Critiques pour l'événement Suis je encore vivante
26 sept. 2018
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Anna Andréotti et Roxane Borgna nous content avec brio et conviction quelques épisodes de la vie de Grisélidis Réal d’après ses écrits et son journal rédigé sous forme de lettres lors de sa détention en Allemagne.
Grisélidis Réal (1929-2005) a eu une éducation bourgeoise, sévère et stricte. Milieu qui la révolte et dont elle parle avec mépris.
« Ces femmes bourgeoises dépressives pleines d’éxomil … alors qu’il y a bien d’autres malheurs sur terre que leurs petits soucis. »
Après avoir fait des études aux arts décoratifs à Zurich, elle aura une vie amoureuse tourmentée. Dans les années 60, elle se retrouve seule à Munich, sans papier, sans argent et sans droit au travail, elle décide de se prostituer pour nourrir ses enfants. Malheureusement, elle se retrouve en prison pour avoir vendu de la marijuana à des soldats américains. C’est en prison qu’elle commence à écrire et à peindre.
Grisélidis Réal devient une grande figure militante de la « Révolution des prostituées ». En 1977, elle écrit que « la prostitution est un acte révolutionnaire ».
Elle a écrit plusieurs livres dont « carnet de bal » joué au théâtre Paris-Villette en 2011.


Anna Andréotti et Roxane Borgna nous mènent dans l’intimité de Grisélidis Réal.
Ses débuts difficiles, l’humiliation, la violence subie.
*Loin d'être une partie de plaisir, c'est bien plutôt une torture, la démolition de l'âme et du corps.
*Mais j'ai promis à mes enfants de les tirer de la pension, de les reprendre avec moi, de les rendre heureux.

Anna Andréotti et Roxane Borgna dans la pénombre reprennent les gestes répétitifs du déshabillage et du rhabillage tout en évoquant le côté noir et angoissant de la prostitution. Un tapis de fleurs traverse le plateau et trace leur chemin. C’est émouvant et transperçant.


Au fil du récit, nous voyons apparaître une douce évolution dans les dires et les sentiments de Grisélidis Réal. La souffrance ce n’est plus elle, mais son client. Elle parle de ces hommes seuls, dans le désarroi auxquels elle donnera consolation, plaisir et tendresse. La sexualité est un art nous dit-elle.
*Oui, il y en a qui ne vivent que dans l'attente de me retrouver tellement ils sont déçus et rebutés par la méchanceté des autres femmes.
*moi je les aime… Je les ferai gratuit…mais voilà, il faut vivre.

Nous la suivons en prison où pour survivre à la solitude, elle entreprend une correspondance assidue avec un ami. Cette correspondance a donné naissance à « suis-je encore vivante » ses premiers écrits.

Puis nous l’accompagnons dans sa lutte militantisme, elle se révolte contre la société des « biens pensants » et proclame la prostitution comme bien public pour soulager la misère des hommes démunis dans l’isolement et le désarroi.

La prostitution peut être aussi un choix, le choix d’une liberté « d’être » dans cette société patriarcale.
* Se prostituer est un acte révolutionnaire
Rien ne me vole
Rien ne me viole »

Le texte est cru mais plein de vérité et de poésie. Anna Andréotti et Roxane Borgna nous émeuvent par la vérité de leur jeu.
C’est Grisélidis Réal que nous avons sous nos yeux.
Bravo.