Critiques pour l'événement Maris et Femmes
27 nov. 2016
9/10
150
Quel plaisir de voir cette pièce !
Les acteurs sont tous excellents, les dialogues ciselés à la Woody, le décor sobre est parfait.

Un excellent moment au théâtre.
18 mars 2016
8/10
300
En observateur impénitent des relations hommes femmes au sein du couple et de la famille, Woody Allen s’est fait à travers sa filmographie le chantre des quadras névrosés obsédés par les interrogations existentielles sur leurs couples, leurs frustrations, leurs fantasmes ou regrets avoués ou pas. Maris & femmes est d’abord un film tourné en 1992 avec Mia Farrow où Gabe et Judy, un couple d’intellectuels new-yorkais, reçoivent Jack et Sally pour diner. Ceux-ci leur apprennent dès leur arrivée leur séparation : cette annonce sera le point de départ d’une remise en question du couple Gabe / Judy, d’un chassé-croisé amoureux où les divorcés découvrent leur nouvelle liberté (ou pas), où le démon de midi vient titiller le couple installé dans sa routine, où les étudiantes cherchent leur père et les célibataires sont convoités.

C’est au théâtre de Paris donc que nous retrouvons Gabe et Judy, Jack et Sally dans une adaptation de Christian Siméon. Dans un joli décor géométrique composé de cubes, polygones et panneaux dont les couleurs changent au fil des scènes et des lieux, l’enchainement de ces scènes de la vie conjugale donne à la mise en scène concise et vive de Stéphane Hillel une belle énergie et un rythme qui jamais ne faiblit. José Paul excelle dans le rôle de Gabe et donne à son personnage un air allénien de naïf dépassé à la fois touchant et agaçant. Florence Pernel incarne une parfaite et glaçante new-yorkaise psychorigide et frigide et fera rire le public dans une scène particulièrement corrosive. Hélène Medigue, amusante Judy aussi insatisfaite dans son couple que secrètement amoureuse d’un collègue, complète brillamment la distribution auprès de Marc Fayet (Jack) Emmanuel Patron, Astrd Roos ou Alka Babir.

Même si le texte aborde un peu trop en surface la complexité des personnages, le cynisme allénien, l’humour caustique et détaché des dialogues, les situations qui s’enchainent, le jeu convaincu des comédiens allié à une mise en scène toute en vitalité donnent à la pièce une atmosphère savoureuse qui ravira les fans de Woody, les couples, les amis, et tous ceux qui aiment les dissections conjugales ou amicales sur fond de névroses existentielles.

À savourer pour refaire le monde, après, autour d’un Cosmopolitan ou un Manhattan.
Agréable comédie sentimentale aux accents âcres de la vie conjugale et de la relation amoureuse entre un homme et une femme, traitée par Woody Allen avec la verve caustique qu’on lui connait et dont il a fait sa signature.

Woody Allen nous dépeint dans son scénario initial adapté aujourd’hui pour le théâtre par Christian Siméon, tous les côtés scabreux et au final attachants des situations de couples qui s’aiment, se séparent, se séduisent ou s’espèrent. Situations passées au crible de l’épreuve de l’épuisement ou du renoncement, dans une quête ténue du bonheur. Nous voici confrontés à l’amour conjugal dans tous ses états ou presque !

La mise en scène de Stéphane Hillel et le travail de plateau de toute son équipe accompagnent le rythme de la pièce avec fluidité, mettant en valeur les ruptures de situations par un astucieux « fondu-enchainé » des scènes qui se suivent sans lien dans le temps ou dans l’espace. Il y a de la surprise et de la légèreté dans l’air. Les répliques fusent, les bons mots aussi. Les émotions survolent l’ensemble.

La distribution est excellente, dynamique et joyeuse. Un joli bon moment !
23 févr. 2016
9/10
189
Jack et Sally annoncent à un couple d’amis, Gabe et Judy, qu’ils se séparent d’un commun accord. Ils le disent de manière tellement désinvolte que le quatuor en est perturbé. « Une conversation banale t’en fait un conflit ».

Effectivement, l’annonce de cette séparation va également retentir sur les autres, à commencer par Judy qui s’interroge sur son propre couple. Si tout semble aller bien en apparence, il y a des failles invisibles qui finissent par s’agrandir et faire voler en éclat l’équilibre conjugal car « la vie est un patchwork d’incertitudes » et il faut bien se rendre à l’évidence : chacun pourrait bien y laisser quelques plumes sentimentales.

L’écriture fine et précise de Woody Allen fait mouche et les dialogues ciselés et incisifs font de cette charmante comédie un agréable moment. On y retrouve tout l’humour ironique et parfois cynique du scénariste dans des thèmes qui lui sont chers, ceux qui tournent autour du couple et de l’incompréhension au sein des relations humaines. Le texte fait preuve d’une grande justesse et le sens du dialogue est extrêmement présent dans cette pièce chorale où les destins se font et se défont, les chemins se croisent ou se séparent, mettant en scène des personnages proches de nous, avec les mêmes soucis et les mêmes préoccupations, rendant l’identification du spectateur plus aisée. La scénographie, lumineuse et astucieuse, joue sur les perspectives et dynamise les saynètes qui se déroulent sur le plateau, nous permettant de passer aisément d’un imaginaire à un autre où tout s’enchaine parfaitement sans aucun temps mort dans cette narration croisée, grâce également à une distribution de qualité, Florence Pernel en tête. Elle est irrésistible en femme frigide et psychorigide et obtient les répliques les plus succulentes de la pièce, notamment le passage où, en plein ébat amoureux, elle s’interroge sur la fait de savoir si son mari est au lit plutôt un renard ou un hérisson. Elle est hilarante.

José Paul tire également le casting vers des sommets de réussite. Il est excellent dans la peau de Gabe, un professeur d’écriture qui tombe sous le charme de son étudiante Rainer. Il joue à merveille l’homme perdu qui a besoin de ressentir qu’il peut encore être attirant. En revanche, Alka Balbir ne nous a pas convaincu en étudiante croqueuse d’hommes mûrs. Elle est restée beaucoup trop superficielle et n’a pas réussi à insuffler assez de relief à son personnage. Hélène Médigue, de son côté, campe avec beaucoup de douceur Judy, femme frustrée d’un désir d’enfant non partagé et qui se cherche dans son épanouissement professionnel à défaut de celui maternel. Marc Fayet est Jack, le mari volage qui se rassure dans les bras d’une femme plus jeune, une prof de fitness immature incarnée avec brio par Astrid Roos. Enfin, Emmanuel Patron est touchant. Il est Mickaël, le collègue de Judy et amant de Sally.

La chronique conjugale de Woody Allen s’offre une seconde jeunesse sur les planches de la salle Réjane du Théâtre de Paris dans une savoureuse remise en question de deux couples qui nous invite à repenser nos propres relations humaines, nos envies, nos frustrations, nos déceptions et nos aspirations. Une très bonne surprise théâtrale à laquelle nous ne nous attendions pas vraiment mais qui fait beaucoup de bien. Et rien que pour le talent de Woody Allen, nous vous recommandons chaudement Maris et femmes, à voir en couple ou entre amis pour s’évader d’un quotidien un peu anxiogène.
13 févr. 2016
8/10
166
Du Woody Allen tout craché ! Et au théâtre, ça marche bien. Des histoires de couples et de professeurs amoureux de leurs étudiantes naïves (Woody Allen quoi) sur fond d'humour noir et de cynisme.

J'ai beaucoup aimé la mise en scène et les décors rappelant New York, Central Park... Il y a peut être un peu trop de "Starbucks" dans les mains des acteurs ;) (on a compris qu'on était à NY, hein!).

José Paul est exceptionnel dans son rôle de professeur littéraire un peu aigri (ce rôle lui va tellement mieux que le père dans "Mes parents sont des enfants pas comme les autres" !).

En bref, une pièce très drôle, des décors vraiment originaux, de bons acteurs (un bémol sur Alka Balbir que je n'ai pas trouvé exceptionnelle, trop naïve voire "cruche" dans son rôle) le tout sur un texte tordant de Woody Allen : à voir !
7 févr. 2016
8/10
124
J'étais pas vraiment convaincue par l'idée d'un Woody Allen au théâtre mais j'ai été emballée... C'est une très belle adaptation.

Le style et surtout l'humour de Woody Allen sont présents dans toute la pièce à travers l'excellent jeu des acteurs bien sur, mais aussi dans la mise en scène et les décors.

C'était une chouette soirée de théâtre qui est passée à tout allure !
6 févr. 2016
8/10
151
Hasard du calendrier. Tandis que Florian Zeller patauge dans la grande salle du Théâtre de Paris avec L’Envers du décor, un petit bijou de comédie sentimentale épate la salle Réjane.

Difficile de rivaliser avec le génie Woody Allen… Stéphane Hillel restitue avec beaucoup de malice et d’intelligence l’humour si caustique du cinéaste dans Maris et femmes. Dans ce méli-mélo choral, les relations conjugales s’entrecroisent jusqu’au vertige, se déchirent puis se rabibochent grâce à l’abattage redoutable d’une belle distribution, Florence Pernel en tête.

Le couple obsède Woody Allen : ses failles, ses paradoxes, ses complications et surtout ses drôleries. Maris et femmes s’inscrit dans cette mouvance et décortique les aléas de l’amour sans jamais s’appesantir dans des exposés indigestes. Sally et Jack ont une grande nouvelle à annoncer à leurs amis Jodie et Gabe : ils ont décidé de se quitter à l’amiable. Coup de tonnerre au sein du quatuor. Cette séparation en douceur pousse insidieusement l’autre couple à se remettre en question : sont-ils vraiment heureux malgré les apparences ?

De ce noyau dur prêt à éclater, s’agrègent d’autres atomes également un peu paumés dans leur horizon amoureux. Comme toujours chez Woody Allen, les étoiles se regroupent en constellations dans des scènes chorales confondantes d’authenticité. En l’occurrence, sept New-Yorkais constituent la Pléiade de cette comédie : Rainer, une étudiante croqueuse d’hommes va faire succomber Gabe, son prof d’écriture ; Michael, le collègue de Jodie va s’enticher de la frigide Sally et Sam, une prof d’aérobic un peu cruche va donner un coup de fouet au quinqua Jack.

Sur scène, Stéphane Hillel capture avec un entrain fou les égarements du cœur et de l’esprit de nos acteurs. Les répliques et les bons mots fusent pour notre plus grand bonheur. Tous les comédiens (sauf Alka Balbir, beaucoup trop artificielle dans son rôle de jeune groupie) se montrent complices et l’alternance des duos, voire des groupes, occasionne un dynamisme appréciable dans les échanges, sans temps mort. On retrouve avec plaisir José Paul, un habitué des comédies dans le privé, qui retombe sur ses pattes en prof de littérature mégalo et lâche et surtout Florence Pernel, royale en psychorigide chic qui se demande dans un passage culte si son mari est un renard ou un hérisson pendant qu’elle essaye de prendre son pied avec son prétendant… Elle mène la danse sans conteste.

Dans un joli décor graphique et épuré évoquant des gratte-ciel de BD, on passe une soirée réjouissante sur un thème certes rabattu mais tellement bien décortiqué par Allen et si bien interprété qu’il serait dommage de s’en priver !