12 déc. 2018
8,5/10
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Comme souvent chez Tennessee Williams, c’est l’histoire d’une famille. Qui se délite.
Le départ du père - figure éternellement absente - a provoqué une misère sociale. Amanda, la mère, magnifiquement interprétée par Christiana Réali, rêve alors de marier sa fille et ainsi de se débarrasser de cette pauvreté qui assombrit leur avenir. Elle souhaite de façon quelque peu tyrannique le bien de ses enfants. En deux mots, il se résume par la réussite professionnelle et le mariage.

Tel un vrai huis clos, le spectateur assiste impuissant à l’espoir puis au chaos.
Laura finira « vieille fille », infirme mais exaltée grâce à sa « ménagerie de verre ».
Titre éponyme de la pièce, c’est aussi sur cet artifice qu’est fondée la mise en scène de Charlotte Rondelez. Cette ménagerie demeure le fil conducteur de la pièce, la licorne se casse tout comme les rêves et les fantasmes de la famille.

Une mise en scène très réussie, poétique entre mélancolie et espoir.

La famille se décompose en transparence parfois, dans des jeux d’ombres et de lumière. Et, nous sommes témoins de cette clarté.
Le panneau placé au fond de la scène joue sur les apparences. Les personnages entrent et sortent grâce à lui. Ils s’y dérobent aussi. Symbole, notamment, de tout ce qu’on ne peut pas dire dans une famille. Ce silence et ses non-dits sont déchirés par la voix de Charles Templon à la fin de la pièce. Bien décidé à vivre une vie qu’on ne lui a pas dictée quitte à abandonner les femmes de sa vie. Elles restent seules sans véritable moyen de subsistance à part l’artifice du rêve et de l’illusion crée par le jeu de verre.
La ménagerie avec laquelle Laura s’occupe représente la fragile condition humaine.
Prête à se casser en un rien de temps, figée dans le temps, capable de multiples métamorphoses au fur et à mesure du déploiement de l’imaginaire...Ainsi, la licorne devient cheval et les animaux parlent et vivent au contact des mains de Laura, personnage perdu qui n’est pas sans rappeler la véritable sœur du dramaturge.

C’est une pièce sur la possibilité de la vie et sa rapide disparition. L’amour surgit puis disparaît aussitôt, le bonheur se découvre dans une danse ou lors d’un morceau de musique, dans un dîner mondain et dans la nostalgie du passé.
12 déc. 2018
1/10
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Un texte vulgaire, des situations que l'on voit venir, une fin plus que prévisible, des répliques qui se veulent drôles mais qui m'ont laissée de glace. Une langue pauvre.

Un entrain qui sonne faux comme lorsque les deux protagonistes jouent de la guitare électrique et tentent de faire participer le public. Hormis le décor rien ne peut retenir dans cette pièce.
12 déc. 2018
9,5/10
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Ce ne sont pas les quelque vingt-trois millions de spectateurs de l'allocution présidentielle du 10 décembre dernier sur les chaînes d'info plus ou moins continue qui me diront le contraire, une intervention politique à la télévision ressemble souvent à une pièce de théâtre.

Dans ce spectacle « Le grand débat », Emilie Rousset et Louise Hémon réussissent pleinement à nous proposer une démarche inverse : elles vont nous prouver que le théâtre peut re-créer cette prestation médiatique d'importance qu'est le débat d'entre-deux-tours de l'élection présidentielle, et puis surtout, elles vont nous démontrer que ce moment politique et télévisé à l'apparence tellement naturelle est en réalité complètement construit.

Comme point de départ de cette démonstration, elles ont choisi ce fameux débat de 1981 opposant le président sortant, Valéry Giscard d'Estaing à François Mitterrand.

Une voix off va faire office de présentateur et va nous rappeler quelques-unes des "21 conditions épouvantables" dues à Robert Badinter et Serge Moati, devant dissuader de l'organisation d'un tel débat.
Il n'en fut rien. Cette toute première et terrible « grammaire » fut acceptée. (Pas de plans de coupe, température du studio à 21 degrés, table de 3 mètres de long, etc, etc...)

Melles Rousset et Hémon vont aller plus bien plus loin que ce moment historique.
Elles vont entremêler tous les débats télévisés d'entre-deux-tours de la Vème République, justement pour en disséquer les règles de fabrication.
Elles interrogent ainsi ces mises en scènes télévisées qui n'ont de cesse de vouloir faire oublier que ces images obéissent à des conditions drastiques et implacables de conception et de réalisation.

Bien entendu, pour nous autres spectateurs s'installe rapidement un petit jeu : il s'agit de reconnaître quel candidat(e) s'exprime et parle principalement de la Nation française.

Nous allons être également être amenés à constater l'évolution de l'élocution des candidats, de leur manière de prononcer les mots de la politique, de la façon de placer les silences ou de couper la parole de l'adversaire.

Deux comédiens brillants vont incarner tous ces prétendants.
Emmanuelle Lafon et Laurent Poitrenaux seront tout à tour des hommes, des femmes, des conservateurs, des socialistes, François, Nicolas, Ségolène, Emmanuel, Marine, Valéry, Jacques...
Ils disent les mots, ils prennent les postures des candidats, et surtout, ils sont filmés par deux cadreurs, Marine Atlan et Mathieu Gaudet, produisant des images et des gros plans sur un grand écran au-dessus d'eux.

C'est une sacrée gageure que les deux réussissent haut la main : tous leurs textes ont été prononcés. Ils sont obligés de les dire en respectant les intonations, les effets de voix... (« Mais vous avez tout fait raison, Monsieur le Premier Ministre »...)

Et ce, jusqu'à un certain moment...

Ils vont alors nous faire bien rire !
En effet, les deux metteures en scène vont entamer une progression diabolique de dynamitage des codes précédemment exposés.
Tout d'abord, il y aura le rappel d'un non-débat. (Oui, M. Jacques Chirac avait refusé de débattre avec Jean-Marie Le Pen.)

Et puis, nous allons constater que tout va voler en éclat : les cadrages, les placements-caméra, les positions des candidats, les éclairages. Nous verrons également les fameux plans de coupe.
Il y aura même l'aboutissement de la destruction de cette grammaire télévisée, nous menant au summum de la communication en matière de débat télévisé.
Je n'en dirai évidemment pas plus pour vous laisser découvrir par vous-mêmes cette démonstration par l'absurde.

C'est bien simple, ce moment de théâtre est passionnant.
C'est un spectacle qui procure une sorte de jouissance un peu perverse, un peu masochiste aussi, à constater combien ces images que nous avons regardées, ou que nous regardons encore, et que nous avons peut-être crues « innocentes » relèvent d'un processus de communication complètement fabriqué.

La démonstration est brillante et imparable.
Ne manquez pas ce grand débat !
11 déc. 2018
8,5/10
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« Pâtes, amour et fantaisie », voilà ce qu’on pourrait dire de ce spectacle dynamique, très sympathique.

Jonglerie au fouet de cuisine, les assiettes virevoltent, pas de casse ! Le lancer de diabolos est parfaitement maîtrisé. Coté acrobatie aérienne, une charmante jeune femme s’envole, elle s’enrobe du tissu avec beaucoup de grâce et de poésie.

Et puis il y a les cadres, les acrobates se projettent au travers, les portés sont adroits, les échappées avant ou arrière à couper le souffle, le mat japonais toujours aussi impressionnant. Tout ceci en continuant leur petite cuisine, leurs confessions, chacun parle de souvenirs d’enfance, dans leur langue respective, ce qui provoque un beau chaos et beaucoup de rires !
11 déc. 2018
7/10
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Vous ne verrez pas d’amant caché sous le lit ou dans le placard. Juste de l’argent bien planqué en banque qui saura disparaître et réapparaître quand il faut.

On aura rendez-vous aussi avec des crises financières à la hauteur de grands communicants. Merci les importantes banques. Heureusement que les états sont là car si les banques gèrent mal l’argent, l’état les renflouera sans demander de grandes compensations. Comment une société pourrait tenir debout sans les banques ? Elle ne le pourrait pas. Voilà un piège rudement bien tendu. Grâce à des escrocs, des menteurs, des manipulateurs… l’économie devient un jeu subtil que seuls quelques privilégiés peuvent comprendre totalement.

L’économiste philosophe Frédéric Lordon veut permettre à chacun d’appréhender le monde de la finance surtout suite aux dernières crises. Il propose alors une farce pétillante, rempli d’impertinence véridique et le tout en alexandrins. Toute ressemblance avec des personnes n’est pas fortuite. Luc Clémentin a choisi une mise en scène assez originale. Les six comédiens sont habillés en tenu de musiciens avec un pupitre devant eux. Voilà, nous sommes plongés au cœur d’une partition finement écrite. La chanteuse lyrique, Alexandrine Monnot joue Carla Bruni-Sarkory. Elle reste debout dans un pot avec du lierre sur elle. Quelle jolie plante verte musicale. Ensemble ils vont interagir pour nous montrer la face cachée de montages financiers. L’humour sera présent à chaque instant comme pour mieux rire de ces personnages grossiers et des manipulations mises en place. Le dindon de la farce commence à comprendre comment il se fait déplumer et comment on lui enfonce les marrons.

Un spectacle drôle d’impertinence et d’intelligence où l’on repart souriant et plus malin. Impossible de ne pas être conquis par le talent de l’auteur qui se complète à merveille avec le metteur en scène et des artistes sur scène. Juste Bravo.