9 mars 2020
9/10
2 0
Less is More !

Quelle belle découverte que cette auteure catalane, méconnue en France malgré son immense succès en Espagne.
Prolifique, ayant pas moins de quarante cinq pièces à son actif, certaines récompensées par de nombreux prix.

Tommy Milliot et la Comédie française ne s'y sont pas trompés ....

Ce huis clos d'abord intrigant, puis angoissant, est construit avec une économie de moyens et un dépouillement formidablement efficaces.
Ici ce sont les silences qui parlent le plus, qui mettent les mots en valeur.
Les silences qui rythment le jeu des acteurs, formidables tous les trois.

Peu d'action, mais quelle action !

Un théâtre rare, qui génère beaucoup d'interrogations et aucune certitude.

Il faut être une très grande pour faire monter la tension avec si peu ....

Retenez bien son nom ....Lluïsa Cunillé ....et la prochaine fois, foncez !!
9 mars 2020
8,5/10
1 0
Un seul en scène de Grégori Baquet qui incarne à lui seul tous ces personnages de l’univers de Dino Buzatti. Un K pour unique élément de décor, habilement mis en scène, cet acteur met son talent d’interprète au service de la fantaisie, de l’étrange, de la poésie et de l’imaginaire de l’auteur. Le choix des nouvelles rend le voyage tantôt lunaire, tantôt solaire, un voyage tout en atmosphères, aux couleurs et consistances mutantes, une ambiance tantôt légère et ludique qui bascule et oscille mystérieuse et inquiétante…

Sporadique, ici et là, au K par K, comme le K qui se plante et se déclare décor, Grégori Baquet s’impose, propose, nous conte, nous raconte, décompte, pour que nous disposions de cette palette généreuse avec laquelle s’ esquisseront les tableaux , avec ou sans cadre, au pinceau ou au couteau, en pastel ou à l’huile mais qui, sans nul doute, vous séduiront tout autant que notre l’assemblée l’a été. Une impression … “Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder, ils s’habitueront.” (René Char)
8 mars 2020
10/10
3 0
« Le square » de Marguerite Duras dans une adaptation et une mise en scène de Bertrand Marcos au théâtre du Lucernaire est une rencontre singulière, dans un combat singulier, entre deux êtres singuliers aux solitudes qui se côtoient.

Bertrand Marcos qui a mis brillamment en scène, aux Bouffes Parisiens, Fanny Ardant dans « Hiroshima mon amour » de Marguerite Duras, a prolongé le voyage avec ce clin d’œil d’introduction par la voix chaude de Fanny Ardant.
Elle passe le flambeau à Mélanie Bernier et Dominique Pinon dans une élégance qui laisse présager du meilleur.

Nous sommes accueillis dans ce théâtre rouge du Lucernaire par les deux acteurs affairés à leurs occupations.
Une salle qui se garnit petit à petit jusqu’à remplir de spectateurs le premier rang, ce qui est rare ! Tout en ayant bien du mal à se séparer de leurs machines infernales…dont leurs lueurs se feront remarquer jusqu’à la dernière seconde…

Nous sommes dans un square, lieu de rencontre par excellence, où l’on entend le gazouillis des oiseaux et celui des enfants qui jouent dans une effervescence naturelle.
Un banc, quelques chaises et fauteuils, aspirent au repos de nos héros dans une après-midi ensoleillée.
Chacun dans son pré carré, à l’espace vital préservé, nous les observons.
Elle est concentrée sur la lecture de son livre, lui les pieds en éventails, les chaussures ôtées, se repose de sa journée non loin de sa valise.

Puis la voix s’exprime et nous informe qu’il est 16h30 et que les enfants ont faim : c’est l’heure du goûter mais c’est aussi l’heure pour lui d’engager la conversation avec elle…il ose rompre l’espace qui les sépare…
Lui c’est « Monsieur » et elle c’est « Mademoiselle », jamais nous ne saurons leur identité, mais est-ce vraiment important ?

Tant ils se confondent dans la masse de ces « petites gens » qui œuvrent chaque jour au bien être de leur prochain. Elle exploitée comme bonne à tout faire et Lui comme voyageur de commerce qui gagne difficilement sa vie et qui promène sa valise de ville en ville remplie de ces petits objets qui nous font défauts dans la vie de tous les jours.

Ne cherchez pas une intrigue, il n’y en a pas, ne cherchez pas les quiproquos, il n’y en a pas. C’est dans une douceur indolente que Elle et Lui engagent le dialogue aux détours de phrases qui n’appellent pas de réponses.
Une époque où les gens se parlaient et n’étaient pas continuellement rivés sur les écrans de leurs appareils qui les coupent du monde…
Un dialogue qui pourrait sembler démodé mais qui au contraire a le mérite d’exister, de construire la vie et rendre heureux le temps d’un instant Elle et Lui : la récompense du don que les humains ont via la parole.
Une recherche du bonheur comme on recherche les bénéfices du soleil assis dans un square.

Ce qui nous frappe dans cette rencontre, c’est leur différence d’âges. Elle, dans sa jeunesse insolente, est volontaire, à la quête de son graal : le mariage. Un mariage qui lui permettrait de sortir, de se libérer de sa condition de bonne.
Lui au contraire, il n’attend plus rien de la vie et se laisse bercer par la recherche quotidienne du toit et de la pitance qui le rapprochent inexorablement de son destin.
Mais est-ce que le bonheur s’achète ?
Ils sont l’alpha et l’oméga de la raison de vivre, de la vie tout simplement.

La beauté de ce texte est foncièrement leur écoute et l’espoir qui naît au milieu de toute la banalité de leur échange, doté d’une force incroyable : on ne voit pas l’heure passer. Des différences qui au lieu de les opposer, les rassemblent avec comme vecteur commun le bal, la danse, à une époque où elle se dansait encore à deux, l’un contre l’autre, respirant le souffle, la brise de l’autre, où des mots doux étaient susurrés dans les oreilles ; de cette union porteuse d’espoir le temps d’une chanson.
Une danse qui les réunira ou les séparera, allez savoir…

Dans un décor printanier, usé par le temps qui passe, de Jean Haas, Bertrand Marcos, inconditionnel de Marguerite Duras, a réussi le pari d’adapter et de mettre en scène avec intelligence ce texte singulier. Il crée un échange, une danse, entre Elle et Lui, à la douceur porteuse d’espoir. Il met de la lumière, avec son complice Patrick Clitus, dans les yeux de ses comédiens qui éclot par des étincelles d’espérance.

Je découvre avec bonheur Mélanie Bernier au théâtre. Princièrement habillée par Marion Xardel, avec son œil coquin rempli de malice et sa voix au grain singulier, elle capte notre attention et celle de « Lui » pour nous emporter dans son monde imaginaire au destin prometteur.
Sa belle complicité avec Dominique Pinon rayonne sur le plateau tout en partageant avec le public sa passion qui l’anime de jouer un texte, un personnage.

Dominique Pinon récemment dans « Jo » au théâtre du Gymnase, est connu du grand public notamment pour son rôle de l’inspecteur Jean-Pierre Marchand dans la série télévisuelle « Cassandre » ; il a une sensibilité naturelle qui nous réconforte.
Son jeu à l’écoute de l’autre, une écoute partagée, donne de la puissance à sa douceur authentique. C’est un régal de l’écouter donner la réplique à sa partenaire.

N’hésitez pas à passer quelques minutes dans ce square où jouent les enfants et où les adultes rêvent d’une vie meilleure, vous en sortirez rassérénés.
8 mars 2020
7/10
2 0
Southern decadence.

La pièce valut à Tennessee Williams le prix Pulitzer, le film remporta 4 oscars ... Autant dire que la barre est très haute.
Mais oublions Marlon Brando et Vivien Leigh.

Nous sommes à la "Scène parisienne" où avec beaucoup de courage et de mérite une troupe non dénuée de talent essaie de nous transporter dans un quartier populaire de New Orleans à la fin des années 40.

Si Stanley et Stella sont assez convaincants, Blanche par contre a plus de mal à nous toucher.
Incarner cette lente descente aux enfers est très périlleux, la comédienne n'y parvient pas toujours, et en fait parfois beaucoup trop.

Certains choix de mise en scène maladroits nuisent également à la qualité de l'ensemble, telle la fausse sueur sur les corps, le niveau contestable des musiciens, et surtout les "bébé" à répétition qui remplacent bien mal à propos les "baby" du texte américain.

A tous ces moments là, le spectateur sort de l'histoire, Bourbon Street s'éloigne, et c'est bien dommage !
7 mars 2020
7/10
10 0
Thierry Lopez est un acteur que j’avais toujours détesté dans les pièces que j’avais vu avec lui jusqu’alors. À ma grande surprise je l’ai bien aimé dans Ich Bin Charlotte !

Alors certes, il se regarde un peu jouer mais il incarne vraiment son personnage principal et sait moduler sa voix ainsi que son énergie pour donner du rythme.

Rythme qui est également assuré par la mise en scène et en musique... Très réussis !

Hélas, j’ai trouvé l’histoire à la fois décousue et frustrante. À tiroirs, elle survole beaucoup de sujets qui auraient pu être passionnants (la guerre, la Stasi, les maisons closes, l’homosexualité, le travestissement...) sans en approfondir aucun.

Cela m’a laissé sur ma faim !