Huit jeunes comédiens dans un espace nu, soutiennent à eux seuls la force et la grâce de ce texte puissant et intemporel.
Synopsis
Un an après la chute de Troie, le victorieux roi Pyrrhus, fils d’Achille, a ramené Andromaque, veuve d’Hector, et leur très jeune fils en Epire, comme butins de guerre.
Les Grecs ne sont pas tranquilles de savoir cet enfant en vie, potentiel vengeur des Troyens. Oreste, fils d’Agamemnon, vient en leur nom le réclamer.
Pyrrhus s’y oppose, décidé d’en finir avec la logique de la vengeance. Il espère ainsi paraître aimable aux yeux d’Andromaque mais ces yeux sont noyés de larmes et Andromaque le rejette. Pyrrhus reporte son affection sur Hermione, qui lui était promise et qui est éprise de lui, avant de changer de vue une nouvelle fois pour épouser Andromaque, décidée à sauver son fils par cette union. Hermione, délaissée, s’appuie sur la passion qu’Oreste éprouve pour elle depuis toujours, pour lui commander de tuer le roi. Mais les Grecs l’ont devancé et Hermione se donne la mort après avoir maudit Oreste qui bascule dans la folie.
Andromaque la Troyenne, seule rescapée de cette chronique, règnera sur l’Empire.
L'avis de la rédaction
Sur un plateau dépouillé, la tragédie retrouve une clarté saisissante.
La langue de Racine s’y déploie avec limpidité, portée par une mise en scène qui laisse respirer les passions. Le public est happé par un univers où lumière, corps et voix dessinent un drame brûlant et parfaitement lisible.
La mise en scène d’Anne Coutureau, épaulée par Amélie de Luca, fait le choix d’un espace nu où rien ne détourne l’attention de l’essentiel avec les enjeux humains. Pas de meubles, pas de décors imposants, seulement le jeu, les déplacements et les mots.
Ce minimalisme est contrebalancé par la création lumière de Patrice Le Cadre, qui sculpte les scènes avec des nuances de bleu et de rouge, donnant au drame une respiration visuelle à la fois délicate et puissante.
Les costumes sobres, rehaussés des maquillages-signatures imaginés par Laetitia Rodriguez, apportent une identité singulière aux personnages, comme si leur histoire se lisait directement sur leur peau.
La musique de Woodkid ponctue les transitions avec élégance, ajoutant une modernité nerveuse à un texte écrit en1667.
La tragédie se révèle dans toute son intensité avec des amours contrariées, des loyautés impossibles et des douleurs retenues. Chaque tension s’installe avec précision, chaque regard prolonge un vers, chaque silence porte une menace.
Le rythme, fluide, et l'énergie du collectif permettent de redécouvrir Jean Racine sans lourdeur, dans une forme accessible, et rendent l'antique étrangement proches de nous.
Voilà une lecture moderne d’un classique qui ne demande qu’à être ré entendu pour être interrogé.
Le pari du dépouillement scénique est bien relevé, offrant un écrin sensible au texte racinien.
Prisca C.