Critiques pour l'événement Que je t'aime
6 janv. 2019
9/10
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Mesdames et Messieurs, je demande la Clémence !
Mais pas n'importe laquelle, de Clémence...
LA Clémence ! La Clémence la plus célèbre de toutes les comédiennes.
Clémence Massart, celle du Théâtre du Soleil, celle du Roman d'un Acteur, de Philippe Caubère, qui la mit en scène en 1995, pour la création de ce spectacle.

Oui, ce « Que je t'aime » est une reprise. Melle Massart le créa en juillet 95, donc, au théâtre des Carmes, en Avignon.Un peu plus de vingt-trois ans sans prendre une seule ride.

Le point de départ de cette heure et demie, c'est le courrier du cœur des lectrices des magazines féminins. Le seul, le vrai courrier du cœur, celui des années 50/60.

Et il faut être tout de suite très clair. Ce courrier du cœur, c'est surtout un courrier du c.... ! (Je vous fais grâce des deux dernières lettres, le u et le l...)

Des lectrices écrivaient alors à de pseudo « conseillères » et étalaient sur la page publique leurs problèmes bien souvent sexuels. Et ce, à demi-mots, en termes imagés...

Ce sont ces petits textes qui tous ont vraiment été publiés que la comédienne va nous interpréter.
Ces petits textes-là, c'est la vie souvent la plus intime des femmes qui se déroule devant nous.
Des femmes qui souvent sont désespérées et n'ont d'autres solutions que de s'adresser à leur magazine préféré.

Il faut bien avoir en tête que nous parlons d'une époque avant le féminisme, avant la loi Neuwirth qui autorise la contraception et la loi Weil légalisant l'avortement.

Et bien entendu, avec le recul, avec le décalage dû à l'immense naïveté (pour ne pas écrire plus...) de ces demandes d'aide, ces textes peuvent prêter à sourire. Et à rire !
Et grâce à la comédienne, à hurler de rire !

Elle arrive sur le plateau, et se plante devant nous, en robe rouge à pois blancs, ballerines et nœud-nœud sur le devant de la tête assortis.
Sans rien faire d'autre. Eclat de rire général.
Faut-il être doté d'une sacrée vis comica et d'un grand talent pour réussir ce tour de force de déclencher l'hilarité sans rien faire ! (Ou en faisant croire de ne rien faire...)

Et puis, elle commence à dire.
En commençant par les jeunes adolescentes pour terminer chronologiquement par les vénérables séniores.
Ce seront quatre-vingt-dix minutes d'hilarité générale, tellement elle est drôle et parfois féroce.

Des instants d'émotion, aussi, car elle sait bien que souvent, le rire n'est jamais très loin des larmes.

Ce qu'elle fait de sa voix, variant les hauteurs, les timbres et les accents est phénoménal !
Ses mimiques, ses grimaces, ses poses outrées, ses multiples démarches déclenchent des fou-rires convulsifs.
J'avais les larmes aux yeux de rire !

Il y a du burlesque, il y a un côté délirant assumé qui fonctionne parfaitement. On s'aperçoit au passage que les Deschiens n'ont rien inventé...
Je vous laisse découvrir évidemment par vous-mêmes tous les grands moments du spectacle, notamment celui faisant intervenir... un dentier !

Il y a du clown également.
Clémence Massart chante en s'accompagnant d'un accordéon, entre les séries de textes.
Elle interprète des œuvres assez tristes, en mode mineur (Donizzetti, Ferré, Savary...) comme pour nous dire qu'elle n'est pas dupe : oui, je fais rire, mais je sais bien que ces petits écrits ont également un côté tragique, voire pathétique au sens premier du terme.

Après les grands-mères plus ou moins libidineuses, ce sera le final. Epoustouflant.
Johnny Hallyday sera même appelé à la rescousse !

Au sortir de la salle, on se remémore ces lettres, et force est de constater que même si nous avons hurlé de rire, avec le recul dû au temps qui passe, avec les évolutions sociétales, on les trouve très drôles, ces lettres, certes, mais également très touchantes.
Et peut-être également que leur propos intrinsèque est toujours d'actualité.
Parce que les interrogations et les inquiétudes en la matière, le manque d'éducation sexuelle (quoi qu'on en dise) demeurent.

Un spectacle désopilant avec beaucoup plus de fond qu'il n'en a l'air au premier abord.
Vingt-trois ans après, encore un grand merci, Melle Massart !