8/10
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Alors ?
"Clouée au sol" est une pièce qui s'inscrit dans un diptyque avec "Charlotte".

J'ignore pourquoi ce rapprochement, si ce n'est que la comédienne et la metteure en scène sont les mêmes : Laurène Boulitrop. Certes les deux histoires évoquent des destins de femmes hors norme mais il n'y a pas d'autre lien. J'y allais un peu à reculons, pas vraiment convaincue de ce que j'avais vu la veille, c'est-à-dire la pièce "Charlotte". D'autant plus que la mise en scène est strictement la même, avec une chaise plus moderne. Ma crainte de ne pas aimer le spectacle redouble : allais-je revoir un spectacle un peu mièvre ? Oh que non car bien plus cru et percutant, il m'a littéralement scotchée au siège. J'ai retenu mon souffle face à cette femme, pilote de chasse, qui vit le cauchemar de tous ses confrères : celui d'être clouée au sol. Elle vaut un million de dollars, de par sa formation, et un beau jour, on lui colle les fesses sur une rocking chair force. Elle a rencontré Eric. L'amour lui a fait prendre du poids. Elle se retrouve avec leur fille, Samantha, dans les bras. Voilà, la raison de sa mutation. Elle était faite pour ceci, là-haut, mais doit se contenter d'ici-bas. Maman va à la guerre, piloter son drone depuis une base. Elle rentre tous les soirs à la maison et elle doit extérioriser sa journée. Tous les soirs, elle rentre de la guerre. Avant, elle buvait des bières avec ses gars et c'était bien mieux comme ça. Elle va sombrer dans la folie, ne distinguant plus la réalité de la fiction.

Boum. C'est explosif.
Il y a 22 heures
7,5/10
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C’est Liliane la sœur de Lucien Ginsburg ou plutôt Myriam Grélard qui nous raconte avec passion la fabuleuse vie de l’homme aux oreilles de chou.

Il voulait être peintre, il sera auteur compositeur interprète à succès. Dans un décor sobre et simple l’histoire prend vie au fur et à mesure de la narration. On se laisse prendre au jeu de l’actrice en entrant dans l’univers de ce musicien de génie. De Serge Gainsbourg à Gainsbarre on découvre un homme timide et complexé qui finit par s’affirmer, se construisant de femme en femme et de chanson en chanson. Il finira par dire qu’il faut prendre les femmes pour ce qu'elles ne sont pas et les laisser pour ce qu'elles sont. Le texte est illustré par des intermèdes tantôt en live tantôt en extrait de chansons.

Cette évocation écrite avec tendresse pour cette icone de la chanson française nous procure une grande émotion. Le spectacle s’achève avec une projection du portrait du chanteur sur Requiem pour un con.
17 mai 2019
7,5/10
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Toute tentative de définition de Serge Gainsbourg serait nécessairement incomplète, voir réductrice. Je pense que même si l’artiste ne laissait personne indifférent ; tout le monde, détracteurs comme fans, peuvent être d’accord avec cette observation.

Aussi le spectacle proposé par Stéphane Varupenne et Sébastien Pouderoux tous deux sociétaires de la Comédie Française est une variation autour de ce monument. Un spectacle à prendre comme une belle friandise, pause musicale originale mais pas que, car des extraits d’interview se glissent avec malice entre deux chansons et font revivre avec une diplomatie bienveillante des épisodes choc (l’interview avec Whitney ou le billet de 500 francs).

C’est le premier spectacle musical de la Comédie Française où tous les membres sur scène sont déjà des artistes de la Troupe et quels artistes ! A la fois comédiens, chanteurs et musiciens (et même multi instrumentistes pour la plupart) ! Quelle équipe ! Stéphane Varupenne, Sébastien Pouderoux, Benjamin Lavernhe, Noam Morgensztern, Yoann Gasiorowski et Rebecca Marder sont parfaitement à l’aise et se font plaisir.

C’est donc un bon moment qui est proposé sous forme de cover des chansons de l’homme à la tête de choux ! Etonnamment ce ne sont pas mes chansons préférées de l’artiste qui m’ont le plus touchée lors de cette soirée : j’ai adoré la version de ‘Love on the beat’ chantée par Rebecca Marder et puis ce chant façon chorale pour les ‘sucettes ‘ qui m’a procuré un plaisir fou, j’ai aussi beaucoup apprécié les interventions du trombone de Stéphane Varupenne.

Mais qui dit Gainsbourg, dit aussi un univers visuel un peu particulier et nous retrouvons des ingrédients qui font partie du personnage : de nombreux instruments de musique qui encombrent le plateau, des bouteilles d’alcool plus ou moins entamées et des cigarettes évidemment ! Que serait Gainsbourg sans ses cigarettes ? Il y a des choux aussi !

Ps : Si comme moi, vous êtes sensibles à la fumée, ne vous placez pas dans les premiers rangs du Studio.
17 mai 2019
7/10
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Alors OUI c'est potache ! Passez votre tour si vous êtes du style à préférer le Proust au Bigard, pour vous donner un ordre d'idée. Seulement, au delà de ce grand classique du hold-up bien raté avec un nombre incalculable de quiproquos, les acteurs sont formidables dans leurs rôles, la musique apporte ce côté Brodway parodié, les gags sont efficaces même si parfois lourdeaux, mais que voulez-vous c'est justement le thème. Si certains on ressenti cette pièce comme interminable, je dirais pour ma part qu''avec tous les retournements de situation, il faut vraiment détester le jeu depuis le début pour s'ennuyer.

Je comprends que cela ne plaise pas à tout le monde, seulement, en soir de semaine, c'est décalé, c'est fougueux, c'est drôle, c'est pas prise de tête, c'est bien joué et ça fait du bien !
17 mai 2019
4,5/10
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Impatiente d’assister à une représentation de la nouvelle pièce d’Ivo Van Hove à la Comédie Française, tant j’avais été à la fois fascinée et effrayée par les Damnés la saison dernière, je dois avouer être sortie... décontenancée de la salle Richelieu.

Si le jeu de Christophe Montenez, impeccable, secondé par Loïc Corbery lui aussi, comme toujours juste, parvient à sauver les murs, il n’en reste pas moins que la mise en scène laisse un sentiment étrange aux spectateurs. Cette boue envahissante, qui est parfois utilisée à bon escient, finit par être véritablement écoeurante, notamment dès qu’elle se mélange aux corps ensanglantés. Les percussions, installées à jardin et à cour, donnent un peu de dynamisme à la pièce qui en manque cruellement, et les parties dansées finissent par être les moments les plus libérateurs de la représentation. La brutalité sauvage que dégagent ces 5 minutes a un effet beaucoup plus cathartique que les 2 heures de jeu; sûrement parce que la pièce manque d’actualisation. Par ailleurs, Suliane Brahim mériterait d’ajouter un peu de sobriété à son jeu, ce qui ne ferait que renforcer la profondeur dramatique de la pièce.

Dans le livret, on apprend qu’Ivo Van Hove considère les Damnés et Électre/Oreste comme un dyptique; l’un étant la suite naturelle de l’autre. Sans-doute n’ai-je pas le bagage culturel pour comprendre.

Malgré tout, même si la mise en scène ne correspond pas à mes goûts en matière de théâtre, je pense que l’ensemble du travail de recherche artistique qui est derrière lui confère toute sa légitimité sur la scène de la Comédie Française.