Critiques pour l'événement Les Gens
25 janv. 2014
8/10
74
Une longue histoire d'amour théâtrale lie Edward Bond à Alain Françon : le metteur en scène a grandement contribué à faire découvrir le dramaturge anglais en France en adaptant notamment ses Pièces de guerre il y a tout juste vingt ans. L'entente entre les deux se révèle à ce point concluante que Bond écrit pour Françon cinq pièces regroupées sous la « Quinte de Paris » dont Les Gens constitue le quatrième volet. Publiée en 2005, cette vision post-concentrationnaire du monde fait évoluer un quatuor de personnages désœuvrés et déshumanisés. Comment survivre dans un univers où plus rien n'existe ? Comment ne pas céder à la noirceur absolue lorsque l'on n'a plus foi en rien ? En se frottant à un dramaturge qu'il connaît dans les moindres détails, Françon signe au TGP de Saint-Denis une adaptation paradoxalement haletante et suspendue, très physique et par ailleurs méditative. Cette alliance des contraires peut surprendre mais la sauce ne tourne jamais au vinaigre. Les comédiens assurent une performance rigoureuse et hallucinée, et le souffle pestilentiel de cette déliquescence universelle nous est crachée avec dégoût au visage. Du grand art.