19 mars 2024
8/10
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Poiret Serrault Briançon Berléand.....qu'ajouter de plus ?
Que la mise en scène est inventive, drôle, intelligente, pertinente
Que les sketchs présentés ont une modernité étonnante
Que les 2 comédiens sont épatants, talentueux, coquins, complices et qu'ils prennent un vrai plaisir communicatif
Que le côté suranné est délicieux et jamais pesant
Que c'est une soirée particulière qui fait tellement de bien
19 mars 2024
7/10
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Quatre femmes essaient de se reconstruire et de « trotter » dans la vie
Quatre femmes vont vivre ensemble dans une collocation. Denise habite une grande maison à côté d’un centre équestre dans lequel elle passe sa vie. Elle met en collocation en sélectionnant selon trois critères : aimer le cheval, s’occuper de Madeleine, la fille de Denise qui est handicapée et ne pas apporter de meubles. Ces quatre femmes, de profils très différents, vont vivre ensemble, s’entendre, soigner leurs blessures ensemble autour des chevaux et de Madeleine. Ces femmes sont toutes à un moment fort de leur vie et cette cohabitation leur permettra d’avancer en solidarité.
La pièce est tendre, drôle. Ces femmes se livrent dans des scénettes et montrent une solidarité. Madeleine est le point central pour certaines, les chevaux pour d’autres. On assiste à la naissance de ce groupe solidaire où des amitiés fortes vont se lier. Rythmé par des scénettes, chacune se reconstruira dans cet univers féminin.
Dans une scène vide seulement gérée par une lumière, les quatre actrices ont une interprétation plaisante. On ressent le plaisir de jouer ensemble.
On passe un agréable moment même si le monde du cheval n’est pas mon univers. La solidarité de ces quatre femmes est touchante.
17 mars 2024
9/10
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Percutant, Puissant, Eloquent.

Aïla Navivdi est née en France de parents Iraniens réfugiés politiques, ils se sont battus contre une monarchie, rêvant de démocratie et ont finalement fui pour la France. Aïla éprouva le besoin de laisser une trace de l’histoire, du combat et de l’exil de ses parents. Un devoir de mémoire, d’amour, de respect.

Quelques repères.

En Janvier1979, face au soulèvement populaire, le Shah d’Iran est contraint à l’exil après 38 ans de règne, fin de 2500 ans de despotisme un an plus tard, il décède au Caire.

En février 1979 la République islamique est proclamée, Khomeini est de retour en Iran après 14 ans d'exil en Irak puis en France. Et s’installe au pouvoir, s'appuie sur les milices armées et sur le clergé pour asseoir son pouvoir jusqu'à sa mort en 1989. Après son décès en juin 1989, Ali Khamenei,devient guide suprême de L’Iran.

Depuis le 3 août 2021 Raïssi est le nouveau président de l’Iran, un pur produit du régime , poulain ​du guide suprême Ali Khamenei et partisan sans états d’âme de la manière forte.

Dans une mise en scène fluide et magnifiquement orchestrée, nous allons voyager entre de Paris et Téhéran, des années 70 lors de la révolution iranienne au le 16 septembre 2022, mort pour une mèche de cheveux dépassant de son voile, de Mahsa Amini.

Yalda, est née à Paris le 9 octobre 1981, ses parents Fereydoub et Mina Farhadi, sont des réfugiés politiques. Yalda Farhadi vient d’être mère et souhaite que son enfant porte le nom de ses deux parents, le sien et celui d’Edouard son époux. Mais Edouard le papa a oubli d’accoler les deux noms en déclarant sa fille à la mairie. Yalda est fortement contrariée, son nom est le lien avec l’Histoire de sa famille, les racines de sa fille.

Yalda va nous raconter son pays, le passé de ses parents mais aussi la réalité effroyable et terrifiante qui sévit d’aujourd’hui en Iran.

Fereydoub et Mina ont participé à la révolution populaire contre le Shah dans les années 1970 puis engagés dans la lutte contre la répression du régime de Khomeini. Étant en danger, risquant la peine de mort, ils ont dû quitter l’Iran et fuir en France, pensant revenir bien vite dans leur pays.

« Quand nous sommes partis, nous pensions que c’était pour 6 mois, ça fait 35 ans. » Ferydoub

Nous sommes par intermittence :

*A Paris dans un petit studio où Yalda grandit dans une ambiance chaleureuse et joyeuse, les chants traditionnels iraniens et les odeurs gouteuses de la cuisine du pays emplissent la maisonnée, elle parle farsi avec les amis de ses parents venus en visite du pays, elle va à l’école où elle essaie de trouver sa place au milieu de ses camarades. En grandissant, elle se questionne, cherche à comprendre et à connaitre son histoire.

*A Téhéran où nous revivons les jours terribles de la répression qui malheureusement sévit toujours de nos jours.

La mise en scène orchestrée avec grande minutie nous transporte avec aisance et vitalité de Paris à Téhéran, des années 70 à nos jours.

La scénographie de Caroline Frachet, simple, nous mène avec brio d’un univers à l’autre, des tapis persans au sol recouverts de 'feuillage' qui symbolisera de la poussière pour la visite de l’appartement, des pétales de roses pour le mariage, des confettis pour l’anniversaire…En fond de scène, un voile derrière lequel se jouent les violences et les atrocités que Fereydoub a subi et que subissent encore les Iraniens.

Les comédiens nous conduisent avec talent et conviction de Paris à Téhéran, des années 70 à nous jours.
Aîla Navidi, ‘la mère’, Florian Chauvet ‘le père’ nous émeuvent, on ressent une belle complicité entre eux.
Olivia Pavlou-Graham est remarquable, elle incarne Yalda avec justesse et grand talent.

A travers 4211 km, distance qui sépare Paris de Téhéran, Aïcha Navidi nous conte l’histoire, le combat, l’éloignement, le courage, l’espoir du retour, d’une famille iranienne mais c’est aussi le vécu de beaucoup exilés qu’ils soient Espagnols, Italiens, Russes blancs, Juifs de l’Est, Chiliens, Maghrébins… qui font partie intégrante de notre société.
16 mars 2024
8,5/10
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Une pièce réjouissante drôle bien jouée et qui nous interpelle sur nos propres histoires de couple...
Sébastien Azzopardi nous propose au travers de dialogues ciselés et précis une radioscopie clairvoyante sur la mécanique du couple...

Un régal !
17 mars 2024
9,5/10
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Magnifique, Riche, Éloquent.

Denise est entraineuse de chevaux de course. Elle doit s’occuper d’une petite fille, Madeleine, un peu particulière dont elle a été nommée tutrice.

Ne se sentant pas capable de mener à bien cette mission seule et ayant à sa disposition un grand appartement, elle décide de cohabiter avec 3 autres personnes.

Elle passe une annonce, indiquant tout d’abord que les conditions financières seront très inintéressantes, mais elle pose certaines conditions :

Avoir un rapport au cheval. S’occuper de Madeleine. Ne pas apporter de meubles.

Dans l’obscurité, une chanson de Maria Tanase, chanteuse roumaine des années 50, retentit, un couloir de lumière traverse le plateau, apparaissent quatre femmes, nos quatre cavalières.

Denise ‘Isabelle Lafon’ est une passionné du monde équestre, elle connait parfaitement le milieu du cheval: les entraineurs, les jockeys, les palefreniers, les parieurs…Elle est entraineuse que l’on nomme aussi ‘metteur au point‘ … Entraineuse de trotteurs, le monde des bouseux, les gens de la boue nous dit-elle.

Jeanne ‘Sarah Brannens’ est intéressée par beaucoup de chose à la fois et pose beaucoup de questions. Elle travaille dans un bar et dévore les livres. Est-ce que les livres sont considérés comme des meubles ? demandera-t-elle.

Saskia ‘Johanna Korthals Altes’ est danoise et ingénieur dans le ciment. C’est une cavalière passionnée de Nuno Oliveira, 'Écuyer portugais mort en 1989, considéré comme le plus grand maître de l'art équestre'.

Nora, ‘Karyll Elgrichi’ est secrète, pas très rassuré avec les chevaux, médiatrice auprès d’enfants délinquants, plus tard elle nous éclairera sur les établissements pénitentiaires pour mineurs.
Quatre mondes qui se confrontent, quatre femmes très différentes, se sont des cavalières qui osent tenter cette expérience, elles sont culottées, n’ont pas peur de partir. "Quand la vie est là, il faut l'attraper" nous dira l'une d'elle.

Ces quatre femmes ont des relations épistolaires importantes qui ouvrent un autre espace, un autre monde que le dialogue ou le monologue. Elles nous lisent leurs lettres imaginaires puis les envoient dans les airs avec un geste énergique et un petit sifflement comme le font les enfants avec un avion de papier. C'est amusant et éloquent.

Comme un cheval qui se rue, tout à coup, elles s’échappent par intermittence, glissent hors du contexte et nous content leur histoire, leurs secrets, leurs colères, leurs certitudes et leurs inquiétudes. Elles nous interpellent et nous questionnent... un stand-up chevalin.

Où est donc la normalité?

Que sait on des gens, même ceux que l'on voit tous les jours?

Toutes quatre sont à un carrefour de leur vie. C’est captivant et émouvant.
Denise, Jeanne, Saskia et Nora, nos cavalières aux comportement audacieux, forment autour de Madeleine cette petite fille aux gestes lents, une famille nouvelle, quatre papas ou quatre maman qui l’entourent et prennent soin d'elle. C’est bien plus qu’une cohabitation, une tentative, une brèche, un nouveau chemin.

Tous les chemins peuvent mener au mieux y compris ceux qui passent par le pire. [...] Vous dire que chaque moment est un carrefour de «pistes » possibles. Le geste qui permet…il n’est jamais « une fois pour toutes ». C’est le moment qui importe avec toutes ses composantes, sacrés fouillis. De plus si je vous dis que chaque moment est unique, C’est plutôt gênant de trouver la clef passe-partout.

Un sentiment de liberté émane de la mise en scène d'Isabelle Lafon , nous avons l’impression que le texte se crée sous nos yeux tant les comédiennes sont investies et naturelles, elles s’élancent et improvisent des histoires qui leur sont chères. C’est explosif, fougueux, elles n’ont point peur de se monter à nu.

« Je n’ai point peur de la sentimentalité ni d’une forme de sincérité » Denise

Les beaux jeux de lumière de Laurent Schneegans intensifient les émotions.

Un texte riche et profondément humain interprété par de fabuleuses et talentueuses comédiennes.

Le seul de mes regrets est que ce texte ne soit pas encore édité car j’aurai grand plaisir à me plonger dedans.