Critiques pour l'événement Sallinger
23 oct. 2017
8/10
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C'est une pierre tombale qui attend les spectateurs sur le plateau du théâtre des Déchargeurs.
Avec un maigre bouquet de fleurs fanées.
La tombe du Rouquin.

Le Rouquin, c'est ce fils admiré d'une famille de l'upper class new-yorkaise.
Un fils « exceptionnel », nous assure-t-on...

Pourquoi est-il mort, et comment ?
Suicide, ne tarderons-nous pas à apprendre...

« Sallinger », (avec deux LL), c'est la chronique d'une descente aux enfers familiale.
Une chronique d'une violence inouïe dans un pays lui-aussi d'une violence inouïe, à savoir les USA qui rentrent à nouveau en guerre, au Viet-Nam.

Cette famille, qui jusqu'alors, se voulait observatrice du monde extérieur, cette famille, par la force des choses, va devoir lettre les mains dans le cambouis de la Vie.

La veuve, la mère, le père, la sœur et le frère vont devoir entreprendre un éprouvant chemin.
Chacun devra trouver sa propre individualité, sa propre raison d'exister, et surtout ses propres raisons à ses questions.

Bernard-Marie Koltès écrit cette pièce en 1977.

Il reprend les principaux thèmes de l'oeuvre de l'icône de la littérature américaine, J.D. Salinger (avec un seul L).

Il a bien compris que la société américaine qu'il connaît très bien craque de partout. L'annonce de la guerre est le détonateur...

Lui aussi va faire craquer ses personnages, après avoir les avoir totalement disséqués, après avoir totalement joué avec l'élastique de leur existence.

Dans un texte d'une beauté crépusculaire, Koltès explore les plus sombres recoins de l'être humain.
Un être humain confronté comme souvent dans son œuvre, à la mort.

Pour jouer Koltès, il faut un engagement de tous les instants, une volonté sans faille de tout donner.
A cet égard, les comédiens qui évoluent devant nous sont remarquables.

Tous se donnent sans compter, tous y vont à fond, à l'image de Gabriel Tamoulet, qui incarne le frère du Rouquin et Thom Lefevre qui l'incarne, ce Rouquin-là.
Leur confrontation est particulièrement réussie.

On sent bien que Lea Sananes, la metteure en scène, a énormément demandé à ses comédiens.

Elle a semblé privilégier, et c'est bien entendu son droit le plus absolu, les scènes de violence.
Affrontements brutaux des personnages, effets stroboscopiques, rocks pêchus, projections video géométriques, des scènes éprouvantes avec un révolver, nous sommes ici dans une mise en scène très musclée.

Néanmoins, chaque personnage vivra des moments d'introspection intenses. Tous, à leur tour, se livrent devant nous.

Bien entendu, la catharsis théâtrale fonctionne totalement. J'étais complètement dans cette histoire-là, confronté à ces vies cassées, m'identifiant à certains personnages, m'interrogeant sur mon propre rapport à la mort.

Certaines scènes sont vraiment éprouvantes. A plusieurs reprises, j'ai repensé à Apocalypse Now, de Coppola, la folie du Capitaine Willard et du Colonel Kurtz.

On l'aura compris, Léa Sananes et ses comédiens nous proposent un sacré voyage !
Un voyage dans un temps pas si éloigné que cela, un voyage dans un univers fait de violence.
Mais également et peut-être surtout, un voyage au plus profond de soi.