Il y a 10 heures
5/10
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Un spectacle original, une comédie grinçante, une satire, des acteurs qui campent leur rôle avec talent, une mise en scène intelligente, une salle en sous sol transformée en cabaret (parfaitement inconfortable où les spectateurs sont entassés). Et malgré tous ces ingrédients, et un Sebastien Galeota impeccable, virevoltant, et souvent touchant (il est le seul), le côté artificiel l'emporte sur l'expressionnisme.

Ce spectacle est un succès, tant mieux ! Pour ma part, il n'a que l’intérêt de l'originalité.
Il y a 11 heures
8/10
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Esprits de famille ! J'étais intriguée par le thème de cette exposition et par la façon dont elle allait mettre en parallèle la peinture du père et le cinéma du fils. Et tout au long des quatre salles j'ai découvert l'influence incontestable de l'immense talent de Pierre Auguste sur celui tout aussi immense de Jean !
Bien sûr de manière familiale, l'enfance de Jean étant très marquée par les oeuvres de son père. Mais bien au delà, on retrouve de nombreuses toiles dans les films de Renoir : "Partie de campagne" sur les bords du Loing, "déjeuner sur l'herbe" tourné dans le domaine familial, "French cancan" etc.

Du talent pur, que ce soit avec un pinceau ou une caméra !
Il y a 14 heures
5,5/10
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Les rencontres amoureuses dans le train sont des sujets qui inspirent beaucoup les auteurs que cela soit pour les romans ou pour les pièces de théâtre.

Eric Boucher ne déroge pas à la règle et propose un « Coup de foudre au wagon bar ». Même si le coup de foudre ne se déroule pas vraiment au wagon bar. Il sera au cœur de l’histoire et pourtant nous ne le verrons jamais. Mais pourquoi me direz-vous ?

L’auteur a ingénieusement joué sur le fait que l’histoire nous est racontée à travers un songe et que la décision d’aller boire un verre peut tout changer. Dans le rêve, les deux personnages principaux suite à leur rencontre dans le train vont vivre ensemble. Tout allait bien jusqu’au jour où Cassiopée souhaite plus de discussion. Alors vient l’évocation des jeux de rôles via une application créée par un psy pour échanger. Bien entendu cela ne fonctionne pas et la rupture devient inévitable. Lorsqu’elle se réveille, elle souhaite une autre destinée et va prendre les choses en main. Les exercices de couple et la mauvaise foi des deux personnages amènent à rire.

J’aurais apprécié plus de subtilité dans les blagues que l’on a déjà entendues. Mais les rires se font entendre ce qui marque leur efficacité. Le choix du prénom Cassiopée n’est sûrement pas un hasard. La déesse reste assimilée à un être prétentieux comme cette femme qui croit savoir comment communiquer et comment être heureux. Est-ce que cette deuxième chance qui est offerte sera plus épanouissante ?
L’auteur laisse le choix au spectateur qui choisira selon son humeur du jour.
12 déc. 2018
9/10
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Dans un sous-sol, une pièce sombre et enfumée, encombrée de cassons contenant des toiles, côté jardin un drapeau SS.
Dans cette ambiance un peu lugubre et inquiétante, Picasso (Jean-pierre Bouvier) attend Mlle Fischer (Sylvia Roux) attachée culturelle allemande.
Que lui veut-elle ? Picasso s’interroge lui le grand maitre et génie de son temps.
Nous sommes en 1941, l’art moderne nommé art dégénéré est interdit par les nazis, cela va à l’encontre de leurs idéaux.

La demande de Mlle Fischer est simple, Picasso doit authentifier trois de ses œuvres tombées dans les mains de la Gestapo pour figurer dans une exposition.
Après quelques hésitations, Picasso se prête au jeu mais lorsqu’il saisit que cette rétrospective se terminera par un autodafé, sa colère et son opposition sont redoutables.

Avec conviction et acharnement, Picasso va lutter pour sauver ses œuvres des flammes.
Il va s’ensuivre un duel verbal violent, colérique mais aussi entremêle de séduction entre Mlle Fischer soumise aux lois des nazis et Picasso pénétré de son œuvre.
Tout au long de ce combat, Picasso nous conte quelques anecdotes concernant ses œuvres, son parcours et nous découvrirons avec surprise l’autre face de Mlle Fischer…..
Qui est réellement cette femme ?

Le texte de Jeffrey Hatcher nous questionne et nous émeut, combien d’hommes ont été dépouillés, combien œuvres ont été volées et brulées, quel est l’impact de l’art et de son engagement politique ?
« Vous avez fait Guernica, comme preuve de son engagement politique. » Demande Mlle Fischer
« Non c’est vous qui l’avait fait ». Répond Picasso
Cette petite phrase suscite bien des pensées et des réflexions…

Jean Pierre Bouvier est un merveilleux Picasso, imbu de lui-même, colérique, séducteur et ne vivant que pour son œuvre.
Sylvia Roux incarne avec brio cette femme nazie autoritaire et froide qui se dévoile peu à peu….nous serons surpris par sa sensibilité et son amour pour l’art.
Tous deux nous captivent dès le premier instant, et nous transpercent d’émotions.
Très beau moment de théâtre.
13 déc. 2018
10/10
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Dormir cent ans, ça ne vous rappelle rien ?
Bon sang, mais c'est bien sûr !

La belle au bois dormant, le monde du conte, une princesse qui à 14 ans se pique au rouet, perd son sang et attend un siècle que le Prince charmant la réveille d'un fougueux baiser !
Bettelheim a écrit des choses essentielles sur ce conte, métaphore du passage de l'enfance à l'âge adulte.

Dans un magnifique spectacle qu'elle a écrit et mis en scène, Pauline Bureau, dont j'avais adoré la saison passée la pièce « Les bijoux de pacotille » au Rond-Point, et l'adaptation de « La bohême » de Puccini à l'Opéra Comique, Pauline Bureau nous propose un récit initiatique, un sorte de mise en abyme du rituel de passage de l'enfance à l'adolescence.
Le temps des changements, le temps des bouleversements en tous genres.

Aurore et Téhodore sont ces deux pré-ados.
Elle, elle les sent bien arriver, les bouleversements. Les transformations de son corps, ses parents qui ne la font plus garder par une baby-sitter, sa mère qui rit bêtement à sa demande d'achat d'un soutien-gorge...

« Je ne sais pas qui je suis, et ça me fait peur ! », nous révèle-t-elle...

Lui, il a encore à ses côtés le personnage imaginaire qui a baigné son enfance, un certain roi-crapaud.

En même temps, et c'est l'une des grandes réussites du spectacle, nous allons voir les parents eux-aussi confrontés à leurs propres bouleversements. On ne voit pas ses enfants devenir adolescents sans être un peu (!...) bouleversé...

Ce spectacle, à bien des égards, va relever d'une certaine lenteur, et va faire part de bien des inquiétudes.
A l'image de ce peuvent ressentir ou montrer les ados : de la langueur mais aussi une certaine appréhension du futur incertain, faisant suite à la situation finalement rassurante du monde de l'enfance.

Cette quête de tous les personnages, cette lenteur, cette inquiétude font de cette heure de théâtre un passionnant moment dramaturgique.

Mais il n'y a pas que cela. Il y a le fond, mais la forme est là, également.

Comme pour « la Bohême », de subtiles projections vidéo de photos, de créations graphiques, fixes ou animées viennent donner un cadre étonnant et très beau à cette parabole.

Des mondes réels, des mondes fantasmés, des mondes imaginaires nous sont dévoilés.

Avec un moment onirique, celui d'un rêve qui servira de résolution (au sens donné par Vladimir Propp, dans son ouvrage « La morphologie du conte . Et ce dans uns scène bouleversante, mémorable. J'avais la chair de poule et les larmes aux yeux.

Beaucoup de moyens techniques au service d'un très beau propos.

Quatre formidables comédiens se partagent tous les rôles de la pièce.
Alban Guyon est un roi-crapaud épatant, très rock n'roll ! Il est très drôle. Sa dernière apparition est splendide.

Muriel Martinelli incarne une Aurore toute en fragilité, toute en expectative. En adolescente qui se cherche, qui se questionne, elle est tout à fait crédible et d'une vraie justesse.

Camille Bernon, l'inoubliable interprète de « Change me », d'après Ovide et Benserrade, l'an passé à la Tempête, incarne Théodore. Elle confère à son personnage une vraie dualité, une force, une puissance associées elles aussi à une fragilité certaine.

La comédienne joue également la mère d'Aurore, dans une composition haute en couleurs !
Elle est une nouvelle fois excellente !

Quant à Lionel Codino, il était hier le père de Théo. Un père d'ado plus vrai, ce ne serait pas possible... Sa dernière scène est également bouleversante.

C'est bien simple, cette heure passe trop vite !
C'est un spectacle qui vous transporte, vous embarque, vous ravit, vous étonne, vous fait rêver, vous émeut.

Vous avez des enfants, des pré-ados, des ados, des élèves, comme ceux du Collège Marie-Curie, des Lilas, qui faisaient hier en sorte qu'on entendait les mouches voler ?

Vous n'avez rien de tout cela sous la main ? Qu'à cela ne tienne.

Venez toutes affaires cessantes dormir cent ans, à la Colline.
Ce spectacle, qu'il serait dommage de laisser au seul jeune public, est in-con-tour-na-ble !