4 nov. 2020
8,5/10
5
Une première impression persiste tout au long de ce seul en scène : Une comédienne d’une élégance rare !

Alice Dufour campe une “femme enfant”, tantôt ingénue frêle , fragile , gracile, attendrissante , tantôt femme envoutante, ensorcelante dont les charmes ne manqueront pas leur cible…

Un seul en scène très immersif , la petite salle du poche ayant été judicieusement utilisée avec des scènes deci delà, une mise en lumière et une ambiance cabaret où le public est tantôt témoin confident, tantôt client désigné figurant.

Le thème pourrait paraître simpliste mais les questions et les réflexions qui jalonnent les scènes interpellent , les frontières deviennent perméables : entre ombres et lumières, candeur et profondeur, romance ou psychose, le fil, ténu, ne rompt pas … Mademoiselle Else tisse sa toile de soie ( ou de soi…), s’habille de mystère, moire en clair obscur pour une nudité en sauf conduit.

La gestuelle est juste, précise, fluide et toujours altière , les tableaux très soignés avec le soucis du détail, de l’élégance, de l’harmonie, les costumes sont sublimes.

Oui, il y décidemment une grâce naturelle, comme une évidence… la bulle de mademoiselle Else est un onguent , un baume à la morosité, une douceur qui s’installe et vous enveloppe … Vous pourrez plonger avec délice dans l’eau du bain de cette sirène, saluer ces ambivalences jubilatoires pour finalement garder ce sentiment d’avoir partagé un moment intimiste d’exception.
29 oct. 2020
10/10
8
Nous avons choisi ce spectacle au dernier moment un peu par hasard et avons passé un excellent moment, les acteurs sont brillants, performants dans l'improvisation, le concept de l'interactivité avec le public est très réussi.

De plus cette pièce fait beaucoup réfléchir sur les choix de nos vies, elle présente un intérêt philosophique sur la question de la liberté.

Allez y les yeux fermés, jeunes ou moins jeunes, c'est un divertissement qui fait du bien en cette période morose !
8/10
7
Une comédie dramatique assez simplette dont la liberté de ton donnée par l’écriture et l’interprétation réussie à nous émouvoir très fortement.

Michalik très bon acteur de surcroît.
27 oct. 2020
9/10
8
Quand une larme s'immisce entre rire et sourire, que vous tentez de retenir votre souffle pour ne rompre la magie de l'instant, que votre regard cherche la complicité de votre voisin ou que vos mains n'osent applaudir tant l'émotion est intense…

Pas de doute, inutile de vous couper les cheveux en 4 , vous êtes bien assis dans le salon du " petit coiffeur" !

Entre La poésie, la sonorité et la lumière de Pagnol, l'élégance d'interludes du "glissé déposé" ou "sifflé n'est pas joué" à la "Fred Astaire ", la profondeur et l'intensité déboulent et vous chamboulent au détour d'un rire, d'un gimmick… la gorge déployée devient sèche, les mâchoires se serrent , le pinceau devient lame rasante, coupante, effleurant, éraflant  certitudes, à priori, concepts, paradigmes.

Que ces personnages sont attachants et ce quintet  diaboliquement efficace !  Singuliers mais incroyablement alignés dans leur rôle et leur humanité, leur vérité ,  délicieusement touchants dans leur sincérité, leur légèreté d'apparat, leur profondeur

Chaque acteur sait trouver sa place, la prendre, la défendre , la céder, ou l'imposer !

Jean sera le cygne du bon moment et la belle note de la partition, la candeur sucrée

Pierre brosse ce flou qui trouble, ces corps nus qu'il déshabille du bout de son pinceau, tond ces têtes "coupables"

Marie, femme passionnée , mère courage et militante de tous les instants, ne désarme jamais aime avec un grand A, ses fils son amant, Lise…

Mademoiselle Berthier nous séduit, nous attendrit, rayonne , voilée de son mystère et son ambivalence

L'Amant de Marie impressionne, intrigue, surprend.

Les mots sont justes, parfois âpres et  tranchants, les dialogues ciselés , au cordeau...

La romance devient L'histoire,  douce et violente, les images sont fortes   insoutenables … L'intensité vous surprend, le peigne fin a raison de vos épis rebelles,  le doux coiffage lissant, lustrant devient ébouriffant, les  couleurs virent  subitement, la tondeuse devient faucheuse et tranche dans le vif. La mise en beauté bascule vers l'abîme, devient mis à nu, le futile se fait utile, versatile.

Le moment coiffeur est une bulle bien être, un moment à part dans nos quotidiens ; Le moment que je préfère et que j'attends :  l'instant du massage du cuir chevelu : cet  espace temps rien qu'à vous , pour vous , cet instant où vous êtes à l'écoute de vos sensations, où chaque mouvement appliqué sur votre cuir vous   connecte  à votre corps, votre cœur, le moment du lâcher prise !

Le petit coiffeur réussit là son pari : nous avoir offert un moment de détente et d'émotions profondes  , nous avoir ouvert, l'espace d'une séance, à nos émotions les plus intenses : la joie mais aussi la colère, la tristesse, la violence mais surtout à  l'amour et la tendresse .

 

Aborder une telle histoire sans verser dans l'hystérie, la démagogie, le sectarisme, le populisme ou la stigmatisation semblaient exercice impossible et pourtant… Jean-Philippe Daguerre signe à nouveau un très bel ouvrage pour l'écriture et une mise en scène dont il a le secret et où la magie opère !!

On savoure la fluidité des scènes et on se délecte des scènes croisées et des transitions et, bien évidemment, on fait le plein d'émotions, on accueille et on stocke cette déferlante d'amour, amour des mots, des notes, des hommes, des femmes, des acteurs, du spectacle vivant , amour distribué avec joie, profondeur jubilatoire

Oui, c'est pour cela que nous venons au théâtre : pour être étreints et pris dans les bras de celles et ceux qui nous accueillent, travaillent pour nous faire vivre ses moments d'exception ! Pour repartir avec le sentiment d'avoir partagé ce petit supplément d'âme qui rend nos matins joyeux et nos soirées plus douces.

 

Inutile de vous dire combien il est urgent de vous installer dans le fauteuil de ce "Petit Coiffeur" qui pourrait , sans nul doute, être en lice pour le prochain brushing des Molières 2021...
26 oct. 2020
7/10
6
Des extraits de Tchekhov pas très modernes, un peu trop "gros" !

En bref, Peter Stein met en scène 3 pièces de Tchekhov, + particulièrement 3 actes des 3 pièces ouées par Jacques Weber :
- le chant du cygne
- les méfaits du tabac
- la demande en mariage

Ce qui est étonnant c'est que ces extraits ne sont pas des pièces classiques de Tchekhov, ce sont des farces un peu grossières. J'y reviens :
- le chant du cygne ; un monologue d'un vieux comédien, qui parle de décrépitude physique, de vieillesse. Finalement, ce que j'ai retenu c'est qu'on reste jeune tant qu'on est compétent dans ce qu'on fait, et que c'est l'incompétence qui nous fait basculer au second rang, à la décrépitude, dans l'isoloire.
- les méfaits du tabac : on bascule vers la farce. Jacques Weber est l'épouvantail de sa femme, qui gère toute la maison, fait le business, et occupe son bon-à-rien de mari. C'est plutot moderne d'inverser les rôles : Jacques Weber est l'homme au foyer, sa femme dirige un pensionnat, tient les cordons de la bourse, trouve des jobs à son mari etc. Il n'en peut plus d'être ainsi dominé. Mais ne peut pas partir. Il craque complètement, tout en étant extrèmement soumis : dès qu'il sent que sa femme arrive, il refait l'épouvantail. C'était très drole.
- la demande en mariage : est est en plein dans la farce classique. Il y a un quiproquo entre un jeune premier, qui arrive auprès de Jacques Weber pour demander la fille en mariage, et la fille qui arrive, ne se doute pas du motif de la venue de son voisin, et lui prend la tête, sur un vieux conflit de voisinage (les petits prés aux boeufs, et qui a le plus chien). J'ai trouvé ce dernier extrait un peu long.

Mise en scène classique.

Jacques Weber est vraiment un spectacle à voir. J'ai l'impression que c'est son a^ge d'or : il joue le vieux décrépit, ou le père de famille, ca lui va hyper bien.

Bon spectacle.