24 oct. 2020
7,5/10
26
Qui n’a jamais eu de regret ? On a tous été tenté de regarder dans le rétroviseur et de se demander comment ça se serait passé si on avait osé faire telle chose au lieu d’une autre…

Patrick, un bricoleur pas doué mais de bonne volonté, va revoir les moments clés de sa vie et pouvoir découvrir ce qu’aurait pu être sa vie s’il avait choisi d’autres options. Tout ça parce qu’il est mort en s’électrocutant avec le four à micro-ondes (quand on vous dit qu’il n’est pas doué !) et qu’il peut refaire le film de sa vie.

Sous l’aspect d’une comédie bon enfant, Eric Fraticelli aborde un sujet qui nous a tous touché : et si c’était à refaire, ferions nous la même chose ? Serions nous plus heureux ? Ce serait-on fâché à mort avec untel ? Aurait on pardonné à Machin son attitude ? Il fait bon de s’interroger sur ce qui est réellement important pour nous.

La mise en scène de Jean-Luc Moreau est dynamique et repose sur un dispositif de plateau tournant pour alterner les décors avec rapidité ce qui permet d’éviter les noirs complets qui cassent souvent le rythme d’une pièce. Ici pas de temps mort même si Patrick se retrouve à réfléchir sur ses choix passés, on reste dans l’action, le spectateur ne s’ennuie pas.

Patrick, c’est Daniel Russo et il sait nous fait rire ! Rien que pour ça, en ce moment, ça fait du bien ! Mention spéciale à sa coupe de cheveux post électrocution qui à elle seule vaut le détour. Il est entouré par une jolie brochette de comédiens. A commencer par Valérie Mairesse qui joue son épouse, et qui possède toujours cette voix si caractéristique qui déclenche les rires quand elle s’étonne ou qu’elle est surprise au cours de la pièce. Erwann Téréné est le fils de ce couple qui va provoquer avec ses révélations les premiers choix de Patrick, son jeu est très convaincant. Jean-Luc Porraz, tel un Monsieur Loyal d’une sobriété exemplaire, est là pour lancer les regards vers le passé de Patrick, il dresse avec le plus grand sérieux un bilan chiffré hilarant de la vie de Patrick. Bénédicte Dessombz est un des grains de sable qui va secouer aussi Patrick.

Seul regret pour moi : l’affiche de la pièce ! Je suis sure qu’on aurait pu largement plus joli.

Bref voilà de quoi passer une sympathique soirée !
24 oct. 2020
10/10
18
The man in the low castle...

Pour cet homme là, pour Rudolf Höller, juge allemand à six mois de la retraite, le 7 octobre est une date très importante.
C'est l'anniversaire de la naissance d'un certain Heinrich Himmler.

En tant qu'ancien commandant-adjoint d'un camp de concentration, caché dix ans par sa sœur dès la déroute nazie, cette date est symbolique.
C'est, pour l'ancien officier supérieur SS qu'il est, l'occasion de faire la fête à la maison.

Cette fête annuelle, c'est un repas d'anniversaire, avec ses deux sœurs (l'une, Véra, qui abonde dans son sens de la nostalgie et de la volonté de revoir à nouveau le parti nazi au pouvoir est également son incestueuse épouse), l'autre, Clara, handicapée clouée dans un fauteuil, qui vomit littéralement le discours idéologique de ses frère et sœur, et à qui il a demandé lors du précédent anniversaire de porter le costume rayé de déporté et d'avoir la tête tondue.


Un charmante réunion d'une épouvantable fratrie, quoi.

Alain Françon a pris a bras le corps le brûlot écrit en 1979 par le dramaturge autrichien Thomas Bernhard.
Un brûlot, qui ne l'oublions pas, s'inspire de la véritable histoire d'un juge allemand ancien nazi.

Hiegel. Lvovsky. Marcon. Françon.

Ces quatre-là nous donnent une véritable, magistrale et explosive leçon de théâtre.
Une leçon de mots. Les mots et leur musique, parfois magnifique, parfois horrible.
Bernhard, le dramaturge de la conversation...

C'est bien simple, le metteur en scène, avec sa précision habituelle, avec cette impression qu'il donne à chaque fois de nous faire oublier qu'il a mis en scène, avec cette fluidité magnifique, Alain Françon donc nous livre deux heures rares de théâtre.

Un terrible affrontement entre trois êtres humains, dont deux monstres.

Melle Hiegel et M. Marcon sont ces deux monstres-là, qui vont proférer de véritables horreurs dans des tirades homériques et dans des dialogues sidérants de violence verbale totalement décomplexée.

Les deux, tour à tour, nous font rire tellement ce qu'ils disent et surtout ce qu'ils pensent est pour eux naturel, sans conséquence. (Ah ! Les ruptures de la grande Catherine !...)

Mais ils nous glacent également, lorsqu'ils nous assurent que « le bon temps » reviendra, et que les fascistes en général et le parti nazi en particulier reviendront au pouvoir !

Il serait superfétatoire et inutile de relater ici les mérites des deux merveilleux comédiens.

Ce qu'ils font sur le plateau est une nouvelle fois tout simplement extraordinaire.

Tous les élèves-comédiens, tous les apprentis-acteurs, tous les jeunes (et moins jeunes d'ailleurs) aspirants à se produire devant un public devraient venir les voir jouer.
Une véritable leçon, vous dis-je ! C'en est bouleversant !

Et puis une formidable surprise nous attend, à savoir la présence sur une scène pour la première fois de la comédienne et cinéaste Noémie Lvovsky.
C'est elle qui va nous représenter, nous le public, nous les spectateurs qui ne partageons pas le moins du monde les ignominies proférées.
C'est elle qui osera contredire sa perverse sœur, et qui sera désespérée tout le long du repas et de la remarquable scène de l'album de souvenirs.

Sans rien dire, rien qu'en marquant par son visage sa désapprobation, son mépris, son horreur, son désespoir aussi, Melle Lvovsky nous sidère, elle aussi. En contrepoids du couple frangin-frangine, elle humanise toute la pièce.

Je parlais un peu plus haut de la précision de la mise en scène, je ne résiste pas à l'envie de vous donner un exemple de ces petits détails qui font tout.
Avant la scène du repas, André Marcon a enfilé en coulisse son costume d'Obersturmbannfürher.
Une fois installé, il pose sa casquette noire devant lui, mais à l'envers.
D'un geste sidérant de naturel, il la retourne pour avoir devant lui la tête de mort située au-dessus de la visière.
Tout est dit...

Il faut également remercier Alain Françon : une dernière scène fort réussie permet au comédien de ne pas avoir à saluer en uniforme nazi.

Applaudissements on ne peut plus sonores. Standing ovation. Nombreux rappels.
Normal.

Si vous n'avez qu'une seule pièce à voir cet automne, c'est bien celle-ci !
23 oct. 2020
6,5/10
45
Ce n’est vraiment pas ma pièce préférée de Feydeau.
Je ne connaissais pas ce texte et ai trouvé que l’humour était très pipi-caca. Quelques passages sont malgré tout amusants.

J’ai aussi un avis contrasté sur la mise en scène avec de très bonnes idées (qu’il serait dommage de divulguer) et une direction d’acteurs qui n'est pas ma tasse de thé avec un jeu face au public et beaucoup de grimaces.
Les petites chansons sont assez drôles et bienvenues.

Une pièce adaptée au jeune public pour leur faire découvrir le théâtre.
22 oct. 2020
9/10
9
Texte tellement d'actualité, et quel plaisir que d'impliquer les spectateurs dans les décisions...

Bravo à tous les acteurs pour leur adapatabilité aux choix proposés.
Nous avons passé un merveilleux moment ... et inutile de préciser que tout le monde s'est senti concerné par ce type de situation... tellement réel.
BRAVO.
22 oct. 2020
9/10
7
Ca devait bien arriver un jour !
C'était écrit !

Après 25 bandes dessinées traduites en 11 langues, après 3 romans, 3 films (bientôt 4...) avec plus de 4.000.000 spectateurs dans notre seul hexagone, Ducobu arrive enfin sur une scène...

Pas besoin de le présenter Ducobu.
La dégaine rondouillarde, la mèche de cheveu rebelle, le sweat-shirt rayé jaune et noir de véritable bagnard de l'école Saint-Potache, cet élève-là est au cancre ce que Lindt est au chocolat ou Oléron à l'huître : un sommet, une apogée, une référence difficilement égalable !

On ne change pas une équipe qui gagne.
Cette équipe-là, assurément fine, est emmenée par Caroline Magne, qui avait monté la saison passée une formidable version du best-seller pour très jeunes enfants Ernest et Célestine. Je vous en avais tressé les lauriers ici-même.

Melle Magne poursuit donc sur son épatante lancée, pour nous proposer une très réjouissante adaptation de ce Ducobu.

Oui, durant une heure et quart, petits et grands vont pouvoir enfin entendre et voir, en chair et en os, le cancre le plus célèbre de France et ses camarades d'aventure.

C'est le surveillant-général de Saint-Potache qui nous accueille dans la salle.

Un surgé comme on n'en fait plus, avec un porte-voix, qui nous annonce que cette année, nous les élèves-spectateurs, nous allons en baver !

Il en profite, c'est très malin, pour nous rappeler les consignes en vigueur : dans ce spectacle... on peut prendre des photos.
Très malin également ses interventions futures dans la salle, afin de permettre les changements de tableaux. (A ce propos, il faut souligner le beau décor à base de (très) grandes projections vidéo sur trois écrans de dessins fort réussis. Nous restons dans la BD, en quelque sorte...)


Léonard Vicari l'incarne avec une belle énergie, ce surveillant-là, ainsi que Nénesse. Les fans de la série savent de quel squelette je veux parler !

Et puis nous retrouvons Monsieur Latouche, le maître aux grosses lunettes et aux cheveux gramouillés.
Eric Beslay est épatant dans ce rôle où il en fait volontairement des tonnes, pour notre plus grand plaisir. La consigne est ici de prendre une gestuelle et des mimiques outrées.

C'est ensuite au tour de Léonie d'entrer en scène. La première de la classe. La surdouée. La première en tout. Celle qui est immédiatement partante pour n'importe quelle matière.

Léonie, c'est la remarquable Amandine Toldo.
Oui, je pèse cet épithète « remarquable ».
Durant tout le spectacle, Melle Toldo crève le plateau, de par son interprétation de cette gamine forte non pas seulement en thème mais en tout.

Il faut absolument regarder la comédienne lorsqu'elle ne parle pas. (Quand elle parle, aussi, bien entendu, mais également lorsqu'elle ne parle pas...).
Ses mimiques, ses airs courroucés, son sourcil gauche qui se fronce (Voyez comme je l'ai regardée, tout de même...), ses yeux qui se lèvent au ciel, ses moues d'indignation, tout ceci est littéralement magnifique.
Nous avons vraiment en face de nous une élève de dix ans du CM2.
L'interprétation de Melle Toldo force le respect ! Chapeau !

Et puis, voici Pierre Delage, qui incarne notre héros.
Quelle énergie, quel rythme, quel sens du personnage, quelle réussite dans cette mise en voix et en corps de ce gamin allergique à l'école !

Cerise sur le gâteau, ce spectacle est également un spectacle musical, avec chansons et danses. (Je n'oublie pas de citer le chorégraphe Vincent Brisson ! )


Caroline Magne a en effet parodié certaines œuvres musicales pour en tirer de jubilatoires moments chantés et dansés.
Des hip-hop enfiévrés, un flash-mob endiablé, durant lequel votre serviteur n'a pas donné sa part au chat, une version étonnante du trop célèbre tube du film les Choristes, une autre très saturée du thème du film Pirates des Caraïbes...
On sent chez Pierre Delage et Amandine Toldo une solide formation musicale. Amplifiés et légèrement "réverbérés", les deux artistes maîtrisent l'art de la comédie musicale !

Les petits et les grands sont fortement sollicités, et tous réserveront un tonnerre d'applaudissements aux comédiens lors des saluts.

On l'aura compris, j'ai passé soixante-quinze minutes exquises et réjouissantes au Théâtre de la Tour Eiffel.
Ce spectacle jeune public fait partie de ceux qu'il ne faut pas laisser aux seuls petits spectateurs.

Alors évidemment, si vous-même n'avez pas de progéniture, soit vous y allez tout seul, soit vous empruntez vos neveux jumeaux, un petit voisin, ou encore la fille de votre boulangère, et allez donc applaudir Ducobu et ses petits camarades !
Croyez moi, vous ne le regretterez pas !