21 mai 2022
9/10
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L'homme qui murmurait à l'oreille des chameaux !

Une mise en scène remarquable qui propulse Eric Bouvron au rang convoité des nommés aux Molières.

Faisant renaître ce héros immortalisé par Peter O'Toole il y a 60 ans, il parvient à nous emmener dans cette épopée avec trois fois rien et du talent à revendre.

La musique live, composée pour le spectacle, nous embarque d'emblée dans le désert.
En particulier la voix envoûtante de Cécilia Meltzer, seule femme au plateau ....mais quelle femme !

Le reste est une histoire d'hommes, guerre oblige.

Grâce à quelques accessoires, tapis, malles en fer, parapluies, et des costumes réalistes, nous voilà au coeur de cette histoire hors normes portée par des comédiens tous étonnants.
Dont certains multiplient les rôles avec une fluidité incroyable.

La lumière suggère des lointains, souffle le chaud et le froid, nous ouvre des mondes inconnus.

Le résultat est brillant, enlevé, souvent poignant et parfois drôle.

Un succès magnifique qui part en tournée.
Faire un beau voyage !
19 mai 2022
9/10
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Les malheurs de Sofia, Markus, Birgit et tant d'autres ....

Nous entrons.
Le décor de cette unité psychiatrique est grandiose, comme toujours à l'Odéon.
Quelques comédiens sont déjà sur le plateau.
Le plafond très haut les écrase encore un peu plus.

Qui sont ils ?
Meurtris par la vie, très fort pour certains.
Ils parlent ou se taisent.
Leurs monologues se croisent parfois et deviennent des échanges.
Pas toujours.
Certains dévoilent leur histoire, d'autres non.

Lars Norén sait de quoi il parle.
Diagnostiqué schizophrène à 20 ans, il a connu l'enfermement.
Julie Duclos est allée voir elle aussi.
Et nous offre un théâtre réalité comme on en voit peu.

Coup de poing.

Les comédiens sont inouïs de réalisme !
Tellement proches de leur personnage qu'on s'interroge parfois sur leur propre histoire.
En particulier Markus, qui sans dire un mot capture l'attention.

La mise en scène est toute en finesse, il y a très peu de coups de gueule finalement.
A part ceux de Roger.
Mais il a ses raisons.

Notre empathie est sollicitée tout le long.
Et c'est là la petite faille de ce spectacle.
C'est un tout petit peu trop long.

Qu'importe !

Nous sortons de là admiratifs de la performance des comédiens.
Soulagés d'être du bon côté de la barrière.
Sachant qu'à tout moment nous pourrions traverser la frontière.

Et vivre nous aussi ce jour sans fin.

Une belle leçon d'humanité
10/10
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Un spectacle véritablement bluffant tant son originalité nous surprend en permanence. Fissure ? C’est un clown, oui assurément, mais pas que. C’est aussi et surtout un personnage aux allures fantomatiques, solides et fluides à la fois, à la poésie troublante et fantasmagorique. Un clown qui pourrait nous faire peur s'il ne nous faisait pas tant rire.

« Virtuose de l'erreur, le clown Fissure rate tout ce qu'il entreprend. Entre fatale idiotie et curiosité irrépressible, rien n'arrête ce roi de la débâcle. Pas même ses drôle de morts qui rythment inlassablement le ballet ininterrompu de ses erreurs. »

Il rate tout ce qu'il entreprend. Il joue à braver le réel, déjoue l’interdit, tord les bras du possible. Mais pourquoi donc ? On ne sait pas, faut-il vraiment le savoir ? Les moments passés avec lui sont tellement irréels qu’ils deviennent comme une évidence déconcertante, un ailleurs-ici-et-maintenant. Et c’est très drôle. Les rires s’échappent, les fous-rires fusent.

Fissure ne se fie pas aux lois de la physique, il les transgresse. Tout échappe à la logique et au rationnel, c’est incroyable. Le spectacle se déroule par tableaux sur un plateau pentu parsemé d'objets qui ne tiennent pas vraiment en place et pourtant si, enfin non... Et cela, dans le temps précis d’une ellipse de lumière qu’un grand mat courbé fait passer de cour à jardin et dont le mouvement se renouvelle à chaque fois.

Une sorte de féérie hilarante et envoutante où le suspens de ses tombées et carnages, de ses floueries et chausse-trapes, nous tient en haleine tout le long dans une machinerie savante et totalement simple en façade. C’est dingue et magique à la fois, comme ces moments de jeux d'enfants où rien n’est empêché et où tout ce qui rate, casse ou tombe ne se prête jamais au drame mais au rire. Certaines et certains, parmi le public, crient de surprise, de rire ou de joie. Si, si, je l'assure, j'y étais !

Un spectacle unique, extraordinaire au premier sens du terme, qui nous surprend par ses tours et sa drôlerie. Un circassien protéiforme. Une performance d’une qualité artistique impressionnante. À découvrir ou retrouver toute affaire cessante. Un bijou brillant et innovant.
17 mai 2022
8/10
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Une dame âgée bien installée dans son fauteuil, elle parle sans détour, de la vie, de l’amour, de la passion, de son dernier amant, de la condition féminine, des femmes au foyer, la vie quotidienne quoi ! cette dame est aussi la championne de la soupe de poireaux pommes de terre ! Elle aime boire aussi, trop.

Marguerite Donnadieu devenue Duras, une de nos plus grandes romancières. Son enfance, sa mère, l’Indochine, ses livres dont elle nous livre quelques pages, une femme en avance sur son temps. Une femme engagée, qui nous raconte l’histoire pathétique de cette famille et du coupeur d’eau…

Elle a de l’humour aussi, un de ses admirateurs veut absolument passer une nuit avec elle, il la passera sur son palier… et elle bloquée dans son appartement !

Jean-Louis Barrault lui demandera d’adapter pour la scène et pour Madeleine « des journées entières dans les arbres », elle a été une des premières et rares femmes à être adaptée sur scène. (La pièce je m’en souviens au théâtre d’Orsay et avec une autre distribution).

Mais revenons à Catherine Artigala, elle s’est fondue en Marguerite Duras, la gestuelle, l’allure, elle est Duras, c’est une magnifique performance, et elle est dirigée de main de maître par William Mesguich
17 mai 2022
10/10
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Molière aurait adoré !

La salle Richelieu transformée en un monde féérique.

Les quatre mains de Christian Hecq et de Valérie Lesort se transforment, par la magie du théâtre, en 10, 20, 1000 mains tant chaque détail est dément ....

Pris en flagrant délire de génie, les deux magiciens nous offrent jubilation, bouffonnerie, facéties et burlesque, mais aussi de la tendresse et de l'humanité.

Très fort !

Quelle imagination !
Quelle fantaisie !
Nos rêves d'enfants réalisés !

Par où commencer ?

Par la barboteuse Teletubbies de Christian Hecq ?
La scénographie sublime en noir et or d'Eric Ruf ?
L'incroyable prestation des comédiens, en particulier celle de Guillaume Gallienne, maître de philosophie réjouissif tout droit sorti de la famille Adams ?
La musique géniale des Balkans ?
Les pattes d'un éléphant réalisées avec des abat jours à franges ?
Les marionnettes ? Les costumes ?
Les chèvres en peluche ?

Un feu d'artifices tel qu'on ne sait plus où donner de la tête ....

Une chose est sûre, on en parlera longtemps, aussi bien en prose qu'en vers !