Critiques pour l'événement Le Jeu de l'Amour et du Hasard
14 mai 2017
7,5/10
12 0
Pièce drôle et plaisante, un savant mélange du moderne et du contemporain.
Une belle découverte !
9/10
39 0
Un spectacle d’une fraicheur colorée et divertissante, dans une ambiance de jardin d’été où le marivaudage se fait cocasse, tendre et pêchu, à l’ombre des sourires et des émotions des couples d’amoureux transis ou fougueux, selon le côté de l’intrigue dévoilée.

Écrite en 1730, cette pièce n’a de cesse de rencontrer son public tant qu’à ce JEU-là, tout semble fait pour nous plaire et nous laisser surprendre à chaque fois par la malice et la nique que Marivaux réserve aux bienséances des mariages arrangés, à la force du désir amoureux et à la sincérité des amants.

Orgon veut marier sa fille Sylvia à Dorante. Dorante, gentilhomme avant tout mais pas bête pour un sou, veut se faire une idée de la promise sans qu’elle le sache. Il négocie avec son père d’aller se présenter dans la maison d’Orgon sous le déguisement de son valet qui prendra quant à lui sa place.

Mais Marivaux ne se prive pas de donner aux femmes une exigence autre que domestique, aux prémices de l’émancipation qui commence son œuvre ce siècle-là, annonçant Émilie du Châtelet et Olympe de Gouges. Il fait de Sylvia le double inversé de Dorante. Elle-aussi se déguise en Lisette, sa servante, qui a son tour se travestie.

De truchements en découvertes, de sentiments rebondissants en frustrations rentrées, l’amour se confronte au hasard et le hasard à la sincérité. Qui triomphera, le hasard ou l’amour ?

Salomé Villiers s’empare de cette pièce avec fougue et adresse. Elle nous offre une mise en scène pétillante à souhait, des jeux de comédie réglés à pleine puissance sur l’émotion, le trouble et l'ironie. La tendresse délicate des scènes d’amour ressort avec justesse. Elle joue elle-même une magnifique Sylvia, convaincue et convaincante et dont l’émoi se fond dans cet ensemble harmonieux et rieur.

Des intermèdes vidéos nous montrent les personnages dans le contexte des scènes, illustrant leurs sentiments avec humour ou passion. C’est simple et bienvenu, savamment fait pour servir la légèreté de la pièce et soutenir les passages importants.

Les comédiens Étienne Launay, Raphaëlle Lemann, Bertrand Mounier, François Nambot, Philippe Perrussel et Salomé Villiers, soudés à la manière d’une troupe, servent le texte de belle façon, avec précision, sans le tromper, le hacher ou le soumettre. Ils dégagent toutes et tous un enthousiasme plaisant. Du beau talent.

Une version moderne réussie de cette pièce perfide et délicieuse de Marivaux. Un étonnant et très agréable spectacle à savourer sans modération.

- Au festival d’Avignon 2017 au Théâtre du Roi René -
8 oct. 2016
7/10
56 0
Avec autant de critiques dithyrambiques sur ce site, j'ai peut-être haussé mes exigences vis-à-vis de ce spectacle.

Il est vrai que ce fut très plaisant de découvrir (oui je débute) Marivaux avec cette troupe sympathique dont les rôles siéent à merveille aux acteurs. Il est vrai également que la pièce s’adapte très bien à une mise en scène contemporaine et qu’on y trouve de jolies références dans le jeu et les tics de langages ainsi que de petites séquences vidéos assez drôles.

Seulement quitte à vouloir faire moderne, pourquoi laisser Silvia dans un rôle de fille fragile, stéréotype d’une société patriarcale qui n’est plus la nôtre ? A défaut de trahir le texte original (respecté au mot près), un jeu moins ampoulé, comme le fit à merveille son frère, aurait été intéressant. Enfin, si le texte est bien écrit et a bien vieilli, il faut avouer que l'intrigue est assez faible et prévisible. Cependant, cela n’empêche pas de passer un bon moment.
13 sept. 2016
8/10
56 0
Quel plaisir de réviser ses classiques avec un tel spectacle !

Le texte de Marivaux est dopé par une mise en scène énergique et résolument contemporaine, les acteurs s'approprient sans effort ces mots au charme daté mais tellement délicieux.

On aime !
13 sept. 2016
6/10
64 0
Je suis un peu ennuyée : j'aurais aimé être enthousiaste mais ne le suis pas.

Les acteurs sont bons, la mise en scène est intelligente, l'ensemble est agréable, amusant mais pas vraiment drôle.

J'ai passé une soirée plaisante mais il y manquait un je-ne-sais-quoi de folie pour vraiment m'emporter (seul le frère a des passages vraiment fantaisistes qui font sortir la pièce de ses rails somme toute assez convenus).
10 sept. 2016
8/10
48 0
Rappelons l’argument de départ de la pièce de Marivaux. Silvia accepte difficilement d’être mariée par son père à un inconnu. Pour observer tout à loisir le caractère de ce fameux prétendant, elle endosse le costume de sa suivante Lisette. Péripéties et rebondissements seront au rendez-vous, jusqu’à ce que l’amour finisse par triompher, par jeu et par hasard!…

Le parti pris de Salomé Villiers, qui met en scène et interprète le rôle de Silvia était de donner un côté « rock » à la pièce de Marivaux. Ainsi les costumes d’époque sont-ils remplacés par des tenues mode tendance « psychédélique ». De même la musique nous entraîne-t-elle du côté des Sonics et des Troggs. L’usage de la vidéo apporte également un petit côté décalé à ce spectacle. Personnellement ce n’est pas ce que je retiendrai de cette mise en scène. Le plus important restant le texte : la langue de Marivaux qui n’a pas besoin d’être modernisée tellement elle demeure contemporaine. Et cette langue est servie par une troupe de comédiens réellement talentueuse.

Salomé Villiers campe une Silvia touchante dans son désarroi, Raphaëlle Lemann une Lisette époustouflante de justesse, Philippe Perrussel un Orgon tout en nuances, François Nambot un Dorante séduisant de sincérité, tandis qu’Etienne Launay et Bertrand Mounier rivalisent de drôlerie.

Ensemble, ils nous font rire, ils nous émeuvent, ils nous étonnent et nous enchantent.
6 sept. 2016
8,5/10
32 0
Salomé Villiers avait créé ce Jeu de l'amour et du hasard en coréalisation avec le Lucernaire en avril dernier. Ce fut un succès cet été en Avignon et revoilà cette pièce dans le théâtre de la rue Notre-Dame-des-Champs jusqu'au 23 octobre.

Voilà six ans que Salomé Villiers, François Nambot et Bertrand Mounier, ont baptisé leur compagnie : La Boîte aux Lettres. Un nom choisi intentionnellement pour signifier la réunion de talents de multiples horizons : comédiens, metteurs en scènes, auteurs, chanteurs, compositeurs et danseurs. Les Lettres pour mettre en avant les textes classiques, revisités et livrés à un public conquis par la modernité des partis pris de mise en scène associée à la puissance de la langue des grands auteurs.

Après un fantasque Labiche (Mon Isménie et La Dame aux jambes d’azur en 2009), un Feydeau déjanté (Amour et Piano en 2010), et un Garcia Lorca intense (Yerma en 2011), ce Jeu de l’Amour et du Hasard de Marivaux va conquérir le public.

Il faut beaucoup d'audace pour monter la pièce probablement la plus célèbre de Marivaux. La jeune femme a transposé la situation (presque) à notre époque et dans un jardin anglais bruissant de chants d'oiseaux. Des esprits chagrins n'apprécieront pas. De mon point de vue ils auront bien tort parce que le parti-pris est tenu jusqu'au bout et que les acteurs interprètent cette comédie à merveille. Je craignais de m'ennuyer (parce que je connais la pièce) et je suis sortie conquise.

Les rires fusaient en permanence ce soir, témoignant de la qualité du jeu et de la modernité d'un texte écrit tout de même au XVIII° siècle mais que l'on entend parfaitement parce que la diction n'est pas sacrifiée. La performance mérite d'être soulignée.

L'emploi de la vidéo (projetée sur un grand drap que l'on tire au moment idoine) pour ponctuer chaque acte est très judicieux parce qu'il installe un lien complice et décalé avec le spectateur (pour peu qu'il accepte de se laisser convaincre par un nouveau regard). Les costumes sont datés XX°siècle et les musiques pop et rock nous replongent dans les années soixante dont il est utile de réécouter les paroles.

On entend Time de David Bowie (1973), puis With A Girl Like You de The Troggs (1966).
Le spectacle s'achève avec ce standard des Beatles (1963) She Loves You rassure : Tu pensais avoir perdu son amour mais non et sois content.

Salomé Villiers a fait un vrai travail dramaturgique pour sa seconde mise en scène qui se sent sur le plateau : Le propos de Marivaux résonne en moi de par ses personnages forts de caractère, pris au piège entre leurs désirs profonds, désirs d’amour ou de reconnaissance, et les règles de la bonne société. Tout en glissant peu à peu vers la critique sociale, nous ouvrons le bal sur une révolution féministe pour conclure par les prémisses d’une révolution humaniste. Peut-on dépasser les codes d’une condition et accéder à la classe supérieure ? Le retour cruel à l’équilibre naturel ne profite qu’aux nobles, bien soulagés de se reconnaître sous le masque des pauvres. C’est là que se trouvent l’amertume et la cruauté derrière la douceur du romantisme car les sentiments amoureux sont en accord parfait avec le jeu des conventions sociales.

Etre aimé pour soi et non pour l'image que l'on projette est une préoccupation éternelle. Comme élaborer des manoeuvres pour s'assurer de la profondeur des sentiments de l'autre avant de s'engager durablement. Je veux un combat entre l'amour et la raison dira Sylvia.

Arlequin rassure Lisette : En changeant de nom tu n'as pas changé de visage. Vous l'aurez compris la pièce marque le triomphe des sentiments vrais.
4 sept. 2016
8/10
19 0
Une mise en scène étonnante, qui surprend au premier abord mais à laquelle on adhère très vite, on connait le texte et pourtant ce dernier, malgré son classicisme se coule dans cette scène des plus colorée pour ne pas dire flashy.

Des acteurs qui maîtrisent leur texte, qui se donnent à fond pour notre plus grand plaisir.
15 juil. 2016
9/10
42 0
Salomé Villiers a réalisé une prouesse : moderniser à merveille cette comédie classique. On est bien loin des fastes et des costumes du siècle des lumières : ici, Monsieur Orgon porte des pantoufles ridicules et le faux Dorante se pavane avec ses lunettes de soleil bling-bling et sa chemise à fleurs. Le ton est actuel, les gestes aussi. Des scènes filmées sur fond de musique rock’n’roll viennent ponctuer avec fluidité le spectacle. C’est intelligent, drôle et plaisant. Si la pièce dure quand même presque deux heures, on ne les voit pas défiler.

Côté comédiens, aucune erreur de casting : Salomé Villiers interprète avec puissance le rôle de Sylvia, Raphaëlle Lemann (Lisette) et Etienne Launay (Arlequin) forment un duo explosif et hilarants, François Nambot est charmant dans le rôle de Dorante et quant à Philippe Perrussel et Bertrand Mounier, ils apportent une touche de fraîcheur et de rires supplémentaire au spectacle.
8 juin 2016
8/10
30 0
Excellente soirée au Lucernaire, dans une salle surchauffée... par l'absence de clim...

Le décor simple et coloré met directement dans l'ambiance : on va revisiter le classique de Marivaux sur un mode plus punchy et contemporain. C'est une transposition moderne, réussie parce qu'elle ne sert que de décors sans prétendre ajouter ou détourner le sens de la pièce. La mise en scène resserre heureusement le rythme, indispensable pour une comédie. Quelques vidéos muettes servent d'interludes, facétieusement introduites par Mario.

Les acteurs sont survoltés, j'imagine que ça peut agacer, pour ma part j'ai beaucoup ri, l'arrivée du faux Dorante m'a même déclenché un fou rire !

Heureusement, les acteurs ne font pas que du burlesque, et j'ai trouvé Salomé Villiers particulièrement convaincante lorsqu'elle est troublée par celui qu'elle croit être Bourguignon, joué par le très classe François Nambot. Par contre j'ai été surpris du choix de maintenir Lysette et Arlequin dans un mode tendu, très sérieux après leurs aveux réciproques, on aurait pu s'attendre à plus de tendresse pour clore cette scène.

La pièce reste cependant ce qu'elle est, on évitera de la juger avec nos esprits du 21e siècle. C'est sûr que la lutte des classes ne passera pas par là! Une belle réussite, un vrai plaisir de ré-entendre ce texte.
28 mai 2016
9/10
40 0
Dans la petite salle surchauffée du Lucernaire, grand coup de fraîcheur sur scène ! Une troupe de jeunes acteurs insuffle un vent de modernité à une pièce datant de 1730. Marivaux version pop des années 1970.

On ne sait d'où vient cette fraîcheur : du jeu décontracté à l'interprétation très moderne des personnages ? des couleurs flashy et pastels ? du jardin ensoleillé avec ses transats et ses boissons rafraîchissantes ? des costumes qui sont parfois de vraies trouvailles ! (j'ai adoré la combinaison d'apiculteur, les chaussons peluche, et le pantalon jaune hyper moulant m'a laissée sans voix...!) ? ou de la mise en scène imaginative et pétillante de Salomé Villiers ?

Le texte est scrupuleusement respecté et dans la salle, la bande de lycéens présente éclate de rire en voyant que le frère guindé du livre étudié en classe, fait son entrée, affublé d'une terrible gueule de bois et se faisant une petite aspirine ! Le décalage entre le texte et la mise en scène, étonnant au début, s'évanouit très rapidement devant un jeu plein de naturel.

Les inserts vidéos sur le drap blanc montrent les scènes que la pièce nous laisse deviner. Elles sont accélérées, en musique, sans dialogues bien entendu, mais donnent un bon rythme et accentuent la modernité de la mise en scène. C'est gai. C'est frais. C'est enthousiasmant !

Les comédiens sont épatants. On s'amuse follement et on en oublie presque que la pièce traite de préjugés sociaux, de mariage arrangé, de lutte de classes ! "Oh ils sont méchants quand même", lance une lycéenne derrière moi. Hé oui, une servante ne peut prétendre séduire un bel héritier et son espoir fait rire la famille bourgeoise. A la fin chacun revient à sa place.

Il faisait chaud en cette soirée de fin mai, mais la pièce a apporté une bonne bouffée d'air frais ! Ca fait du bien... La pièce est jouée au festival d'Avignon cet été et devant un succès mérité, revient à Paris à la rentrée.
22 mai 2016
7,5/10
94 0
Comme pour beaucoup de pièces au Lucernaire, c'est une version assez étonnante mais au final très réussie.

Le jeu de l'amour et du hasard fait partie des pièces assez indémodables qui semblent pouvoir être adaptées de mille et une façon. Pourtant, en découvrant les décors, on se dit qu'on risque quand même d'avoir du mal à adhérer à l'idée du Jeu de l'Amour et du Hasard à la plage...

Mais si cette version reste crédible c'est surtout parce que, même si elle prend des libertés énormes par ses décors très rafraichissants et sa mise en scène moderne et enlevée, elle reste extrêmement fidèle au texte. Et puis aussi grâce au jeu très juste des acteurs.

C'est une belle version pour découvrir ou redécouvrir cette pièce.
17 mai 2016
7/10
81 0
Ayant déjà vu une adaptation contemporaine de ce classique par Philippe Calvario, c'est avec beaucoup d'attentes que je suis allée voir cette nouvelle version au Lucernaire.

Je n'ai pas été déçue. La mise en scène est intelligente et les intermèdes vidéo donnent de la fraîcheur à un texte un peu lourd et poussiéreux. Le gazon, les fleurs colorées et les habits extravagants donnent un gros coup de pep's et ancrent le propos dans notre contemporanéité.
Seul bémol sur l'un des comédiens qui, je trouve, en fait un tout petit peu trop.

Très jolie pièce, parfaite pour (re)découvrir Marivaux !
16 mai 2016
8/10
105 0
Une version éclatante de cette oeuvre de Marivaux, que l'on pense déjà connaitre mais que l'on se surprend à redécouvrir dans cette mise en scène très réussie de Salomé Villiers.

Cette mise en scène, percutante et rafraîchissante, avec des inserts de vidéos et des ressorts comiques que l'on est peu habitués à voir dans des œuvres classiques, est et reste d'un bout à l'autre au service du texte.

C'est la grande force de cette direction, et du jeu des 5 protagonistes, celle de donner à entendre le texte de Marivaux dans toute son ampleur, dans toute son intemporalité. Une très belle performance.

On ressort surpris et heureux de voir un classique parmi les classiques ainsi dynamisé, pour le plus grand bonheur des spectateurs - des habitués du Lucernaire aux lycéens amenés par leur professeur.
14 mai 2016
7,5/10
60 0
Le jeu de l'amour et du hasard version années 60-70 que va en penser un "conservateur" comme moi ? J'ai tremblé lors du visionnage d'un premier petit film sur un drap tendu devant la scène (une version SM ?!?)... Heureusement non, le spectateur est rapidement captivé par cette version vivante et colorée de la pièce. Acteurs, mise en scène tout est maîtrisé.

A noter toutefois, si ce mélange fonctionne c'est tout d'abord par la modernité du texte et de l'intrigue de Marivaux. Qu'un texte du XVIIIème siècle soit tellement actuel est une véritable prouesse.

C'est la pièce idéale en semaine pour se changer les idée et passer une bonne soirée.
14 mai 2016
7,5/10
74 0
Pouvoir revoir une pièce et ne pas s'en lasser : c'est exactement ce qu'il se passe avec ce jeu de l'amour et du hasard.

C'était donc la troisième fois que je vois cette pièce en moins de deux ans et elle me plait toujours sans aucune lassitude. Le texte d'une part et la mise en scène, les costumes et décors, d'autre part, y sont pour beaucoup.

Cette version se démarque par la fraicheur qui s'en dégage : des couleurs acidulées partout, un transat, de la chemise hawaienne,... Bref un avant gout de vacances d'été pas désagréable du tout. Les astuces de mise en scène aussi sont vraiment ingénieuses aussi.

Les comédiens sont très bons évidement et semblent prendre bien du plaisir à cette représentation.

On retrouve dans cette version tous les enjeux de Marivaux.
Une belle soirée.
12 mai 2016
7,5/10
48 0
Sylvia et Dorante sont promis l’un à l’autre. Toutefois, ils se refusent à s’épouser s’ils ne se plaisent pas. Grand bien leur fasse. Vont-ils alors apprendre à s’aimer sous des apparences différentes de leur statut social ? L’amour triomphe t’il toujours de tout ?

Sylvia apprend de la bouche de son père, M. Orgon, qu’un prétendant va venir à sa rencontre en vue d’un mariage. Ce n’est pas n’importe qui, c’est le fils d’un très bon ami, qui se nomme Dorante. Le jeune homme veut jauger de la qualité de la belle avant de la prendre pour épouse et pour cela, il va se faire passer pour son servant et le servant va devenir maître. Par chance, la belle Sylvia a la même idée. Ils ne vont pas être déçus lorsque chacun va découvrir le maître de l’autre. Le père et le frère de Sylvia étaient dans la confidence des deux changements d’identités et vont s’amuser des deux jeunes garnements.

Sans surprise, vous savez qu’ils vont tomber amoureux l’un de l’autre. Dorante va même montrer qu’il est prêt à quitter son rang social pour être avec Sylvia. La voilà rassurée, il l’aime vraiment pour ce qu’elle est. Elle peut lui dévoiler son identité et ainsi tout le monde peut être heureux.

Cela doit faire quatre fois que je vais voir cette pièce de Marivaux avec des mises en scène différentes. J’adore le choix de la mise en scène moderne, colorée et florale de Salomé Villiers. Bonjour robe rouge moulante, chemise hawaïenne et chaussures à talons. Coucou la vaisselle aux couleurs pop et le mobilier tout en confort. Les mots sont intemporels et ce choix de mise en place de l’histoire est intelligemment trouvé. J’ai été totalement conquise avec pleins d’astuces pour les ailleurs de l’histoire où les moments trop long avec la projection sur un drap blanc tiré par les comédiens.

Puis les comédiens (Salomé Villiers, Bertrand Mounier et Étienne Launay) sont vraiment tous très bons même si j’ai un coup de cœur pour Dorante (François Nambot) et la suivante, Lisette (Raphaëlle Lemann). Les moments de surprises et d’étonnement sont très biens faits tout comme les scènes de love love. Il y a du travail derrière ce spectacle et cela se voit. C’est très agréable de voir du théâtre de si bonne qualité avec autant de talent, d’énergie, de fougue et d’humour. Car c’est une pièce comique avant tout « Le jeu de l’amour et du hasard » avec pleins de quiproquos, de jeux et de situations concasses. J’ai ri assez souvent et j’ai aussi souri bêtement.

Je n’oublie pas de dire que sous ce badinage se cache quand même un peu de réflexion. Le rapport maître/servant interroge sur la société, l’égalité des chances, des sexes et les différences de classe. Mais que les protagonistes soient dans une maison bourgeoise ou sur une île d’esclaves, cela ne change pas car au final chacun retrouvera sa place et chacun reste entre soi. Marivaux veut peut-être engager une discussion toutefois dans ses pièces l’espoir lui n’est pas de mise. Question d’époque ou question d’évidence ? L’amour rime avec argent et travail quand même et cela qu’importe l’époque. Un riche peut-il aimer une pauvre ? Oui, dans l’idée mais comment créer un rapport d’égalité dans le couple pour que chacun soit gagnant-gagnant ? Des questions qui amèneront pleins de discussion, je n’en doute pas.

Vous l’aurez compris, Marivaux vous fera rire, sourire et repartir de la salle le cœur en joie. Alors pourquoi ne pas passer 1h10 au théâtre du Lucernaire puisque c’est pour vous faire du bien ?
7 mai 2016
8/10
86 0
Beaucoup de gaieté dans cette version modernisée de la pièce de Marivaux.

Comme quoi, les bons textes ne vieillissent pas et s'adaptent au fil du temps.
Un décor et des costumes colorés, un jeu de comédiens fluide et une bonne mise en scène.

On y passe un très agréable moment.
28 avr. 2016
8/10
144 0
Un parasol et un transat à cour ; des arbrisseaux encadrant une pelouse ; une carafe rafraîchissante remplie de menthe à l’eau. Bref, sea, sex and sun et un décor qui fleure bon les vacances estivales. Pas de Mademoiselle Bardot à l’horizon pourtant. Plutôt l’ami Marivaux, les pieds dans l’eau en mode détente insouciante. Au Lucernaire, la jeune Salomé Villiers s’épanouit librement avec espièglerie dans un badinage piquant aux enjeux limpides.

Chez Marivaux, l’amour est toujours soumis à rude épreuve. Silvia souhaite tester la sincérité de Dorante en échangeant de costume avec sa servante Lisette, histoire d’espionner à sa guise son prétendant. Mais Dorante a la même idée et troque ses habits contre ceux de son valet Arlequin Le chassé-croisé amoureux révélera alors les véritables inclinations de chacun.

Récréation campagnarde
Pour représenter cette comédie du paraître, Salomé Villiers mise à fond sur une légèreté 60’s entre robes Vichy, couleurs acidulées et flashy et poupées pin-up. Pas d’insistance sur l’aspect social de la pièce mais un penchant vers une folle gaité, un jeu sans conséquences. Une forme de récréation en somme. Vivifiée par une vidéo parfaitement intégrée au dispositif scénique et qui allège les dialogues via un concours de mimiques, la mise en scène ne perd pas une seconde : la langue châtiée et fine de Marivaux s’entend sans problème.

Tous les comédiens semblent heureux de se retrouver dans ce marivaudage ludique à commencer par la metteur en scène elle-même, délicieuse en Silvia chipie et sensible. Raphaëlle Lemann incarne une Lisette gourmande et coquine ; François Nambot, un Dorante digne et viril en paysan rustique ; Bertrand Mounier régale en Mario maniéré et taquin ; Étienne Launay est parfait en domestique beauf et repoussant. Enfin, Philippe Perussel se montre loufoque à souhait en Orgon apiculteur aux chaussons-escargots si rigolos.

Pas de prise de tête avec Jeu de l’amour et du hasard ; on se la coule douce sous un soleil campagnard et bucolique. On se cherche et on expérimente ; on badine et on se confesse sur le ton de la comédie estivale qui redonne le moral. Alors on enfile son chapeau de paille et on se lance à la conquête de l’amour au Lucernaire !
28 avr. 2016
9/10
26 0
C’est dans une scénographie très printanière, saison des amours, que Salomé Villiers décide de transposer la pièce.

Nous sommes dans un jardin, baigné par les rayons chauds du soleil, où la langue de Marivaux se fait entendre à merveille, incroyablement moderne et contemporaine sans pour autant s’écarter des mots de l’époque. En effet, la pièce possède un côté intemporel très plaisant dont s’empare la jeune metteure en scène avec un propos résolument actuel. Silvia parait sur le plateau sans un short et débardeur large, comme les jeunes adultes de son âge. Son père, en revanche, hérite d’un côté plaisantin et fantaisiste en débarquant tantôt en pyjama bleu céleste avec des chaussons en forme d’extra-terrestres, tantôt dans une tenue d’apiculteur qui lui convient parfaitement. De petites vidéos à la bande-son pop rock (où il est appréciable d’entendre par exemple l’excellent Time de David Bowie) servent d’intermèdes entre les actes et renforcent le rythme vif et soutenu de la pièce qui ne laisse aucune place à l’ennui. On regrette même que le dénouement arrive si vite.

Côté distribution, l’homogénéité règne sur le plateau. La metteure en scène, Salomé Villiers, endosse les habits de la douce Silvia qui se montre particulièrement touchante et sensible, de même que François Nambot incarne un Dorante sincère et distingué. Du côté des domestiques, l’ingénue Lisette est un véritable rayon de soleil sous les traits de Raphaëlle Lemann. La jeune femme, qui badine allègrement sur un transat, sait trouver le ton juste et se montrer coquine, aussi bien dans son rôle de suivante que lorsqu’elle incarne sa maîtresse, une sorte de Betty Boop énergique et joueuse. Etienne Launay n’est pas en reste. Dans la peau d’Arlequin, pantalon jaune, chemise à motifs et lunettes de soleil, il fait une entrée triomphante. Son arrogance, son langage trivial de beauf sorti tout droit de sa campagne profonde et sa garde-robe digne d’un Patrick Chirac au camping des Flots-Bleus (son short de bain jaune à pieuvres restera dans les annales) nous font sourire sans jamais tomber dans la moquerie ou la caricature. Philippe Perrussel, de son côté, est un Orgon hilarant, tout en nuances mais avec la spontanéité d’un grand enfant. Enfin, Bertrand Mounier est Mario, le fils de la maison, un jeune homme maniéré et extravagant qui parvient à nous toucher.

Salomé Villiers fait souffler sur le plateau du Lucernaire sa très bonne compréhension de la pièce, avec un vent de légèreté, de fraîcheur et de candeur qui rend ce combat entre l’amour et la raison un propos moderne. Tous les enjeux de Marivaux se retrouvent avec une limpidité et une fluidité salutaires. Sa mise en scène, ingénieuse et acidulée, permet d’apprécier pleinement son talent, servi grandement par une distribution dynamique et savoureuse. Ce jeu de l’amour et du hasard a le goût des premières glaces estivales au bord de la piscine, et se déguste sans modération jusqu’au 4 juin 2016.
22 avr. 2016
8,5/10
188 0
Qui donc a décrété que Marivaux et la Pop/Rock des années 60/70 étaient incompatibles ?
Assurément, celui-là n'a pas vu cette brillante adaptation de Salomé Villiers, menée tambour battant !
Il fallait oser.
Elle a osé.
Et elle a très bien fait.
En trois mots comme en cent, ce fut une soirée délicieuse, épatante et formidable !

Le point commun de ces deux entités apparemment éloignées (Marivaux et la pop/Rock), ce point commun est bien entendu le questionnement de l'ordre établi et des préjugés sociaux.

La double intrigue, les maîtres et les valets qui échangent leur rôle social, est prise à bras le corps par les cinq brillants comédiens (Raphaëlle Lemann- « Lisette », Bertrand Mounier- « Mario », François Nambot- « Dorante », Etienne Launay- « Arlequin », Philippe Perrussel- « Orgon » et l'également metteure en scène Salomé Villiers- « Silvia »).

Oui, c'est vrai, l'auteur nous parle d'amour, de passion, d'envie, de désir.
Certes.
Mais pas que.

Marivaux, avec cette admirable langue du XVIIIème, n'est pas un révolutionnaire, mais il est totalement au fait des enjeux sociétaux de son époque.

Melle Villiers a bien compris une chose : on est vraiment, avec cette pièce, dans une totale et sauvage lutte des classes, totalement assumée à l'époque, mais complètement tue, larvée et qui ne dit pas son nom aujourd'hui.
D'où son parti-pris de la transposition moderne.

Elle a également rendu de façon éclatante le propos vraiment féministe de cette pièce : les femmes savent ce qu'elles veulent, le revendiquent et assument !

Le quintet de comédiens, mené à la baguette par le pater familias Orgon (Philippe Perrussel, qui fut le professeur des quatre autres) est parfait de justesse, de cohérence et de complicité.
On le voit, on le ressent : ils s'amusent !
Ils se sont d'ailleurs regroupés en troupe, ce qui est un signe qui ne trompe pas : le théâtre, c'est avant tout une affaire de copains qui s'amusent à jouer entre eux.

Une trouvaille dramaturgique : de temps en temps, des clips-video hilarants nous montrent ce que font les personnages lorsqu'ils ne sont pas sur le plateau, entre les actes.
Une riche idée, qui fonctionne à merveille.

On aura compris mon enthousiasme.
Courez au Lucernaire, jusqu'au 4 juin prochain, ou bien au Festival d'Avignon cet été, dans la salle du Roi-René, où la petite troupe reprendra cette brillante production.

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Pour celles et ceux qui voudraient approfondir le sujet, je suis resté poser quelques questions à Melle Villiers et aux quatre autres comédiens après le spectacle.
Vous pourrez retrouver tout ceci sur dans les jours qui viennent mon blog référencé plus haut.
11 avr. 2016
7,5/10
64 0
Me voilà, avec ce Jeu de l'Amour et du Hasard, revenu avec mon admiration pour des acteurs renouvelant avec fraîcheur et bonheur une tradition théâtrale en l'occurrence justement et bien établie.

Quel entrain et quelle justesse pour l'ensemble du plateau et chacun des acteurs ! Une mention particulière pour la jeune, jolie, subtile et talentueuse "metteuse en scène". Salomé Villiers donne à Marivaux tout le sel et toute la subtilité que mérite ce grand auteur. Allez-y et emmenez-y enfants, parents et amis.