Critiques pour l'événement Le Bizarre Incident du Chien pendant la Nuit
11 sept. 2015
6,5/10
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Ce n’est pas dans le théâtre de la Tempête qu’on entre mais dans un autre monde, celui de Christopher, jeune enfant autiste et génial.

C’est un monde logique, géométrique, aux lumières carrées et où tous les objets ont des angles droits. Un monde froid, organisé, et très enfantin mais qui nous semble, à la fin de la pièce, chaleureux et familier.

Cette distanciation que Christopher prend avec le réel nous fait apparaître, avec d’autant plus de cruauté, les malheurs qu’il traverse lui et sa famille. C’est une tragédie, mais vue sous l’œil enfantin et mathématique d’un enfant de 15 ans, trois mois, et quelques jours (comme il aime si souvent le répéter). Dans son monde constitué d’étoiles, de trous noirs, et de théorèmes mathématiques, plusieurs personnes gravitent : Shioban, jeune fille aidant Christopher dans son quotidien mais aussi à écrire son histoire, et qui se fait le parfait médium entre l’onirisme du garçon (qu’elle suit et qu’elle encourage) et la réalité qu’elle rappelle en permanence (oui, nous sommes au théâtre, et nous suivons une pièce écrite par le personnage principal au moment même où il l’écrit). Il y a aussi son père, qui s’occupe de lui avec dévouement mais qui sera pourtant la cause du basculement tragique de la pièce, par excès d’envie de protéger son enfant. Sa mère aussi, absente la plupart du temps mais en même temps présente, par sa voix et par ses lettres et qui, à travers la quête du meurtrier du chien Wellington, devient la recherche absolue du héros.
Toutes ces personnes forment le monde humain souple et dissolu qui entoure Christopher tout en se heurtant à sa rigidité à lui, à son inflexibilité face à la vérité des faits.

Le bizarre incident du chien pendant la nuit s’étire parfois un peu trop en longueur, par des explications trop évidentes ou inutiles mais qu’un événement vient vite faire rebondir, soit par des danses qui offrent une certaine souplesse à la rigidité du décors et du monde dans lequel le public évolue, soit par la musique, soit par une nouvelle péripétie, une nouvelle énergie qui est insufflée dans la pièce. On a parfois du mal à suivre le déroulé des épisodes désordonnés de la vie du personnage mais l’énergie de la pièce, de ses acteurs, et surtout l’incroyable histoire qui nous est racontée nous maintient en haleine pendant deux heures et demi.

Un joyeux happy end qui transforme en espoir les maladresses des hommes face au monde droit de Christopher.