Critiques pour l'événement La Médiation
13 juil. 2016
9,5/10
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Voilà une très bonne pièce.
Sur le sujet on peut tiquer ou être attiré : le divorce, c'est pas un sujet folichon et ça touche un couple sur deux en région parisienne. J'ai craint la comédie "oh le salaud et elle pas mieux !!" version tsointsoin ! J'ai craint aussi le drame où on rentre chez soi le moral dans les chaussettes, version "ça nous arrivera tous un jour ou l'autre / ça nous est arrivé à nous aussi".
Finalement, j'ai beaucoup aimé.

Bon y'a un parti pris quand même, hein. Même si tous les personnages ne sont pas blancs et c'est là que c'est intéressant. Au début, c'est très clair sur le camp dans lequel on se place. Ensuite, on réalise que ce n'est pas si simple. Là dessus les conversations entre médiatrices ajoutent une couche de complexité dans les relations de couple / de famille. Mais c'est très fin. Très fluide dans cette complexité. Tout arrive à point.

Les comédiens sont extraordinaires. D'ailleurs je ne me souviens pas d'une telle homogénéité et unanimité dans le talent. D'habitude, on se dit que celui-ci était meilleur que celui-là mais là j'ai applaudi avec autant d'enthousiasme à tous. Je les en remercie car je suis entrée dans leur histoire avec les yeux et l'esprit en parfait éveil du début à la fin, en attente de la suite, jamais déçue et j'ai passé un très bon moment.

Merci à Chloé Lambert pour cette pièce, merci à julien Boisselier pour la mise en scène. Merci aux quatre comédiens (les deux premiers et les deux autres aussi magnifiques) pour cette soirée.

Bien entendu, je conseille !
11 juil. 2016
9/10
222
Une caricature des problèmes conjugaux très bien amenés par Chloé Lambert.

Le jeux des acteurs est excellent et on est très vite pris dans l'histoire. Tout comme les médiatrices on est pris au jeu du jugement (non impartial) du père et de la mère.

Cette pièce ci est tout aussi drôle que touchante. Il serait dommage de passer à côté!
4 juil. 2016
8/10
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La Médiation est une très belle pièce de Chloé Lambert. Elle nous parle de divorce, mais pas que, et c'est le plus intéressant. On en ressort avec plein de questionnements et de sujets de discussion.

La rupture, l'équilibre à avoir entre sa vie professionnelle et familiale, le pardon ou encore la notion de jugement sont ici des éléments de réflexion. Ceux ci, quoi que nombreux, sont tous amenés avec finesse et justesse par 4 comédiens qui excellent dans leur rôle.

A aller voir !
26 juin 2016
7,5/10
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Pierre et Anna se sont séparés. De leur amour est né un enfant, Archimède, qu'il faut préserver de cette situation. Pour cela, le juge les envoie faire une médiation familiale afin de rétablir un dialogue pacifique pour le bien être du bambin. Face à deux psychologues, le couple va s'expliquer.

Pierre (Morgan Perez) va se séparer d'Anna (Chloé Lambert). Ensemble, ils ont eu Archimède. Les gardes ne sont pas faciles à gérer car Pierre a un projet qui lui tient à coeur en plus de quelques aventures. La discorde commence à prendre le pas. Le juge oblige le couple à aller voir deux psychologues Isabelle (Raphaëline Goupilleau) et Jeanne (Ophelia Kolb) dans le cadre d'une médiation familiale. Pour le bien-être de l'enfant, les parents doivent s'entendre et respecter les droits de garde.

Les deux médiatrices sont liées, elles sont mère et fille et ne perçoivent pas le monde et la famille de la même façon. Malgré le fait qu'elles ne doivent pas juger, elles vont être partagées sur le couple. L'une va prendre la défense de la femme et l'autre de l'homme. Le couple va devoir mettre ces blessures et son orgueil sur la table. Les mots vont fuser, éclater, dire, démontrer... pour laisser la joie comme la tristesse prendre toute sa place.

Le Théâtre de Poche propose encore une nouvelle fois un spectacle extraordinaire avec un texte finement écrit, une mise en scène très astucieuse et avec des comédiens de très grands talents. Les personnages sont vrais et se dévoilent avec une telle authenticité que je n'ai pas eu le choix de m'attacher à eux et de les aimer autant que les détester. J'ai été bluffé par leur prestation qui m'a captivé pendant le temps de toute la représentation.

Un excellent spectacle à voir.
18 juin 2016
6,5/10
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Le thème du divorce, abordé ici sous l'angle de la médiation, avait attiré mon attention. Ce sujet, le divorce, m'étant familier. Je me suis donc retrouvée dans le public et la petite chaise vide, sensée matérialiser le fils du couple, a résonné chez moi comme un écho. C'est dire si cette pièce remue.

Au final, je ne l'ai pas aimée car elle a fait remonter à la surface des souvenirs difficiles. Mais cela m'est propre.
Si je reste objective, cela veut dire que la pièce touche directement le public et remplit sa fonction. Divertir mais aussi faire réfléchir. Le sujet est dur et l'on comprend que si les parents ont choisi d'avoir recours à la médiation c'est justement pour préserver au maximum leur enfant. Plusieurs RDV sont planifiés avec les parents. Chaque médiatrice se substituant selon le cas à la mère ou au père. Comment ? C'est simple, lorsque le mari s'adresse à sa femme, il doit le faire avec la médiatrice de sa femme et jamais à son épouse directement. Cela crée une distance et cela permet de désamorcer les tensions et d'établir un dialogue plus serein. Cela est bien expliqué dans la pièce. J'ai également bien aimé la mise en scène avec ce tableau où les mots qui sortent de la bouche des parents et que les deux médiatrices choisissent de conserver sont de fait soumis au regard de ce couple mais aussi à celui des spectateurs.

Bref une pièce coup de poing. Reste l'angle de vue apporté par les 2 comédiennes qui jouent le rôle de médiatrices. Leur différence d'âge, leur niveau d'expérience les opposent d'entrée. Que dire alors lorsque l'on découvre leur lien de parenté et leur histoire? La pièce utilise ce nouveau ressort pour relancer le débat. Peut-on rester impartial lorsque l'on a soi-même vécu une expérience similaire ? Je pense que non. Preuve en est par ce que j'ai écrit plus haut.

Lorsque le sujet est trop proche de sa propre histoire, les émotions peuvent parasiter l'objectivité et déboucher sur un rejet.
14 juin 2016
10/10
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Voilà un spectacle dont on ressort en se disant que non seulement on a appris quelque chose sur la nature humaine mais qu'en plus on a vécu un moment de pure distraction tant le jeu des comédiens est subtil dans leur manière d'aborder la chose.

Les conflits familiaux sont de plus en plus fréquents. En tout cas on ose en débattre alors que la rage était peut-être aussi forte autrefois, mais disons qu'elle était "contenue" ou "retenue". On a tant entendu la promesse de droit au bonheur que l'on pense qu'il suffit de s'aimer pour aplanir les angles. Pas du tout. Et quand un enfant devient un enjeu le conflit peut tourner au drame.

Il est présent tout au long du spectacle, symboliquement représenté par une petite chaise et parfois par une musique de berceuse. Il s'appelle Archimède et on peut dire qu'il exerce dans le conflit une poussée phénoménale.

La médiation aboutira-t-elle alors que les deux médiatrices s’opposent, elles aussi, sur la manière dont elles doivent conduire le dialogue ?
Le rappel à la loi ouvre le spectacle et bien entendu il faudra revenir sur le cadre à plusieurs reprises car la tentation de prendre le pouvoir est constante.
La médiation familiale entre dans le code civil le 4 mars 2002. Les Juges aux Affaires Familiales, conscients des difficultés de certains parents à trouver des arrangements en ce qui concerne leurs enfants, proposent de plus en plus souvent ce type de démarche, afin de permettre aux protagonistes d’entrer dans un processus d’apaisement et permettre la résolution de conflits difficiles et parfois traumatisants pour les enfants.

Chloé Lambert a écrit à partir de son expérience personnelle et avec talent une pièce extrêmement bien ficelée qui réussit à être une oeuvre de fiction tout en ayant une valeur universelle.

Ce qui est astucieux c'est d'avoir eu l'idée de dédoubler la figure de la médiatrice qui du coup ne s'exprime pas de façon univoque. La mère a pris sa fille comme "stagiaire" et les points de vue diffèrent. La tentation de se laisser convaincre par l'un ou l'autre est un écueil que le professionnel se doit d'éviter mais il révèle lui aussi ses failles humaines.

Isabelle, la plus aguerrie, (Raphaëline Goupilleau) reformule avec bienveillance mais fermeté d'une voix apaisante.

Jeanne, l’assistante et fille d’Isabelle, (Ophélia Kolb) va progressivement jouer un rôle de plus en plus déterminant.

Pierre, le père, (Julien Boisselier, qui est également metteur en scène) est, contrairement à ce que son prénom promet, une sorte de grand ado fragile, obsédé par les dinosaures, irresponsable et séducteur, maitrisant l'art de la rhétorique. Sa voix m'a fait penser à celle de Francis Huster dont il a toutes les qualités.

Anna, la mère (Chloé Lambert, également auteur, je le souligne) est a priori -mais le spectateur n'est pas dupe- plus sympathique. Ses névroses surgissent assez vite.

Les dialogues sont souvent très drôles. Le père se plaint d'être considéré comme un babysitter potentiel. La mère craint le suicide professionnel. La médiatrice aguerrie promet une bulle de liberté.

Ni juger, ni prendre parti ... mais parvenir à un accord, c'est il est vrai une promesse qui relève de l'utopie. On comprend à travers ce spectacle les limites mais aussi les voies possibles. Rire et émotion sont savamment dosés, autorisant la distraction sans nuire à la prise de conscience. S'amuser si intelligemment d'un sujet d'actualité aussi passionnel c'est suffisamment rare pour saluer ce travail chapeau bas.

Raphaëline Goupilleau était nominée pour le Molière de la Comédienne dans un second rôle. Ce ne sont pas moins de trois récompenses auxquelles le Poche Montparnasse aurait pu prétendre cette année (Alexis Moncorgé est la révélation masculine pour son interprétation d'Amok). La médiation mérite amplement le qualificatif de meilleure comédie (2016) attribué par le site AuBalcon. C'est une bonne chose que de lui faire jouer les prolongations jusqu'à la mi-juillet.
6 mai 2016
9,5/10
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Alors qu’une berceuse délicieuse s’élève dans les airs, une petite chaise d’enfant s’éclaire à jardin tandis que les articles de lois concernant l’autorité parentale s’égrainent.

Puis nous sommes parachutés dans le bureau d’Isabelle dont le métier de médiatrice consiste à recevoir des parents en conflit et de limiter les répercutions néfastes sur l’équilibre psychique des enfants. Aujourd’hui, elle s’entretient avec Anna et Pierre afin de tenter de renouer un dialogue pacifiste et cordial, dans le but de s’entendre avant l’audience chez le juge sur l’organisation de la vie de la seule chose qui désormais les unit à jamais : Archimède, leur fils de trois ans.

Malheureusement ce dernier devient un objet d’instrumentalisation des adultes pour rejeter leur propre souffrance sur l’autre jusqu’à comprendre que lorsqu’on n’est plus une famille, on demeure des parents. Il est l’enfant de la discorde, celui passé comme celui présent, celui qui par lui seul peut faire basculer la vie des autres. Alors il faut faire en sorte que ni la haine ni l’amour ne soit une menace. Ne pas se quitter mais rendre sa liberté à l’autre pour reprendre la sienne quand on a un enfant n’est pas chose aisée et demande beaucoup de temps. C’est ce que les quatre protagonistes comprendront par des chemins différents.

Julien Boisselier, qui signe également la très belle mise en scène de cette médiation familiale, est bouleversant en père de famille tantôt haïssable tantôt fragilisé. Il doit ainsi jouer une multitude de facettes pour rendre son personnage à la fois ange et démon. Il est paléontologue, travailleur acharné et l’autorité parentale qu’il exerce avec fracas le pousse à dialoguer avec Anna, son ancienne compagne, une styliste transformée en mère poule qui couve beaucoup trop son petit garçon. Restaurer la communication entre ces deux « artisans de leur séparation » semble mission impossible pour Isabelle (excellente Raphaëline Goupilleau) dont l’écoute bienveillante et impartiale n’est qu’une façade pour dérober aux regards extérieurs ses propres souffrances.

Séducteur, de mauvaise foi, manipulateur mais aussi père aimant et maladroit, Pierre est un personnage au bord de l’absurde mais bénéficiant d’une certaine réalité désarmante. Anna, incarnée avec passion par l’auteure, s’inquiète, se braque, se culpabilise, étouffe son entourage, se remet en question et finalement se reconstruit peu à peu. « Parler du passé permet de faire table rase » mais cela ne se fera pas sans larmes pour Chloé Lambert qui excelle dans toutes les émotions et fait des ravages dans le troisième acte où elle est véritablement métamorphosée. A leurs côtés, les deux médiatrices forment un duo explosif en endossant le rôle de la Suisse dans un conflit franco-allemand. Leur neutralité en apparence inébranlable, dissimule un portrait touchant de femmes fortes et fragiles. Isabelle, la mère de Jeanne, fraîchement diplômée en médiation, a tendance à se ranger du côté de la figure maternelle. Il faut dire que le père enchaîne les faux pas et la renvoie inexorablement à son passé. Jeanne est quant à elle hésitante avant de s’affirmer et de trouver le courage d’affronter elle aussi une médiation avec sa mère au sujet d’un père qu’elle n’a pas connue. Elle se laisse séduire par Pierre, qui à ses yeux est un parfait paradoxe, à la fois père et enfant, coupable et victime. Mais les différents entretiens pourraient bien venir aussi bousculer leurs certitudes et leur regard : « je me suis trompée, tout le monde a le droit de se tromper, même lui. ».

Ophelia Kolb apporte beaucoup de fraîcheur sur le plateau et se montre extrêmement caméléon, jouant sur le registre du rire et des larmes avec une candeur infernale, notamment dans la sublime scène finale, incroyablement poignante, où elle avoue se perdre à comprendre dans un face-à-face salvateur avec Raphaëline Goupilleau qui reconnait ses torts d’avoir seulement fait ce qu’elle a pu.

Nous sommes les témoins silencieux de ce huis clos de l’intime, au cœur du bureau de deux médiatrices, elles-mêmes en opposition sur la manière de conduire les entretiens afin d’aboutir à la réussite de la procédure, où les ressentis s’opposent, les conflits se désamorcent ou s’enveniment par une parole, un geste, un regard. Avec humour et intelligence, la finesse d’écriture de Chloé Lambert fabrique une pièce drôle et grave qui transcrit avec pertinence toutes les phases par lesquelles passent deux êtres qui se sont aimés et qui, maintenant que la séparation a été consommée, en viennent à se haïr dans l’expression inouïe d’une cruauté et d’une violence qui ne soulagent que de façon éphémère, avant de pouvoir enfin faire un pas vers l’autre pour le comprendre sans le juger et rétablir une forme de confiance.

Les personnages sont certes parfois excessifs mais ils sont terriblement humains, empathiques et ils nous amènent régulièrement à projeter sur leur histoire de fragments de notre propre expérience émotionnelle. Notre point de vue, le plus souvent subjectif, évolue en même temps que le leur, de manière fulgurante au cours des trois entretiens où chacun se met à nu pour se diriger vers un accord dans les limites et le respect de l’autre. Nous ressortons avec une esquisse de réponse à la question intimiste soulevée tout au long de la pièce : aurait-on pu pardonner nous aussi pour mieux s’entendre et mieux se comprendre sans anéantir toute possibilité d’aimer ?
22 avr. 2016
8,5/10
320
Très belle pièce.

Le jeu des 4 comédiens est vraiment brillant. La mise en scène est bien conçue et le texte percutant.
C'est une très bonne comédie avec une mise en abyme des médiatrices vraiment intéressante.

Je recommande vivement d'y aller.
17 avr. 2016
8/10
238
Excellente soirée au Théâtre de Poche où nous avons vu la Médiation : un beau texte enlevé qui résonnera chez beaucoup (...) emmené par quatre tous très bons acteurs avec une mention spéciale pour la médiatrice sénior et le mari.

Rythmée, structurée en 3 parties, j'ai juste un peu regretté la fin précipitée avec la volte face des deux personnages en début d'acte 3 : que s'est il donc passé pour qu'ils aient autant evolué? et le sujet du père inconnu de la jeune médiatrice n'est pas assez développé.

Malgré ces remarques, une excellente soirée qui mérite les bons retours qui en sont faits !
21 mars 2016
7/10
251
On connait l’ultra médiatique et très charismatique père de l’enfant de Chloé LAMBERT ; on se doute que, si brillant et photogénique soit il, la vie quotidienne avec lui ne doit pas être un long fleuve tranquille : difficile de faire abstraction de cette réalité lorsqu’on assiste à la pièce qu’elle a écrite et dont elle signale elle même qu’elle est inspirée de son expérience personnelle.

L’intrigue est simple deux protagonistes : Pierre et Anna se déchirent sur les conditions de la garde de leur enfant ; sommés de suivre une médiation familiale, ils se trouvent face à une médiatrice et sa stagiaire dont les points de vue sur la situation semblent également matière à déchirements.

La médiatrice professe raison et neutralité mais ne s’est jamais remise de sa blessure de femme abandonnée et continue à maudire violemment l’homme qui l’a quittée plus de 20 ans auparavant, elle semble penser que vaut mieux pas de père qu’un père irresponsable ; la stagiaire (et fille de la médiatrice) défend le rôle du père compte tenu de son passé d’enfant qui en a été privé.

A partir de là l’auteure fait alterner les scènes et les points de vue et c’est là que le bât blesse : on sent non seulement dans la structure un peu « scolaire » du texte mais également dans son écriture, que l’auteure a composé « sous contrainte » sans réellement s’autoriser à donner sa position partisane et sans complexe. L’auto censure est restée la plus forte face à une auteure dont on sent tout le potentiel et le bouillonnement mais qui est resté sagement conforme au discours attendu.

Chloé LAMBERT avoue elle même dans le programme qu’elle à servi pareillement chaque personnage, ce n’est pas exactement la réalité : le personnage à charge reste, en filigrane, l’homme volage, limite pervers narcissique et père léger …On sent bien que l’auteur a cherché très honnêtement un contrepoint en n’épargnant pas non plus le personnage de la mère (dans une unique scène, où elle se montre surprotectrice et hystérique envers son enfant malade gardé chez sa mère), mais cela reste somme toute gentillet eu égard à la charge continuelle et larvée entretenue sur le personnage de l’ex conjoint qui reste, malgré le charme de Julien Boisselier, un vrai sale type.

On ressent la même obligation d’équilibre pour l’intrigue parallèle de la mère (la médiatrice) et de sa stagiaire de fille, collée un peu artificiellement comme une démonstration très politiquement correcte destinée à donner le point de vue raisonnable : « virer le père, même s’il le mérite, c’est mal car l’enfant en souffre ».

Ce discours, sans doute essentiel pour la psychologie de l’enfant, n’est pas la pensée instinctive d’une mère au moment d’une rupture qui se passe mal et certainement pas celui de l’auteure Chloé LAMBERT malgré tous les efforts qu’elle fait pour le dissimuler dans son texte ; sa pensée est dans doute plus proche de la médiatrice (personnage bridée qui n’a toujours pas digéré sa très ancienne rupture) et on retrouve quelques accents de sincérité dans certaines de ses envolées rageuses sur l’homme qui l’a délaissée. Le texte souffre donc de ce tiraillement interne non tranché.

Alors ? On rit souvent, les acteurs sont excellents, avec une mention spéciale pour Julien Boisselier en salaud magnifique et tête à claque ; on passe un bon moment, mais on rêve de la pièce qui aurait pu être écrite (elle en a le talent) si Chloé LAMBERT avait assumé son propos et sa pensée profonde en écrivant un « règlement de compte » acide, vitriolé, féroce et drôle au lien et place de cet édulcorée et très correcte médiation.

Un peu dommage …
2 mars 2016
9,5/10
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Ma femme et moi sortons à peine de la salle et oui très très bonne comédie...

Rythmée du début à la fin, texte à la fois drôle et ancré dans un quotidien qui nous parle, jeu d'acteurs irréprochable (allez si on peut toujours trouver quelques petits effets surjoués mais bon), on est dedans, on sourit ou on rit c'est selon.

Bravo !
1 mars 2016
8/10
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Ménage à 4

Un peu inquiet après les premiers échanges plutôt braillards de ce couple qui se sépare, je suis finalement assez vite rentré dans le jeu des acteurs et du scénario assez malin de cette pièce en trois actes.

Le rythme correspond à trois séances de médiation familiale dans une affaire de séparation avec garde d’enfant à la clef. Si forcément quelques clichés de la vie de couple affleurent, la plupart sont très justes et certains plutôt originaux. La subtilité de l’écriture tient aussi à l’implication des deux médiatrices nommées par le juge, qui vont être influencées par les débats auxquels elles tentent de mettre de l’ordre et du sens.

Toute cette mise en scène débouche sur un final plutôt émouvant dans lequel Ophélia Kolb est éblouissante.

L’alternance de rires et d’émotions fait de cette pièce un très bon moment de théâtre grâce bien sûr aux comédiens dont le jeu est captivant : c’est peu dire car dans une petite salle, la médiocrité ne pardonne pas. Je conseille donc.
9/10
171
Ce spectacle est une sympathique comédie sur les saveurs acides et sucrées de l’union conjugale, de la séparation et de la parentalité.

De l’amour à mort à l’amour à tort, les révélations sur l’intimité d’un couple, d’une famille, d’une mère ou d’un père, passées au tamis de la médiation nous sont présentées avec une délicatesse habillement maquillée par l’humour.

Certes, le sujet n’est pas simple à traiter. D’ordinaire, on en grince des dents voire on en pleure. Nous pouvons imaginer aisément combien la médiation familiale combine d’épreuves, de concessions, de frustrations et de déchirements.

Ici, et c’est heureux, rien de tout ça ! L’auteure Chloé Lambert nous dresse un tableau clair et précis de cette expérience avec drôlerie, la transcendant par le rire. On le sait, le théâtre permet cette catharsis salvatrice, nécessaire voire indispensable parfois. Concerné ou pas, le spectateur assiste avec intérêt et plaisir à ces deux histoires familiales qui se juxtaposent. Celle de Pierre et Anna, et celle d’Isabelle et Jeanne.

Pierre et Anna se séparent. Ils se retrouvent dans le cabinet d’Isabelle, médiatrice familiale assistée d’une stagiaire, Jeanne qui se révèle être sa fille !... Deux duos pour deux histoires familiales distinctes qui se croisent souvent, là où les sentiments font des nœuds et submergent la pensée.

Des situations scabreuses, grinçantes et rieuses, à la frontière du rocambolesque vont se succéder au rythme de répliques tournées façon flèches, nous faisant passer du rire à l’émotion.

La mise en scène de Julien Boisselier, simple et directe, accompagne adroitement le texte en mettant en valeur les situations et nous permet d’apprécier les caractères trempés et sensibles des personnages.

Les comédiens Ophélia Kolb, Chloé Lambert, Julien Boisselier et la truculente Raphaëline Goupilleau sont troublants de sincérité. Ils donnent à leurs personnages la finesse et l’émotion qu’il faut pour les comprendre et les rendre sympathiques.

Jolie comédie pour un agréable spectacle !
17 févr. 2016
7/10
180
Une forte attente. Une très forte attente. Trop forte peut-être. Une pièce de Chloé Lambert, que j'adore, avec Julien Boisselier, que j'adore, au théâtre de Poche que j'adore plus que tout. Donc, j'allais adorer, c'était écrit.

Justement, c'est un peu le problème, c'était écrit. Trop écrit peut-être. L'idée est bonne, le traitement est bon, les situations, les retournements, l'évolution des personnages, rien à dire, tout est bon. Ce qui m'a gêné (ça reste très personnel), c'est peut-être un volonté de trop bien faire dans les dialogues, de trouver la réplique qui fait mouche, là où la pièce gagnerait peut-être en simplicité. Je pense au personnage interprété par Julien Boisselier, trop peu caricatural, qui fait perdre un peu de force à la pièce et nous égare un peu quand on voudrait aller plus au fond de ce couple. On reste en surface de cet homme curieux, voire odieux, sans réellement comprendre pourquoi et comment il en est arrivé là.

Les autres personnages sont en revanche parfaits, avec un réel effet comique et pathétique quand il le faut. Le personnage interprété par Chloé Lambert est extrêmement convainquant. L'effet de contraste entre l'homme et la femme est peut-être voulu. Je serais dans ce cas passé à côté, cela arrive.

Je conseille vivement la pièce malgré ces petites réserves. La distribution est remarquable. Une mention spéciale à Ophélia Kolb, parfaite. Et ce plaisir incomparable d'aller au théâtre de poche.
7 févr. 2016
8,5/10
73
Un très bon moment de théâtre avec d'excellents acteurs dans des rôles où chacun peut exprimer son talent.

Le phrasé de Julien Boisselier est un bonheur, on rit beaucoup.

Une petite salle qui permet d'être très proches des comédiens et de ne rien rater de leur jeu.
24 janv. 2016
8/10
106
Et si tout était sujet à comédie ? Chloé Lambert le prouve avec sa Médiation, petit bijou inattendu dont elle a le secret. Au Poche, rien ne va plus entre un couple qui se déchire pour la garde de leur garçon et deux médiatrices aux méthodes diamétralement opposées. Julien Boisselier s’empare de ce capharnaüm communicationnel avec un sens du rythme effréné et une direction d’acteurs qui laisse libre cours aux excès comique en tout genre. En compagnie de ce quatuor de zinzins, on rit volontiers tout en se questionnant sur la valeur du mot « famille ».

Chloé Lambert a décelé tout le potentiel comique d’une telle situation, complètement dans l’air du temps et théâtrale à souhait. Sur ce canevas original, elle brode une pièce à cent à l’heure, émaillée de piques tordantes et de retournements gonflés. L’auteur brosse également des portraits borderline hilarants de parents plus soucieux de leur propre confort que de celui de leur bambin.

Échanges bouillonnants
Julien Boisselier porte à son acmé la portée drôlement abrasive de cette comédie en misant tout sur la complémentarité du quatuor. Il s’est lui-même distribué dans le rôle ingrat du papa beau parleur et irresponsable et il endosse à merveille le costume du goujat cynique. Face à lui, Chloé Lambert imprime sa folie douce à Anna, maman au bord de la crise de nerfs. Le ménage fait la paire et agace autant qu’il enthousiasme. On revoit avec délice la géniale Raphaëline Goupilleau en médiatrice traditionnelle prônant l’impartialité mais poussée à bout par ce couple infernal. Son fameux grain de voix ironique et enroué met le public à genoux. Elle offre un contrepoint faussement sérieux et véritablement tordant à l’affaire. Ophélia Kolb, enfin, apporte la touche de fraîcheur en jeune médiatrice inexpérimentée aux méthodes peu orthodoxes mais très efficaces.

S’appuyant donc sur les répliques ping-pong infaillibles de la pièce et sur le talent de ses comédiens, Boisselier a opté pour une scénographie froide et impersonnelle évoquant un séminaire d’entreprise. On y retrouve le fameux tableau et son feutre indispensable, les chaises et le bureau ovale. Ce décor neutre et glacial permet par contraste de muscler l’échange entre les quatre forces en présence et de souligner leurs excès.

Le seul bémol concerne sans doute la fin de la pièce : d’une part, le changement total de comportement de Pierre paraît peu crédible et cette volte-face soudaine ne convainc guère. Ensuite, on a l’impression que l’auteur a absolument voulu conclure son histoire sur la résolution du conflit entre Isabelle et Jeanne, les deux médiatrices, à propos de ce fameux père. Sauf que ce deuxième récit, caché, n’a pas bénéficié en amont d’un traitement égal à celui de la médiation première. Du coup, cette conclusion paraît un peu téléguidée et le virage proprement dramatique est trop brusque et trop pathétique. On aurait attendu une autre fin, plus légère.

Malgré tout, La Médiation s’affirme comme un vrai coup de foudre. Détente assurée en compagnie de ces quatre êtres rongés par leurs névroses et pathologiquement drôles. Chloé Lambert signe une comédie sociétale en plein dans l’actualité et porte un regard juste et fin sur le totem de la famille plus qu’un peu chamboulé.
16 janv. 2016
9/10
79
J'ai passé un très bon moment au Théâtre de Poche. Un sujet d'actualité mais mis en scène de manière très intelligente, et un texte qui a énormément d'humour !

Le thème de la séparation y est abordé de manière sérieuse, mais on rit beaucoup des névroses des personnages : le père fanatique de dinosaures et qui complote un projet secret défense, la mère obsédée par le manque de conscience de son ex.

Les deux "médiatrices" (surtout la mère) sont exceptionnelles ! Rien à redire sur cette jolie pièce !
15 janv. 2016
8,5/10
243
Superbe pièce, avec un texte fluide, une distribution solide et une interprétation jouissive !

Le texte de Chloé Lambert constitue une très belle partition, en dépit de certains passages très écrits et explicités, avec un humour certain et un talent particulier pour passer d'une émotion à une autre.

Les interprètes subliment littéralement cette partition, tous étant au diapason et dans le ton. Mention toute particulière pour Raphaëline Goupilleau, irrésistible dans son rôle de médiatrice aigrie.

Le rythme est soutenu, avec quelques légères longueurs dans la deuxième moitié, et on alterne avec bonheur les éclats de rire et les manifestations d'émotion. Une belle pièce, un très bon moment.