Critiques pour l'événement Le Misanthrope, avec Lambert Wilson
Il y a 18 heures
7/10
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Lambert Wilson est d’une grande générosité. Une très grande interprétation. Celle d’un personnage très contradictoire. Le jeu de la troupe un peu âgée est plus contrasté mais de bon niveau.

Beaux costumes. Décors basiques.
Une mise en scène classique et convaincante.
C’était une belle soirée. Merci Alceste!
30 avr. 2019
7,5/10
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Encore Molière, encore le Misanthrope ... oui mais dans une mise en scène de Peter Stein avec une distribution éclatante, autour d'un Lambert Wilson qui, avec cet Alceste, endosse un de ses plus beaux rôles. Le choix de Lambert Wilson était évident, après le film de Philippe Le Guay, Alceste à Bicyclette (2013), même si bien entendu nombreux étaient les acteurs susceptibles d'interpréter ce rôle.

Molière a écrit Le Misanthrope "ou L’Atrabilaire amoureux" avec l’énergie d’un être révolté. Une fougue contre la trahison, contre les gens de la cour qui font et défont les réputations. Le sujet demeure actuel.

En opposant à la vanité du monde l’amour absolu d’Alceste pour Célimène, le dramaturge exprime une intransigeance et un idéalisme qui défient le temps. La question est fondamentale et nous sommes nombreux à nous la poser : Faut-il fuir ce que l’on exècre et se retirer du monde ou bien sommes-nous condamnés à composer avec nos semblables ?

Le spectacle est à l'affiche d'un nouveau théâtre, plus précisément d'une salle qui vient d'être rebaptisée en changeant de propriétaire (désormais Jean-Marc Dumontet) et qui porte le nom magnifique de Théâtre Libre.

Miracle de Molière, du metteur en scène (il fut directeur de la prestigieuse Schaubühne de Berlin), de l'acteur du rôle-titre ? En tout cas le public remplit un théâtre qui affiche complet et on est heureux de constater qu'on "revient" dans les salles de spectacle.

Je n'ignore pas les critiques de ceux (et je ne leur renie pas leur légitimité) qui ont été déçus par le décor, et dans une certaine mesure par le jeu des acteurs. Ces gens là sont des spécialistes du théâtre et ne peuvent réfréner leurs exigences de perfection ... ou d'audace ... Il me semble que chaque soirée doit être appréciée en tant que telle, c'est-à-dire un moment unique, incomparable à aucune autre.

La simplicité du décor, identique tout au long de la soirée, m'a un peu agacée mais j'ai pensé que c'était tout à fait intentionnel de la part de Ferdinand Woegerbauer. Je m'attendais -je le reconnais- à un "coup de théâtre" final et j'ai été réjouie lorsqu'il s'est produit, à la toute fin. Je ne vous en dis pas davantage, si ce n'est que les courants d'air qu'on perçoit à la fin de chaque acte, de plus en plus présents, annonce un terrible orage.

J'ai été saisie par la précision de la mise en scène. Le plus juste n'est pas nécessairement le plus complexe. J'ai lu des reproches à propos de la direction d'acteurs. Personnellement je l'ai sentie magistrale, et courageuse car présenter un Alceste "inégal" permet de témoigner de sa fragilité. Il n'est pas tant que ça campé dans son retranchement et demeure avant tout humain.

Le spectateur accepterait alors (Acte IV) de le soutenir dans sa tentative de convaincre Célimène (Pauline Cheviller) de tricher : Efforcez-vous ici de paraître fidèle, Et je m'efforcerai, moi, de vous croire telle.

Qu'il est loin celui qui défendait avec force au début de la pièce : je veux qu'on soit sincère et qu'en homme d'honneur on ne dise aucun mot qui ne sorte du coeur !

La situation s'est inversée. C'est la femme qui devient l'inflexible : vous ne m'aimez point comme il faut que l'on aime. Alceste sera définitivement rejeté. La lecture de Peter Stein est sombre et tout à fait à propos. Le parti-pris d'un décor sans fioriture est donc logique. Et imposer aux acteurs de jouer la plupart du temps assis les pousse à exprimer différemment les émotions de leurs personnages.

Par contre les costumes, d'Anna Maria Heinreich, ont été créés dans un classique très revisité avec une joyeuse audace. La costumière respecte les codes de la fin du XVI° siècle. Ainsi l'habit d'Alceste, sombre bien entendu, est rehaussé de rubans verts qui tombent en volutes. Les robes des femmes conjuguent austérité et extravagance, avec des associations de tissus étonnantes, très colorées, faisant penser aux prétintailles caractéristiques de l'époque et rarement montrées au théâtre.

Ces costumes sont au service des caractères, montrant la frivolité pleine de vie de Célimène et dévoilant la coquetterie d'Arsinoé, qui ne joue pas que la pruderie par une très grande Brigitte Catillon. La joute entre les deux femmes est subtile (acte III- scène IV).

On aime les histoires qui finissent bien et celle-ci s'achève sur une interrogation. Plaindra-t-on Alceste qui, ne parvenant pas à exprimer sa tendresse, choisit la fuite ou celui de Célimène qui, avec une infinie douceur, refusera de renoncer au monde avant que de vieillir ?

Il faut arrêter de chercher la "meilleure" mise en scène des classiques. Ces textes ont une portée universelle. On peut donc les lire de diverses manières et celle de Peter Stein mérite largement d'être vue. ll signe sa deuxième mise en scène de Molière de l'année, après Tartuffe (avec Pierre Arditi dans le rôle-titre et Jacques Weber dans celui d’Orgon). On se dit que jamais deux sans trois et on attend ... avec patience.
21 mars 2019
6,5/10
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Le texte de Molière est mis ici à l’honneur, on l’entend en effet particulièrement bien. Le metteur en scène place les comédiens au cœur de sa proposition et les mots de Molière en profitent.
Un très fond de scène représentant une galerie des glaces, et quelques fauteuils, constituent le sobre et épuré décor.

Lambert Wilson campe un Alceste élégant et tourmenté. À la fois charmant et partagé, il tente de sortir de l’impasse dans laquelle sa relation avec Célimène le met. Son amour pour elle résistera-t-il à ses principes et ses valeurs ? Ou son penchant pour la belle, viendra-t-il adoucir sa rigidité pleine de bonne morale ?
On peut admirer le courage de Molière d’avoir présenté ce misanthrope si extrême et catégorique à la cour, ce personnage si en opposition avec les mœurs de l’époque.

Pair ailleurs, ce texte est encore d’une incroyable modernité : toute vérité est-elle bonne à dire ? Quelle doit être la part d’hypocrisie pour établir des relations humaines adaptées ? Et le silence et la flatterie doivent-ils prendre le pas sur la sincérité ?

A la fin de cette pièce, presque tous semblent perdants, très peu ayant compris l’utilité de la bonne mesure dans les rapports aux autres. Une comédie humaine très sombre. Pour autant, le metteur en scène réussi à mettre en avant tout le ridicule des personnages sans les rabaisser. Beaucoup de tendresse et d’indulgence dans sa vision.
5 mars 2019
5/10
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Une mise en scène sans aucune originalité. On se croirait à la Comédie Française dans les années 70.

Les costumes et le décor sont poussiéreux et le parti pris de tout resserrer dans 1/3 du devant de la scène n’aide pas. Il paraît qu’il y avait un jeu de reflet avec les miroirs, mais on était tellement mal placés sur le côté qu’on n’en a rien vu ! L’ouverture finale de la scène est la seule idée de mise en scène et fait encore plus ressortir la platitude du reste.

Certes, Lambert Wilson joue très bien et sert magnifiquement le texte de Molière. Mais il écrase les autres acteurs et particulièrement les marquis qui sont quasiment inaudibles et ridicules plus que drôles.
25 févr. 2019
6,5/10
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C'est sans doute le spectacle que j'attendais le plus de la saison : Le Misanthrope, soit ma pièce préférée de Molière, mis en scène par Peter Stein, soit un metteur en scène qui ne m'avait encore jamais déçue, avec pour incarner Alceste Monsieur Lambert Wilson, soit un acteur qui se fait rare sur les planches qui les irradie à chacun de ses passages. Un trio gagnant, en somme. Perdu au milieu de la programmation de ce théâtre qui semble se chercher encore, succédant à un humoriste, précédant un spectacle de cirque, ce Misanthrope aurait dû étinceler de mille feux. On lui en concèdera la moitié.

Peter Stein m'a habituée à la perfection. Certains qualifieront de classiques des mises en scène toujours respectueuses du texte, s'effaçant presque derrière lui pour en tirer l'essence même, les mêmes lui reprocheront un manque d'audace ou d'idée car il ne s'encombre jamais de vidéo ou de trucs de scénographie suremployés aujourd'hui. Je n'ai jamais approuvé ces dires injustes et trop vite prononcés. Mais aujourd'hui je reconnais que je suis déçue : sa mise en scène du Misanthrope ne retrouve pas l'harmonie parfaite qu'il avait su diffuser dans son Tartuffe.

Les idées sont pourtant bien là, mais disséminées au fil des scènes sans former de réelle unité. Ainsi ces miroirs qui forment l'essentiel du décor et qui tantôt renvoient Alceste à sa solitude face au monde qui le regarde, tantôt lui offrent un échappatoire à ses propres conversations en lui permettant de regarder autre chose que les yeux de son interlocuteur. L'idée était simple mais elle est filée pendant tout le spectacle avec beaucoup de subtilité et permet d'accentuer encore dans l'inconscient du spectateur - ou le conscient, si on est bon observateur ! - le parti pris par Peter Stein pour ce Misanthrope.

Car, encore une fois, on ne peut reprocher à Peter Stein de ne pas donner de véritable contenance au texte qu'il monte. Et sa représentation du Misanthrope est des plus sombres que j'ai vues - pourtant, c'est sans doute la pièce de Molière que j'ai le plus fréquentée au théâtre. Il fait de son Misanthrope un homme profondément et désespérément seul, autour de qui les hommes sont des créatures mi-monstre mi-pantin, tous relevant d'une certaine forme de médiocrité - des marquis abjects à un Philinte incroyablement mou. Ce Misanthrope-là est une tragédie. Peter Stein a pris le parti de ne pas du tout utiliser le potentiel comique du texte, l'étouffant presque par sa vision détestable de l'ensemble du monde, les marquis en tête.

Et, en réalité, si la vision est parfaitement recevable et présente dans le texte, elle est aussi, pour moi, le principal défaut de ce spectacle. Je m'explique : Peter Stein a choisi un comédien plus que marquant pour interpréter son Alceste et, dans le même temps, il a pris le parti de détacher Alceste des autres personnages pour souligner le décalage entre eux, donnant ainsi quasiment raison au misanthrope de déconsidérer pareillement le reste du monde. Seulement voilà : en accentuant cette rupture, il permet à Lambert Wilson de se dissocier de la distribution et le pousse même à défaire tous les liens qui pourraient exister avec ses partenaires. Il l'autorise, en quelque sorte, à jouer seul. Le problème, c'est qu'en cautionnant cela, il omet un petit détail : se retrouvant ainsi hors de la distribution, le voilà maintenant au-dessus, écrasant parfois ses camarades par une présence, un charisme, et une évidence d'incarnation incroyables.

Je me rends bien compte que je critique le jeu parfait d'un comédien. Mais il faut comprendre que cela dessert le spectacle dans son ensemble bien qu'il ravisse mes yeux et mes oreilles la majeure partie du temps. Car du personnage d'Alceste que je vénère, Lambert Wilson a tout, incarnant ce Misanthrope jusqu'au bout des ongles. Il en a d'abord la diction, peut-être un peu vieille France mais cela constitue aussi un point de différenciation d'avec ses partenaires. Il en a assurément la voix, de cette voix profonde et caressante qui résonne admirablement dans cette grande salle dont les murs semblent faits pour réfléchir ses ondes vocales directement vers nos oreilles envoûtées. Il en a le corps, la posture, le port de tête, incroyablement nobles mais aussi témoins permanents de la violence qui l'habite. Il est magnifique, et son Alceste restera comme l'un des plus déchirants qu'il m'ait été donné de voir.

Mais, probablement sans le vouloir, il éclipse parfois ses partenaires, rendant alors le texte moins audible. A commencer par Célimène qui ne trouve pas en Pauline Cheviller la force nécessaire pour affronter Alceste. Si sa gestuelle est toujours impeccable, son texte a du mal à s'imposer à travers des alexandrins trop chantés, et l'on a du mal à comprendre la vision de Stein derrière cette Célimène. Étonnant problèmes de voix et de diction aussi du côté de Paul Minthe qui interprète un petit marquis dont le "je suis jeune" n'est pas très digeste. De manière plus générale, les rares absence d'Alceste sur scène pèsent sur ce spectacle dont on pourrait dire qu'il prend son temps et qui devient alors objectivement lent. Des problèmes de direction d'acteurs étonnant et incompréhensibles chez Peter Stein.

Le reste de la distribution, cependant, trouve plus facilement sa place, donnant lieu à de très belles scènes : ainsi, on se retrouve quasiment en apnée lors de l'échange entre Alceste et Arsinoé, admirable Brigitte Catillon. Manon Combes, qui campait une excellente Dorine dans le Tartuffe de début de saison, endosse ici avec une certaine passivité le rôle d'Eliante dont la partition prend des accents d'indifférence inaccoutumés. Même traitement pour Philinte, qui de la présence toujours rassurante et positive devient un personnage vil et sans teinte. J'imputais cela au jeu d'acteur tout d'abord avant de mieux comprendre l'ensemble créé par Stein qui m'obligeait - et ce fut difficile - à renier aussi Philinte. Il devient ici un homme comme les autres, c'est-à-dire bas et suiveur, et Hervé Briaux me semble d'ailleurs avoir été choisi pour son physique somme toute assez banal, jurant là aussi avec la grandeur émanant de Lambert Wilson.

C'est donc un Misanthrope en quasi demi-teinte que nous offre Peter Stein, dont la vision pâtit d'une distribution déséquilibrée. On a connu le metteur en scène en meilleure forme, et surtout plus sûr de lui : pour la première fois, me voilà critique sur sa manière de conclure la pièce. L'idée, que je ne dévoilerai pas, était belle, même magnifique, mais elle ne m'a pas parue entièrement assumée et présente un petit côté artificiel inhabituel chez Stein. Bref, un spectacle un peu décevant quand on connaît le travail du metteur en scène, mais qui porte en lui d'indéniables qualités, à commencer par un Alceste d'anthologie. Pas si mal, quand même, non ?