Critiques pour l'événement La Médiation
26 juin 2016
7,5/10
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Pierre et Anna se sont séparés. De leur amour est né un enfant, Archimède, qu'il faut préserver de cette situation. Pour cela, le juge les envoie faire une médiation familiale afin de rétablir un dialogue pacifique pour le bien être du bambin. Face à deux psychologues, le couple va s'expliquer.

Pierre (Morgan Perez) va se séparer d'Anna (Chloé Lambert). Ensemble, ils ont eu Archimède. Les gardes ne sont pas faciles à gérer car Pierre a un projet qui lui tient à coeur en plus de quelques aventures. La discorde commence à prendre le pas. Le juge oblige le couple à aller voir deux psychologues Isabelle (Raphaëline Goupilleau) et Jeanne (Ophelia Kolb) dans le cadre d'une médiation familiale. Pour le bien-être de l'enfant, les parents doivent s'entendre et respecter les droits de garde.

Les deux médiatrices sont liées, elles sont mère et fille et ne perçoivent pas le monde et la famille de la même façon. Malgré le fait qu'elles ne doivent pas juger, elles vont être partagées sur le couple. L'une va prendre la défense de la femme et l'autre de l'homme. Le couple va devoir mettre ces blessures et son orgueil sur la table. Les mots vont fuser, éclater, dire, démontrer... pour laisser la joie comme la tristesse prendre toute sa place.

Le Théâtre de Poche propose encore une nouvelle fois un spectacle extraordinaire avec un texte finement écrit, une mise en scène très astucieuse et avec des comédiens de très grands talents. Les personnages sont vrais et se dévoilent avec une telle authenticité que je n'ai pas eu le choix de m'attacher à eux et de les aimer autant que les détester. J'ai été bluffé par leur prestation qui m'a captivé pendant le temps de toute la représentation.

Un excellent spectacle à voir.
18 juin 2016
6,5/10
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Le thème du divorce, abordé ici sous l'angle de la médiation, avait attiré mon attention. Ce sujet, le divorce, m'étant familier. Je me suis donc retrouvée dans le public et la petite chaise vide, sensée matérialiser le fils du couple, a résonné chez moi comme un écho. C'est dire si cette pièce remue.

Au final, je ne l'ai pas aimée car elle a fait remonter à la surface des souvenirs difficiles. Mais cela m'est propre.
Si je reste objective, cela veut dire que la pièce touche directement le public et remplit sa fonction. Divertir mais aussi faire réfléchir. Le sujet est dur et l'on comprend que si les parents ont choisi d'avoir recours à la médiation c'est justement pour préserver au maximum leur enfant. Plusieurs RDV sont planifiés avec les parents. Chaque médiatrice se substituant selon le cas à la mère ou au père. Comment ? C'est simple, lorsque le mari s'adresse à sa femme, il doit le faire avec la médiatrice de sa femme et jamais à son épouse directement. Cela crée une distance et cela permet de désamorcer les tensions et d'établir un dialogue plus serein. Cela est bien expliqué dans la pièce. J'ai également bien aimé la mise en scène avec ce tableau où les mots qui sortent de la bouche des parents et que les deux médiatrices choisissent de conserver sont de fait soumis au regard de ce couple mais aussi à celui des spectateurs.

Bref une pièce coup de poing. Reste l'angle de vue apporté par les 2 comédiennes qui jouent le rôle de médiatrices. Leur différence d'âge, leur niveau d'expérience les opposent d'entrée. Que dire alors lorsque l'on découvre leur lien de parenté et leur histoire? La pièce utilise ce nouveau ressort pour relancer le débat. Peut-on rester impartial lorsque l'on a soi-même vécu une expérience similaire ? Je pense que non. Preuve en est par ce que j'ai écrit plus haut.

Lorsque le sujet est trop proche de sa propre histoire, les émotions peuvent parasiter l'objectivité et déboucher sur un rejet.
21 mars 2016
7/10
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On connait l’ultra médiatique et très charismatique père de l’enfant de Chloé LAMBERT ; on se doute que, si brillant et photogénique soit il, la vie quotidienne avec lui ne doit pas être un long fleuve tranquille : difficile de faire abstraction de cette réalité lorsqu’on assiste à la pièce qu’elle a écrite et dont elle signale elle même qu’elle est inspirée de son expérience personnelle.

L’intrigue est simple deux protagonistes : Pierre et Anna se déchirent sur les conditions de la garde de leur enfant ; sommés de suivre une médiation familiale, ils se trouvent face à une médiatrice et sa stagiaire dont les points de vue sur la situation semblent également matière à déchirements.

La médiatrice professe raison et neutralité mais ne s’est jamais remise de sa blessure de femme abandonnée et continue à maudire violemment l’homme qui l’a quittée plus de 20 ans auparavant, elle semble penser que vaut mieux pas de père qu’un père irresponsable ; la stagiaire (et fille de la médiatrice) défend le rôle du père compte tenu de son passé d’enfant qui en a été privé.

A partir de là l’auteure fait alterner les scènes et les points de vue et c’est là que le bât blesse : on sent non seulement dans la structure un peu « scolaire » du texte mais également dans son écriture, que l’auteure a composé « sous contrainte » sans réellement s’autoriser à donner sa position partisane et sans complexe. L’auto censure est restée la plus forte face à une auteure dont on sent tout le potentiel et le bouillonnement mais qui est resté sagement conforme au discours attendu.

Chloé LAMBERT avoue elle même dans le programme qu’elle à servi pareillement chaque personnage, ce n’est pas exactement la réalité : le personnage à charge reste, en filigrane, l’homme volage, limite pervers narcissique et père léger …On sent bien que l’auteur a cherché très honnêtement un contrepoint en n’épargnant pas non plus le personnage de la mère (dans une unique scène, où elle se montre surprotectrice et hystérique envers son enfant malade gardé chez sa mère), mais cela reste somme toute gentillet eu égard à la charge continuelle et larvée entretenue sur le personnage de l’ex conjoint qui reste, malgré le charme de Julien Boisselier, un vrai sale type.

On ressent la même obligation d’équilibre pour l’intrigue parallèle de la mère (la médiatrice) et de sa stagiaire de fille, collée un peu artificiellement comme une démonstration très politiquement correcte destinée à donner le point de vue raisonnable : « virer le père, même s’il le mérite, c’est mal car l’enfant en souffre ».

Ce discours, sans doute essentiel pour la psychologie de l’enfant, n’est pas la pensée instinctive d’une mère au moment d’une rupture qui se passe mal et certainement pas celui de l’auteure Chloé LAMBERT malgré tous les efforts qu’elle fait pour le dissimuler dans son texte ; sa pensée est dans doute plus proche de la médiatrice (personnage bridée qui n’a toujours pas digéré sa très ancienne rupture) et on retrouve quelques accents de sincérité dans certaines de ses envolées rageuses sur l’homme qui l’a délaissée. Le texte souffre donc de ce tiraillement interne non tranché.

Alors ? On rit souvent, les acteurs sont excellents, avec une mention spéciale pour Julien Boisselier en salaud magnifique et tête à claque ; on passe un bon moment, mais on rêve de la pièce qui aurait pu être écrite (elle en a le talent) si Chloé LAMBERT avait assumé son propos et sa pensée profonde en écrivant un « règlement de compte » acide, vitriolé, féroce et drôle au lien et place de cet édulcorée et très correcte médiation.

Un peu dommage …
17 févr. 2016
7/10
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Une forte attente. Une très forte attente. Trop forte peut-être. Une pièce de Chloé Lambert, que j'adore, avec Julien Boisselier, que j'adore, au théâtre de Poche que j'adore plus que tout. Donc, j'allais adorer, c'était écrit.

Justement, c'est un peu le problème, c'était écrit. Trop écrit peut-être. L'idée est bonne, le traitement est bon, les situations, les retournements, l'évolution des personnages, rien à dire, tout est bon. Ce qui m'a gêné (ça reste très personnel), c'est peut-être un volonté de trop bien faire dans les dialogues, de trouver la réplique qui fait mouche, là où la pièce gagnerait peut-être en simplicité. Je pense au personnage interprété par Julien Boisselier, trop peu caricatural, qui fait perdre un peu de force à la pièce et nous égare un peu quand on voudrait aller plus au fond de ce couple. On reste en surface de cet homme curieux, voire odieux, sans réellement comprendre pourquoi et comment il en est arrivé là.

Les autres personnages sont en revanche parfaits, avec un réel effet comique et pathétique quand il le faut. Le personnage interprété par Chloé Lambert est extrêmement convainquant. L'effet de contraste entre l'homme et la femme est peut-être voulu. Je serais dans ce cas passé à côté, cela arrive.

Je conseille vivement la pièce malgré ces petites réserves. La distribution est remarquable. Une mention spéciale à Ophélia Kolb, parfaite. Et ce plaisir incomparable d'aller au théâtre de poche.