Critiques pour l'événement Le sourire au pied de l'échelle
4 avr. 2019
9,5/10
25
Du rire et des larmes !

Incroyable Denis Lavant qui s'est emparé de ce merveilleux texte d'Henri Miller.
Il nous parle d'identité, d'humilité, de nos propres contradictions... de renoncement aussi.

Il est le clown Auguste, personnage solaire qui nous raconte son histoire.

La performance est incroyable.
Le comédien ne reste pas une minute en place, bouge sans cesse, saute, joue de toutes les flûtes possibles, grimpe, descend, ouvre des coffres, des portes...

Un tourbillon qui loin de nous perdre nous entraîne au contraire dans son sillage, et nous hypnotise.

Une pure, une grande, une vraie leçon de théâtre !
9,5/10
6
... Un spectacle fort. Une adaptation et une mise en vie réussies. Un moment de théâtre rare auprès du très grand comédien Denis Lavant. Incontournable.
4 févr. 2019
9/10
3
« Le sourire au pied de l’échelle » de Henry Miller dans une adaptation de Ivan Morane et mis en scène par Bénédicte Nécaille donne une nouvelle fois toute la mesure du talent de Denis Lavant sur scène.

Nos oreilles dans un premier temps sont captivées par ce conte philosophique, ce récit poétique, ce texte ou tout simplement cette histoire comme le rappelle Henry Miller : « De toutes les histoires que j’ai écrites, peut-être celle-ci est-elle la plus singulière. Je l’ai écrite pour Fernand Léger, pour accompagner une série d’illustrations sur le thème des clowns et du cirque ». Ensuite cette histoire va nous bouleverser tant par la sincérité de son jeu qui nous remplit d’émotions que par son interprète lui-même.

C’est à travers cette histoire dans l’imaginaire du cirque que Henry Miller nous propose de nous interroger sur notre vie : qui sommes-nous, où allons-nous, qu’elle est notre place, qu’est-ce que le bonheur ?

Je dois être honnête, j’ai eu du mal à entrer dans cette vie de ce clown « Auguste » qui lassé du succès décide d’abandonner son métier et se retrouve par hasard, mais existe-t-il un hasard, sur la route d’un autre clown malade « Antoine » et doit le remplacer au pied lever…mais la magie a opéré ou tout simplement la sublime interprétation de Denis Lavant et l’introspection de ce clown a fait son effet.
Son succès renaissant, serait-il la perte d’Auguste ou d’Antoine ?

De quelle crise identitaire parlons-nous ? Celle d’Auguste, celle d’Antoine, celle d’Auguste en Antoine ou celle d’Antoine en Auguste ? Ou celle de nous, simple spectateur, ce clown notre miroir : bien malin celui qui aura la réponse.

Entre l’ombre et la lumière, avec un élément de costume, un accessoire, un élément de décor, un regard, un maquillage, Denis Lavant, notre clown d’une représentation évolue sur scène à la recherche de son identité. Son phrasé est rythmé par les notes de musique sur des instruments qu’il maîtrise parfaitement et nous délivre des nuances et de multiples facettes de son talent : il est tout simplement touchant.

Ivan Morane a, par sa scénographie et ses lumières, su répondre aux besoins de la mise en scène soignée de Bénédicte Nécaille et pointer le détail révélateur de sa vie au moment opportun de ce clown perdu dans ses réflexions.

Nous qui tous les jours nous dissimulons derrière un masque : qui sommes-nous en réalité ? Quel sens donnons-nous à notre vie ? Osons-nous nous regarder en face pour le découvrir et nous nous ouvrir aux autres ? Osons-nous gravir les barreaux de l’échelle ?
Entre l’ombre et la lumière….
26 janv. 2019
9/10
4
Au pied d’une échelle conduisant vers la lune. Un clown, Auguste, tombe en transe, il sourit d’extase. Le public rit de cette pantomime. Au fil du temps, il répète son numéro. Un jour, les rires du public ne lui suffisent plus.
Comment partager sa joie intérieure ?

Auguste quitte le cirque, part à la rencontre des autres, offre ses services, sa générosité en toute simplicité.
Nous le suivons dans ses pérégrinations. Sous couvert de son identité, il sera palefrenier puis clown pour entraider son ami Antoine clown de première catégorie.
Antoine l’acceptera-t-il ?
Auguste trouvera-t-il la paix?
Auguste s’acceptera-t-il tel qu’il est ?

Henry Miller écrivit ce magnifique texte en1948 pour Fernand Léger. A la suite de controverses, il sera édité avec des illustrations de Picasso, Chagall, Rouault et Klee.
Denis Lavant nous conte cette fable avec un merveilleux talent. C’est un saltimbanque. Denis Lavant nous émeut et nous bouleverse par la profondeur de sa voix, nous réjouit par sa gestuelle et ses mimiques, nous surprend en jouant avec toutes sortes de mini instruments de musique.
Avec brio, simplicité, à l’aide de peu d’accessoires, il est tour à tour Auguste, Raoul le patron du cirque et Antoine. C’est fabuleux.

La mise en scène astucieuse et esthétique, nous plonge dans l’univers imaginaire du cirque, l’éclairage tout en nuances intensifie l’émotion.
Très beau moment de théâtre émouvant et plein de poésie.
17 janv. 2019
9/10
10
Auguste clown vedette, maltraité, fuit le cirque, il ne veut plus du public, ne veut plus faire rire, il veut vivre ! Mais voici qu'il rencontre un cirque au détour de son errance, il parvient à se faire engager, redoute qu'on le reconnaisse. Il semble heureux de cette nouvelle situation...

Mais voici qu'un jour le clown Antoine, tombe malade. Qu'est-ce qui pousse Auguste à souhaiter le remplacer ne serait-ce qu'un soir ? Il ne peut s'empêcher de renouer avec le passé qu'il avait fui. Il va donc trouver le directeur, celui-ci n'est guère enthousiaste mais donne sa chance à Auguste. Antoine meurt, le directeur culpabilise Auguste.

Notre clown va donc fuir à nouveau, trouvera-t-il la sérénité le bonheur enfin ?

Henri Miller était fasciné par le cirque et les clowns en particulier. Il est vrai que derrière un masque blanc, un gros nez rouge, se cache une personnalité, une souffrance aussi. Le texte de Miller nous renvoie aussi à nos peurs et nos interrogations.

Denis Lavant est comme d'habitude excellent, il interprète avec émotion et poésie ce clown triste. Il joue de la musique, se contorsionne, joue les différents personnages qu'il rencontre. Fabuleux ! Une mise en scène et en lumière poétique et parfois drôle.
Un final étoilé !
5 janv. 2019
10/10
37
Attention : avis de spectacle Force 10 sur l'échelle de Miller !

Le sourire au pied de l'échelle était le texte préféré de Henry Miller, parmi tous ceux qu'il a écrits.
Il s'agissait d'une commande de Fernand Léger, pour illustrer de façon littéraire le monde du cirque, en référence à Seurat, Miro...

Miller va faire beaucoup plus. Il a écrit un conte philosophique.

Certes, il nous parle de clowns, de la façon que peut avoir un clown d'appréhender son métier et son art, mais il nous renvoie surtout à nous-mêmes, à l'image que nous pouvons avoir de l'Artiste, et du rapport que nous entretenons avec l'Art en général et le spectacle en particulier.

Mais comment se fait-il que ce texte soit aussi peu connu ?
Mais quelle bonne idée a eue Ivan Morane de l'adapter pour le théâtre, en passant notamment du « il » narratif de l'auteur, au « je » déclaratif du comédien.

Et puis surtout, il faut saluer Bénédicte Nécaille, dont c'est la première mise en scène, pour avoir immédiatement pensé à Denis Lavant pour interpréter cet Auguste !

Auguste. Un clown. L'un des plus célèbres. Un être solaire.
Il n'en peut plus, Auguste. Marre de son métier, marre de faire rire, marre de perdre son identité tous les soirs.
Il arrête tout. Il abandonne son maquillage. Pour recommencer à zéro.

Et voici qu'il croise la route de l'un de ces petits cirques de campagne. Sans le reconnaître, et pour cause, on l'embauche à nettoyer la piste, à nourrir les animaux, à ranger les accessoires...
Quand un soir, Antoine, le clown minable maison, tombe malade. Alors...
Et non, je ne continuerai pas plus avant le résumé de l'histoire. A vous de venir découvrir.

Comment ne pas se prendre à penser qu'Henry Miller a écrit cette œuvre en imaginant qu'un jour Denis Lavant interpréterait Auguste ?
Une nouvelle fois, les qualificatifs viennent à manquer pour évoquer son travail.

Une nouvelle fois le comédien est sidérant, captivant, époustouflant. Bouleversant !

Son Auguste, à qui il confère une profonde humanité, est une icône, une métaphore, une incarnation de tous les clowns. On pense évidemment à Chaplin, à Grock...

Mais pas seulement. Nous sommes là-encore bien au delà.
A travers son personnage, Lavant incarne avec une stupéfiante humanité la figure même de l'Artiste confronté à son métier et à sa fonction au sein même de la Société.

Miller l'écrit : « Auguste, lui, tout en restant un homme, était forcé de devenir quelque chose de plus ».
Cette chose de plus, Denis Lavant nous la démontre de façon merveilleuse, nous la fait ressentir, nous la fait presque toucher du doigt.

Toute l'ambiguïté du comédien est là, le contrat implicite qui lie le spectateur à l'artiste est mis en évidence de façon lumineuse.
Lavant ne joue pas. Nous sommes bien au-delà.
Il incarne purement et simplement ce mystère qui fait qu'un homme (ou une femme) renvoie à leur propre image tous les spectateurs d'une salle. N'est-ce pas au final nous-mêmes que nous applaudissons, à travers le filtre de l'acteur ?

La scénographie, les lumières d'Ivan Morane, et la mise en scène de Bénédicte Nécaille empruntent judicieusement aux codes du cirque : le personnage qui joue de multiples instruments, ses déplacements, ses facéties, le blanc et le rouge du maquillage, mais également les bords de pistes un peu défraîchis, le rond de lumière généré par le projecteur de poursuite...

Le cercle sera omniprésent. Y compris dans la résolution de la pièce.
La boucle sera bouclée, devant cette fameuse échelle, cet instrument de verticalité, qui permet de descendre, mais aussi de monter.
De monter vers l'infini. Vers les étoiles.

Ces petites étoiles qui brillaient dans mes yeux, dès le noir final.

Ne manquez vraiment pas cette leçon de théâtre !

Ils sont finalement très rares, ces moments d'une telle communion, d'un tel transport devant un texte, une mise en scène, et devant un comédien.
Afficher les 4 commentaires