12 juin 2020
9/10
2
On dit que c'est un spectacle-culte et on a raison.

Tenir l'affiche pendant douze ans chaque dimanche soir à 21 heures sans avoir recours à un texte du répertoire, et avec une distribution fluctuante, chapeau !

Après le Gymnase, le Casino de Paris et le Théâtre Michel, Colors est désormais bien installé sur la scène de la Pépinière Théâtre et a déjà diverti et fait rire plus de 100 000 spectateurs. La troupe compte bien reprendre à la rentrée de septembre 2020 ... ou un peu plus tard.

Les règles sont constantes. Le maitre de cérémonie est toujours Esteban Perroy, directeur de l'école française d'improvisation théâtrale, alias Mister Purple, facilement reconnaissable à sa chemise violette. Il partage la scène avec au moins quatre comédiens qui sont identifiés eux (et elles) aussi par la couleur de leur vêtement. Un invité extraordinaire est habillé de blanc et joue le jeu de s'intégrer au groupe un peu au débotté. Ils (elles) sont environ 500 à avoir relevé le défi.

Parmi eux Gregori Baquet, Thierry Beccaro, Liane Foly, Sophie Forte, Virginie Lemoine, William Mesguich, Patrick De Valette des Chiche Capon ... Le soir de ma venue c'était Xavier Lemaire, comédien, metteur en scène, que j'avais souvent applaudi sur scène, plutôt dans un registre dramatique d'ailleurs.

Si vous connaissez, pas besoin d'aller plus loin. Vous êtes forcément acquis. Si ce n'est pas le cas je vous raconterai juste que dans la file d'attente on vous sollicitera pour proposer des sujets aux comédiens, sou forme d'une expression, d'un titre de film, d'une question, ... il n'y a aucune limite à votre propre imagination. Et si vous croyez que vous réussirez à les piéger ... et bien essayez !

Tous les petits papiers seront pliés en quatre et rassemblés dans un aquarium dans lequel, plus tard, on puisera les thèmes sur lesquels les comédiens devront improviser en temps réel. Cela se fait en deux temps. D'abord chacun "pitchera" sa proposition et ensuite on en retiendra une qui sera développée.

Dimanche dernier il y eut les verrues plantaires, le tango, faire les boutiques, la Joconde... des indications apparemment impossible à traiter comme "pourvu qu’elle soit douce", et "le côté de la biscotte", et puis aussi un thème qui devait plutôt concerner les comédiens : vendre sa pièce au festival d’Avignon. Nous ignorions alors que le prochain festival n'aurait pas lieu !

Ils sont tous admirables et l'invité particulièrement puisqu'à de rares exceptions il n'a pas cette habitude. Improviser ne s'improvise pas. C'est un immense travail qui repose sur la confiance et l'écoute. Ce soir là ils en ont tous fait la démonstration et le public n'a pas senti le moindre temps mort. je suis certaine que c'est tout le temps le cas même s'il y a certainement des moments plus forts que les autres.

Aucun ne tire la couverture à lui. Chacun a son moment de "gloire". C'est tout le "secret" de l'attention que le metteur en scène porte à son équipe. Sans se départir d'une grande bienveillance il pousse les comédiens à aller plus loin et le cas échéant il infléchit les registres. Le public lui-même est très vite complice. On en sort tous dopés.

Il ne faut pas oublier le rôle de la musique, jouée en direct, qui adoucit ou pimente, c'est selon.

En avant-programme, on découvre quelques élèves, improvisateurs amateurs, de l'école créée par Esteban Perroy et qui font un peu office de chauffeurs de salle à partir des contraintes que les spectateurs leur fixent. Cette disposition offre au public la possibilité d'entrer en salle jusqu'à 21h30 mais il me semble important d'arriver néanmoins à l'heure car il est essentiel pour ces élèves dont certains font leurs premiers pas sous les lumières de ne pas jouer devant des rangées clairsemées.
2,5/10
4
Malgré la distribution le texte est bien fade. Après 20mn qui soulèvent l'intérêt in tombe sans la facilité (les allusions graveleuses, est-ce bien nécessaire ?) Puis la pièce tourne en rond pour se terminer en flop.
Parler de théâtre de l'absurde est faire injure aux maîtres du genre.
Je précise que je l'ai vue en captation sur la chaine comédie et que quand on prétend aimer le théâtre comme le dit leur pub on évite de mettre une page de pub au milieu du spectacle.
23 mars 2020
4,5/10
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Etats Unis, dans les années 30 à Saint Louis : alors que le pays est secoué par une crise économique sans précédent, une famille en équilibre instable nous est présentée. Le père est parti, laissant Amanda, la mère, seule avec deux enfants, qui se réfugie dans son passé au temps de la splendeur sudiste : Tom l’ainé, qui travaille pour faire bouillir la marmite familiale et Laura, qui vit dans son monde intérieur, seuls son frère et sa mère peuvent la faire revenir dans la réalité vacillante. L’espoir qu’elle rencontre un ‘galant’ va bouleverser cette famille.
Tennessee Williams nous livre les clés qui régissent les relations complexes au sein de cette famille en plongeant dans leur intimité. Cette pièce fut son premier succès et c’est sans doute ma préférée.
Que j’avais hâte de retourner à l’Odéon, pour voir une pièce que j’aime beaucoup avec ma Queen préférée Isabelle Hupert et aux manettes un metteur en scène qui ne m’a jamais déçue : Ivo Van Hove ! Il faut dire que j’avais de fortes attentes après être tombée sous le charme de Cristiana Réali et de sa famille au théâtre du Poche Montparnasse l’hiver dernier dans la même pièce, je m’apprêtais donc à plonger à nouveau avec délice dans l’univers de Tennessee Williams.

Ma foi, j’ai été assez déçue. Je crois que c’est la mise en scène qui m’a fait le plus mal au cœur.
D’abord il y a ces très nombreuses baisses du rideau, certes rapides, mais qui hachent la pièce de façon désagréable. Les actions les plus fortes du texte se déroulent souvent au ras du sol perdant ainsi tout leur effet dramatique car il n’y a pas d’accessoires sur scène : pas une chaise, ni un lit. On vit au ras du sol !

Il y a aussi ce décor : on a l’impression d’être enfermé dans une boite dont les parois ont l’air recouvertes d’une substance peu ragoutante maronnasse alors oui c’est bien pour le coté étouffant mais le plaisir des yeux en prend un coup au moral.

Déception aussi coté comédien, alors Isabelle Huppert est à son habitude sublime et éblouissante avec un jeu intense, mais parfois trop, bien trop, intense qu’elle efface un peu, beaucoup, ceux qui lui donne la réplique. C’est Justine Bachelet qui en fait le plus les frais, elle est totalement insignifiante comme si son personnage Laura était littéralement vampirisé par sa mère. Bref je suis déçue.

Il y a le texte de Tennessee Williams heureusement.
19 mars 2020
10/10
13
Excellente pièce, on est plongé dans l'ambiance "vieux sud du Mississipi", c'est très prenant.

En bref, Amanda élève seule ses deux enfants (la famille Wingfield, Tom & Laura), dans une ville du Mississipi. Tom est le seul salaire de la famille, il travaille dans une usine de chaussure. Laura est maladivement timide. Amanda est sur leur dos. Un jour, Tom invite un de ses amis ouvrier d'usine diner. C'est un évènement pour la famille.

C'est magnifique. Un huit clos familial, ou chacun s'échappe comme il peut pour faire face à la morosité du quotidien :
- Amanda : vit dans son passé de midinette, ou elle était courtisée par des galants
- Tom : s'échappe tous les soirs au cinéma ou au spectacle
- Laura : vit dans sa tête, à travers sa ménagerie de verre (des petites figurines en verre)

On sent très bien l'ambiance chaude et lourde du vieux sud en été. La pesanteur quotidienne. C'est très réaliste. Les personnages sont tous tiraillés entre la vie dans leur tête (leurs rêves) et leur quotidien (leurs devoirs). Ils ont de la tendresse les uns pour les autres, mais en même temps ils s'engueulent. C'est une vraie famille.

J'ai particulièrement aimé :
- les décors : la grotte maronasse dans laquelle ils vivent. Ca m'a fait penser aux appartements en souplex, à Paris. Les peintures sur les murs sont terrifiantes/magnifiques. Lorsqu'il pleut, les bruit des gouttes est magnifiques.
- la musique : Barbara chanté par Laura, c'est magnifique.
- le jeu des comédiens : bravo à Tom pour tous ses mouvements, à Laura pour son interprétation du handicape, Amanda pour son rôle de mère bourgeoise déchue (et son orgasme qu'elle mime!). J'ai moins aimé le rôle de l'ami de Tom, un peu trop caricatural dans le Ricain "Yes we can". J'ai eu moins d'émotion.

Je recommande vivement, je suis restée toute émue pendant longtemps <3
18 mars 2020
9/10
18
Harpie c’est le nom que s’est donnée la femme qui nous raconte son parcours, sa vie pour le moment c’est survivre et faire les poubelles, elle a abandonné sa fille, celle-ci a été adoptée par Minette.

Minette ? joli nom pour une couturière, elle crée des robes assez voyantes, elle est coquette, amusante, et bien sûr se dispute avec sa fille adoptive, Deirdre. Minette cout en écoutant les Beatles ou les Stones, elle a une vie privée un peu compliqué, divorcée, avec son mari elle avait adopté Deirdre, mais le couple n’a pas résisté.

Deirdre, adolescente rebelle, sa peur, c’est que son père ne l’aime plus… sa mère biologique tente de la retrouver, lui parler, lui expliquer, mais Minette ne l’entend pas de cette oreille, elle a peur des retrouvailles…

L’amour est présent dans cette histoire, peur de perdre l’amour de l’une, ne pas savoir aimer, être aimée, difficulté de vivre ensemble.

Une histoire de femmes, une histoire d’adoption, superbement interprétée. J’ai rarement été aussi convaincue par le jeu des comédiennes, la mise en scène de l’auteure Wendy Beckett y est sans doute pour beaucoup, une ambiance, une écriture vive, drôle, intense, et émouvante.