8 mai 2022
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La Bibliothèque François Mitterrand fête le bicentenaire de la naissance de l’égyptologie avec l’exposition ‘L’aventure Champollion, dans le secret des hiéroglyphes’.

Cette exposition conduit le visiteur à la découverte des techniques novatrices utilisées pour comprendre une langue oubliée grâce au parcours de Jean-François Champollion qui s’est passionné pour cette langue étrangère mystérieuse dès son plus jeune age. Bien sur, il avait un don pour les langues, puisqu’il parlait le latin, le grec, le syriaque, l’arabe, le copte, la gaulois, l’étrusque,…

Comment faire pour faire revivre une langue qui n’est plus parlée ni écrite depuis des siècles ?

Bien sur il y a la fameuse pierre de Rosette (découverte en 1799) avec le même texte dans trois langues qui a grandement aidée Champollion mais pas que. Pour appréhender une langue étrangère, on a coutume de dire qu’il faut s’immerger dans son pays mais le pays des pharaons n’existe plus depuis longtemps, le savant s’est lui immergé dans la compréhension de cette civilisation disparue : Immersion au point de pouvoir comprendre les rituels funéraires des pharaons par exemple.

L’exposition retrace les différentes étapes qui ont conduites Jean-François Champollion sur les traces des hiéroglyphes. Parcours riche et complexe mené avec abnégation et méthode par le jeune français. De nombreux objets magnifiques prêtés et quantités d’écrits raviront les visiteurs.

Attention : ne lit pas le hiéroglyphe qui veut, la structure d’une simple phrase ne ressemble guère à notre grammaire comme nous le découvrons via des écrans interactifs qui nous explique comment interpréter une série de signes.

Le niveau de compréhension et de documentation sur la langue atteint par Champollion a donnée lieu à l’écriture d’une grammaire complète. Certains ouvrages exposés sont impressionnants par le niveau de détail proposé : Notamment lors de ses études d’inscriptions sur des monuments, Champollion décrivait aussi la couleur utilisée, nous savons donc à quoi ressemblaient exactement ces inscriptions grâce à ses écrits alors que la plupart des monuments ont perdu leur couleur depuis.

Champollion est le fondateur de l’égyptologie car il a ranimé toute une civilisation jusqu’alors méconnue et a pesé de tout son poids pour que l’Egypte ancienne soit reconnue parmi les grands arts de l’antiquité, à l’instar de la Grèce et de Rome. Il a été à ce titre le premier conservateur des antiquités égyptiennes au musée du Louvre.

Nous découvrons aussi le rôle important qu’a joué son frère, Jacques-Joseph, combatif comme son cadet, toujours à la recherche de fons pour financer les expéditions de son frère, il lui sert de guide et de conseil et surtout à la mort de Jean-François, il se bat pour faire reconnaitre son travail et faire acheter tous ses écrits par l’état français.
8,5/10
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"Si vous votez non coupable, faites le par conviction et non par lassitude ! Alors, coupable ou non coupable ?"

La pièce en elle-même est un chef d'oeuvre incontournable - un critique puissant du système judiciaire américain, de la peine de mort, mais aussi de l'esprit humain, Reginald Rose nous donne ici une pièce rythmée, débordante d'émotions et de tension dramatique qui vous laissera crispé sur votre chaise.

C'est pourquoi j'ai été aussi impatiente de voir cette pièce (même dans sa traduction française) au Théâtre Hébertot. Des comédiens assez bons dans l'ensemble (certains comédiens ont brillé particulièrement), une mise en scène assez caractéristique de la pièce (simple, vide, étouffante), quoique peut-être pas une des interprétations les plus originales ou courageuses... C'était pas révolutionnaire, mais j'ai tout de même bien aimé et on a bien ressenti la tension et l'émotion dans la sallee. Je recommanderais cette pièce à tous ceux qui n'auraient pas eu le bonheur de la découvrir pour l'instant !
8 mai 2022
10/10
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Les Balkans au balcon !
Où quand les trubači d’Europe de l’Est font résonner leurs cuivres sous les ors de la salle Richelieu !

De l’or, il y en aura beaucoup, dans cette somptueuse version d’anthologie de cette comédie-ballet que le grand Jean-Baptiste donna pour la première fois le 14 octobre 1670 Chambord.

Une version qui fera assurément date dans l’histoire de la grande Maison, et sans aucun doute dans la liste des grandes mises en scène de cette pièce et de ses turqueries.

Une nouvelle fois, et ceci devient un trivial pléonasme, une nouvelle fois le duo Christian Hecq – Valérie Lesort va plonger toute une salle, et pas n’importe laquelle, dans un véritable état de grâce et une félicité des plus complètes.

Dans la poursuite totalement cohérente de leur démarche dramaturgique, ces deux-là se posent en désopilants amuseurs publics, ce qui sous mon traitement de texte est un vrai compliment.
On connaît ici mon admiration pour ce tandem d’épatants déclencheurs de folie créatrice totalement maîtrisée, qui n’ont pas leur pareil pour tirer les fou-rires du public, grâce à leur vision particulière, faite de drôlerie et de poésie, des œuvres qu’ils montent sur un plateau.

Pour notre plus grand plaisir, ils ont encore cette fois-ci utilisé les « recettes » qui font leur succès.

La première de ces recettes, c’est à mon sens cette capacité à faire appel au monde de l’enfance, un monde débordant d’imagination et où l’on ne s’interdit strictement rien. « On dirait qu’on ferait ceci, on dirait qu’on serait cela... »
Avec eux, tout semble possible, les spectateurs peuvent s’attendre à tout.
Bien entendu, par là-même, nous aussi retombons en enfance.

Cette impression (rare) que tout est possible est en grande partie rendue possible grâce à l’utilisation des marionnettes de Valérie Hecq et Carole Allemand.
Avec ces personnages et ces objets de latex, on peut faire voler des épées, on peut soulever de terre une servante, on peut s’attendre à ce que des moutons chantent, qu’un éléphant surgisse du lointain, ou encore que des mets raffinés s’animent lors d’une scène de banquet.
(Pour ma plus grande et indicible joie, les deux nous offrent un nouveau banquet hilarant, auto-citation de celui du Domino noir, à l’Opéra Comique, qui contenait l’une des scènes de comédie les plus désopilantes que je connaisse.)

Le tandem Hecq-Lesort non seulement sait faire rire, mais sait faire rire avec trois fois rien.
« Juste » une idée, un petit accessoire, une « simple » manipulation et toute une salle s’esclaffe.
Le comique visuel vient se mettre au service du propos général. Un toupet au sommet du crâne, une perruque brinquebalante, un urinoir à la Duchamp, des rouleaux de papier-toilette, tout ceci ne coûte rien et fait fonctionner nos zygomatiques à plein régime.



Tout ceci est également porteur d’une réelle poésie. L’humour de ces deux-là finit par générer cette poésie, grâce à toutes ces trouvailles inventives, toutes ces petites saynètes drôlatiques et très réussies.

Et puis il y a le comédien Christian Hecq.
Formé à l’école du mime, cet homme, sur une scène, a une gestuelle unique, bien à lui, immédiatement reconnaissable. Sa façon de se déplacer, de démultiplier ses gestes, de les pousser à leur paroxysme, sa capacité à placer le curseur à sa juste place en matière d’outrances, tout ceci force le respect.
De plus, on connaît bien sur scène sa vis comica, sa faconde, ses ruptures, ses changements subits de registres.

Son Monsieur Jourdain va nous faire hurler de rire. J’assume totalement ce groupe verbal, hurler de rire. A de nombreuses reprises, le public applaudira durant le spectacle, ce qui dans cette salle est suffisamment rare pour être souligné.

Mais le comédien va mettre en avant un autre aspect du personnage.
Un aspect très touchant, très authentique.

Christian Hecq va nous faire vite comprendre que son personnage est le seul qui ne triche pas, qui ne se joue pas des autres. Lui, il est honnête et cohérent.

Ce bourgeois est en permanence dans sa logique, et n’en bougera pas.
Le personnage est finalement émouvant à vouloir s’élever coûte que coûte, à vouloir apprendre, à se bricoler lui-même ses petits décors, avec son petit pot pot de peinture, son petit pinceau, tous ses petits objets destinés à le faire devenir noble.


Et puis la fin.
Comme un enfant que l’on aurait trompé, et qui s’en aperçoit soudain, Jourdain comprend que tout le monde l’a floué, à tel point qu’il reste seul.
La dernière scène du comédien est alors bouleversante. Et nous de finalement compatir.

A ses côtés, c’est peu de dire que la troupe du Français est excellente.

Portés de façon tourbillonnante et virevoltante par les deux metteurs-en scène, les comédiens et les comédiennes sont particulièrement « mignon, moignon, chignon, trognon, ou très gnons ».
Je n’en finirais pas de citer leurs hauts faits respectifs !

La scénographie du patron en personne, Eric Ruf, est impressionnante.

D’un noir digne d’un Soulages au mieux de sa forme (il faut en effet un plateau le plus sombre possible pour permettre les manipulations de marionnettes), jusqu’aux dorures très bling-bling, le décor est absolument magnifique.
Des « tables » roulantes aux multiples fonctions (qui permettent de déclencher bien des surprises...) sont utilisées avec beaucoup d’ingéniosité.
La chaise à porteurs, très œuf de Fabergé, de M. Jourdain est elle aussi drôlissime. Rien n’est laissé au hasard !


Et puis comment ne pas évoquer les magnifiques costumes, toujours imaginés par Vanessa Sannino ?

Eux aussi noirs ou dorés, ne caractérisant ni géographiquement, ni temporellement un lieu ou une époque, eux aussi tirent sur le noir ou l’or.

Les costumes « turcs », faits de bric et de broc, sont tout aussi réussis et drôles.


Quant à la musique de Lully, elle est bien présente, arrangée par Mich Ochowiak et Ivica Bogdanič. Nous reconnaissons sans peine les grands airs, joués aux trompettes, trombone et autre soubassophone.

Quant à M. Jourdain, qui connaît donc un peu la musique, c’est l'énorme saxophone basse qu’il régale nos oreilles.

L’ovation qui attend les comédiens dès le premier salut, les « bravo ! » qui fusent, les spectateurs qui se lèvent sont là qui ne trompent personne quant au plaisir et au bonheur procurés par cette somptueuse entreprise artistique.

Au risque de me répéter, ce Bourgois gentilhomme à la sauce Christian Hecq - Valérie Lesort restera dans les annales théâtrales.
Il faut absolument l’aller découvrir, sa première exploitation ayant été interrompue la saison passée en raison de la pandémie que l’on sait.

C'est carrément un show Christian Hecq !

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Mardi 10 mai 2022
6 mai 2022
9,5/10
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Que diable allait-il faire dans cette galère ?

Dans la grande tradition de la comédie italienne, cette farce de Molière en 3 actes est un pur régal !
Scapin, héros de cette histoire, est directement inspiré de "Scapino", célèbre valet bouffon à qui l'on doit également les célèbres Sganarelle et Mascarille.

Dans un décor somptueux figurant le port de Naples, les comédiens nous offrent une course folle, sans temps mort, sous la baguette - magique! - de Denis Podalydès.
Le talentueux metteur en scène a orchestré ce ballet tourbillonnant avec une rare virtuosité.

Au coeur de cette bouffonnade, Scapin, fourbe patenté, repris de justice, armé de sa seule malice.

Incarné par un Benjamin Lavernhe déchaîné, déployant une énergie phénoménale.
Il caracole, virevolte, monte et descend, saute, tombe, se relève, retombe, court ....Et nous régale tout le long de mimiques désopilantes et de répliques savoureuses.

A ses côtés, le célèbre Géronte, alias Didier Sandre, qui lui aussi force l'admiration en se démenant comme un beau diable du haut de ses 75 ans !

Quand au reste de la troupe, ils cabriolent avec une vigueur réjouissante et un talent fou.
Enfin, la formidable scénographie d'Eric Ruf et les costumes superbes de Christian Lacroix complètent cette parfaite réussite.

Et quand au bout de 2h effrénées le rideau tombe et les comédiens se taisent, c'est au tour du public de se déchaîner et de rendre hommage à cette performance !
6 mai 2022
10/10
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L'être tendre pourrait nous en apprendre, se ferait il entendre au milieu de la violence du monde. Sa mise en art la voici, comme une fractale à la craie sur du rocher, au bord d'une caverne d'où fusent des idées, Des idées de danse, beauté et violence, des idées de guerre, atavisme des pères, un langage du corps comme premier rempart, flambeau, sinécure.
On parle de masculinité forcément conflictuelle, identité, forcément compliquée, sexualité , un mur qui peut être haut malgré la transparence , le porno comme une maladie solitaire , le genre qui ne résume rien et l'enfance d'où elle vient , emmène, ramène.

C'est un beau chaos que ce spectacle, un feu d'artifice nourri d'actuel et de séculaire, c'est notre époque et une introspection dans un bolide toutes vitres ouvertes, avec une musique hip hop et du beethoven dans l'autoradio. Une troupe éruptive qui fait bruler des mots, qui déshabille des corps et des âmes pour chauffer et éclairer le chaos du monde.

Bravo debout!!!