4.48 Psychose
L’ultime œuvre de Sarah Kane, véritable séisme dans l’histoire du théâtre contemporain.
Synopsis
“Ouvrez les rideaux s’il vous plaît.” Sarah Kane
Après le succès de L’Amante anglaise de Marguerite Duras en 2024, Jacques Osinski et Sandrine Bonnaire se retrouvent pour s’emparer de l’ultime œuvre de Sarah Kane, véritable séisme dans l’histoire du théâtre contemporain.
Dans ce texte testamentaire d’une force inouïe, l’autrice livre à travers ce chant d’amour, toute sa soif de vie, sa quête absolue de beauté.
Plus de vingt ans après sa création en France, 4.48 Psychose renaît dans une nouvelle traduction de Vanasay Khamphommala.
L'avis de la rédaction
La nuit. La peur. Les pensées qui défilent. L’insomnie. Les doutes. La descente en spirale. La lutte pour vivre. Pour comprendre. Pour se faire entendre au milieu du chaos de ses pensées.
Qu’est-ce qui est réel? Et qui je suis moi? Comment je vous fais comprendre que j’ai mal à ma douleur? Comment vous expliquer ce que vous ne comprenez pas? Des mots pour retrouver la paix, le silence, le calme en soi.
Et puis une voix. Un corps. Une présence. Sandrine Bonnaire brute au plateau. Pas d’artifices, pieds nus, puissante, profonde, elle fonce dans la traversée sans se cacher. Avec force, elle prend le texte à bras-le-corps pour nous le rendre sans aucune tricheries. Juste l’émotion, juste la violence, juste les mots et la vibration qu’il faut pour les faire entendre.
On sent que le travail a été le dépouillement: enlever l’envie d’être plus, ou autre, l’envie d’embellir pour ne pas heurter, et rendre très précisément un état. Celui de quelqu’un qui se trouve entre deux mondes, et qui regarde la vie autrement que nous. Le bord du précipice, les instants avant la bascule.
Et puis une mise en scène. Des vidéos, un psychologue qui interroge et rend concrets les échanges que le personnage vit dans sa tête. De la lumière souvent par le haut, qui écrase un peu le personnage pris au piège de sa pensée. Le choix d’un ton monocorde, imposé aux comédiens pour éviter le pathos, rendre compte de la froideur et du manque d’empathie de certains dans le milieu médical. Aspect souligné par la réponse des soigneurs: vous allez mal, voici le dosage de médicament. Vous allez encore plus mal? En voici un plus fort. Spirale infernale pour un cerveau que l’on veut anesthésier, mais une âme qu’on ne cherche pas à guérir.
Absurdité totale du soin raté.
La mise en scène de Jacques Osinski habille, pour moi, quelque chose qu’il ne faudrait pas tout à fait habiller. Sandrine Bonnaire seule au plateau, avec ces mots si forts, ce texte incroyable, aurait largement pu rendre tout ce qu’il y avait à faire entendre, à faire vivre. Et si je comprends la direction de travail, je trouve un peu dommage le rythme imprimé à la pièce par la mise en scène. Ne pas faire un sort du texte, ni en jeu, ni à la voix, je le comprends, mais j’ai l’impression que le ton enferme un peu les comédiens et le spectateur dans une forme de rigidité qu’il aurait peut-être mieux valu casser.
Ce que je trouve génial par contre c’est la virtuosité de Sandrine Bonnaire, et le travail de direction qui l’a amenée à être au plus près du non jeu.
Dire vrai, sans artifice, jouer la folie sans la jouer, ne pas tomber dans le cliché ou la fabrication, c’est extrêmement difficile.
Et la comédienne, virtuose, avance en équilibre, profonde, vibrante, vivante, et nous éblouit par sa vérité.
Je retiendrai donc de ce spectacle la comédienne aux pieds nus, avançant bravement vers la lumière pour initier ce vertigineux monologue, son numéro de funambule au fil des émotions, et son sourire de la fin, qui illumine le plateau, et qui raconte probablement la joie d’avoir fait fi des maux de l’autrice encore une fois.
Merveilleuse comédienne équilibriste, formidablement juste et puissante.
Jennifer Guillet