Critiques pour l'événement Royan, la professeure de français
28 avr. 2024
6,5/10
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Froideur, froideur, froideur
Gabrielle est professeure de français. Elle rentre chez elle et dans ce hall d’immeuble elle comprend qu’en haut, devant chez elle, les parents de Daniella l’attendent. Daniella est une jeune élève qu’elle a eu en classe, qu’elle aimait bien. Daniella s’est suicidée. Gabrielle refuse de voir ces parents, de livrer ses derniers souvenirs de Daniella et de livrer ce qu’elle a vu. Elle refuse l’aide à ces parents en plein drame. Elle est aussi affectée et c’est l’occasion pour elle de repasser sa vie à Oran, à Marseille puis maintenant à Royan après avoir abandonné sa propre famille.
Il est difficile d’aimer ce personnage dur, sans empathie. Même si elle a aimé cette jeune fille, elle fait tout pour le rejeter car l’amour est une faiblesse selon elle. Le personnage est peu attachant. En tout cas, je l’ai reçu comme cela. Le texte ne m’a pas ému car je reconnais que je n’ai pas aimé le personnage. J’ai vite trouvé égoïste de repasser sa propre vie comme un drame et de s’appesantir dessus quand elle ne prend pas le temps d’essayer d’aider ces parents en plein drame.
L’interprétation de Nicole Garcia est juste mais je n’ai pas été éblouie. En fait, le personnage n’appelle pas à une performance car il est dans la maitrise totale, pas du tout dans l’émotion.
Bref, entre un texte qui ne m’a pas emporté et une interprétation en maitrise totale, je n’ai pas été éblouie.
Le décor est inexistant ou inutile.
Je vais converger avec beaucoup de personnes sur un son de qualité médiocre.
En conclusion, je n’ai pas vu de performance pour un texte qui n’appelle rien.
19 sept. 2021
6,5/10
5
On peut dire que c’est le grand retour sur les planches de la comédienne, plus connue maintenant au cinéma (…). J'étais franchement impatiente et curieuse de la découvrir dans ce monologue de Marie NDiaye, écrit spécialement pour elle, en instillant quelques éléments physiques ou biographiques, et que Frédéric Bélier-Garcia a encouragée à interpréter « comme une garde à vue ». (…)

Le dispositif scénique est complexe, à la fois entrée d’immeuble avec son mur de boites aux lettres, son hall et ses escaliers, mais aussi une évocation de la salle de classe et la mise en scène en utilise toutes les ressources. (…)

Sortez de ma vie. Je vous veux morts, délivrée de vous. Je ne suis pas une sainte. Je ne vous aime pas. Le texte écrit pour la comédienne ne lui donne pas un rôle sympathique. S’il est un exercice de style et donc un défi à relever, il n’apporte pas d’idées neuves dans les préoccupations sociétales en matière de harcèlement et de prévention des souffrances qu’endurent certains collégiens et lycéens. Il est probable qu’on ne s’en souvienne pas longtemps, bien qu’il soit signé par une lauréate du Goncourt.

Son intérêt est davantage de permettre à Nicole Garcia de déployer son art de l’interprétation pour incarner une sorte de Médée moderne, quitte à se faire détester car il n’est pas commode d’habiter une femme qui ose fièrement revendiquer sa liberté de pensée et d’action.

La question de la culpabilité, (…) semble ici écartée, laissée au libre-arbitre du spectateur qui ressort secoué par les justifications de Gabrielle. On peut porter le prénom d’un ange et être un monstre. Sacré, peut-être …

Royan, professeure de français, fera couler beaucoup d’encre car le spectacle part pour une longue tournée.
(Spectacle vu au festival d’Avignon 2021).