurms.
Nous verrons dans la première partie le bloc C-36, un gigantesque cube constitué d'espèces de containers, monté sur tournette, arrivant jusqu'aux cintres, révélant de multiples espaces, et créant une véritable oppression architecturale. D'un point de vue formel, c'est magnifique.

Ce dispositif permet au metteur en scène de travailler sur une traditionnelle horizontalité, mais également sur une totale verticalité : trois étages sont matérialisés, permettant aux comédiens et aux figurants de jouer non plus sur le plateau, mais en hauteur, comme dans une sorte d'immeuble austère. (Des projections vidéo splendides donnent cette impression d'espaces confinés, mélangés à des images d'écrans d'ordinateurs, avec des personnages pré-filmés, comme Big Brother, la coach de fitness obligatoire, etc, etc...)

Un deuxième duo qui fonctionne complètement, c'est celui formé par Fabien Finkels et Muriel Legrand, la Julia qui va provoquer la révolte du héros. Les scènes intimistes sont totalement crédibles. J'étais vraiment dans cette histoire d'amour et de refus du totalitarisme, avec un judicieux rapprochement shakespearien.

Un autre personnage très intéressant est joué en alternance par trois très jeunes filles qui interprètent la fille de la voisine (la truculente Perrine Delers). Cette petite qui ne pense qu'à dénoncer ses parents, qui ne jure que par la pendaison, en chantant « Et l'on pendouilla Pierre et sa Jeannette avec », cette petite est très drôle, tout en faisant froid dans le dos !
L'humour noir est en effet omniprésent.

Ce spectacle est aussi un spectacle musical.
Comme pour accentuer le côté en apparence dérisoire et superficiel de la société que Big Brother a réussi à mettre en place, nous seront montrés des tableaux chorégraphiés et chantés.
Les comédiens interprètent de bien belle façon des chansons à la gloire de l'AngSoc, le parti au pouvoir, ou enjoignant le peuple à suivre les préceptes.
Tout ceci est très réussi.

Il faut noter également les magnifiques costumes de Ronald Beurms, (encore lui), qui permettent d'actualiser également le propos, avec notamment des liserés lumineux sur les uniformes en espèce de jersey gris, et qui comprennent une tablette numérique amovible intégrée.

Mais nous aussi allons travailler.
Guy Pion aura l'occasion par deux fois de s'adresser au public, nous rendant acteurs nous aussi de la pièce. Il nous demandera de nous livrer durant l'entracte à une activité que je vous laisse découvrir (c'est une trouvaille formidable et jubilatoire !)

Et puis à la toute fin, il fera en sorte que nous aussi puissions nous révolter.
Je n'en dis pas plus. C'est très malin et déclenche l'enthousiasme de tous les spectateurs !

Oui, cette adaptation est remarquable. Vraiment remarquable !
Il s'agit d'une création mondiale.
Thierry Debroux et Patrice Mincke ont parfaitement réussi à transposer en deux heures tout ce qui fait le caractère terrifiant, visionnaire et on ne peut plus pessimiste du roman.

La pièce est donnée à Bruxelles jusqu'au 6 avril prochain.
Comme j'aimerais qu'elle soit reprise en France, dans un théâtre national, lors d'une prochaine saison !
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Rire
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor