Il y a 12 heures
9/10
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Un banc, deux femmes qui attendent l'une son mari, l'autre son amant...
Un dialogue s'instaure entre les 2 protagonistes d'abord hostile puis plus calme...
Très rapidement un doute s'immisce en nous : et si...

Cette pièce est émouvante et drôle tout à la fois.
Beaucoup de psychologie dans les dialogues et la complicité des 2 acteurs fait plaisir à voir.

Un vrai régal !
A voir... à savourer et attention mesdames la prochaine fois que vous partagerez le banc avec une autre femme... On ne sait jamais...

Et si vous avez un peu de temps après la pièce n'hésitez pas à attendre les 2 interprètes qui seront ravies d'échanger quelques mots avec vous... ????
Il y a 14 heures
7,5/10
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Un texte bien écrit, qui en rappelle d'autres (le thème de la mère juive est un grand classique de la littérature!) avec un petit charme suranné, un ton qui rappelle Goscinny et le petit Nicolas...

C'est un plaisir de retrouver JF Derec, son humour subtil, son sens de la chute, sa diction particulière... J'émets moi aussi des réserves sur la mise en scène. Rétrospectivement, on comprend l'intention : ce spectacle n'est en rien une succession de sketches ; le sujet ne manque pas de gravité, le ton léger un faux-semblant et le point de vue naïf et enfantin un procédé habile. Ce n'est pas une raison pour nous infliger ce noir, ce dépouillement tragique. Nous ne sommes pas si bêtes : nous aurions compris de quoi il retournait au fond...
Il y a 13 heures
7/10
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« Le cas Eduard Einstein » de Laurent Seksik mis en scène par Stéphanie Fagadau à la Comédie des Champs-Elysées porte bien son nom car Hugo Becker en est l’élément principal de cette réflexion sur les liens familiaux et la maladie : ce bouleversant drame personnel.

Sur plusieurs décennies nous allons suivre le parcours du fils méconnu du célèbre physicien théoricien Albert Einstein, sous les traits de Michel Jonasz métamorphosé.
Un fils diagnostiqué schizophrène qui finira sa vie dans un asile comme jardinier et qui depuis le jour de son internement ne reverra plus jamais son père.
Un déchirement qui le laissera orphelin de père et de mère, seul son frère lui survivra sans pour autant le voir.

Déjà marqués par la perte de leur sœur qu’ils n’auront pas connue, les deux frères Hans Albert et Eduard seront encore malmenés par le divorce de leurs parents. Eduard n’aura que quatre ans lors de leur séparation.
C’est leur mère qui prendra soin d’eux lors du départ de leur père pour Berlin. Ils iront s’installer à Zurich, bien leur en a pris quand on connait la suite des évènements…
Aucun contact ne sera plus établi pendant l’éloignement du père à Berlin.
Tout aurait pu aller pour le mieux pour Eduard qui était un bon élève et doué pour la musique et la poésie, il se découvre une passion pour Sigmund Freud et se voit déjà psychiatre mais c’est sans compter sur son père qui considère Freud comme un charlatan et qui refuse catégoriquement que son fils s’engage sur cette voie.
C’est alors qu’Eduard sombre dans une profonde dépression : la pièce commence au moment de son internement. Son père se dédouanant en invoquant des racines de cette maladie du côté de sa femme.
S’en suivra des traitements de chocs qui ne laisseront pas indemne ce pauvre Eduard qui de bonne intelligence, de bonne érudition, déclinera petit peu à petit peu pour devenir un pantin vivant avec des percées, des lumières qui le rendront attachant.

Laurent Seksik a réalisé un remarquable travail d’historien et nous conte cette vie dans le détail depuis les années trente, la montée du nazisme, Hitler, la libération, en passant par le maccarthysme avec le départ du père pour les Etats-Unis qui fera l’objet d’une étroite surveillance. Un McCarthy, associé au FBI, qui donnera du fil à retordre à Albert Einstein et inversement, le défenseur de la cause humaine contre la bêtise tout aussi humaine : seulement voilà n’est pas Albert Einstein qui veut.

Hugo Becker ne crève pas l’écran mais la scène, on ne voit que lui. Dans un geste, une intonation, il est époustouflant de naturel, de justesse dans le rôle de ce fils Eduard. Toutes les émotions passent dans son jeu qui nous lie à ce fils que l’on a envie de secourir tant nous le sentons abandonné ; même si sa mère très présente essaye de lui donner confiance en lui, de lui faire naître un espoir. Mais en vain, il n’arrivera pas à combler le vide de l’absence de son père, indispensable à la construction de sa vie d’homme, comme pour tout enfant.
Ses parents, à la scène, Michel Jonasz et Josiane Stoleru ne peuvent pas rivaliser devant tant de présence. Je les ai d’ailleurs sentis, ce soir là, un peu effacés, laissant leurs messages passer à côté.
Nous suivrons Eduard pas à pas dans cette clinique avec à ses côtés dans le rôle du surveillant Pierre Bénézit. Un rôle qui lui sert de faire valoir mais qui est joué tout en finesse, à son écoute.
Dans la seconde partie de la pièce, au moment où nous retrouverons Albert Einstein aux Etats-Unis, nous aurons un peu de fraîcheur, de soleil qui viendront éclaircir cette atmosphère pesante tel le pétillement de bulles de champagne, avec dans le rôle de la secrétaire, la délicieuse Amélie Manet.
Et pour clore cette distribution, nous aurons dans le rôle de l’agent du FBI venu malmener Albert Einstein, Jean-Baptiste Marcenac, sans doute un peu trop dans la caricature au début de son apparition mais beaucoup plus naturel quand les nuages s’estomperont et qu’il s’intéressera d’avantage à la secrétaire.

Dans un décor en mouvement d’Antoine Malaquias, avec pour toile de fond un bel arbre qui se découvrira au fur et à mesure de la montée de l’intrigue ; un arbre signe de vie, de voyage vers la liberté, Stéphanie Fagadau signe une mise en scène sobre, fluide au service d’Eduard.
Une mention spéciale pour la musique de Romain Trouillet qui m’a fait littéralement voyager lors des changements de tableaux ; tel un oiseau s’élevant vers la liberté, échappant aux tourments, aux pensées douloureuses de ce pauvre Eduard.
Il y a 19 heures
6/10
3 0
Je n'ai pas adhéré, texte trop long, je n'ai pas retrouvé l'atmosphère glaçante et je me suis ennuyée, pas du tout captivée par l'histoire.

La distribution est inégale, mais je place au-dessus du lot Claude Aufaure.
Il y a 23 heures
9/10
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Et si Œdipe avait pris ses quartiers au Japon ?

Kafka sur le rivage est un roman de Haruki Murakami, publié en 2002.
Le metteur en scène Yukio Ninagawa s'est emparé de cette œuvre majeure de l'écrivain pour en tirer trois heures d'une dramaturgie intense, onirique, mêlant réalisme et merveilleux, humains et animaux, présent et passé proche.

Cette pièce va donc nous conter deux destins parallèles, deux quêtes.

Tout d'abord, nous allons faire la connaissance de Kafka Tamura, un adolescent de quinze ans qui fuit le domicile familial.

Abandonné par sa mère durant sa petite enfance, il décide d'échapper à son père, le célèbre sculpteur Koichi Tamura.

Celui-ci a prédit à son fils qu'il deviendrait parricide, et entretiendrait des relations incestueuses avec sa mère et sa sœur.

Je suis certain que tout ceci vous rappelle bien des choses. Murakami nous livre en effet sa propre version du mythe d'Œdipe, thème parmi d'autres du roman, et donc de la pièce.

Nous rencontrerons dans cette quête un bibliothécaire androgyne, qui lui accordera sa protection. Et puis Kafka fera la connaissance de Mme Saeki, dont il tombe amoureux.

Mme Saeki porte en elle un lourd secret. D'où le titre du spectacle.

Entremêlée dans le premier volet narratif, nous allons découvrir également l'itinéraire de Nakata, un étrange vieillard.
Lui qui ne sait ni lire, ni écrire, (nous apprendrons pourquoi, le spectre de la dernière guerre mondiale, et particulièrement l'année 1944 hante toujours la société japonaise), lui sait néanmoins parler aux animaux.

Son métier est de retrouver des chats égarés.
Au cours de son périple, il va croiser le chemin d'un tueur de félins, en perruque blanche, chapeau haut de forme, redingote rouge, pantalon blanc et canne noire : un certain Johnny Walker... Si si.

Ce Johnny Walker tue les chats pour faire des flûtes de leur âmes. Nous verrons comment il s'y prend...
Cet assassin animalier périra exactement comme le père de Kafka.

Le metteur en scène Yukio Ninagawa est parvenu de façon magnifique à recréer sur un plateau l'univers à la fois réaliste et fantastique, terre à terre et fantasmagorique de Murakami.

Nous croyons totalement à ce que nous voyons. Nous entendrons parler les chats sur la scène, nous visiterons Tokyo, la forêt, la petite ville de Takamatsu, dans l'île du Shikoku, nous verrons une pluie de sardines.

Ce spectacle est une grosse production.
Pour créer tous les espaces imaginés par l'auteur de ce roman fleuve, Yukio Ninagawa se sert de « cages » en plexiglas plus ou moins grandes, sur roulettes, afin de matérialiser les lieux dans lesquels se déroulent l'action : le bureau du père de Kafka, un bar, la forêt, une chambre, etc, etc...

Ces « boîtes » sont ouvertes sur le devant, permettant aux comédiens de rentrer et d'évoluer dedans.
Dans l'une d'entre elles, on trouve même... une camionnette !

Dans une incroyable chorégraphie réglée au millimètre, des manipulateurs vêtus de noir organisent le baller de ces mini-scènes. C'est impressionnant de rigueur, de précision et d'organisation. (Les décors intérieurs sont changés en coulisse...)

Les comédiens, impressionnants eux aussi jouent donc dans ces espaces contraints. Ca fonctionne à la perfection, et nous avons le sentiment d'être sur un immense plateau sans cesse renouvelé.

La production est impressionnante, avec notamment des myriades de projecteurs, dont une grande partie robotisés, avec également de la pluie sur scène. Des images somptueuses se dégagent de cette scénographie. Dix-neuf comédiens nous content cette fable allégorique.

Il faut donc se laisser porter par ces deux histoires entremêlées, qui finiront par se rejoindre.
Kafka et Nakata ne pourront échapper à leur destin, ce destin qui choisit les humains, et non pas l'inverse, comme l'écrit Murakami.

Il faut lâcher prise et plonger sans réserve dans cet univers à la fois réaliste et fantastique. Un univers parfois déroutant, mais qui procure bien des émotions.

C'est un moment de théâtre rare !

Au moment des saluts, la comédienne Shinobu Terajima portera dans ses bras un portrait du metteur en scène Yukio Ninagawa, décédé juste après la création de cette pièce.