18 sept. 2016
8/10
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Les années passent et les Franglaises s’affirment. Ils jouent à Bobino et font salle comble presque tous les soirs. D’ailleurs, des nouvelles têtes font leur apparition. Ils ont quitté leur costume classique pour y mettre l’extravagance et l’espièglerie qui les habitent.

On y voit maintenant une magnifique jupe bleue volumineuse pour Claire (Marsu Lacroix), un costume vert trop grand pour Patrick-Patrick (Laurent Taieb), des tutus blancs pour Luna (Daphnée Papineau) ou encore une robe moulante à paillette pour Sandrine (Saliha Bala)… Les couleurs, les formes s’expriment avec une liberté qui surprend. Ce grain de folie se retrouve partout aussi bien dans la mise en scène, l’interprétation, la participation des techniciens… et tout finira dans un très joyeux bordel. Comment en aurait-il pu être autrement ?

Le professionnalisme des artistes se mesure à l’enthousiasme très communicatif du public, captif et ensorcelé par cette bonne humeur et cette cohésion d’équipe. Il dégage une telle énergie positive que tout le monde se sent emporté dans cette aventure improbable. Le fil conducteur bien que très caduc emporte jusqu’à la fin du spectacle de presque 2h00. Le public se lève tel un seul Homme pour applaudir avec sincérité ces saltimbanques. Comment les remercier autrement ? Et des gens qui comme moi ne compte plus le nombre de fois qu’il les a vues sur scène, apprécie encore et encore ces facéties si convaincantes. On ne se lasse pas de revoir des numéros, d’entendre des chansons…

Le plaisir reste intact qu’on les découvre ou qu’on les revoie. Le sourire ne vous quittera jamais de la soirée même lorsque vous chanterez.
Il y a 22 heures
10/10
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Vanitas vanitatum, et omnia vanitas ! Vanité des vanités, et tout est vanité !

Tous les lundis soirs, au Poche Montparnasse, Madame se meurt !
Et ce, pour notre plus grand plaisir !

Oui, quel plaisir de retrouver Marcel Bozonnet, Sociétaire puis Administrateur de la Comédie Française, Directeur du CNSAD...
Ah ! Que de merveilleux souvenirs je luis dois !

Quel bonheur d'entendre sa voix reconnaissable entre toutes s'élever dans la salle !

Ce spectacle d'une admirable beauté sombre, est articulé autour de la mort de Madame, la belle-sœur du roi Louis XIV.
Fille d'Henriette d'Angleterre et du roi décapité Jacques 1er, elle devait épouser Monsieur, le frère du roi de France et devenir ainsi Madame.
Saint-Simon, Alexandre Dumas dans son Vicomte de Bragelonne, la décrivent comme une princesse au charme, au charisme, à la sensualité sans pareils.

Hélas, Madame mourra à l'âge de vingt-six ans, à la stupéfaction générale, provoquant le chagrin et la douleur de la Cour. Le roi en fut, dit-on, très éprouvé.

On doit à Jacques-Bénigne Bossuet, l'évêque de Meaux, la célèbre oraison funèbre prononcée à Saint-Denis le 21 août 1670.

En 2019, c'est le claveciniste Olivier Baumont qui ouvre le spectacle avec une composition contemporaine de Thierry Pécou.

Le musicien à l'impressionnante discographie, professeur au Conservatoire national supérieur de Musique est bientôt rejoint par la soprano Jeanne Zaepffel.
En robe blanche, très peu éclairée, les cheveux sur le devant qui lui allongent le visage, telle un spectre, elle chante les notes atonales de la composition.
Serait-ce la Mort qui vient clamer son arrivée, nous informant ainsi de son funèbre ouvrage prochain ?

Olivier Baumont fait tinter une petite cloche, presque dans le noir total.

Soudain, derrière nous, une voix grave monte du fond de la salle.
La voix de Bossuet-Bozonnet !

Il nous dit à la façon d'un prêtre en chaire le début de l'oraison.
Le texte n'a rien perdu de sa puissance. Nous sommes glacés par ce que le comédien nous dit, par la puissance de sa voix, par la force du texte.
Cette voix s'élève dans notre dos, et pourtant, personne ne se retourne, tellement l'effet est saisissant.

Nous sommes véritablement à la Chapelle royale de Saint-Denis !

Puis, les textes de Saint-Simon, de Mme de La Fayette, d'Alix Cléo Roubaud vont alterner avec des pièces de Purcell, Michel Lambert et Jacques Champion de Chambonnières.

Les trois artistes vont nous ravir.

Melle Zaepfell, de sa voix chaude, cristalline, aérienne, nous émerveille par son interprétation, son aisance et sa maîtrise des pièces du répertoire baroque.
Ses volutes montent dans la salle, et nous plongent elles aussi dans une sorte de magnifique austérité musicale.
En effet, en duo avec Olivier Baumont, après la pièce de Purcell « The Fairy queen » nous présentant joyeusement Madame, nous irons dans des tonalités en mode mineur.
L'heure n'est plus à la joie. Madame se meurt, et va mourir.

Il faut noter que Jeanne Zaepfell a pratiquement l'âge de Madame à sa mort, ce qui procure évidemment un trouble, notamment lorsqu'elle illustre la Princesse immobile sur son lit de mort de couleur rouge vif.

Marcel Bozonnet se charge quant à lui, et de quelle façon, de nous rappeler la musicalité des textes qu'il nous interprète !
Ce sont véritablement trois musiciens qui se trouvent devant nous.
Des musiciens des notes, un musicien des mots, qui arpentera la travée centrale de la salle, devenue pour l'occasion une nef.

Les mots résonnent encore de façon très contemporaine.
Impossible de ne pas avoir de frissons en entendant évoquer la Mort, celle des puissants (l'actualité la plus récente est passée par là), et la nôtre.
Nous sommes véritablement dans un lieu de culte, peu importe lequel, et les trois artistes nous confrontent à notre lot à tous.

Mais attention, Marcel Bozonnet nous redira les mots de Bossuet, pour terminer le spectacle, en les interprétant cette fois-ci comme à la manière d'un comédien, et non plus comme celle d'un homme d'église. Pas de confusion ! Pas de doute à avoir !

Il faut vraiment aller voir ce spectacle d'une beauté sépulcrale, doucement éclairé, délicieusement mis en musique, interprété avec grâce, élégance et virtuosité.
C'est un moment théâtral à la fois d'une force et d'une délicatesse sublimes.
Il y a 11 heures
8,5/10
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Les Swinging Poules je les ai découvertes en 2014 à Avignon, et ça ne s’oublie pas !

Elles sont toujours aussi dynamiques et pêchues, ce soir une poulette avait laissé sa place à un jeune coq, l'inénarrable Flannan Obé (dont je suis fan depuis “Arsène Lupin banquier”, “l’envers du décor”, etc). Sa mise en scène est colorée, explosive, drôle.

Donc voilà nos copines chantant le monde du travail, à leur façon, et ce n’est pas triste, rien qu’en les voyant on évite le “burn out” ! L’amour aussi, je vous laisse juge de la poulette brune, oeillades assassines et séduction enfin elle fait son possible !

Chacune sa partie, ou chacun c’est selon le jour, petite brunette tente comme elle peut de jouer de sa mini guitare, se fait houspiller comme d’habitude, pleurniche comme toujours mais a plus d’un tour dans son sac à malices. La “grande blonde” et ses chansons réalistes, et ses vannes envers les copines.

N’oublions pas le pianiste, macho avec bonheur et effronterie, belle voix de baryton, aura bien du mal avec le trio à pois...

Le travail, l’amour, et aussi une délirante chanson sur les médocs qui vont vous faire rigoler la prochaine fois que vous lirez votre ordonnance. Répertoire des années 50 et 60 assaisonnées selon les poulettes.

Enfin, un spectacle à ne pas louper, pour rire sans méchanceté, sans vulgarité.

Allez on sort les maillots à l’Essaion !
Il y a 13 heures
7/10
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La demande du couple d’invités à leurs hôtes en détresse financière est assez invraisemblable. Bastien étant antipathique au possible et Romain très émotif, ce dîner se déroule dans une ambiance tendue...

Le jeu des acteurs est juste, d'autant que la salle permet que le chuchotement serait presque audible et cela est très agréable, confortable et permet d'éviter le surjeu...
Une spéciale dédicace pour les deux garçons Arnaud Gidoin, le "parvenu de la com", nanti, imbu et infect et Loïc Legendre, le "serial looser" attachant, émouvant, bien que les personnages soient un peu trop caricaturaux.
J'aurais aimé un peu plus de nuances, un peu plus de rythme mais la thématique est actuelle, la réflexion sur la paternité et la sincérité permettent de soulever quelques questionnements sans pour autant verser dans la démagogie.
Il y a du rire, de l'émotion, une bonne soirée somme toute.
Il y a 17 heures
10/10
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Commençons par un constat : le Misanthrope est ma pièce préférée et Alceste le personnage qui a le plus marqué mon adolescence. Et pour la première fois de ma vie, j’ai pris le parti de Philinte !

Tout tire source ici d’une formule du metteur en scène Alain Françon pour résumer sa vision de la pièce : « le Misanthrope ou l’hiver des rapports humains ». Point d’ « atrabilaire amoureux » ici et point de comédie : L’ironie tombe pour ne laisser place qu’au sérieux et au dramatique de la pièce.

Alceste, homme occupé à toujours dire la (sa ?) vérité est amoureux de Célimène. La belle tient un salon et reçoit beaucoup ce qui désespère Alceste qu’elle s’attache à nommer son amant. Vivre dans la compagnie des hommes ou les fuir ? Qui d’Alceste ou de la société a raison, qui a tort, qui est le plus buté, qui doit fléchir et changer d’avis ? Si la société ne peut changer doit-il s’y adapter ?

Des questions essentielles traversent cette pièce souvent présentée dans sa veine comique. Alain Françon prend lui le parti de dépouiller le texte du ridicule mis parfois entre les personnages pour ne montrer que leur humanité. Si un personnage est ridicule se sera par essence.

La précision de la direction d’acteur dont fait preuve Alain Françon est un objet très intéressant à analyser : en s’attachant aux mots, il trouve toujours le moyen de faire entendre le texte à son paroxysme.

Son Alceste, interprété par Gilles Privat, se montre vindicatif et querelleur, loin des vertus de la vérité, de la justesse et de la droiture que je lui attribue d’ordinaire. Excessif, sûr de son bon droit à en être moralisateur, amoureux plus “tyrannique” que désespéré… S’en est trop pour un seul homme si bien que sa rigueur le rend détestable et nocif pour son entourage.

Car Philinte et Eliante n’ont de cesse de l’épauler. Pierre-François Garel est un Philinte philosophe qui ne se moque jamais. C’est le personnage le plus habile qui tout en connaissant les codes de survie à la cour entoure son ami de bienveillance et de prévenance pour tempérer son humeur. Pierre-François Garel est Philinte dans tous ses gestes : mesuré, contrastant avec l’agitation d’Alceste. Eliante (Lola Riccaboni), rivale de Célimène paraît le double de Philinte dans la retenue et la dignité qui l’anime.

La galerie des personnages de cette pièce est si bien dessinée que chacun à sa part d’interprétation et son moment de jeu.

De Célimène (Marie Vialle), on ne sait plus bien si la belle manigance ou tente simplement de survivre en laissant planer le doute de sa préférence pour maintenir son salon. A la mondaine fait place une figure plus prudente et stratège.

Arsinoé, interprétée par Dominique Valadié, est, elle aussi, surprenante : point de fiel et de combat d’une fausse prude qui porterait à rire. A la place une femme fuyante et sans panache, presque défaite, blessée par sa disgrâce et qu’on a presque envie de plaindre.

Même Oronte (Régis Royer) est intéressant : grâce à la lecture si caractéristique et proche du texte d’A.Françon, Oronte est rendu pathétique. On comprend que l’enjeu pour lui est réel, avec son sonnet c’est son honneur que l’on bafoue et l’homme ne se laisse pas faire.

Tout agit comme si cette lecture mettait en lumière les caractères humains derrière les personnages. Et cette mise en scène montre bien les tenants et les aboutissants de ce qu’il faut faire pour survivre à la cour. Cela les rend tous plus touchants et plus vivants. Enfermés dans cette antichambre du pouvoir, les courtisans d’hier semblent les mêmes qu’aujourd’hui. Les mœurs de cour sont devenues les civilités que l’on se donne avec méfiance. Comme des requins chacun tourne autour du pouvoir pour s’y faire bien voir. Alceste fait tâche.

Une autre chose remarquable dans cette mise en scène est la quantité de détails et de petits mouvements parasites qui se posent dans le prolongement du texte sans faire « mimique ». La manière de rendre les apartés ou lorsqu’un personnage laisse le talon en suspens, la gêne ou l’indécision exprimée par de légers balancements de corps. Les détails dans le jeu sont l’écho pur des mots, leur mise en mouvement, chorégraphiée.

Bien sûr, tout ce que l’on voit sur cette scène n’est que trop humain et fera dire à certains que cette mise en scène est sèche, trop cérébrale. C’est en soi bien normal : personne n’est exempt d’une certaine « tradition de représentations » car le spectateur amène avec lui des strates d’images et d’a priori sur la pièce, cherchant un comique qui ne vient pas. Des couches et des couches de mises en scènes figées dans le marbre et laissant croire que le Misanthrope doit être ceci ou cela. Malgré la facture classique et assez neutre du décor (forêt enneigée, signé Jacques Gabel), on se retrouve alors fort dépourvu face à cette proposition si différente de dire et faire entendre l’un des plus ambivalent texte de Molière.

Tout est tissé d’une telle finesse. C’est une broderie de mots mis en mouvement et une réflexion poussée sur le caractère des hommes en société. Françon livre sa vision du Misanthrope sans boniment et accordons-le, sans chaleur… Nous nous passerons donc du rire pour revenir au texte le temps d’une soirée.

Une mise en scène puissante et absolument remarquable !