23 oct. 2020
6,5/10
12
Ce n’est vraiment pas ma pièce préférée de Feydeau.
Je ne connaissais pas ce texte et ai trouvé que l’humour était très pipi-caca. Quelques passages sont malgré tout amusants.

J’ai aussi un avis contrasté sur la mise en scène avec de très bonnes idées (qu’il serait dommage de divulguer) et une direction d’acteurs qui n'est pas ma tasse de thé avec un jeu face au public et beaucoup de grimaces.
Les petites chansons sont assez drôles et bienvenues.

Une pièce adaptée au jeune public pour leur faire découvrir le théâtre.
22 oct. 2020
9/10
6
Texte tellement d'actualité, et quel plaisir que d'impliquer les spectateurs dans les décisions...

Bravo à tous les acteurs pour leur adapatabilité aux choix proposés.
Nous avons passé un merveilleux moment ... et inutile de préciser que tout le monde s'est senti concerné par ce type de situation... tellement réel.
BRAVO.
22 oct. 2020
9/10
6
Ca devait bien arriver un jour !
C'était écrit !

Après 25 bandes dessinées traduites en 11 langues, après 3 romans, 3 films (bientôt 4...) avec plus de 4.000.000 spectateurs dans notre seul hexagone, Ducobu arrive enfin sur une scène...

Pas besoin de le présenter Ducobu.
La dégaine rondouillarde, la mèche de cheveu rebelle, le sweat-shirt rayé jaune et noir de véritable bagnard de l'école Saint-Potache, cet élève-là est au cancre ce que Lindt est au chocolat ou Oléron à l'huître : un sommet, une apogée, une référence difficilement égalable !

On ne change pas une équipe qui gagne.
Cette équipe-là, assurément fine, est emmenée par Caroline Magne, qui avait monté la saison passée une formidable version du best-seller pour très jeunes enfants Ernest et Célestine. Je vous en avais tressé les lauriers ici-même.

Melle Magne poursuit donc sur son épatante lancée, pour nous proposer une très réjouissante adaptation de ce Ducobu.

Oui, durant une heure et quart, petits et grands vont pouvoir enfin entendre et voir, en chair et en os, le cancre le plus célèbre de France et ses camarades d'aventure.

C'est le surveillant-général de Saint-Potache qui nous accueille dans la salle.

Un surgé comme on n'en fait plus, avec un porte-voix, qui nous annonce que cette année, nous les élèves-spectateurs, nous allons en baver !

Il en profite, c'est très malin, pour nous rappeler les consignes en vigueur : dans ce spectacle... on peut prendre des photos.
Très malin également ses interventions futures dans la salle, afin de permettre les changements de tableaux. (A ce propos, il faut souligner le beau décor à base de (très) grandes projections vidéo sur trois écrans de dessins fort réussis. Nous restons dans la BD, en quelque sorte...)


Léonard Vicari l'incarne avec une belle énergie, ce surveillant-là, ainsi que Nénesse. Les fans de la série savent de quel squelette je veux parler !

Et puis nous retrouvons Monsieur Latouche, le maître aux grosses lunettes et aux cheveux gramouillés.
Eric Beslay est épatant dans ce rôle où il en fait volontairement des tonnes, pour notre plus grand plaisir. La consigne est ici de prendre une gestuelle et des mimiques outrées.

C'est ensuite au tour de Léonie d'entrer en scène. La première de la classe. La surdouée. La première en tout. Celle qui est immédiatement partante pour n'importe quelle matière.

Léonie, c'est la remarquable Amandine Toldo.
Oui, je pèse cet épithète « remarquable ».
Durant tout le spectacle, Melle Toldo crève le plateau, de par son interprétation de cette gamine forte non pas seulement en thème mais en tout.

Il faut absolument regarder la comédienne lorsqu'elle ne parle pas. (Quand elle parle, aussi, bien entendu, mais également lorsqu'elle ne parle pas...).
Ses mimiques, ses airs courroucés, son sourcil gauche qui se fronce (Voyez comme je l'ai regardée, tout de même...), ses yeux qui se lèvent au ciel, ses moues d'indignation, tout ceci est littéralement magnifique.
Nous avons vraiment en face de nous une élève de dix ans du CM2.
L'interprétation de Melle Toldo force le respect ! Chapeau !

Et puis, voici Pierre Delage, qui incarne notre héros.
Quelle énergie, quel rythme, quel sens du personnage, quelle réussite dans cette mise en voix et en corps de ce gamin allergique à l'école !

Cerise sur le gâteau, ce spectacle est également un spectacle musical, avec chansons et danses. (Je n'oublie pas de citer le chorégraphe Vincent Brisson ! )


Caroline Magne a en effet parodié certaines œuvres musicales pour en tirer de jubilatoires moments chantés et dansés.
Des hip-hop enfiévrés, un flash-mob endiablé, durant lequel votre serviteur n'a pas donné sa part au chat, une version étonnante du trop célèbre tube du film les Choristes, une autre très saturée du thème du film Pirates des Caraïbes...
On sent chez Pierre Delage et Amandine Toldo une solide formation musicale. Amplifiés et légèrement "réverbérés", les deux artistes maîtrisent l'art de la comédie musicale !

Les petits et les grands sont fortement sollicités, et tous réserveront un tonnerre d'applaudissements aux comédiens lors des saluts.

On l'aura compris, j'ai passé soixante-quinze minutes exquises et réjouissantes au Théâtre de la Tour Eiffel.
Ce spectacle jeune public fait partie de ceux qu'il ne faut pas laisser aux seuls petits spectateurs.

Alors évidemment, si vous-même n'avez pas de progéniture, soit vous y allez tout seul, soit vous empruntez vos neveux jumeaux, un petit voisin, ou encore la fille de votre boulangère, et allez donc applaudir Ducobu et ses petits camarades !
Croyez moi, vous ne le regretterez pas !
21 oct. 2020
8,5/10
5
Les loups sont entrés dans Paris !
Non seulement dans Paris, mais également sur le plateau de la Scène Parisienne.

C'est en effet la meute d'Akela, le chef du clan, qui nous attend sur la scène.
Sur la scène, et dans le public qui s'installe, également, pour le bonheur et la joie des jeunes spectateurs.

Dame, caresser un loup, ça n'est pas tous les jours permis....

Joy Belmont a eu la très bonne idée d'adapter et de mettre en scène le chef-d'œuvre de Rudyard Kipling.
Nous allons donc retrouver pour notre plus grand plaisir les personnages immortalisés notamment par les studios Disney, dans l'un de leurs plus grands dessins animés, sorti au cinéma en 1967.

Le plus grand défi pour l'adaptation d'une telle histoire pour le spectacle vivant, c'est évidemment la problématique de la représentation des animaux.
Pour résoudre ce problème, Melle Belmont s'est adjoint les services, les remarquables services même de Géraldine Maamar-Dine, qui a conçu de très beaux costumes.

A base de combinaisons de fourrure, avec de grosses têtes portées par les comédiens, Baloo, Bagheera, Shere Khan ou encore Tabaqui le chacal sont devant nous.



Seul Quentin Bossis, en Mowgli, ne sera pas transformé en bête sauvage.

Bien entendu, ces costumes ne suffisent pas. Encore faut-il que ceux qui les portent leur donnent vie.
Ici, c'est pleinement le cas.

La petite troupe va se dépenser sans compter.
Une belle énergie, un vrai bonheur de jouer et de faire participer le public se dégage de l'entreprise.
Pas de temps morts, pas de moments où la tension se relâche.

Toutes les issues de la salle sont mobilisées, et le quatrième mur vole en éclats de bois d'okoumé ou de teck.

Le jeune public ne s'y trompe pas. Les enfants participent pleinement, (les grands aussi d'ailleurs, puisque nous faisons tous partie de « l'assemblée du peuple libre »...).


Les jeunes têtes brunes ou blondes suivent sans problème l'action, et tous chantent en chœur.
En effet, la célèbre chanson « Il en faut peu pour être heureux » est de la partie, réorchestrée pour l'occasion. (Je défie d'ailleurs quiconque à la sortie du spectacle de ne pas fredonner ce tube !)

Des scènes sont particulièrement réussies, comme la grande scène du serpent Kaa (un coup de chapeau à Mademoiselle Chloé David qui nous démontre non seulement son talent de comédienne mais également celui de danseuse !), les scènes chorégraphiées, ou encore celle où Mowgli, en allant chercher la fleur rouge, rencontre pour la première fois un autre être humain, en l'occurence une toute jeune fille.


C'est la chacal Tabaqui, l'âme damnée de Shere Khan qui assure tout particulièrement le côté humoristique.
Les facéties, le bagout, la veulerie et la couardise du personnage ravissent tout le public.

La bataille finale, entre Mowgli et le fourbe tigre est également très forte émotionnellement parlant, éclairée très joliment grâce aux projecteurs de lumière noire.

Ce livre de la jungle est de plus un spectacle formellement très beau.
On croit vraiment à la jungle certes stylisée, aux lianes-balançoires et aux régimes de bananes (Ah ça ! Les spectacles actuels de la Scène parisienne comporteraient-ils tous des fruits jaunes et allongés de la famille des Musaceae ?).

Nous sommes vraiment plongés dans la forêt vierge, limitrophe du village des hommes.

Du roman initiatique de Mister Kipling, les grands thèmes sont tous présents, et chaque petit spectateur peut prendre ce qu'il a à en tirer : l'acceptation de la différence et de l'Autre, l'apprentissage de la condition humaine, l'obéissance et par conséquent la désobéissance.

Alors évidemment, en une heure et dix minutes, il a fallu faire des choix.
Joy Belmont a assumé le fait de ne pas évoquer le colonel Hathi et ses éléphants, ou encore les personnages de Mor, Mang ou le buffle Rama.

Les seuls six comédiens ont déjà suffisamment assez à faire avec tous leurs multiples rôles.

Réussir un spectacle pour les enfants n'est pas une mince affaire. Je connais au moins un grand nom du spectacle qui s'y est cassé les dents, notamment sur ce même sujet.
Ici, l'entreprise artistique fonctionne pleinement.
Melle Belmont et sa petite troupe ont totalement réussi la gageure d'adapter ce roman pour la scène.

Au final, j'ai passé un très bon moment à suivre l'intrigue et les péripéties de cette histoire universellement connue.
Tout comme les jeunes, voire très jeunes spectateurs, qui eux non plus n'ont pas boudé leur plaisir et qui vibrent à l'unisson. Le tonnerre d'applaudissements au salut était à ce sujet très révélateur.

M. Kipling, vous pouvez dormir sur vos deux oreilles. Votre œuvre est entre de très bonnes mains !
20 oct. 2020
8/10
13
Jean-Philippe Daguerre revient au théâtre pour nous proposer une nouvelle histoire sur cette période sombre de la fin de la seconde guerre mondiale.

Août 1944 : Chartres vient d'être libérée de l'Occupation allemande. Pierre, le fils ainé de la famille Giraud, a repris les ciseaux de son père, mort dans un camp de travail pendant la guerre pour tenir le salon de coiffure pour hommes. Sa mère, Marie, héroïne de la Résistance française, tient quand à elle le salon dames. Marie profite du salon pour proposer a ses clientes de poser pour Pierre qui se consacrait à la peinture avant la guerre. La vie suit son cours tranquillement mais deux évènements vont chambouler leur quotidien : la chasse aux sorcières, ces femmes qui ont fréquenté les officiers allemands et une tornade blonde du nom de Lise va entrer dans leur vie et va tout bouleverser.

Le talentueux auteur de 'La famille Ortiz' et de 'Adieu Monsieur Haffmann, nous propose à nouveau une fort belle histoire avec une figure de femme mûre comme héroïne bouleversante. Oui Brigitte Faure fait chavirer nos cœurs car l'amour inconditionnel qu'elle porte à ses fils est émouvant. La force de l'amour d'une mère soulève des montagnes c'est bien connu et Brigitte Faure nous en fait la brillante démonstration.

Elle est entourée par une talentueuse famille : Arnaud Dupond (Jean, le frère cadet) est extraordinaire de naïveté et joue son rôle d'attardé avec beaucoup de justesse. Charlotte Matzneff (Lise) est magnifique dans sa franchise et sa liberté et Félix Beaupérin (Pierre) est sa parfaite moitié à la fois touchant et drôle quand il parle de sa conception de la peinture.

Coté mise en scène, c'est aussi Jean-Philippe Daguerre qui officie, et grâce aux astucieux décors de Juliette Azzopardi, il nous distille une ambiance chaleureuse et intime : on a l'impression d'être de la famille et suivre en empathie les évènements qui surviennent. Il se dégage de la poésie alors que le sujet ne se prête pas volontiers à ça. Jolie réussite !