Critiques pour l'événement Les Fourberies de Scapin
12 oct. 2019
10/10
1
Je suis sortie de la Comédie française des étoiles plein les yeux !

Ce Scapin est magnifique, par ses décors, ses costumes, sa lumière dorée qui nimbe toute la scène et nous plonge dans l’Italie au XVII ieme siècle. La mise en scène de Podalydès est aussi pleine de trouvailles et d’idées qui fonctionnent à merveille. Cela atteint son apogée lors de la célèbre scène du sac qui est un pur moment de plaisir farcesque qui redonne tout sa dimension de théâtre de foire à cette comédie. L’idée de cette grue qui promène le sac au dessus des spectateurs, ce jeu avec le public qui rompt le quatrième mur et nous renvoie à notre enfance et aux frissons des spectacles de Guignol, tout cela rend ce moment jouissif. Mais le plus beau et le meilleur reposent sur Benjamin Lavernhe qui campe un Scapin virevoltant et époustouflant.... il illumine cette piece et sait jouer de toutes les formes de comique. L’ensemble créer un spectacle d’anthologie n’en déplaise au spectateur grincheux qui s’est permis d’interrompre le spectacle par ses remarques déplacées.

C’était la première fois que j’emmenais mon ado de 14 ans à la comédie française.... et je pense qu’elle en gardera un souvenir inoubliable !
9,5/10
10
Alors ?
Incontournable pièce étudiée, vue et revue aux temps des bancs scolaires, ce grand classique ne s'oublie pas.

Preuve que le temps ne chamboule pas tout : Les Fourberies de Scapin se regarde toujours avec autant de plaisir. Que dire si elle est jouée par la troupe de la Comédie-Française, si excellente ? A l'exception du film "Le sens de la fête", d'Eric Toledano et Olivier Nakache, le comédien Benjamin Lavernhe ne m'avait pas réellement tapé dans l’œil. Surgissant d'en dessous des planches, la gueule enfarinée, un peu crade, les cheveux en pétard, Benjamin Lavernhe interprète Scapin avec évidence. Il est nu comme un vert de terre et traîne de belles casseroles. On fait appel à ses services pour sortir les gens de la mouise. Il use de stratagèmes, de ses fameuses fourberies. Il a juré qu'il arrêterait. Mais deux jeunes garçons, Octave (Julien Frison) et Léandre (Jean Chevalier), ont eu l'outrecuidance de nouer des relations et plus si affinités, respectivement avec Hyacinte (Claire de La Rüe du Can) et Zerbinette (Adeline d'Hermy), sans juger bon d'en informer leur pater familias, Argante (Gilles David) et Géronte (Didier Sandre). La colère de ces derniers gronde : impossible de défier ainsi une telle autorité, encore moins pour des unions avec des filles d'aussi basses conditions. Mais puisque "la tranquillité en amour est un calme désagréable", Scapin reprend du service plein d'ardeur pour aider cette jeunesse et la venger. Il dépense son énergie pour soutirer de l'argent aux victimes, offrant des scènes grandioses : Silvestre (Bakary Sangaré) mettant un peu trop de cœur dans ses menaces envers Argante ou Scapin frappant sans relâche le sac dans lequel Géronte avait trouvé refuge. Point d'orgue de la pièce, le public encourage le fourbe à battre de plus belle. Scapin ne peut qu'être empreint de folie pour continuer cette violence ubuesque tout en interprétant avec brio autant de personnages.

On soutient ce roublard et on fanfaronne avec lui. Scapin nous emporte et nous fait rire comme des gamins. Quel bonheur ! C'est un jeu très affirmé où les gestes sont rois et les grimaces reines. Loin de basculer dans la grossièreté, la farce s'en trouve grandement renforcée.

Une vraie leçon pour le théâtre populaire !
28 oct. 2018
5/10
4
Vu au Théâtre de La Criée hier. Exceptionnelle performance de Benjamin Lavernhe qui confine au one man show, la pièce repose entièrement sur lui. Il n’y a que des éloges à faire de lui à tous niveaux.

Les décors façon chantier n’apportent strictement rien à la pièce, pas plus que les costumes façon crade, pas plus que le fait que Scapin puisse se retrouver nu sur scène à nous exhiber ses fesses, habitude stérile dont les metteurs en scène ne savent désormais plus se départir.

Forte personnalité et timbre de voix puissant et intéressant de Bakary Sangaré, je n’ai toutefois pas compris plus de trois mots de ses tirades.

Ensemble vivant et enjoué de la troupe de la comédie française, il est toutefois de bon de ton de leur rappeler qu’une des qualités premières du théâtre est la diction, trop de mots perdus entre la scène et le public pour que la pièce jouée puisse vraiment emporter pleine et entière satisfaction...
18 janv. 2018
9,5/10
26
Un régal !

Avec ces Fourberies de Scapin, la Comédie Française est sous son plus beau jour: des rires d'enfants, un public qui participe et ressort enchanté...

Bravo !
16 janv. 2018
3/10
32
Les Fourberies de Scapin ont une place importante dans mes souvenirs de théâtre : c’est le premier spectacle dont je me rappelle vraiment. J’étais en CM2, c’était une sortie scolaire, je découvrais la pièce bien que j’étais déjà allée quelques fois au théâtre. Premier balcon, côté cour, premier rang. Je me souviens d’avoir ri à en pleurer, à en hurler même et avoir applaudi comme jamais. Depuis, j’ai vu plusieurs Scapins : celui monté par Arnaud Denis où il incarnait le rôle titre, il y a quelques années, monté comme une farce et qui m’a touchée comme mon premier ; et celui de Laurent Brethome en 2014, qui a mis du temps à faire son chemin mais qui me laisse un grand souvenir, dû à cette vision nouvelle de la pièce et à un Scapin indépassable, Jérémy Lopez. Comme j’aime beaucoup les mises en scène de Denis Podalydès, mon quatrième Scapin devait suivre cette excellence. Raté.

On ne présente plus Scapin : ce valet qui va intriguer pour des jeunes gens amoureux et qui, en plus d’arracher de l’argent à leurs pères, va se venger par une scène de coups de bâtons à la fois drôle et cruelle. On le présente souvent intelligent et vif, metteur en scène de cette grande farce qu’il va orchestrer pour notre plus grand plaisir – je l’ai aussi connu blasé, usé par la vie et profondément seul, un Scapin plus humain que jamais et qui faisait résonner certaines tirades de la pièce avec une énergie dénonciatrice, lourde d’un passé qu’on devinait. Scapin est un terreau fertile pouvant donner lieu à diverses interprétations. Alors pourquoi la proposition de Denis Podalydès est-elle aussi vide ?

Son Scapin est totalement bipolaire : est-on dans la farce ou dans le drame ? Pourquoi Scapin aide-t-il ses maîtres ? Il ne ressemble plus qu’à une vague marionnette, un pantin dépourvu d’âme. Pour combler le vide, rien de mieux que de lourds décors qui prennent autant de place qu’ils sont inutiles. Je préfère ne pas penser au coût d’une telle installation : disposés sur les 3/4 de la scène, ils figurent un port offrant plusieurs points de vue aux comédiens : à cour, c’est un échafaudage de 5 étages que les acteurs passeront leur temps à monter et descendre, avec force bruits et mouvements ; à jardin, une sorte de belvédère duquel on devine vaguement une vue sur le port, et sur lequel les acteurs feront quelques allers-retours sans intérêt. Tout ça pour finalement venir jouer le reste du temps à l’avant-scène, bien loin de ce décor finalement inutile.

C’est peut-être l’un des spectacles de la Comédie-Française que j’ai vus où l’esprit de Troupe était le plus absent. Forcément, à venir toujours en solitaire devant les spectateurs, cela jure avec la véracité des dialogues et leur crédibilité. De manière générale, sur ce spectacle, la direction d’acteurs laissait fortement à désirer : dès les premières minutes du spectacle, Julien Frison – Octave, ses cris et ses gesticulations à outrance donnaient le ton du spectacle : bruyant et mouvementé. Grande déception également du côté d’Adeline d’Hermy – Zerbinette, qui est d’habitude lumineuse et singulière sur le plateau, et qu’on retrouve ici totalement hors du ton, avec des rires sonnant faux, presque vulgaire dans ses intonations, à se demander pourquoi Léandre manque de se tuer pour elle. Seuls les deux comédiens incarnant les pères, Gilles David et Didier Sandre, semblent avoir compris quelque chose de leurs personnages, offrant des scènes plus rythmées. Je salue également le jeu de Gaël Kamilindi, que je vois pour la deuxième fois sur la scène de la Salle Richelieu, et qui a composé un Léandre touchant, tout en innocence et en sensibilité.

Comme j’ai retardé ma venue aux Fourberies pour cause d’Hommage à Molière, j’ai quand même eu le temps de voir passer quelques critiques. Loin d’être unanimes sur la mise en scène, je voyais quand même ressortir un point commun en la personne de Benjamin Lavernhe. Je n’avais aucun doute sur le talent du jeune homme. Je n’en ai toujours aucun et ne mettrai pas en cause le comédien, mais bien plutôt encore la direction d’acteur, pour avoir ainsi écrasé les dispositions du pensionnaire sous une incarnation basée uniquement sur l’énergie et le cabotinage. Est-il vraiment utile de préciser que sa tirade sur la justice, que j’avais enfin réussi à entendre dans la version de Brethome, résonnait ici comme une liste de course, un mauvais moment à passer ? Il est sans doute la plus grosse erreur de Podalydès dans ce spectacle : avoir transformé le rôle de Scapin en le numéro de Scapin. Il est celui qui joue le plus pour le public, semblant totalement hors de l’histoire alors qu’il devrait la créer. Il cherche à faire son propre spectacle et plus il ajoute des gags, moins je rentre dans son jeu. Ce qui m’a le plus marquée, c’est à quel point ce Scapin, qui tentait de faire rire le public, ne semblait pas s’amuser.
7 janv. 2018
9,5/10
51
Je sors tout juste de la Comédie Française où je viens de voir un vrai, un grand divertissement !!!!
C'est comme ça que la pièce était jouée du temps de Molière, avec la participation d'un public ravi, la Comedia dans toute sa splendeur !
Il faut dire que la Comédie Française a mis toutes les chances de son côté : Podalydès, Ruff et Lacroix, un décor de chantier de rêve, et par dessus tout un Scapin ÉPOUSTOUFLANT.
Benjamin Lavernhe nous délivre une performance incroyable, il ne joue pas Scapin, il EST Scapin !
On sait que ce rôle est très exigeant physiquement, et pas une seconde il ne baisse son rythme effréné, il en fait des caisses et ça fonctionne à plein.
Les autres comédiens sont excellents, en particulier les deux pères, mention spéciale pour la géniale scène de pingrerie entre Géronte et Scapin....On retrouve l'avare avec un plaisir fou !
Bref, vous l'aurez compris, il y a fort à parier que ce spectacle soit nommé aux prochains Molières.
5 janv. 2018
9/10
57
Scapin est un étrange personnage moliéresque. Ce subtil tireur de ficelles et cet intrigant hors-pair possède un passé bien mystérieux, des zones d'ombre qu'il appartient aux metteurs en scène d'éclaircir (ou pas d'ailleurs). La nouvelle mouture qu'en propose Denis Podalydès au Français est d'une facture somme toute très classique mais intelligemment menée.

Assez premier degré, son travail n'en propose pas moins une version complexe du héros éponyme. La lourde tâche d'endosser ce costume ambigu a été attribuée au jeune et fougueux Benjamin Lavernhe. Cette grande sauterelle souple possède une gouaille et une assurance de tous les instants. Un choix tout en tension nerveuse qui a conquis le public !

Un immense chantier de construction évoque un port. C'est dans cette zone interlope que règne Scapin, le roi des filous. Le valet va venir en aide à deux jeunes hommes, Octave et Léandre et combattre l'avarice d'Argante et de Géronte, leurs pères respectifs. La comédie de Molière fait la part belle aux quiproquos et ne manque pas de rebondissements. Impossible de s'ennuyer !

Ni glauque ni dolce vita, la mise en scène de Podalydès navigue entre deux eaux avec aisance. Un allant dynamique et communicatif provient surtout des jeunes comédiens : Julien Frison campe un Octave pleutre mais énergique avec conviction tandis que Gaël Kamilindi est un Léandre espiègle et colérique (la scène du quiproquo avec Scapin et ses moultes tortures est à hurler). Adeline d'Hermy en fait des tonnes en Zerbinette : lookée façon Esmeralda Gipsy King, elle entame son "conte" à Géronte avec une gourmandise aussi vulgaire qu'épuisante. Assez savoureux. Les deux vieux ladres, eux, font la paire : Gilles David en éternel ahuri est attendrissant de bêtise tandis que l'allure habituellement altière de Didier Sandre est méconnaissable ici. C'est un acariâtre grognon et pleurnicheur qui met tout le monde dans sa poche avec la fameuse scène de la galère. Bakary Sangaré, enfin, se démène avec bonhomie dans le rôle de Sylvestre. Un vrai rayon de soleil.

Graine de star
Pour tenir le public en haleine, le Scapin doit être digne de ce nom : on se souvient de Jérémy Lopez et de Denis Lavant qui ont su chacun à leur manière réinventer le rôle. Benjamin Lavernhe avait une certaine pression sur ses épaules : il s'en sort comme un chef. Apparaissant torse nu sur scène et crasseux, il démontre par son physique le double visage du personnage : un être extrêmement séduisant qui contient en lui une rage noire, une amertume qu'il cache derrière un entrain (sans doute) de façade. Joli garçon bien dessiné, il attire les regards autant qu'il repousse. Il réussit à rendre son Scapin inquiétant mais de manière très fine, sans que l'on ne s'en aperçoive ou sans pouvoir réellement le justifier.

Présent pratiquement à toutes les scènes, il vampirise l'attention. La scène du sac, sommet de bravoure, rend palpable la métaphore du maître d'oeuvre : c'est lui qui est aux commandes avec sa grue et qui fait mumuse. Un éternel gamin qui prend sa revanche sur les riches en déployant son intelligence. Il prend même le public à partie en le faisant complice de ses fourberies. L'instant est magique. On devrait entendre parler de Benjamin Lavernhe avec de plus en plus d'insistance au fil des années, pour sûr...
2 janv. 2018
10/10
40
Naples : les marchands Argante et Géronte se préparent à rentrer sans savoir que leur fils respectif, Octave et Léandre, ont fomenté des amours derrières leur dos. La science et la fourberie du serviteur Scapin tacheront par mille tromperies de mener à bien les entreprises des jeunes gens qui s’en remettent à son génie !

Le texte est intemporel, c’est le classique parmi les classiques et pourtant le bonheur de la revoir dans une bonne mise en scène est grand… Quelle incroyable distribution !

Avec ce rôle de Scapin, Benjamin Lavernhe passe à mon sens à une autre étape de sa carrière au sein de la Comédie-Française. Ce n’est plus le jeune premier, ce ne sont plus les petits rôles, c’est le fripon Scapin, c’est être sur scène une grande partie du spectacle. Benjamin Lavernhe a pris de l’assurance, de l’amplitude, il joue avec le public et occupe parfaitement l’espace. C’est un acteur assuré, en pleine explosion. C’est sûrement son premier très grand rôle et peut-être parlera-t-on dans des années de « Benjamin Lavernhe en Scapin » comme on parle du Cyrano de Michel Vuillermoz ou de l’avare de Denis Podalydès. Je suis bluffée : l’acteur mérite sans conteste sa nomination aux révélations 2018 (pour son rôle dans le sens de la fête)!

Mais s’il n’y avait que lui ! Car en vérité, la distribution est impeccable. Parlons de Didier Sandre, méconnaissable en vieux grommeleur avare. Il investit son personnage au point qu’on en oublie sa délicatesse habituelle pour se retrouver face à ce marchand balourd et sot. Sa tirade de la galère et la scène de la bourse sont un pur bonheur. Adeline d’Hermy impétueuse et vénale en enchanteresse égyptienne, Pauline Clément en amante adorable, Bakary Sangaré serviteur brut de décoffrage, Gilles David toujours égal dans son talent en père trahi et abusé par son fils.

Et les fils encore ! Julien Frison est un jeune premier sensationnel : tantôt amoureux passionné, tantôt vaurien, tantôt peureux, sa diction raisonne claire et son jeu est léger. Julien est jeune, frais et la comédie lui va comme un gant. Son partenaire Gaël Kamilindi ne démérite pas non plus même si sa force de jeu s’exprime mieux dans le registre tragique (cf. son très beau rôle de Gennaro dans « Lucrèce Borgia »).

C’est de la grande comédie servie par la mise en scène de Denis Podalydès et la scénographie du capitaine Ruf : imaginer l’action sur les docks, quelle idée ingénieuse ! En effet, les scènes sont complétées par les accessoires de plateau : une cage à poisson et un déguisement d’homme-poisson pour effrayer Argante, une grue magistrale pour porter Géronte dans son sac…C’est brillant !

Le texte de Molière ne prend pas une ride : ce superbe spectacle se hisse sans conteste dans la liste de mes coups de cœur de l’année 2017. Superbe claque !
10/10
13
Un spectacle haut en couleur et en verve pour cette comédie de Molière qui déverse ses feux ardents et ses diatribes dévastatrices sur les caprices prétentieux des jeunes bourgeois et sur les velléités ridicules et liberticides de leurs pères avaricieux de leur amour et de leur argent.

Dans cette comédie crée en 1671, Molière déclenche les rires des énormités qu’il dénonce avec une intention appuyée de régler les comptes des brillants repus et des riches gavés en poussant loin la violence débridée d’un Scapin s’enivrant de sa fougue dans la punition qu’il inflige.

Il y a comme une symbolique dramatique dans « Les Fourberies de Scapin » chez Molière vieillissant, à deux ans de sa fin de vie. Celle de la revanche dans la scène du sac où au-delà de Géronte, tous les fâcheux en prendront pour leur grade tout comme dans la scène finale où le pardon qui pourrait être sa propre requête, se conjugue aux adieux qui pourraient être les siens.

Denis Podalydès nous le montre avec force dans sa mise en scène. Il nous fait rire et sourire mais aussi nous émeut des situations qu’il nous montre dans leur grandiloquence monstrueuse qui ne craint pas l'outrage ou dans leur tendresse infinie pour les plus faibles, même marauds comme Scapin, désabusé et déçu par ces bourgeois qui n’ont de grand que leur bêtise et leur inhumanité.

Il y a comme une mélancolie douce chez notre Fourbe qui ne s’éclaire que pour venger les victimes et qui retourne une fois l’action faite, dans l’ombre de sa solitude, une guitare en main, chanter une ritournelle.

Décors grandioses, costumes magnifiques, comédiens superbes. Comme d’habitude, la Comédie-Française nous éblouit, nous cueille et nous emporte, nous berce et nous bouscule. Le Grand Art est là, assurément.

Comment ne pas noter et saluer Benjamin Lavernhe qui explose en Scapin ! Au tonus époustouflant il allie une ruse quasi machiavélique pour retourner les situations et les personnages (et nous avec !) par ses tirades drôlissimes et jouant du clown par moments dans des situations pantominesques désopilantes et des adresses au public, tout à fait réussies.

Adeline Henry est une remarquable Zerbinette, pêchue et d’un charme sensuel abouti. Gilles David dépote en Argante, il faut voir comme. Didier Sandre compose un truculent et formidable Géronte. Toutes et tous sont merveilleux, justes et convainquants. La troupe resplendit.

Grandiose et intéressant au plus haut point, un spectacle incontournable où le rire côtoie le merveilleux.
24 sept. 2017
10/10
5
Benjamin ou les mémoires d’un Scapin

L’histoire, le texte, Molière, tout le monde connaît donc je vais directement passer à la mise en scène et aux jeux des comédiens.

Une fois de plus le trio Denis Podalydes pour la mise en scène, Eric Ruf pour la scénographie et Christian Lacroix pour les costumes fait une merveille. C’est beau, enjoué, drôle, étonnant.

Et la cerise sur le gâteau est apportée par Benjamin Lavernhe qui tient le rôle principal, Scapin. Comment vous le décrire ? Il s’amuse sur scène, il joue pour le public, très jeune et moins jeune, mais également il joue avec ce public. Il excelle à faire réagir la salle, une occasion de plus pour lui d’envoyer une œillade, une grimace, non prévue dans le scénario. Et l’on sent qu’il prend un réel plaisir à nous divertir, à rendre Molière plus digeste, à le rajeunir. Et tout ça avec un naturel incroyable. Son apparition tel un messie en début de pièce et sa farce du sac resteront à jamais graver dans ma mémoire.

Jamais Molière ne m’avait encore autant fait rire... Et 1ere fois que je donne la note maximale.
22 sept. 2017
10/10
62
Un nouveau Scapin à la Comédie Française, c'est un peu comme le premier concert d'une nouvelle tournée des Rolling Stones au Royal Albert Hall.

Ici, nous sommes dans la maison-mère.
Ici, le metteur en scène et les comédiens jouent à domicile, certes, mais ils jouent gros. Forcément, la pression est là !

Alors certes, au lever du rideau, non seulement une petite appréhension saisit le public habitué du lieu, mais une interrogation se pose à lui : « Cette version-là sera-t-elle « à la hauteur », dans le Saint des Saints ?

Ici, la réponse est... OUI, cent fois OUI !
M. Molière, vous n'avez pas à vous retourner dans votre tombe, votre héritage est en de très bonnes mains.

Denis Podalydes a poussé le curseur tout au bout de sa course.
Ce qui va prévaloir tout au long de ces presque deux heures, c'est une incroyable énergie, c'est le coté physique, organique de tout cela, c'est l'engagement total, souvent « viril » de la mise en scène on ne peut plus « pêchue », survitaminée !

Nous assistons à de véritables tourbillons plus échevelés les uns que les autres, des moments tout à fait débridés qui provoquent un plaisir de tous les instants.

C'est parfois violent. On voit le sang couler, les coups pleuvent, y compris sur un homme à terre, une tête est plongée dans un seau d'eau, on termine pratiquement avec une mêlée de rugby !
Nous sommes souvent dans le registre de la farce !

J'ai l'impression que Podalydes a voulu ici mettre l'accent sur le fait que cette pièce est avant tout une « pièce d'hommes », de mecs, de vrais durs !

Ne voit-on pas Scapin sortir de sa trappe tel un beau diable, certes, mais à poil !
(Les amateurs de belles fesses musculeuses se régalent ! )
Seule une chemise en boule cachera ce à quoi je pense que vous pensez...
C'est véritablement la naissance de Scapin sortant des eaux !

Pièce de garçons ? Oui, vous dis-je !
Quatre principaux interprètes masculins sont véritablement enthousiasmants. Je pèse cet adjectif !

D'abord, Benjamin Lavernhe, dans le rôle-titre, est phénoménal d'énergie, de drôlerie, de force, d'exagération totalement maîtrisée.

Quel engagement, quel abattage, quel rythme, quel souffle comique !
Dans la scène-culte où Scapin se fait surprendre par Géronte sortant de son sac, ce qu'il fait est prodigieux !
C'est bien simple, il m'a fait penser à ce vrai génie qu'était Louis de Funès !
Son « double-take », apercevant le vieillard, est lumineux !
Fait rarissime, la salle Richelieu va l'applaudir à tout rompre dès la fin de cette scène, ne pouvant se résoudre à attendre le rideau final.
Mais quelle réussite !

Autre très belle partition, celle de Bakary Sangaré, en Sylvestre se transformant en spadassin branquignolesque.

Armé d'un casque emplumé, d'une épée, d'une cape on ne peut plus rapiécée et d'une cagoule rouge à la Davy Jones, l'un des méchants de "Pirates des Caraïbes" avec ses tentacules en guise de barbe, il est magnifique et cervantesque !

Et puis, il y a les deux pères, les deux vieillards.

Dans ces deux rôles, deux immenses comédiens vont s'en donner à cœur joie.
Gilles David et Didier Sandre m'ont arraché des larmes de rire, tellement ils sont excellents, drôlissimes et burlesques.

Leurs interventions sont immanquablement de grands moments. Les relations pères-fils sont ainsi bien exacerbées ! (Julien Frison et Gaël Kamilindi sont aux aussi parfaits en fistons, même un peu en retrait par rapport à leurs aînés...)

Pièce de garçons, mais il faut quand même souligner le beau travail d'Adeline d'Hermy, en Zerbinette gouailleuse, rouée et aguicheuse.

Eric Ruf signe comme à l'accoutumée une somptueuse scénographie, qui permet à Denis Podalydes de travailler sur un plan vertical, y compris pour la scène du sac.
Mais je n'en dirai évidemment pas plus.

Il faut bien entendu mentionner les merveilleux costumes de Christian Lacroix. (Je donnerais cher pour avoir la même redingote qu'Argante.)
Avec un petit mystère : pourquoi le couturier a-t-il fait broder les trois initiales "M A J" sur la robe de Zerbinette ?
Une Mise A Jour de cette pièce au Français ? Allez donc savoir...

Vous l'aurez compris, je vous conseille vivement de vous ruer sur cette très grosse mais très remarquable production.
Emmenez vos enfants, petits-enfants, neveux, nièces, filleuls, belle-mère...
Tout comme moi, tous ressortiront émerveillés avec les zygomatiques ayant fonctionné à plein régime.
Encore un spectacle incontournable de ce début de saison ?

Eh bien oui !