Critiques pour l'événement Gauthier Fourcade, Liberté !
30 sept. 2018
9,5/10
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Excellente nouvelle, Gauthier FOURCADE produit son spectacle LIBERTE avec un point d’exclamation au théâtre HEBERTOT ce mois-ci. Nous l’avons découvert (et beaucoup applaudi) à Avignon et nous attendons avec impatience de venir le revoir. Nous pouvons l’assurer, FOURCADE est un extraordinaire magicien qui a la poésie du Mime Marceau et un sens de l’absurde digne de Raymond Devos. Avec ses mots, ses mimiques, une grosse malle et une petite poupée marionnette, pendant une heure, il nous a tenus suspendus à son talent. C’est fin, subtil, poétique, spirituel (souvent au sens étymologique du terme), humoristiquement cruel lorsqu’il démontre le côté aberrant et souvent dérisoire de nos actions et de notre monde en général ! A grands coups d’oxymores, il remet tout à l’envers ; la vie, nos petites habitudes et manies, la religion, la politique ; franchement, ça fait du bien par où ça passe !...
1 avr. 2018
8,5/10
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Liberté, j'écris ton non.
Ou ton oui. Ou ton non. Ou ton oui.

C'est l'histoire d'un homme qui ne parvient pas à choisir. Pour lui, choisir est une torture, un calvaire, un enfer qui vaut bien l'endroit !
Cette phobie du libre-arbitre va être le prétexte à une réflexion à la fois vertigineuse, surréaliste et fort réjouissante.

Nous allons réfléchir avec le comédien au concept de Liberté. (Avec ou sans point d'exclamation.)
Gauthier Fourcade, que je soupçonne de nourrir une certaine passion pour la philosophie, va nous proposer de le suivre dans une brillante et drôlissime causerie.

Mais il ne fera pas que causer, il va agir. Et pas qu'un peu !
Pour illustrer sa démonstration, il va nous révéler quelques-unes de ses inventions, telles que les moulins à paroles générateurs d'électricité, ou encore les voitures qui ne peuvent tourner qu'à droite, ou aller éventuellement tout droit.
Forcément, ne pouvant choisir, autant ne tourner en permanence que d'un seul côté.

Si ça fonctionne ? Un peu mon n'veu !
D'ailleurs, votre serviteur se fera avoir en beauté !

Le comédien va surgir de là où l'on ne l'attendait vraiment pas.
Fardé, les cheveux hirsutes, c'est une sorte de clown savant, une sorte de « Diogène des temps modernes ». qui nous fait face et qui va nous éclairer grâce au verbe et surtout grâce aux calembours.

Oui, il y a du Devos dans cet homme-là !

Oui, ces jeux de mots très amusants (je résiste vraiment à vous livrer l'un d'entre eux), ces jeux de mots mettent en application la liberté de choisir : version littérale du propos, ou version calembour ?
Camarade, choisis ton camp.

Fourcade est vraiment très drôle, pince-sans-rire et d'un sérieux à toute épreuve.
Il ne ménage pas sa peine et finira en sueur.

La mise en scène de William Mesguich est très alerte, très précise. Il aurait été dommage de se priver de mouvement dans cette heure assez folle.
Tout ceci est très visuel, on est dans le burlesque assumé de belle manière.

Le comédien arpentera beaucoup le plateau, et utilisera des accessoires de façon très judicieuse. Un petit tableau noir, des étiquettes de mots, comme dans une classe.

Il nous présentera également son alter-ego et sa future conquête rencontrée grâce à sa demi-fesse.
C'est comme je vous le dis !

Ce spectacle est très fin, très spirituel.
J'assume l'emploi de cet adjectif qualificatif un peu suranné, « spirituel », qui convient tout à fait.
On rit beaucoup durant cette heure, et nous sommes vraiment interpellés par le concept et la démonstration de Gauthier Fourcade.

Alors évidemment, j'ai un regret, celui de n'avoir pas matériellement pu assister plus tôt à ce très beau moment de théâtre : la dernière aura lieu la semaine prochaine.
Mais Sylvia Roux, la directrice artistique du Studio Hébertot m'a livré un scoop : elle envisage de reprendre ce spectacle pour soixante dates la saison prochaine.
Je vous en reparlerai donc à cette occasion !
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8/10
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Jonglant avec des regards de clown éveillé et de savoureux calembours jouant autant sur la polysémie des mots que sur leurs homophonies, Gauthier Fourcade nous embarque, le temps d’un spectacle, dans un voyage où la pensée côtoie la poésie et la rêverie, la révolte.

Jaillissant du décor comme un diable à ressort sort de sa boite, il pose aussitôt le ton de ses propos. La liberté ? Mais pourquoi en parler ?

Ne serait-ce pas mieux de ne rien faire, de laisser aux autres le soin de choisir en préférant l’innocence à la réflexion ?

Et si créer permet de ne pas choisir, choisir ne serait-il pas plus commode pour ne pas inventer ! Consommer est si simple, il suffit de choisir !...

Nous sommes ballotés, bousculés, surpris. Nous rions de ces acrobaties langagières qui nous perdent, mêlant les sens sans donner de sens commun. Nous sourions dans ce délicieux embobinage où l’artiste nous enveloppe de son empathie bienveillante et nous arrose d’absurde, des fois qu’il nous viendrait l’idée de le croire tout à fait.

Le texte est bien léché. Il montre plus qu’il démontre, nous laissant libres (oui oui) de penser. Très astucieusement composés de césures suspensives, d’altérations marquantes et de contre-sens embarqués, les propos diffusent des approches multiples de la notion de liberté. Les niveaux économiques et sociaux, psychologiques et philosophiques sont traversés pour élargir le regard, le mettre en perspective et le nourrir de questionnements.

À l’adresse du texte de Gauthier Fourcade, la mise en scène de William Mesguich ajoute une dimension spectaculaire, élégante et poétique. Les mouvements font sens comme les postures. Les silences parlent et les mots résonnent. Nous assistons, au-delà d’un numéro de seul-en-scène, à une conversation habitée avec un personnage chaleureux, tourmenté mais pas que, qui nous accueille dans son univers pour réfléchir et rêver avec lui.

Un spectacle plaisant et réflexif, drôle et poétique. Un moment étonnant et agréable, baigné de Liberté !