Il y a 23 heures
8/10
5 0
Fascinés par cette belle exposition sur Anders Zorn, un artiste suédois que nous ne connaissions pas.

Ses peintures à l'huile sont jolies, ses aquarelles magnifiques.
Il représente très bien les expressions de visages, donne de la force aux regards. La façon dont il peint l'eau avec ses reflets étonne aussi.
Ses "cadrages" et les choix des moments du quotidien représentés sont atypiques, émeuvent.
Les cartels, textes introductifs de l'exposition expliquent les étapes de sa vie ou décrivent les scènes des tableaux. C'est plus ou moins intéressant. La scénographie n'est pas spécialement à notre goût.

Nous avons beaucoup aimé !
Il y a 1 heure
9/10
2 0
Arrivé dubitatif à la Folie Théâtre pour cette représentation de l’Ingénu, j’en suis reparti convaincu et séduit, oui, on peut faire d’un roman philosophique une pièce de théâtre passionnante.

De mes années d’études me restait le souvenir que l’Ingénu de Voltaire était un roman assez long, et, pour tout dire quand on en parcourt mot à mot un chapitre, un peu chiant. Pourtant, quand Baroudeur m’a rapporté le flyer pétillant, j’ai immédiatement eu envie d’aller voir la pièce, sans doute la force de l’illustration.
Thomas Willaime tient sur scène la promesse de l’image du flyer : il prend l’attention et la lumière dès son entrée sur scène, et ne les relâche pas un instant. Au fil des moments, il sera acteur, danseur, mime, musicien. Une mimique, une posture, une intention, il est l’Ingénu, il est mademoiselle de Kerkabon, il est le Bailli, il dialogue avec lui même sur un rythme décoiffant et millimétré, j’ai ressenti l’émotion à chaque instant de la vie du Huron.
Le texte de Voltaire est là. Adapté, forcément, gardant les idées de fond. On est bien en Basse Bretagne, l’abbé de Kerkabon et sa sœur voient avec surprise débarquer un Huron venu du Canada, qui dit ce qu’il pense et fait ce qu’il veut, qu’ils nomment aussitôt l’Ingénu. Qui séduit mademoiselle de Saint Yves au grand dam des coutumes de la société Bas Bretonne, se voit « converti », prend la bible au pied de la lettre, est bapstisé Hercule, combat avec succès les anglais, part pour Paris réclamer sa récompense, croise des protestants en fuite. Il est embastillé, mademoiselle de Saint Yves part pour Paris, obtient (je vous laisse découvrir par quel moyen si vous avez oublié de lire tous les chapitres quand vous étiez en terminale) la liberté de l’Ingénu, puis…
Tous ces moments mis en scène par Jean-Christophe Barbaud sont donnés, interprétés avec une énergie et une conviction entrainantes, chacun touche le coeur du public, sur un rythme alerte et haletant. Le tout en gardant le regard de Voltaire sur la situation politico-religieuse de son époque, l’édit de Nantes vient d’être révoqué, les protestants fuient la France.
Forcément, quand l’esprit libre du Huron découvre le texte du nouveau testament, le confronte à la réalité des coutumes de l’époque, les moments sont savoureux.
Pendant que la pièce se déroulait, j’imaginais un dessinateur capable d’en croquer chaque instant à main levée, qui en tirerait une bande dessinée, chaque case était là, non seulement le crayonné, mais aussi l’encrage, mais aussi les couleurs, l’enthousiasme au fond de moi feuilletait autant une BD qu’il assistait à une représentation.
La salle, presque pleine, touchée, ne s’y est pas trompée, qui a applaudi longuement et chaleureusement à la fin de la pièce. Les yeux de Baroudeur pétillaient, qui ont adoré ce spectacle.
Il y a 11 heures
8/10
5 0
Du haut de gamme cette comédie musicale !
Nous avons adoré Grease, revoir cette histoire d'amour entre le pire des machos et la blonde un peu coincée.
La distribution est géniale avec des acteurs qui ont des gueules charismatiques et des looks terribles.

Les décors nous plongent dans les États-Unis de la fin des années 50. Ceux de la scène d'introduction à la plage, de la voiture à réparer et du cinéma drive-in contribuent à rendre ces scènes mémorables.

Les paroles des chansons sont aussi bien en Français qu'en Anglais et Franglais. Tous les tubes les plus connus sont très réussis, nous donnent envie de chanter, danser, taper des mains. Chaque chorégraphie a ce brin de folie qu'il manque à tant de comédies musicales.
Les dialogues séduisent, amusent mais durent parfois trop longtemps entre les chansons.

Super bonne soirée ! Si vous êtes prêts à y mettre le budget, car c'est extrêmement cher, n'hésitez pas, ça vaut le coup.
8/10
4 0
Une comédie sympathique et grand-public qui raconte une jolie et actuelle histoire de famille recomposée ou du moins qui essaye de l‘être.

Simon va se remarier. Il présente Mado sa nouvelle compagne, fougueuse quadra, à ses deux enfants jeunes adultes. Cette rencontre ne se fera pas sans quelques retournements et rebondissements dont le théâtre a le secret depuis que « le monde est monde », surtout représenté sur les planches plus voyant que dans la vie. Avec quelques aménagements toutefois, sinon où seraient le plaisir de se voir en miroir inversé, reconnaitre des émotions proches, retrouver des bribes de souvenirs et ressentir les émois des personnages qui nous représentent ?

Les sujets sont nombreux. L’amour à soixante ans, le veuvage libérateur de pulsions quand le deuil est terminé, la paternité, les relations parents-enfants, les relations fraternelles, l’accueil d’un nouvelle ou d’un nouveau dans un cercle familial. Nombreuses sont aussi les occasions de rire, de sourire et de prendre ce plaisir amusant et trouble de jouer à cache-cache avec nous-même en observant les personnages.

La comédie d’Éric Assous est ficelée serrée, le texte est bondissant de traits efficaces, les situations truffées de conventions et de surprises, nous bousculant autant qu’elles nous rassurent.

Si le début joue dans le Lento glissant vers le Largo, le crescendo va bon train, rebondit dans l’Allegretto puis l’Allegro Furioso et pour filer la métaphore musicale jusqu’au bout, finit en beauté par une Gymnopédie de Satie, apaisante comme une accalmie après la tempête.

La mise en scène de Richard Berry sert autant les situations que le texte et donnent aux comédiens des morceaux de bravoure succulents et maîtrisés.

La réussite de ce genre théâtral, la comédie sentimentale, repose sur la qualité des comédiens. C’est chose faite avec un Richard Berry explosif, tendre et sensible, et une admirable Mathilde Seigner qui subjugue par son énergie et sa séduisante interprétation d’une femme dynamique et chaleureuse dans une famille un peu beaucoup bousculée. Les autres comédiens, Félicien Juttner, Héloïse Martin et Rudy Milstein, tous bons, passent du candide ou du bourru au colérique de l'adulescence rebelle avec justesse et précision.

Un joli spectacle pour un moment de théâtre de plaisir.
Il y a 21 heures
7/10
3 0
L’œil de Judas

« Je les mure vivants dans un palais de phrases ; on entendra crier les pierres » écrira Jean Genet à propos de ses textes. Dans Haute surveillance, le palais est une prison, les vivants « Zieux verts » le condamné à mort, Jules le cambrioleur et Maurice le jeune voyou interlope. Quant aux phrases elles parlent d’un amour pour une belle (la première édition était intitulée Pour la belle) ou un mâle. Réalité et illusion se fondent pour les matons que nous sommes dans cette tragédie.

Cet antiréalisme, Cedric Gourmelon en joue complètement dans sa mise en scène. Une scène vide mais un balayage minutieux au début de la pièce pour nous confronter aux murs de la cellule. Une scène sombre et des jeux de lumière pour n’entrevoir et non voir. Une mise en scène faite de lenteurs et de silences ambivalents pour nous déconcerter. La scène finale entre Jeremy Lopez et Christophe Montenez est juste sublime. Danse ou meurtre !

« Quiconque plonge dans son monde se retrouve dans une sorte de spirale du vide où les points fixes sont difficiles à repérer » Jean A. Giten et Problématique des masculinités dans "Haute surveillance"