2 juil. 2021
9,5/10
3
Sur les écrans colorés de ses nuits festivalières, il se fait son cinéma.


CINEMATIC.
C’est le titre de son dernier album en date, dans lequel Kyle Eastwood rend hommage au 7ème art en nous proposant ses versions de bandes originales.


Des B.O.F. composées notamment par papa Clint, fiston Kyle ou encore d’éminents maîtres incontestés du genre.
D’ailleurs, sur la scène, personne ne s’y trompe : les gros projecteurs sur pied, avec leur lentille de Fresnel sont là pour ceux qui n’auraient pas encore compris.

Après avoir installé lui même ses instruments, ses pédales d’effet, après avoir réglé sans l'aide de roadies pré-ampli et ampli, Mister Eastwood et ses quatre compères entrent dans le vif du sujet.

Un premier accord mineur 7+.
Voici la version kylesque de "Skyfall", la bof éponyme du film bondien, que chantait naguère Adèle.
Une version survitaminée, quasi hard-bop.
La couleur est annoncée.



Une walking-bass implacable, par moment très lyrique, confère à ce premier morceau une pulsation, un rythme, un groove infernaux. Les double-croches s’envolent dans le ciel bellifontain, Implacablement mais très subtilement.

Rapidement, tous les spectateurs constatent que la formidable et impressionnante technique de Kyle Eastwood est au service du quintet.
Tout au long du set, jamais il ne cherchera à tirer la couverture à lui.
En son façade, la contrebasse ne sera mise en avant que pendant les solos, jamais lorsque tous jouent ensemble.

Une réelle humilité se dégage de ce grand contrebassiste. Une vraie place est laissée à ses musiciens.


Oui, le patron s’est entouré d’un sacré carré d’as !
Sur ce premier titre, Quentin Collins, à la trompette et au bugle, Brandon Allen au saxophone, assurent eux aussi, que ce soit ensemble pour le thème très connu, ou individuellement lors de leur premier solo respectif.
Quelle cohérence, quelle pâte sonore, à eux deux !



Au piano, Andrew McCormack se charge, et de quelle façon, de la partie harmonique.

Le tempo d’enfer métronomique est assuré par la batteur Cris Higginbottom. On sent là aussi immédiatement une grande complicité avec le boss pour le groove basse-batterie. Là encore, le duo dégage beaucoup de cohérence.

Deux autres BOF suivent, « The Eiger sanction » (composée en 1975 par un certain John Williams), et « Taxi driver ».
Le public est aux anges !

Et puis voici un moment très attendu.

La chanteuse Camille Bertault rejoint le quintet. Elle est déjà présente sur l’album évoqué plus haut.

Version bossa nova très réussie, voici « Les moulins de mon cœur », de Michel Legrand.
Comme sur le disque.
Melle Bertault insuffle beaucoup de grâce au concert.
De sa voix claire de mezzo, elle nous chante avec beaucoup de délicatesse les célèbres paroles.

Et puis à son tour, elle prend un solo, dans un chase halluciné avec Mister Collins.
Ses vocalises cristallines, aériennes, éthérées ravissent non seulement le public mais également les musiciens qui apprécient en connaisseurs.
C’est beau, c’est intense, ce sera l’un des moments les plus forts de toute la soirée.

Le désormais sextet poursuit avec « Charade », composé par le grand Henry Mancini.
C’est l’occasion pour Kyle Eastwood de troquer sa contrebasse pour une basse noire Gibson 5 cordes.

Là encore, une technique phénoménale !
La main gauche court sur le manche, pour des lignes mélodiques sophistiquées. Un savant dosage entre la base rythmique à assurer et des contrepoints jazzistiques savamment construits.
Pas de slap (on n’est pas chez Marcus Miller), mais l’index et le majeur droits estwoodiens s’activent férocement sur les cinq cordes.

Kyle et Camille seront tous deux chaleureusement applaudis.


Retour à la contrebasse pour un « Bullit » endiablé et lui aussi « en-bopé ».

Le quintet terminera le set par un septième et dernier titre, universellement connu : « Pink Panther », la panthère rose, encore et toujours évidemment composé par Henry Mancini.

Le thème ultra-connu s’élève du saxo ténor, repris en chœur par bien des spectateurs. Brandon Allen s’en donne à cœur joie !

Une ovation finale, sous la pluie, s’élèvera pour saluer et remercier ces cinq enthousiasmants musiciens.

Toujours avec humilité, Kyle Eastwood remercie chaleureusement quant à lui le public, après avoir rappelé le nom de ses compères-complices.

Cette heure et demie, premier temps fort du festival Django-Reinhardt cuvée 2021 restera dans les esprits et dans les cœurs.
Nous avons assisté à un formidable moment musical, comme sait en procurer le jazz, quand il est joué avec talent, conviction et sincérité.
2 juil. 2021
7/10
2
Un sympathique clown entre en scène, quelques tours de passe-passe, un foulard se transforme en fleurs, bon il fait quelques bêtises, il balance ses accessoires vers les coulisses attention à la casse ! Sinon il est cool !

La charmante dame lui succède, et là attention ! Poésie, grâce et souplesse ! Elle transforme les meubles en animaux étranges ou réels, se transforme elle-même avec agilité, ses costumes deviennent à sa guise animal, plante.

Et puis notre clown revient avec ses valises, différentes et accordées à ses costumes, un vrai défilé de mode ! il y a “Jean-Louis” le lapin, qui le seconde avec efficacité…

Un spectacle interactif pour le plus grand bonheur des petits et des grands, “on fait ce qu’on peut” comme le lance un petit garçon. Tout le monde sourit (derrière son masque) et on ne lâche plus Victoria et Jean-Sébastien, qui nous gratifient de quelques numéros en bis.
1 juil. 2021
9,5/10
4
Le décor du Petit coiffeur évoque un salon de coiffure tel qu’il en existait au milieu du siècle dernier, tout autant que son logement attenant dans un dispositif astucieux conçu par Juliette Azzopardi, qui se plie et se déplie autant que nécessaire. On remarque quelques éléments incontournables comme le fauteuil typique du coiffeur (qui revient en force à la mode dans les salons de barbier aujourd’hui), ou le gramophone.
L’homme faisait tenir son pantalon avec des bretelles que le patriote choisissait bleu-blanc-rouge. Il était tout autant naturel pour la femme d’enfiler des socquettes dans de grosses chaussures, bien confortables pour marcher longtemps et loin. Le soir on suivait Radio Londres en guettant les sous-entendus derrière des formules hermétiques pour l'ennemi. Nous ne sommes pas surpris d'entendre quelques formules comme "Les sanglots longs de l’automne… ". On est en terrain connu.

Ce qui est très fort, c’est que le spectacle démarre mollement, dans le convenu. On se demande si on ne s’est pas trompé de théâtre et puis tout bascule quand arrive le morceau de bravoure de la mère, servi par Brigitte Faure qui révèle alors une amplitude de jeu extraordinaire. Elle a, si je puis dire, la carrure d’une Nathalie Baye en colère.

On sera alors transporté par des rivières d’émotions jusqu’à la fin. Chaque comédie, un peu à l’instar d’une musique de jazz, aura son moment particulier pour exprimer toutes ses qualités de jeu. C’est très habilement écrit, comme Jean-Philippe Daguerre nous y a habitué.

Il est parti de la photographie de Robert Capa, représentant une femme tondue à la Libération dans une rue de Chartres, portant son bébé de trois mois dans les bras. Le cliché est devenu célèbre sous le nom de "La tondue de Chartres". Jean-Philippe Daguerre a imaginé toute une histoire, avec bien entendu des rebondissements qui nous interroge sur le poids des ressentiments, la force de l'amour et la vertu de la tolérance. Avec des dialogues qui percutent et un humour qui provoque souvent le rire sans jamais faire basculer la pièce dans la vulgarité.

Florentine Houdinière a conçu des chorégraphies qui sont de petits moments délicieux offrant une respiration nécessaire car le sujet demeure grave. La première est longuement applaudie.

Après les horreurs de la guerre, la Libération aurait dû être un moment heureux. Hélas, les jalousies et la convoitise ont attisé des actions peu glorieuses, menées sous couvert de rétablir l'ordre. Mais lequel ?

L'ami du mari défunt (dénoncé aux allemands par on ne sait qui) s'empressera de chercher à consoler la veuve, une figure emblématique de la Résistance française, et promettra un nettoyage méticuleux de la ville. On voit ce personnage évoluer lui aussi, d'une radicalité inquiétante vers une humanité sensible. Romain Lagarde campe successivement toutes les facettes de l'ami, du salaud puis du fidèle compagnon.

Les soupçons de dénonciation se portent sur Lise (Charlotte Matzneff), une jeune institutrice, la bien jolie Mademoiselle Berthier comme la désigne Jean le grand frère (Arnaud Dupond), tant aimé, tant aimable aussi, borné dans ses obsessions mais capable de bon sens quand la situation devient cruciale.

Félix Beaupérin est le second frère, pas le préféré, mais pas le mal aimé pour autant. La mère dose son amour en fonction des besoins de ses enfants. Elle est le personnage clé de l'histoire. La seule capable de remettre les pendules à l'heure à coups de formules choc :
Quand on peut aimer on peut pardonner, c’est le principe !
On fait ce qu’on peut avec nos devoirs et nos désirs …
On était connu pour Jean Moulin, la tondue de Chartres lui a volé la vedette.
Ses conclusions sont des ordres frappés au coin du bon sens. Quand elle affirme que C’est juste le destin qui a décidé de foutre sa merde et qu'elle décide qu'alors on va devoir planquer Simone pendant plusieurs semaines, le temps que les choses s'apaisent, le public, enthousiaste applaudit à tout rompre, s'apprêtant à quitter la salle sur cette fin heureuse.

C'est mal connaitre Jean-Philippe Daguerre qui, après un nouvel intermède dansé, précipite les personnages dans une nouvelle tourmente, encore plus dramatique que la précédente. Heureusement que De Gaulle poussa un coup de gueule pour qu’on arrête la justice sauvage sinon la France aurait été à feu et à sang. C'est utile de nous le rappeler.

Pour que s'unissent les forces afin de faire grandir ce qui nous reste. On sort du théâtre troublé. Avec de nouvelles interrogations sur le bien-fondé de la vérité. Et surtout pas de réponses toutes faites ni de "leçon de morale". Du grand art théâtral.

Créée le 8 octobre 2020, le spectacle a été suspendu pour cause de crise sanitaire. Il reprend du 9 juin au 25 juillet 2021, au Rive Gauche - 6 rue de la Gaîté - Paris 75014, selon des horaires qui s’aménagent en fonction des variations des couvre-feux. Il sera aussi au Théâtre Actuel pendant le Festival d’Avignon. Je vous invite à consulter les sites de ces théâtres pour préparer votre venue.
26 juin 2021
8/10
3
...
Le sujet est prenant, énigme policière ? pas vraiment. La starlette qui récite du Baudelaire, et qui provoque la jalousie entre les deux hommes, mais qui tire son épingle du jeu.

Et là j’ai ri à n’en plus finir, les deux comédiens dans la scène de la rupture, le monologue de la vieille américaine, le comédien qui pête un plomb.

Une mise en scène créative, déjantée, les comédiens sont dynamiques et ne manquent pas de souffle, quel rythme à soutenir !

Le texte de Serge Valletti est magistralement interprété, un conseil n’hésitez pas à rejoindre cette Baie des Anges par la salle Roland Topor !
23 juin 2021
7,5/10
1
En avant première d'avignon, dans le cadre du "Festival Phénix", 3 réprésentations au thèâtre la Bruyère ...

La psychogénéalogie, thème complexe abordé par Stéphane Guérin, incroyable archer qui surprend toujours en décochant ces flèches qui ne manquent jamais leur cible, filent en silence mais font mouche !! La grande musique n'est pas une cacophonie mais une partition qui vous mènera dans deux univers qui  pourront vous paraître décalés , parallèles ( n'ayant pas vocation à se rejoindre) et pourtant ... 

Sous couvert d'une ambiance festive, les notes accrochent,  écorchent parfois, sonnent et dissonnent dans un tempo diffus ... complexe est le scénario et les 6 comédiens méneront la danse sans faillir, sans trébucher avec force, conviction. Le sujet n'est pas simple, voir difficile et l'exercice de mise en scène de ces destins troubles et toublés n'est pas une gageure !! 

Il vous faudra rester bien accrochés à vos fauteuils pour éviter de décrocher au fil des turbulences qui agitent cette famille, vous ne manquerez pas de pauses humour, parfois caustique, parfois salvateur, comme autant de respirations dans cette "douce" tourmente...

Une mention particulière pour Raphaëline Goupilleau et Étienne Launay servis par des répliques savoureuses  et incarnants des personnages complexes, décalés !

Un univers mais aussi un sujet, des sujets qui mérite réflexion ,n'est ce pas là la vocation du théâtre : nous divertir ... mais pas que !!