18 mars 2019
8,5/10
3 0
Lucie, jeune détective, est désemparée. Valentine, 16 ans, dont elle devait assurer la surveillance a disparu dans le métro.
Comment retrouver Valentine ?
Lucie fait appel à « La Hyène » dont la réputation n’est plus à faire…

Nous sommes embarquées dans une aventure rocambolesque en compagnie de Lucie, un peu inexpérimentée et de « la Hyène », énergique, brusque, parfois violente, lesbienne un peu hommasse au verbe haut en couleur.
Entre Paris et Barcelone, sur un rythme rock and roll, nous irons à la rencontre de Valentine ?
Bravo à cette troupe de comédiens talentueux.
Eline Schumacher (Valentine) est époustouflante. Adolescente provocante incontrôlable, rebelle, paumée, goûtant au délire de l’alcool, s’adonnant au plaisir du sexe… sa gestuelle et son jeu sont d’une grande justesse. Elle est bouleversante.
Aymeric Trinfo interprète avec grand brio et conviction
le père de valentine écrivain en quête de notoriété.
un chanteur de rock.

Les tableaux se succèdent avec frénésie. Les décors changent en un tour de main, c’est plein de surprises, on en prend plein les yeux.
Ça décoiffe, ça bouge et ça fait du bien.
C’est vivant, plein d’humour et captivant.
Va-t-on retrouver Valentine ? Courez vite au théâtre…
Les paumés, des décadents, les milieux de la drogue, de la prostitution, des partouses, des lesbiennes et des bas-fonds.
Tous ses personnages un peu déglingués par la vie sont touchants, sympathiques, parfois inquiétants, parfois drolatiques.
18 mars 2019
5/10
2 0
Pièce décousue et extrêmement longue, c’est dommage car le texte est riche.

En bref, Louis revient dans sa famille en province, après 10 ans d’absence.

Ce que j’ai bien aimé, c’est la richesse des sujets abordés. Le texte est très riche !

Tout d’abord, l’anachronisme : au début Louis est mort, et raconte sa vie quand il était vivant. Il décide de faire revenir toutes les personnes qui ont été importantes dans sa vie. Sauf que ces personnes ne sont pas seulement des figurants de la vie de Louis, ils ont eux-même leur vie et leur histoire. C’est intéressant de décentrer Louis. Et tout prend forme.

Ensuite, j’ai bien aimé la problématique du retour de quelqu’un. Est ce que c’est possible, lorsqu’on s’est éloigné de certaines personnes, de revenir ? Ou alors est ce que les gens demandent toujours des explications ? J’ai senti qu’en fait, selon Lagarce, c’est impossible de revenir et de reprendre le train en marche. Les gens en veulent aux absents, qui n’ont pas de « bonnes raisons » à leur absence (ce qui est le cas de Louis). Et finalement, Louis le dit à un moment, que si son entourage lui avait assuré qu’ils n’auraient pas de reproches ni trop de questions à son retour, alors il aurait pu revenir plus tot « Si on m’avait promis le silence, je serais revenu ». Mais que le retour, avec son lot de justifications, c’est trop compliqué. Je me dis qu’il faut être intelligent pour ne pas demander de justificatifs aux « revenants », et juste accepter la réalité.

Enfin, j'ai bien aimé ce que la belle-soeur de Louis explique à un moment : elle a pensé que Louis (qu'elle n'avait jamais vu) ne revenait pas, à cause d'elle. Elle en était certaine. Elle s'était construit, toute seule dans sa tête, un schéma selon lequel c'était de sa faute si Louis (beau frère qu'elle n'avait jamais vu) ne revenait pas. C'est incroyable ce qu'on peut se créer dans nos têtes pour ne pas accepter les faits. Le pire c'est lorsqu'elle explique qu'elle était tellement certaine que c'était à cause d'elle, qu'elle n'osait pas poser la question à la famille. Du coup, c'était encore plus compliqué pour elle de s'en défaire, car elle avait construit tout ce schéma toute seule. Ya tellement de moments ou on se construit des schémas, pour tenter de trouver des explications, qui sont extrèmement noires, nocifs, et si éloignés de toute réalité, et de tout bon-sens. C'était magnifiquement exprimé.

En outre, d’autres idées que j’ai bien aimé :
- La famille, ça impose des règles
- Le retour d’un fils qui s’est construit intellectuellement loin des siens, et loin de ses origines (petit bled de province // milieux intello parisiens) et qui revient dans sa famille d’origine
- la complexité des relations familiales est bien jouée : la belle-soeur face à Louis, la gêne/malaise de la mère devant son fils, la soeur qui est pleine de violence, le frère qui ne laisse rien transparaitre, les affinités, les personnalités de chacun

Ce qui m’a fortement ennuyé, c’est la lenteur des répétitions dans le texte. Cette façon très Lagarce de répéter mille fois les mêmes phrases. Ça traduit sûrement l’obsession des personnages, mais qu’est ce que c’est lent. Les personnages répètent minimum 3 fois la même phrase quand ils parlent. Il y a aussi les personnages qui appuient toujours le « celle-là », ou « celui-ci » qui est lourd.

Je suis partie avant la fin, ma vision sur la pièce n’est pas complète.

Bon spectacle !
18 mars 2019
9/10
7 0
Son nom est Bond. Edward Bond.
Le dramaturge britannique qui place ses personnages et par là même ses spectateurs au sein d'enjeux à la fois poétiques et politiques.
Le dramaturge qui a décidé de faire de son théâtre par le biais de ces deux enjeux-là une entreprise de la connaissance de soi.

Cette entreprise-là est manifeste dans cette pièce courte, « Chaise », écrite en 2005.
Avec une question essentielle. Peut-être la plus complexe de toutes les questions.
« Comment on devient un homme ? » demande Billy à Alice.

Nous sommes en 2077. Une société ultra-totalitaire, fasciste au dernier degré, dans laquelle empathie et compassion sont prohibées, et ce qui est interdit prend beaucoup plus de place sur la liste que ce qui est permis.

Un deux-pièce. Un luxe pour Miss Acromby, qui étant sensée vivre seule, ne devrait disposer que d'un studio. Elle n'est pas pourtant pas seule.

Voici vingt-six ans qu'elle est hors-là-loi.
Elle a en effet recueilli illégalement Billy, qui vit reclus avec elle, sans jamais être sorti.
Il passe son temps à dessiner, ses œuvres sont affichées sur les murs de l'appartement.

Un jour, par sa fenêtre, Alice remarque dans un soldat et sa prisonnière.
Par compassion, elle décide de descendre une chaise pour le soldat, ou la prisonnière, eux qui attendent un autobus depuis plus de trois heures.
Tous les éléments du drame sont en place.

Maryse Estier a choisi de mettre en scène cette pièce qui fut créée au festival d'Avignon en 2006 par Alain Françon, qu'elle connaît bien, puis qu'elle fut son assistante, notamment dans sa version de la pièce de Tourgueniev « Un mois à la campagne ».

Celle qui fut Académicienne-Metteure en scène à la Comédie-Française et qui avait monté la saison passée un magnifique dyptique « Lampedusa Beach/Snow » » à la Comédie de Genève a donc voulu porter sur scène la noire et nécessaire lucidité, l'éclairante désespérance d'Edward Bond.

Elle continue ainsi son parcours rigoureux consacré à interroger elle aussi les paradoxes humains, ceux qui nous placent tous autant que nous sommes devant un terrible miroir.
En ce sens, il était assez naturel que la rencontre avec Bond ait lieu.

Ici, elle nous confronte à une épure.
Une table, deux chaises qui se font face à face.
Une fenêtre matérialisée à jardin. Une porte à cour. Et c'est tout. Le texte, les comédiens se suffiront à eux-mêmes.
Il faut dire que le lieu se prête admirablement à la scénographie de la pièce. Le plateau, les murs en pierre du Théâtre de l'Opprimé confèrent une austérité qui se prête admirablement au propos de la pièce.

Tous les acteurs sont en combinaison noire impersonnelle. Excepté Billy, le seul dont les chaussettes, le short et le sweat-shirt font émerger un semblant de reste d'humanité.

La direction d'acteurs de Melle Estier est à la fois stricte et précise, totalement maîtrisée. Il règne un sentiment d'évidence à voir évoluer les personnages au sein des deux lieux de la pièce.

Pierre Ostoya Magnin est un Billy impressionnant.
Le comédien confère à son personnage une étonnante dimension double. Il est ce jeune homme qui n'a pas pu grandir, candide, bon, enfantin, et il incarne également la plus grande des fureurs, des colères. Son Billy m'a beaucoup ému. La scène au cours de laquelle il casse ses crayons pour les reprendre par la suite est un très beau moment de théâtre.

Laurence Côte est Alice. Un rôle difficile, tout en retenue, qui demande de trouver la juste place du curseur. Le duo fonctionne parfaitement, les relations établies entre les deux personnages sont totalement crédibles, leur couple improbable mais tellement réel et attachant nous touche beaucoup.

Maxime Pambet joue le soldat avec un bel engagement et Emmanuelle Reymond est une « assistante antisociale » glaçante au possible, une enquêtrice qui va précipiter le dramatique dénouement.

Je regrette donc, vicissitudes de l'agenda obligent, de n'avoir pas pu assister bien plus tôt à la représentation de cette pièce.
C'est une bien belle entreprise théâtrale, totalement aboutie, sans concession, qui parvient parfaitement à transcrire l'univers et le propos d'Edward Bond.

J'espère vivement que cette production sera reprise ici ou là.
Je vous tiendrai évidemment au courant.
17 mars 2019
9/10
2 0
Hilarité du début à la fin pour cette pièce-comédie déjantée, burlesque à souhait. Les coincés peuvent rester chez eux ! Ici, on ne fait pas dans le détail ! Les gags se succèdent à la vitesse TGV en pleine forme ; les acteurs sont excellents, le décor ingénieux, les surprises s'enchainent.
Contrairement à de nombreuses productions où des acteurs de renom se vautrent et qui se veulent comiques sans y parvenir, Jean Louis XIV vous assure une partie de rigolade garantie.
La salle était unanime et morte de rire.
Bravo au théâtre des Béliers. Certes, le confort n'est pas super, certes, ce n'est pas le triangle d'or des célèbres scènes parisiennes, mais la programmation est toujours bien choisie avec d'excellentes pièces à l'affiche au fil des saisons. Après le succès mérité des Crapauds fous à l'automne, Jean Louis XIV pourfend la morosité avec des giboulées de rires au printemps 2019. Encore bravo !
17 mars 2019
9/10
3 0
« Jamais plus » de et mis en scène par Geoffrey Lopez au théâtre du Roi René est une histoire glaçante sur une jeunesse qui refuse le nazisme comme solution à son avenir.

Un texte qui réunit son auteur et son interprète Antoine Fichaux, tous deux sensibles à cette période et à cette histoire de ces jeunes qui ont osé dire stop, non au nazisme et qui le payèrent de leurs vies.
Cette fiction qui met en scène Frantz Weissenrabe, est basée sur des faits réels dont Geoffrey Lopez s’est inspiré, notamment avec le livre d’Inge Scholl, sœur aînée de Hans Scholl qui faisait partie de ce groupe de trois étudiants guillotinés par le bourreau Johann Reichhart, à la suite d’un procès éclair de seulement trois heures, mené par le juge chéri d’Hitler : Roland Freisler.

Nous sommes en février 1943, fraîchement rasé, Frantz notre héros, apparaît dans le brouillard telle une icône de cette jeunesse arienne, le regard déterminé aux yeux bleus perçants, la silhouette carrée, musclée, la position volontaire, dans les traits d’un Antoine Fichaux confondant de réalisme.
Un brouillard annonciateur de mort comme dans « Nuit et brouillard », la seule façon d’éradiquer ceux qui s’opposent au Reich : « les prisonniers disparaîtront sans laisser de trace… ».
Une jeunesse hitlérienne, pour les 14-18 ans, dont l’organisation fut fondée en 1922, mais qui à l’arrivée au pouvoir du parti nazi en 1933 comptait plus de 2 millions de sympathisants, à noter que l’embrigadement était obligatoire dès l’âge de 6 ans. Une jeunesse aveuglée, qui voua une admiration, une obéissance à ce dictateur Adolf Hitler, encadrée par un certain Himmler…

Mais aussi une jeunesse qui se réveilla et qui décida d’arrêter de vénérer ce seul parti nazi accepté, d’être ces bons petits soldats prêts à toutes ces exactions au nom d’une idéologie meurtrière.
Elle ne voulait plus être ce jouet que l’on manipule au gré des folies d’un homme qui avait perdu la raison.
Elle refusait dorénavant l’avenir que ce dictateur avait choisi pour eux : elle refusait de se soumettre, elle résistait.
Et c’est ainsi que quelques étudiants fondèrent le mouvement « La rose blanche » en juin 1942 : un élan d’humanité dans ce chaos orchestré par un fou.

Frantz, du fond de sa cellule, après son arrestation par la gestapo, écrit à sa mère, sans savoir si elle pourra le lire. Il lui raconte dans un premier temps le pourquoi du comment, sa séduction pour le parti nazi, son endoctrinement qui le poussa entre autres à exclure les juifs de l’Allemagne, les responsables de la crise tant martelée par Hitler lors de ses discours.
La violence devenait petit à petit son quotidien et il en prenait plaisir : il faut savoir être fort et ne pas pleurer comme une femme.
Frantz est le représentant type de cette jeunesse qu’Hitler affectionnait et qu’il façonna pour mener à bien son projet de domination de l’Europe.
Et puis dans un deuxième temps tout bascule, lui qui était prêt à tout pour satisfaire son maître, quitte à dénoncer son père qui cachait des juifs, ne supporte pas dans un sursaut de lucidité de le voir arrêté avec une famille juive ; une arrestation avec tant de violence qu’il se réveille, brise ses chaînes, et se met à fréquenter des étudiants de son âge à l’insouciance qui libère ses émotions et rejoint le mouvement « La rose blanche ».
Et c’est lors de la distribution de tracts, lancés dans la cour intérieure de l’université de Munich, qu’ils sont arrêtés tous les trois, interrogés, jugés, condamnés à mort pour haute trahison et exécutés dans la foulée le 22 février 1943, Sophie en premier.

Dans une belle élégance Antoine Fichaux endosse le rôle de ce jeune étudiant avec sobriété. Il incarne avec justesse et émotion les contradictions qui animent l’existence de Frantz. Dans un cri glaçant, il porte haut et clair cet appel qui doit nous faire réfléchir : « Jamais plus ».
Un appel qui de nos jours avec tous ces actes qu’ils soient antisémites ou autres, est malheureusement d’actualité et résonne en nous avec tristesse.

Dans une ode à la résistance, où le pardon peut trouver sa place, Geoffrey Lopez signe un texte magnifique et une mise en scène qui pointe du doigt tous les dangers que représente une telle société. Les jeux de lumière de Filipe Gomes Almeida, importants dans cette mise en scène, accentuent ce sentiment de malaise qu’il fait naître en nous. Les costumes de Patricia de Fenoyl, notamment avec la vareuse qui transforme notre Frantz en Hitler, donnent une touche réaliste à cette histoire. La musique de Brice Vincent accompagne avec finesse le parcours de Frantz dans ses réflexions.

« Ce n’est pas difficile de mourir. Il faut juste se laisser aller. Vivre demande plus d’exigence. »