9 sept. 2020
6/10
2
Un peu déçu par Contes et Légendes, qui devait lancer en beauté ma rentrée théâtrale.

J'ai trouvé que cet enchaînement de petites scénettes était assez inégal.
Les thèmes de la masculinité, de la féminité et des robots sont bien traités et font nous poser des questions, amènent à la réflexion.
Seulement, il y a beaucoup trop de lenteurs, mais aussi de cris et de vulgarité, un peu lourds à la longue.

Le jeu des acteurs et la mise en lumière sont eux parfaits.

C'est la première pièce de Joël Pommerat qui me laisse autant sur ma faim.
9 sept. 2020
9/10
1
Un matin, le barbier toujours en rouspétance avec sa femme, qui n’est guère commode non plus, se prépare à manger son pain, mais voilà que trouve-t-il à l’intérieur… un nez ! Il se fait rabrouer par sa femme, il a dû couper le nez d’un client et voilà ce qui arrive, vite il faut se débarrasser de la “chose” !

Le major Kovalev se réveille et découvre avec stupeur qu’il lui manque son nez ! lui qui devait se préparer à demander la main d’Alexandrine, comment faire ? il sort et cherche partout son appendice, il va consulter un médecin qui ne pourra pas grand chose, il croise le barbier qui se débarrasse de “l’objet” dans le fleuve...

Quelle aventure ! le nez lui se porte assez bien, il court Petersbourg, vêtu du costume chamarré de Conseiller d’Etat - fort élégant ce nez - il se pavane, séduit les jeunes dames, a des sentiments (mais oui !), et ne veux pas entendre la voix de son maître, il a goûté à la liberté, s’est enrhumé certes, mais pas question de reprendre sa place au milieu du visage de Kovalev !

Une bien curieuse farce très amusante nous est proposée au théâtre 13. Ronan Rivière signe encore une fois, une mise en scène inventive et drôle, les comédiens sont dynamiques, truculents. Un spectacle qui ravira tout public.

“Parlez dans le masque”, c’est une technique de théâtre et les comédiens sur scène, ainsi que l’excellent Oivier Mazal au clavecin, portent un masque en tissu correspondant à leur costume, c’est un choix de leur part et c’est courageux.

J’ai eu le plaisir de voir “Le Double” ainsi que “Le Roman de Monsieur Molière”, je suis de nouveau conquise !
10 sept. 2020
9,5/10
12
Quand André rencontre son Guy.

Un conteur au service d'un autre conteur.

André Salzet, on lui connaît bien sa passion pour la littérature du XIXème siècle.
On se souvient de son très beau passage au gueuloir de Mme Bovary, du grand Gustave.

Faut-il dès lors s'étonner qu'il ait eu la bonne idée d'adapter la nouvelle de M. de Maupassant, en compagnie de sa complice et metteure en scène Sylvie Blotnikas ?

Oui, décidément, pour une bonne idée, ce fut une bonne idée.


Il apparaît à jardin, dans son costume d'époque, redingote sombre, gilet et large cravate flamboyante, sans oublier les bottines assorties. Nous remontons le temps.

L'homme est un sacré raconteur, un incomparable diseur de mots.

Immédiatement, nous voici plongés dans la Normandie de 1870, envahie par les Prussiens.
Sans attendre, sur un plateau nu, le décor est campé. Nous les avons devant nous, les soldats à la « barbe longue et sale, aux uniformes en guenilles, avançant d'une allure molle, sans drapeau, sans régiment ».


Le comédien nous attrape, et ne va plus nous lâcher durant l'heure qui va suivre.
Je défie quiconque, entendez-vous, de s'extirper de ses rêts.
Le public va se retrouver non pas seulement à écouter la nouvelle, mais il va la voir se dérouler devant nos yeux.

Faut-il maîtriser l'art de dire et d'interpréter un texte, tout de même, pour arriver à ce point à captiver de la sorte un public qui connaît ce texte, qui l'a sûrement étudié et qui sait exactement de quoi il retourne.

André Salzet va raconter, donc, mais il va également (et surtout) interpréter la plus grande partie des personnages de cette histoire qui dénonce comme chacun sait l'hypocrisie d'une société bourgeoise, par le prisme d'une héroïne d'une petite et à la fois immense vertu.

Nous allons les voir défiler devant nous, les dix passagers de la diligence.
Ils apparaîtront devant nous, ils s'exprimeront chacun à leur manière.

André Salzet parvient pour notre plus grand plaisir à à leur donner une gestuelle propre, à tous ces normands, il leur prête vie et voix.

Les Loiseau, les Carré-Lamadon, le cocher bourru, les nobliaux de Bréville, les deux bonnes sœurs, Cornudet le « Démoc », l'asmathique M. Follenvie, l'officier prussien à la moustache effilée et bien entendu Elisabeth Rousset, alias Boule de suif, ils sont tous là devant nous à prendre corps.

La mise en scène de Sylvie Blotnikas permet au comédien d'occuper tout le plateau de la grande salle du Lucernaire.
Seule une petite table à jardin sera utilisée. Pas besoin d'autre décor ni accessoire. La présence, la prestance, le charisme du comédien sont largement suffisants.

Un élément important de la mise en scène repose également sur les belles lumières de Ydir Acef, qui permettent de matérialiser les différents espaces et de servir de repère temporel aux jours et nuits qui passent.
Nous savons en permanence où nous sommes : la diligence, la salle commune de l'auberge, les chambres, la plaine normande...
Tout ceci est très intelligemment pensé et réalisé.

Une fois mon papier écrit, je n'eus plus qu'une seule envie : relire immédiatement la nouvelle.
Et de retrouver tous les protagonistes de l'histoire sous les traits et les gestuelles d'André Salzet, d'en revivre les moments-clefs en ayant encore dans l'oreille la voix et les accents du comédien.
Je vous conseillle vivement l'expérience.

Une nouvelle fois, André Salzet sert au mieux une œuvre d'un auteur du XIXème.
Une question se pose, évidemment : qui sera le prochain écrivain à passer entre ses mains et sa voix ?

C'est un magnifique moment de théâtre qui nous est proposé.
Le public ne s'y trompe pas, qui applaudit à tout rompre et en rythme le comédien au moment des saluts.
8 sept. 2020
10/10
0
J'ai eu la chance de voir la pièce avant le confinement fin janvier.
Je suis une grande grande fan de Michalik et ce que je trouve fou c'est que chacune de ses nouvelles pièces est encore mieux que celle d'avant :-)
Depuis Intra-Muros, on est dans le théâtre contemporain avec une histoire d'aujourd'hui.
Cette histoire là est triste, très triste, mais avec plein d'espoir aussi !
C'est moderne et ultra touchant.
On est sorti bouleversé, mon mari aussi.
8 sept. 2020
8/10
3
Dans le cadre d’Un Eté Particulier organisé par la ville de Paris, j’ai assisté en bonne compagnie à une représentation d’After the end de l’anglais Dennis Kelly dans un petit square du XIV ème arrondissement.

Louise se réveille dans un abri anti atomique, elle ne se souvient de rien. Mark l’a sauvée d’un attentat nucléaire. Dans cet espace restreint, ils vont devoir cohabiter et des aspects de leur personnalité vont se révéler plus ou moins inquiétants.

Avec ce huis clos, on voit s’installer un rapport de force qui peut à tout moment exploser entre un homme et une femme. Cette pièce de Dennis Kelly de 2005 a des accents de réalité un peu effrayante mais réaliste. Dans cette ambiance au gout de fin du monde, nous découvrons que l’attitude de l’être humain est seule responsable de sa capacité à devenir un monstre.

Quelle bonne idée a eu Antonin Chalon d’avoir mis en scène ce huis clos dans un container, signifiant l’espace confiné de l’abri, en le rendant transparent nous sommes en première ligne les témoins de cet affrontement où tout n’est ni noir, ni blanc. Le décor et les lumières rendent particulièrement bien l’impression d’enferment dans l’abri, on ressent l’exiguïté des lieux, le possible manque d’air, bref il ne faut pas être claustrophobe car l’ambiance est hyperréaliste !

Le texte est fort et le face à face des comédiens est intense. La pièce force notre imaginaire à se demander comment nous réagirions à la place des protagonistes. Les comédiens Nicolas Avinée et Marie Petiot sont époustouflants, leurs dialogues mais aussi leurs gestuelles sont autant de coups glaçants que nous ressentons tout au long de la pièce.

Il y a 4 chapitres dans cette pièce et personnellement j’aurai aimé m’arrêter à la fin du troisième mais le quatrième chapitre ne démérite pas, c’est juste qu’il confirme ce que je pensais à la fin du troisième sans avoir eu de preuve tangible. J’aime quand mon imagination me permet de voir différentes fins et de les challenger entre elles.

Une expérience d’immersion que je vous recommande.

Au square Wyszynski (Paris 14) à 20h45 jusqu’au 12 Septembre, gratuit sur inscription.