« L’échec n’entache pas la sincérité de la tentative. » Paul Auster
Synopsis
Révélation et coup de cœur du Festival Off Avignon 2025 !
Après Les Galets au Tilleul (…), Derrière est le second volet du diptyque Le Vide.
Si ces deux spectacles sont distincts dans la forme, l’enjeu principal est le même :
travailler à partir de situations à priori sans intérêt, et tenter d’en extraire, avec humour et minutie, leur part de sensible, d’absurde et de poétique.
Avec une multitude de bricolages, et en s’appuyant sur la capacité d’imagination du spectateur, Derrière tente avec malice de rendre captivant un spectacle qui ne fait pourtant qu’échouer, et de sublimer la tragédie, très relative, de cet échec.
L'avis de la rédaction
C’est toujours très joyeux de voir des comédiens sur scène dès l’entrée dans la salle.
Cela nous donne accès au monde très privé et mystérieux de l’avant-lever de rideau: les échauffements, les déambulations sur la scène en répétant le texte, le trac qui monte, les encouragements entre artistes…tout un petit monde caché aux yeux du public mais que l’on perçoit malgré tout lorsque le rideau bouge.
J’étais donc ravie, en m’asseyant dans la salle, de pouvoir observer les deux comédiens au plateau.
Au fond, Nicolas Chaigneau répète une chorégraphie, qu’il semble encore tester, tout en s’échauffant le corps. Claire Laureau s’étire par intermittence tout en vérifiant la technique, et le plateau.
À gauche deux chaises, et une table. Rien de plus.
Autour de moi, les spectateurs s’installent, parlent, regardent leur portables, peu semblent prêter attention à ce qui se passe sur la scène. La convention au théâtre étant claire: lumière allumée, spectacle non commencé.
Et pourtant, au bout d’un moment, le silence se fait. Première inversion: la lumière ne se baisse que lorsque les gens font silence. Mise en condition pour la suite de ce qui se profile.
Une fois n’est pas coutume, je tairai le reste du dispositif scénique (extrêmement fin et judicieux) car il me semble faire partie intégrante de l’expérience de ce spectacle.
Tout ce que je peux vous dire c’est courez-y, c’est formidable, et vous ne serez pas déçu.
Et l’histoire me direz-vous? Ca démarre assez simplement.
Lui demande à Elle de lancer la musique au top prévu dans la chorégraphie, et Elle n’y arrive jamais.
Trop tôt, trop tard, pas la bonne musique, une catastrophe qui n’en finit pas. Lui s’énerve, montre, remontre, abandonne, et ils finissent par passer à la suite du spectacle. Il semble être question de le présenter devant une assemblée (dont nous faisons partie nous le public), et de faire adhérer les gens à l’univers.
Mais rien ne se passe comme prévu. Et c’est réjouissant.
De cette oeuvre tout ce que nous verrons ce sont des bouts, décousus et souvent ratés. Entre une improvisation de clown complètement loufoque, et une chorégraphie jamais finie, l’oeuvre montée par les deux acolytes devient de plus en plus absurde. Elle et Lui semblent bien être les seuls convaincus de leur brillante idée.
Derrière finalement, c’est du spectacle dans le spectacle, où on se fiche des conventions, on rigole, on détourne, on joue avec les frontières salle/plateau. Pour nous spectateurs, c’est formidablement réjouissant, et en terme de création on touche au merveilleusement fou.
Un feu d’artifice, une comète, un truc joyeusement incandescent.
Les deux comédiens danseurs enchainent les chorégraphies avec brio. Ils sont merveilleusement ensemble, incroyablement aériens, et magnifiquement gracieux. Les émotions passent, tout se voit et se comprend, le rythme fou nous tiens en haleine jusqu’au bout, et la poésie de ce spectacle nous prend au coeur. Faire d’une oeuvre ratée, un spectacle brillant, c’est osé, presque irrévérencieux, et c’est un pari réussi!
Pour conclure je dirai ceci: si vous voulez voir une pièce atypique, rire à en avoir mal au ventre, être surpris, vous réconcilier avec la danse, et voir deux grands comédiens/auteurs à l’inventivité magique, je vous donne rendez-vous au théâtre de l’Atelier pour découvrir cet hommage au spectacle vivant.
Un grand bravo à Nicolas Chaigneau et Claire Laureau pour cette exploration incroyable du théâtre.
Je leur souhaite longue et belle route avec ce spectacle!
Jennifer Guillet