Critiques pour l'événement Stavanger
2 avr. 2017
6/10
35 0
J'étais intriguée par cette pièce et par les commentaires de ceux qui l'avaient vu.
J'ai été impressionnée par le jeu d'acteur des deux comédiens. La froideur de Florence et la fragilité de Simon, le décor très bien choisi et la mise en scène poignante nous transportent.
Mais quand même beaucoup de moments où l'on décroche car le texte est ardu.
Un bonne pièce et surtout une fin étonnante.
18 mars 2017
8/10
24 0
Voilà un huis-clos qui nous plonge d’emblée dans une ambiance étrange, est-ce un rêve, un cauchemar, un peu des deux ?

L’avocate Florence Bernstein accueille chez elle un jeune homme, Simon, qu’elle vient de sauver du suicide. "Se coucher, c’est un acte ordinaire… sur des rails un peu moins mais avec une coupe de champagne, ça m’a intriguée".

Ils se font face, lui frigorifié, hagard, elle, sûre d’elle, curieuse de lui, maniant l’ironie avec dextérité. Ils ont en commun la solitude, des souffrances mal colmatées et … Stavanger, ville portuaire en Norvège.

Le temps d’une nuit froide, ils vont faire connaissance, se cogner au passé, s’amadouer, se rejeter, se retrouver. On ne peut pas en dire beaucoup sur cette pièce afin de ménager l’effet de surprise final, Olivier Sourisse l’auteur y cultive le mystère et une certaine complexité.

Florence est le maître du jeu. Sylvia Roux, tailleur pantalon noir et coupe de champagne à la main, domine à la perfection son rôle de femme ambigüe. Avec assurance, calme et habileté, elle pousse Simon vers des questionnements auxquels il répond du bout des lèvres. Lui qui est verrier et a la passion de la transparence reste opaque sur ce qui l’a poussé à de telles extrémités suicidaires. Le temps est habité de leurs confidences mais aussi de leur silence.

Thomas Lempire qui est dans la peau de Simon incarne magistralement le type noyé dans son angoisse. Son secret est trop lourd à porter mais il ne peut le livrer qu’avec parcimonie. Il a peur, peur d’elle, peur de lui-même : "Faut que je sorte, que je me protège". Ses éclats de colère et crises de panique laissent transpirer son immense trouble intérieur.

Florence essaye de plaisanter avec lui pour l’aider à se soulager de ce poids morbide qui le hante. Mais elle-même, tout en lui montrant ici et là qu’elle le devine, ne se dévoile qu’avec prudence. La mise en scène signée Quentin Defalt n’est pas là pour réchauffer l’atmosphère ! La pièce est quasiment plongée dans le noir. Au centre une grande table en métal noir avec un chandelier. Une "nappe sonore" revient régulièrement faire monter la tension : bruit de train sur les rails, la mort, ou celui d’un battement de cœur, la vie ?

Tous deux se cachent des choses et nous les cachent par la même occasion ! Qui sont-ils vraiment ? Beaucoup de pistes d’interprétation sont possibles, pourtant au fil de l’histoire, des révélations se font à tâtons dans le noir jusqu’à un dénouement assez inattendu…

Merci à Sylvia Roux et Thomas Lempire qui nous offrent une interprétation d’une grande justesse. Olivier Sourisse a écrit la pièce en trois semaines à l’impulsion juste pour eux. Elle est donc taillée à leur carrure de comédiens hors-pair. Les portraits sont lourds mais on s’attache aux personnages sans les juger. La pièce n’est pas une pièce simple, c’est un ovni théâtral qui vaut la peine d’être découvert. Et comme le dit Thomas Lempire : "Tout est écrit dans les mots, il y a juste à les ressentir."
4 mars 2017
10/10
38 0
Nous sommes allés vendredi soir voir cette pièce. Et pour une surprise, ce fut une belle surprise. D’emblée, on glisse avec les deux comédiens vers quelque chose qui, au départ, semble être une rencontre ordinaire entre deux amants rencontrés sur le quai n°5, mais qui, in fine, va glisser vers l’indicible pour se révéler envoûtant.

L’auteur a joué de brio dans la reconstruction de ces deux existences, si contraires au début qu’elles ne peuvent que se réconcilier sous le sceau de la famille et de ses secrets, de la mort aussi, traitée ici par le prisme du long voyage. STAVANGER est une pièce d’ambiance, mais aussi et surtout une pièce de la pensée. Pas une pensée qui assomme, non, mais une pensée qui élève. Il y a dans cette écriture une donnée vertigineuse tant le tissage des mots et des sens font chavirer ses deux êtres, les faisant passer du rejet au besoin de danser ensemble, de se caresser, de se séduire mais aussi de jouer au rejeté par l’autre. Il faut dire que les deux comédiens portent admirablement le texte. Sylvia ROUX est un dragon quand Olivier MARTIAL a le feu en lui. On dirait deux êtres qui se consument sans qu’ils ne ressentent l’envie d’éteindre l’incendie. Quant à la mise en scène signée Quentin DEFALT, elle est redoutable de simplicité, d’épure. Les lumières d’Olivier OUDIOU sont d’ailleurs réfléchies au cordeau.
Cette pièce est pour ceux qui veulent découvrir une nouvelle écriture. Pour ceux qui aiment Ibsen, Jan Fosse. Je ne me permettrais pas en tous les cas de la proposer à des amis qui veulent voir uniquement du boulevard. Bref, il y a dans ce théâtre Sourisse quelque chose qui nous a fait dire que son écriture traversera un jour les murs d’une scène nationale.
3 mars 2017
9/10
66 0
58° 58' 10'' nord
5° 43' 56'' est
Stavanger – Norvège

Quelle est la probabilité pour que deux êtres humains, une avocate et le jeune homme qu'elle vient de sauver d'une tentative de suicide, quelle est la probabilité pour que ces deux personnages éprouvent le même intérêt pour la petite ville portuaire et norvégienne de Stavanger ?

Infime la probabilité, nous sommes bien d'accord...

Et pourtant...

Olivier Sourisse, l'auteur de cette remarquable et troublante pièce, va nous faire découvrir et partager la raison de cet intérêt commun.

Elle, Florence, est avocate. Brillante, reconnue, altruiste.

Lui, Simon, est ce jeune garçon qui accepte de renoncer à son geste suicidaire et de la suivre chez elle.

Ces deux-là, apparemment, tout les sépare.

L'enjeu de la mise en scène est de mettre en évidence les contrastes, les différences, les oppositions de ces deux personnages.

C'est ce qu'a bien compris Quentin Defalt, le metteur en scène.

Ces oppositions, ces différences, très précisément exprimées dans le texte, sont ici démontrées et mises en exergue dans une vision onirique, quasi-fantastique d'un huis clos en quatre tableaux.

Un vrai challenge pour les deux excellents comédiens Sylvia Roux et Thomas Lempire.

Ces deux-là font plus qu'interpréter Florence et Simon : ils sont véritablement ces deux étonnants personnages qui s'affrontent, s'attirent, se repoussent.

Tout en subtilité, parfois tout en force, toujours en finesse et toujours grâce à une grande justesse d'interprétation.

Il faut un grand talent pour opérer finement et progressivement le glissement entre la totale incompréhension qui s'installe au début de la pièce entre les deux, et la révélation/partage d'un lourd secret qui va rassembler leurs personnages.

Le passé laisse des séquelles indélébiles.

Il faut être vraiment habité par le rôle pour donner chair et corps à ce texte qui analyse avec un scalpel des plus acérés les relations parfois délétères intra-familiales.

On ne choisit pas par hasard de jouer un tel écrit.

La scénographie signée Agnès de Palmaert participe également à cette ambiance ambiance à mi-chemin entre réalité et fantastique.

Des meubles tout en métal (une vraie trouvaille dont on comprendra à la toute fin l'utilité), un chandelier assorti, un fauteuil.

Tout ceci n'est pas fait pour faciliter le confort visuel du spectateur. Et c'est tant mieux.

Cette quête particulière, hors normes, est également sublimée par les lumières d'Olivier Oudiou, qui sont vraiment partie prenante de la dramaturgie qui se déroule devant nos yeux.

Avec pourtant peu de moyens, que de subtilité, que de précision, pour cette vraie réussite visuelle.

On l'aura compris, cette histoire d'amour particulière possède la chaleur glacée et l'obscurité lumineuse des contrées septentrionales enneigées où la nuit et le jour ont du mal à se succéder.

Deux comédiens en pleine possession de leurs moyens nous offrent ces instants précieux qui nous font nous interroger sur ce monde étrange qui nous entoure.

Et surtout, nous font nous interroger sur notre monde intérieur.

Il faut aller voir Stavanger.
27 févr. 2017
5/10
44 0
Manipulatrice, femme de poigne, Florence est avocate. Un soir qu'elle rentre chez elle, elle tombe sur Simon allongé sur les rails un verre de champagne à la main et ramène cet être grelottant chez elle.

S'ensuit un dialogue tranchant, une plongée dans les maux de chacun. Deux solitudes qui se répondent dans une alternance de compréhension et de dédain. C'est sombre, énigmatique, tortueux et dangereux.
Les deux interprètes sont accordés, jouent comme deux notes liées d'une même partition: le duo fonctionne.

Cependant quelque chose a dû échapper à mon esprit trop cartésien, un glissement ne s'est pas opéré et j'ai décroché sur la fin. Je me suis entendue penser au décor et suivre l'unique faisceau de lumière pour remonter jusqu'à la régie si bien que la fin m'a laissée clairement dubitative.

Je ne garderai donc pas un souvenir impérissable de cette pièce car même si elle est bien interprétée le texte ne m'a pas saisie, ne m'a pas emportée... Je n'y ai pas cru!
27 févr. 2017
5,5/10
31 1
Pièce d'ambiance par excellence, Stavanger (oui il s'agit bien de la charmante ville de Norvège qui va servir de point de réchauffement à nos personnages sur la défensive en début de pièce) nous plonge dans une atmosphère froide et sombre.

Le décor et sa mise en lumière contribuent à cette impression : un unique projecteur éclaire une table haute et un fauteuil dans une diagonale qui coupe la scène. Tout est dépouillé autour.

Là où je suis en difficulté, c'est avec l'histoire : Il faut un peu s'accrocher pour suivre ce qui se déroule sou nos yeux car les révélations ne sont pas intuitives. J'ai du mal à appréhender où nous emmènent les conversations des comédiens qui au demeurant sont très bons dans leur interprétation. Cela dit en ayant dormi une bonne nuit après l'avoir vu, des éléments du puzzle s'assemblent un peu mieux mais je ne suis vraiment pas convaincue par le propos de la pièce.

La pièce n'est pas à la portée de tout le monde.
9/10
22 0
L’auteur Olivier Sourisse crée cette pièce en 2016. Dans un univers proche du fantastique où mystère et songe se confondent merveilleusement, il nous emporte dans une étrange histoire aux contours oniriques impressionnants.

Il y est parsemé des brides de vie dont nous ne savons pas si elles sont d’hier ou d’aujourd’hui, d’ici et maintenant, d’avant et d’ailleurs, si nous les voyons vraiment ou si nous les imaginons au travers du tamis des situations et du texte.

Florence rentre chez elle avec Simon qu’elle a rencontré, allongé sur les rails du quai numéro cinq, une nuit d’hiver où la neige épaisse recouvre tout. Simon est transi de froid, il parait hagard et renfermé. Florence porte en elle une détermination puissante et protectrice, offrant le réconfort et le repos à Simon.

Échanges et silences, regards et agitations, colères et accalmies se succèdent dans un huis-clos haletant duquel seule Florence semble pouvoir s’extraire et revenir. Simon se livre avec parcimonie et prudence, Florence répond aux questions avec circonspection, écoute et questionne, recherchant la confidence avec une bienveillance surprenante. Peu à peu, ils se dévoilent et découvrent des points communs.

La vérité sortira-t-elle du passé de Florence et de Simon ? Passé simple ou composé qui semble leur faire mener un combat de vie et de mort contre d’inassouvis remords, d’impossibles révélations. Œuvrant à la recherche d’une nécessaire rémission afin de concevoir la fin irrévocable de cette si étrange rencontre.

La mise en scène de Quentin Defalt entretient le trouble avec adresse. Il centre notre attention sur les personnages, ce qu’il se joue entre eux, ce qu’ils disent, ce qu’ils taisent. Un jeu de lumières précis les accompagne dans un décor gris et noir, épuré et réduit au nécessaire, froid comme l’antichambre de l’oubli, du secret et du silence. L’étrangeté de cette ambiance mystérieuse qui règne en permanence se trouve renforcée par un fil sonore sombre et mystérieux, rythmant avec lancinance de temps à autre, le cours de l’histoire comme des pertes d’une eau vive qui surgissent aux détours d’un torrent.

Nous sommes dans du théâtre d’acteurs et d’atmosphère, magistralement joué par la présence de deux très bons comédiens. Sylvia Roux, lumineuse en Florence impressionnante, glaciale puis chaleureuse. Thomas Lempire, bouillonnant et rendant avec une vive intensité les meurtrissures de son personnage. Du très bel ouvrage.

Une pièce étonnante, des comédiens magnifiques. Un beau temps de théâtre que ce surprenant spectacle audacieux et troublant. Incontournable et incroyable rendez-vous avec Florence et Simon, à ne pas manquer !
7,5/10
15 0
Florence Bernstein est avocate. Cette nuit-là elle a réussi à convaincre Simon de ne pas rester allongé sur les rails. Il est désemparé alors qu'il la suit chez elle. Dans cet appartement très chic, tout de noir et d'argent, où elle lui offre du champagne et du caviar il est comme perdu. Elle est élégante, calme, sereine. Il a froid, il ne cesse de le répéter. Il est replié sur lui-même, nerveux, instable. Elle semble savoir quelque chose qu'il ignore. Le temps semble suspendu. Ils ont quelques heures pour échanger sur leur vie, leur passé, et pourquoi pas sur leur avenir. Jusqu'à ce qu'ils se trouvent un point commun : la ville portuaire de Stavanger en Norvège. Une coïncidence ?

STAVANGER est une pièce d'ambiance. Le décor, la lumière, la musique, les sons : tout concours à instaurer une atmosphère froide, feutrée, troublante, un peu fantasmagorique. Un projecteur dans un angle diffuse sa lumière vive sur une diagonale formée par une froide table de bar et un fauteuil accueillant. Florence, tout de noir vêtue, est tantôt bienveillante, tantôt inquisitrice. Elle se dérobe dès que les questions de Simon la dérangent. Un regard, un mouvement des sourcils, un plissement des lèvres : le jeu de Silvia ROUX est d'une sensibilité, d'une justesse et d'une précision extraordinaires, faisant passer des messages et des émotions par des petits riens que la précision de la lumière permet de révéler.

UNE DIRECTION D'ACTEUR REMARQUABLE

Face au mélange de chaud et froid de Florence Simon est perdu, désarçonné, tendu, vulnérable. Les questions de l'avocate, rouée à l'art de faire parler, le ramènent à son passé, à la mort de sa mère. Petit à petit Florence le pousse à revivre son enfance, à exprimer ses frustrations, ses colères, à revenir aux racines des ruptures familiales successives. Elle qui a eu un parcours en apparence plus paisible, saura-t-elle l'amener sur la voie de la réconciliation ? Tout aussi juste que sa partenaire Thomas LEMPIRE incarne un Simon fragile, constamment en équilibre, à la limite de la folie.

La mise en scène de Quentin DEFALT rend parfaitement l'esprit de ce que voulait l'auteur Olivier SOURISSE : mettre une voix sur des non-dits. "Avec Stavanger j'ai voulu trouver la clé qui permet de modifier le cours d'une vie. A travers le prisme d'un secret de famille, on aborde l'enfance, ce qu'elle a été, ce qu'elle aurait dû être". Le texte est limpide et fin. L'intrigue est construite avec intelligence, ménageant des rebondissements, jusqu'au final très émouvant.

Il faut saluer le travail d'Olivier OUDIOU pour la mise en lumière et de Ludovic CHAMPAGNE pour l'ambiance sonore qui donnent à STAVANGER une très belle qualité esthétique.

En bref : Première pièce d'Olivier SOURISSE, STAVANGER se révèle être une très bonne surprise. L'écriture est fine, la direction d'acteur remarquable, l'interprétation subtile. Une réussite.