Critiques pour l'événement Le Retour au Désert
28 janv. 2016
4/10
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Désolée mais selon moi c'est raté.

Hiegel est certes magistrale, mais ne parvient pas selon moi à tenir assez haut ce texte et sa portée, face à ses collègues qui ne sont vraiment pas à la hauteur. Bezace notamment, plutôt décevant et complètement à côté du rôle.

On parle de comique mais où est le comique dans cette farce noire ? Drôle, mais grinçant et désespérant. Je n'ai jamais ressenti ce que ce texte porte dans sa puissance d'évocation.

On rit dans la salle et c'est désespérant, car c'est la rage qui devrait en ressortir devant la folie en marche, vraiment pas drôle du tout et redoutable. Le message "politique" et poétique de la pièce en est totalement occulté devant ces effets pseudo comiques de drôlerie, et une mise en scène pas toujours bien sentie.

J'avais souvenir d'une version des années 90 avec Myriam Boyer, bien plus puissante.
Dommage !
24 janv. 2016
7/10
102
C’est une version bien troublante que celle qu’Arnaud Meunier propose, oscillant entre comédie et tragédie.

Le texte cinglant de Bernard-Marie Koltès semble avoir perdu de son éclat et de sa force devenant un immense désert aride dont la traversée nous est éprouvante. Pourtant, rien de vraiment raté ni détestable mais l’ensemble est très (trop) conventionnel.

Si la proposition manque d’intensité, nous déplorons également une prise de risque réduite à néant. La scénographie, plutôt intéressante avec le beau décor d’une véranda pour signifier la maison entourée d’une grande étendue d’herbe, n’est pas assez exploitée et donne une impression de déjà vu. Tout est dans l’extrême retenue au sein de cette comédie âpre qui souffre de nombreuses longueurs et de choix peu judicieux comme l’apparition ratée du spectre de Marie, la première épouse d’Adrien.

C’est propre, sage, scolaire mais terriblement aseptisé y compris dans les thèmes les plus marqués comme la bourgeoisie, la cohabitation ou le racisme. Koltès interroge également la notion d’étranger comme a pu le faire Camus et cela demeure relativement bien amené dans la mise en scène de Meunier mais où donc est passée la force sidérante de l’auteur, magnifiquement relevée dans la pièce créée par Patrice Chéreau en 1988 dans le cadre du festival d’Automne à Paris avec Jacqueline Maillan et Michel Piccoli ? Ici l’ennui fait place à la rage malgré quelques réussites comme le suicide de Mathieu qui disparait dans les cintres du théâtre. Mais est-ce suffisant pour assurer une bonne création ?

Cependant, il serait injuste de ne pas souligner l’unique raison de rester jusqu’à la fin des deux heures et quart de spectacle : la présence sur scène de la fabuleuse Catherine Hiegel qui prouve – si besoin est encore de le faire –qu’elle est une grande actrice comme il en reste peu. Elle se démène à merveille pour retranscrire toute l’ambigüité de Mathilde qui ne sait pas où est sa place et va faire voler en éclat la cellule familiale comme la guerre qui fait rage a détruit l’unité coloniale de la France. Animée par une rancune tenace tarissant sa soif de vengeance, elle étonne dans les joutes verbales qu’elle échange avec Adrien, son frère, incarné par le très bon Didier Bezace qui peine néanmoins à exister face à elle. Isabelle Sadoyan parvient à tirer son épingle du jeu en se démarquant dans le rôle de Madame Queuleu, la vieille domestique las des querelles fraternelles où Mathilde et Adrien ne se battent que par des mots qui font mal à tout le monde sauf à eux-mêmes.

Déçus par la mise en scène de ce Retour au désert, nous captons néanmoins la volonté d’Arnaud Meunier de nous mener à une réflexion citoyenne sur la France d’aujourd’hui en prenant comme support un texte fort au regard lucide sur notre société et savourons l’immense plaisir de retrouver sur scène la talentueuse Catherine Hiegel, véritable oasis dans ce désert aride.