Critiques pour l'événement Le cours classique
20 sept. 2019
9/10
1
P. Duclos et G. Œstermann sont les acteurs parfaits de ce spectacle construit autour d'un fait divers.
Mais la réflexion va beaucoup plus loin et m'a captivée de minute en minute.
J'ai découvert un texte (et un auteur Y. Ravey) que je ne connaissais pas et que j'apprécie beaucoup.
17 sept. 2019
6/10
2
« Le prof d’anglais accompagne les élèves en cours de natation. Mais deux collégiens se jettent sur lui, jouent à le couler. Mauvaise farce ou tentative d’assassinat ? Au collège Trinité, tout s’enraye jusqu’à la catastrophe. »
À partir du fait divers, des discussions s’en suivent sur la marche à suivre. Avis divergents et positions fermes s’enchainent entre le professeur principal et le censeur du collège.

Un avis mitigé pour cette pièce. Les morceaux choisis sont intéressants mais parfois très (trop) long. Le début de la pièce en particulier est assez lent et rébarbatif.

Mention spéciale pour le magnifique décor !

Mais tout de même, la progression est intéressante. De plus, il faut impérativement rester pour assister à ce brillantissime moment ou Philippe Duclos, sous la forme d’une démonstration, ou plutôt d’une véritable plaidoirie, nous présente la reconstitution de l’humiliation du professeur. Le ton est parfait, la gestuelle étudiée, c’est superbe !
La justesse et la sincérité du jeu font de ce bref moment un petit bijou théâtrale.
Quel brio !
13 sept. 2019
8,5/10
5
Belle surprise de la rentrée (scolaire/théâtrale) : c'est grinçant, parfois acerbe, mais surtout brillant.
Une troublante farce noire, qui interpelle.

L'interprétation magistrale de Philippe Duclos et de Grégoire Œstermann y est pour beaucoup.
8 sept. 2019
7/10
7
Le cours classique d’Yves Ravey (Editions de minuit) est proposé au Rond-Point en cette rentrée théâtrale, adapté par Joël Jouanneau et Sandrine Lanno, cette dernière officie aussi à la mise en scène.

M. Bligh est professeur principal du cours classique d'acquisition du savoir dans le collège Trinité. Il interroge ses élèves collégiens sur les évènements qui ont eu lieu pendant le cours d’éducation physique à la piscine et au prof d’anglais les accompagnant : M. Pipota, M. Pipota s’était changé et nageait dans le bassin. Des élèves virulents l’ont coulé. L'administration du collège, en la personne de M. Saint-Exupéry, ouvre une enquête : y a-t-il eu tentative de meurtre ? Faut il exclure des élèves ?

Tout d’abord un mot pour le magnifique décor qui tient à la fois de la salle de cours et de la piscine qui nous plonge dans l’ambiance avant même que la pièce ne démarre.

L’affrontement ne sera pas celui des élèves contre les profs auquel nous nous attendions mais celui du professeur principal contre M. Saint-Exupéry qui est ‘censeur des études’ et qui anime avec une hargne malsaine une chasse aux collégiens assez démoniaque.

Alors oui j’ai trouvé par moment des longueurs et des exagérations mais elles me semblent nécessaires pour amener une scène fantastique : la reconstitution de la scène de noyade à l’aide d’un plan de la piscine accroché face à nous et de deux stylos marqueurs de couleurs différentes (très importants les deux couleurs !!). La scène est réussie et hilarante et les deux comédiens sont drôlissimes.
Parlons des comédiens : ils sont fabuleux !!!

M. Bligh, c’est Grégoire Œstermann, j’ai beaucoup aimé sa façon de parler et partager ses expériences avec ses élèves, on sent que c’est un prof qui croit encore un peu en sa mission. Il est humain.

Tout à l’opposé, nous avons M. Saint-Exupéry incarné par Philippe Duclos qui est une machine à broyer de l’élève et qui n’hésite pas à utiliser des raisonnements tortueux pour arriver à ses fins. Son look est en adéquation avec ce personnage retors.

Rien que pour ces deux-là, il faut voir le cours classique.
9/10
1
... Un spectacle plus fort qu’il n’y paraît au début, sa progression originale nous tient en haleine. L’interprétation magistrale de Philippe Duclos et de Grégoire Œstermann y est sans doute pour beaucoup. Je conseille vivement ce spectacle.
7 sept. 2019
6/10
30
Joël Jouanneau et Sandrine Lanno ont adapté le roman de Yves Ravey, publié en 1995, pour en faire un spectacle de 1h40.
Etait-ce une bonne idée ?

Oui, car ce faisant, ils nous permettent de nous délecter, je pèse cet infinitif, à voir jouer deux merveilleux acteurs, Philippe Duclos et Grégoire Œstermann, avec notamment une scène de comédie d'anthologie.

Des spectateurs sont partis lors de la représentation d'hier au bout de quinze minutes.
Ils ont eu tort.

Il faut absolument attendre une heure, dans la chaleur de la salle Jean Tardieu, pour assister à cette scène épatante.

Mais de quoi s'agit-il ?
Dans ce roman de cent-trente-neuf pages, M. Bligh est professeur du cours classique d'acquisition du savoir dans le collège Trinité.

Il va nous apprendre la mésaventure arrivée récemment à M. Pipota, prof d'anglais « rasant les murs », ayant accompagné son collègue prof d'EPS et ses élèves à la piscine.
M. Pipota a revêtu un maillot de bain et un bonnet rouge qui le couvrent de ridicule.

Il plonge dans le bassin, et deux des collégiens décident de sauter sur lui pour le couler.
L'administration du collège ouvre une enquête : ont-ils voulu l'assassiner ?

Yves Ravey, ci-devant prof d'arts plastiques et de lettres en 1995, a réglé avec ce roman bien des comptes avec l'Education Nationale : apprentissage par les élèves de la soumission, dénonciation des mécanismes d'exclusion, toute puissance de l'administration, formation insuffisante des enseignants, etc, etc...

Ce qui va se jouer, c'est une opposition permanente mais feutrée, hypocrite, entre un enseignant représentant tout le corps professoral, et un « Censeur des études », suppôt de l'administration.

Grégoire Œstermann est ce prof principal, qui arrive dans un décor très réussi mi-piscine mi-salle de classe.
Il a la tenue du parfait enseignant, chaussant comme de bien entendu des souliers Méphisto, ces chaussures qui font dire au chanteur Guillaume Aldebert dans sa chanson « La rentrée des classes » qu'on comprend ainsi que c'est un métier diabolique.
Le comédien joue ce type qui a encore quelques illusions, qui y croit encore un peu, qui entretient des rapports assez ouverts avec ses élèves.
Ses évocations de ses années d'apprentissage du métier sont épatantes. Je n'en dis pas plus...

Philippe Duclos est quant à lui ce Censeur, ce représentant de l'administration.
Le comédien est excellentissime à jouer cette espèce de jésuite, (vous savez, ces types qui lorsqu'ils demandent leur chemin se voient répondre : n'insistez pas, vous n'y arriverez pas, c'est tout droit... )
Sa composition est phénoménale !

Ses petits sourires en dessous, ses regards chafouins, ses yeux qui se plissent, ses tons tour à tour compassés, autoritaires, paternalistes, doucereux, sa gestuelle qui rappelle celle de certains prêtres (ce collège Trinité est probablement un collège catholique sous contrat...), tout ceci est véritablement épatant. Un vrai bonheur ! Du grand art !

Et la fameuse scène arrive. Une scène de reconstitution du forfait.
Une vraie scène de comédie, dix minutes formidables, un moment d'anthologie, vous dis-je !
Armés de deux feutres, devant le plan de la piscine, les deux comédiens sont purement et simplement hilarants.

Il faut donc aller au Rond-Point pour voir jouer Philippe Duclos et Grégoire Œstermann !
Deux comédiens nous régalent !
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Et si l'on veut lire (est-elle donnée actuellement à Paris, je ne le pense pas...) une « vraie » pièce de théâtre très contemporaine consacrée aux terribles difficultés actuelles de concilier le pentagone Apprenant-Apprenti-Administration-Familles-Société, je vous conseille « Le principe d'Archimède » du catalan Josep-Maria Miro. (Curieusement, une piscine y tient également un rôle prépondérant...)
Cette pièce a d'ailleurs été lue à la Comédie française dans le cadre du Bureau des Lecteurs.