Critiques pour l'événement Kiss me, Kate
5,5/10
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Déception cruelle pour moment tant attendu ! ...

Un « Big Show » à l’américaine aux effets techniques brillamment rendus par une distribution et une scénographie impeccables sur ce point. Mais l’ensemble ne convainc pas, à l’image de certains décors de carton-pâte étonnamment désuets. Nous n’y croyons pas suffisamment pour être emportés. C’est long et ennuyeux, sans doute par le manque criant de musicalité propre au jazz et à la faiblesse des jeux de comédie.

Les parties parlées, nombreuses et importantes dans l’histoire, ne semblent pas être jouées avec aisance. Nous assistons à beaucoup de surjeux ou d’entrées de clowns pas vraiment heureuses.

L’interprétation musicale des lyrics et des numéros dansés fait défaut. Nous sommes loin de l’esprit de Cole Porter, de ses « ballets jazz », de ses célèbres mélodies solo comme « My Heart Belongs to Daddy » dans Let’s Make Love et des duos comme « Night and Day » dans l’une des séquences cultes les plus « glamour » avec Fred Astaire et Ginger Rogers dans The Gay Divorcee.

Pas de swing ou si peu dans les chants solo, duos ou d’ensemble ni dans les chorégraphies. Les voix sont belles, propres et posées mais restent dans le registre de l’opérette, pas de la comédie musicale. Les danseuses et les danseurs semblent très concentrés sur leurs pas et sur leurs effets dans un style plus proche des acrobaties circassiennes que celui de la comédie musicale. Le numéro de claquettes en est un exemple : Au point techniquement mais aucune sensation.

Par ailleurs, la soprano Christine Buffle et le baryton-basse David Pittsinger, très bons, sont plutôt des habitués des plateaux d’opéra. Ceci expliquerait peut-être cela…

Trop peu de swing, de « bounce », de grâce, d’élégance et de comédie. C’est très beaucoup dommage, non ?
6 févr. 2016
7/10
73 0
Furie en vue au Châtelet !

Pour sa nouvelle production maison, Jean-Luc Choplin déterre Kiss Me, Kate un musical peu connu du grand public mais qui a pourtant fait date dans le genre. Calquant son intrigue sur La Mégère apprivoisée de Shakespeare, ce bijou jazzy imaginé par Cole Porter bénéficie de l’écrin classique mais extrêmement séduisant de Lee Blakeley. Malgré une baisse de régime due à des bavardages trop longuets, le show ravit les yeux et les oreilles dans une ode au théâtre et au kitsch assumée et volcanique.

On s’active au Ford’s Theater ! La première de La Mégère apprivoisée s’annonce imminente et rien n’est prêt… Entre l’inexpérience ravissante de Lois Lane incarnant la cadette et belle Bianca ; la mégalomanie patente de Fred Graham, le metteur en scène et l’interprète de Petruchio ; les dettes de jeu du flambeur Bill Cahoun et surtout les emportements de harpie de Lilli Vanessi, la fameuse Mégère, tout semble partir à va-l’eau. Rajoutez un quatuor amoureux par dessus (Lilli et Fred sont fraîchement divorcés ; Fred courtise Lois qui est fiancée à Bill…) et une histoire de gangsters pour corser l’affaire.

Cole Porter puise toute son intrigue dans une comédie féroce du grand Will : il n’hésite pas en reprendre textuellement de larges pans (notamment à la fin de l’acte I et son décor de carton pâte volontairement kitschissime à en pleurer) par le jeu en miroir de la mise en abyme. Les destins des personnages de papier collent à la peau de nos comédiens borderline. Du coup, le spectacle traîne en longueur. Plus de chansons et moins de blabla (même s’il s’agit de Shakespeare !)

Cependant, Lee Blakeley prend visiblement plaisir à nous emporter dans les tourbillons des coulisses et de la scène en augmentant considérablement le nombre de chorégraphies. À cet égard, « Too Darn Hot » (d’ailleurs chanté ici par un homme, Fela Lufadju, félin sensuel) qui ouvre le second acte constitue sans aucun doute l’apothéose dansée. L’équilibre entre gag (la fameuse tarte à la crème clôturant l’acte I) et émotion s’avère bien dosé. On frissonne de plaisir en écoutant « So In Love » : la première fois avec la voix si chaude, virile et sexuelle de David Pittsinger et la seconde, en écho, avec le timbre élégiaque de la bouillonnante Christine Buffle, idéale en garce revancharde. Couple bien assorti, entre insolence et passion !

Le second couple, plus discret, s’octroie son petit moment de gloire : Francesca Jackson se montre piquante et gourmande en diable en croqueuse de diamants dans « Always True To You (In My Fashion) » tandis qu’Alan Burkitt brille dans son numéro de claquettes avec « Bianca ». Enfin, saluons les clownesques Martyn Ellis et Daniel Robinson en grande forme dans « Brush Up Your Shakespeare ».

Si Lee Blakeley ne révolutionne pas la mise en scène avec Kiss Me, Kate, il signe incontestablement un ouvrage parfaitement exécuté, farceur à souhait et divertissant. Le standing cinq étoiles du Châtelet assure un show de haute volée, porté par une Christine Buffle du tonnerre de Dieu. Dépêchez-vous d’assister à cette scène de ménage musicale !
5 févr. 2016
7/10
60 0
Kiss me Kate est de ces clichés de la comédie musicale américaine : c'est très kitsch et très niais. Mais ça fonctionne plutôt bien. J'avoue que j'ai eu du mal à me mettre dans le bain, certainement parce que j'y allais sans connaître l'histoire.

C'est du théâtre dans le théâtre, de la pièce dans la pièce. Et le scénario devient très vite compliqué : Machin joue Bidule qui joue Truc dans la pièce qu'ils sont en train de jouer dans la VRAIE pièce. En gros, c'est l'histoire de comédiens qui montent un Shakespeare en comédie musicale. Sauf que dans les comédiens, il y a des anciens maris et femmes, mais que dans la pièce qu'ils jouent, ils sont censés être mariés.

Bref, c'est compliqué et de temps à autre ça fait un peu mal à la tête. Surtout dans la première partie qui était, selon moi, un peu trop longue.

La seconde partie vient vraiment tout rattraper, parce qu'elle est pleine de danses et d'originalité, et que les chansons (surtout Brush up your Shakespeare !) sont très drôles. Il y a même des claquettes !

Evidemment, c'est de la comédie musicale au Châtelet, donc on ne passe pas un mauvais moment, malgré les longueurs !