Critiques pour l'événement Kinship
29 nov. 2014
7/10
269 0
Elle, (Isabelle Adjani) une rédactrice en chef d’un journal local aux États-Unis tombe amoureuse d’un jeune reporter (Nils Schneider) fraîchement nommé sous sa coupe. Lui, charmant, jeune et ambitieux a un coup de foudre pour cette femme ambitieuse, encore belle qui a réussi sa vie de famille et sa vie professionnelle. Entre les deux, la meilleure Amie (Vittoria Scognamiglio) n'est autre que la mère de Lui. Une troupe de théâtre joue Phèdre en ville et les vers de Racine trouvent écho aux sentiments d’Elle.

Ce n’est pas ce tabou qui peut choquer ou interpeller en France en 2014 : Une femme mûre s'éprend du fils de sa meilleure amie… et alors ?
Un sourire aux lèvres, nous pourrions dire que cela arrive tous les jours. En revanche, le texte de Carey Perloff est riche en ressentis. Les émotions de cette femme prête à risquer son mariage et sa famille pour l’amour d’un jeune homme ; le droit de ce garçon à fréquenter une fille de son âge alors qu’il la séduit ; la panique du premier regard « je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue… » sont magnifiquement traduits sur scène. On s’attendait à s’appuyer sur Phèdre pour comprendre une tragédie moderne et on découvre que nos sentiments actuels peuvent nous permettre d’expliquer le geste dramatique d’une héroïne grecque.

Dominique Borg a choisi des costumes modernes et en harmonie avec ses personnages. Elle assure une mise en scène dont elle n’a pas à rougir. Bravo à Isabelle Adjani d’avoir su s’affranchir des étiquettes si françaises et de lui avoir fait confiance pour la mise en scène. Les tableaux sont épurés mais magnifiques. Le temps, les éléments sont présents comme dans une tragédie ancienne tout en jouant sur la modernité des textes affichés. La pièce avance au rythme du soleil et de la lune. On pourrait reprocher aux noirs de casser le rythme alors que la musique et la mise en place des comédiens permettent une respiration bienvenue.

Les trois acteurs ont plaisir à jouer ensemble. On est surpris de découvrir Isabelle Adjani souriante, pétillante dans les trois quarts de la pièce et toujours aussi convaincante dans les larmes de la tragédie. Pas de grandiloquence, juste des sentiments à fleur de peau, pour peu que les mauvaises langues ne vous gâchent pas votre soirée et que vous acceptiez de suivre cette femme magnifique dans les choix de sa vie.
28 nov. 2014
5,5/10
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En 2000, Isabelle Adjani refusait d’être la Phèdre de Chéreau.

Quinze ans plus tard, l’actrice au regard myosotis aurait-elle voulu racheter cette erreur de parcours en revenant sur les planches dans Kinship de Carey Perloff ? Difficile en effet de ne pas y voir un lien de cause à effet, tant le mythe de cette héroïne tragique semble la hanter. La pièce de l’Américaine a immédiatement séduit Adjani par la fulgurance de son écriture et la perte de repères d’une femme à la situation professionnelle et familiale épanouie suite à sa passion dévorante pour un jeune homme. Clairement inspirée par l’hypotexte racinien aussi bien dans sa thématique que dans sa structure, Kinship souffre terriblement de la comparaison avec son modèle.

Bien que la dramaturge possède des pistes de relecture probantes, elles demeurent à l’état d’esquisses et l’ensemble paraît bien tiède et convenu face au déchaînement incandescent des vers du maître du classicisme. Loin de posséder la charge sulfureuse des pensées incestueuses de l’original, Kinship se construit comme un feuilleton de l’après-midi de TF1.

Affirmer qu’on attendait Adjani de pied ferme relève de l’euphémisme. Dans cette partition maigre comme peau de chagrin, la reine Margot et ses deux partenaires s’en sortent remarquablement bien dans la mise en scène épurée de Dominique Borg. Nonobstant des maladresses, le travail de la couturière d’Adjani tient la route. Alors franchement, pourquoi pas.

À découvrir au Théâtre de Paris.
22 nov. 2014
5/10
287 0
Voilà, je l'ai enfin vue Isabelle Adjani. L'actrice préférée de mon adolescence avec Camille Claudel.
Et mes yeux ne l'ont pas quittée. Elle est toujours superbe. Elle était rayonnante.

Heureusement, car au niveau de la pièce, c'était plus que moyen, non pas par le jeu des acteurs mais par une mise en scène saccadée, interrompue par des extinctions de lumière pour les changements de décors. Un texte pauvre, et même si les comédiens sont dans la peau de leur personnage, on a l'impression qu'ils n'arrivent pas à l'investir. Il faut reconnaître que ce doit être difficile avec un tel texte. Ce sont pourtant de bons comédiens.

J'ai été surprise par la voix d'Isabelle Adjani, qui a joué vrai, tantôt douce et à d'autres moments très grave. Elle était naturelle. Elle n'a pas surjoué.
La comédienne qui joue le rôle de la mère était bonne et spontanée également. Un petit accent italien qui va pourtant très bien avec le rôle de mama (mère poule)...

Un peu plus de réserve concernant Niels Schneider, le fils qui a un aspect froid. Le même jeu que dans Gemma Bovary, même style de personnage, superficiel.
Le tout fait très comédie à l'américaine dans l'esprit des "Liaisons dangereuses" avec intrigues et manipulations. Mais en moins bien. La sauce ne prend pas.
20 nov. 2014
4/10
307 0
La pièce n'avait jamais été montée. Et pour cause pourrait-on dire.

Un texte fade, encore plus fade quand bien maladroitement viennent s'ajouter des extraits de Phèdre... Franchement lourd !
Ajouter à cela une mise en scène qui n'en est pas une, qui "saucissonne" les scènes sans aucune montée en puissance émotionnelle. Comme si tout était figé dans la glace.

Et les acteurs dans tout ceci... J'aurai presque envie de citer Molière : mais qu'allaient-ils faire dans cette galère !!!
Dommage car avec leurs talents j'attendais plus.

Bref, un rendez-vous loupé.
15 nov. 2014
0,5/10
269 0
Lamentable. Un échec monumental. Incroyablement mauvais.
Les comédiens s'en sortent plutôt bien : comment auraient-ils pu faire davantage au milieu d'un tel ramassis de ratés !

Le texte de Carey Perloff étant déjà mauvais (des banalités à pleurer autour d'une histoire classique de triangle mère / fils / Amie-maîtresse), il était suicidaire de proposer une adaptation plus mauvaise encore !
On se moque pas mal des détails qu'on nous raconte pendant plus de la moitié du spectacle. L'élément clef du récit, qui permettait ENFIN une montée d'intensité dramatique, arrive tellement trop tard.

La mise en scène est inexistante (pas étonnant, Dominique Borg est la... costumière) et aucune scénographie... L'enchainement incessant des scènes se fait par des lamentables fondus au noir, avec un manque de génie et d'intelligence scénique pathétique. (on doit avoir autant de temps de noirs que de jeu, tant les techniciens mettent des heures à installer deux chaises ou une table...)
La musique est limitée à un pauvre thème qui revient de temps en temps... Et la mise en scène, pour peu qu'elle existe, est agaçante d'artifices vieillots : les longs "face-public" sont insupportables, surtout lorsqu'ils sont accompagnés de lentes traversées...

Quant à la direction artistique (ou le semblant de scéno) elle serait risible si elle n'était pas sérieuse : Il suffit que le comédien dise "comme la lune est belle" pour faire apparaitre une lune sur l'écran en fond etc etc
Que dire de plus, si ce n'est que l'ennui est rapidement le sentiment qui va envahir votre être, alors que l'émotion attendue ne viendra jamais.

Une belle mascarade si ce n'est une catastrophe (et passons sur l’exagéré parallèle avec Phèdre... Lien qui ne s'assume pas jusqu'au bout...en plus).
13 nov. 2014
4/10
221 0
Prenez 4 beaux comédiens bien talentueux.
Liez avec un thème de pièce universel : l'amour.
Ajoutez une pincée de lumières classiques et un beau décor moderne et épuré.
N'oubliez pas d'habiller le tout avec des costumes bien du XXIe siècle.

Mélangez bien. Faites cuire sous feux doux.
Dégustez.
Zut. C’est mauvais. Sans saveur.
Pourquoi ?

Isabelle Adjani n'est pas en phase avec les autres comédiens.
Elle joue soit trop (ah, la voix off de Phèdre, mélodramatique comme dans un premier film parlant, ses mains qui se tordent) soit trop peu (parfois on n'entend pas ses répliques) soit elle tombe juste (quand le texte le lui permet ?).
On la sent mal dirigée (ou pas ?) et il faut pouvoir le faire sinon on n'engage pas une star hyper sensible et intelligente comme elle.

Mais comment peuvent-ils tous les trois s'en sortir avec un texte, des personnages et une mise en scène aussi... plats et convenus ?
Les scènes s'enchainent comme des minis tableaux qui manquent de liens et de pleins.
Elle est une rédac chef dont on cerne mal le caractère.
Il est un jeune et beau stagiaire qui lui fait du gringue à l'ancienne sans qu'on sache très bien si c'est par jeu, par intérêt, ou un coup de foudre. Au bout d'un moment, on s'en fout, de toute façon.
La mère du stagiaire est en même temps la copine de la rédac chef. Et elle ne sait pas que son fils est le stagiaire amoureux de sa copine (vous suivez, n'est-ce pas).

La rédac chef tombe sous le charme du jeune homme. Paf, en deux scénettes. Après quelques soupirs énamourés de part et d'autre (mais où est l'émotion ? La tension du désir ? Pourquoi on n'est pas touchés ?). Elle l'emmène en weekend. Et boum, parce qu'elle le fait attendre après une conférence de presse qu'elle a mené glorieusement, il a une crise d'ado en mal de reconnaissance (ou une crise œdipienne ?) et ne veut plus coucher ! Ah ? Ah.
Et puis, la mère juive-italienne-qui-se-fait-tellement-de-soucis-pour-son-fils apprend que son fils a failli coucher avec sa copine.

Ai-je envie de vous raconter la fin ? Non, pas la peine. Vous serez tombés endormis, comme moi, avant.

Allez donc louer le délicieux film de Ben Younger sur presque le même thème avec Uma Thurman et Meryl Streep, et savourez, quel que soit votre sexe, le jeune acteur craquant et sexy, le charme des dialogues, la drôlerie des quiproquos... (ça s'appelle en Français : Petites confidences (à ma psy)).
Ou, plus intello, mais tout aussi jouissif, relisez Phèdre un weekend de pluie, et souvenez-vous qu’une magnifique jeune actrice a fait pleurer un jour toute une salle rien qu'en disant une simple réplique : le petit chat est mort...
(non, ce n'est pas dans Phèdre, et oui, c'était Isabelle Adjani jouant Agnès, dans l’École des Femmes, de Molière, et oui Adjani aurait pu jouer Phèdre avec feu le talentueux metteur en scène Patrice Chereau mais elle a probablement eu peur de s'y consumer).

On pleure de rage de voir ces comédiens livrés à telle indigence.
Kincheap, cheap cheap.

Bon Dieu, madame Adjani, prenez un bon agent ou écoutez le vôtre, ou changez de lunettes, ou autorisez-vous enfin à choisir aussi fin et incarné que vous... ne recevez-vous pas autant de bons textes que ça ? Mais où sont les auteurs ?
Je vous attends.
11 nov. 2014
1/10
25 0
Quel dommage d'avoir trois acteurs d'un tel talent sous la main et de leur faire jouer un texte si médiocre !

Le charisme que dégage Niels Schneider, couplé à la légèreté et l’humour de Vittoria Scognamiglio, mis en musique par la jolie voix d’Isabelle Adjani, auraient pu donner un résultat somptueux.

Malheureusement, je n’ai pas été convaincu par cette romance entre deux journalistes américains. La chef avec le petit nouveau. La femme mûre avec le jeune fougueux aux mèches rebelles.

Cette histoire manque de saveur, de construction et d’enjeu. Truffée de parallèles avec Phèdre, elle donne l’impression d’un roman de gare qui aurait voulu se travestir en tragédie grecque. J’ai tenté de me laisser emporter pendant plus d’une heure avant de cesser d’y croire. Lorsque Niels Schneider déclare sa flamme à Isabelle Adjani, puis lorsqu’elle lui révèle à son tour ses sentiments, leurs déclarations d'amour sont trop hasardeuses pour me convaincre. Je reste de marbre, moi qui suis pourtant si fleur bleue avec ma douce.

Rien ne passe. Ni un rire, ni une larme, ni une petite réflexion grâce à quelques bons mots.

Je me suis ennuyé comme on s'ennuie devant du cinéma japonais. J'ai compté les minutes puis les secondes, ne sachant pas quoi faire de mes mains, à quoi penser, comment trouver une occupation.
6 nov. 2014
6/10
135 0
Après moults rebondissements : défection du metteur en scène et de l'actrice qui partageaient l'affiche de cette pièce avec Isabelle Adjani. Au départ, je ne savais pas ce qu'allait donner la première de ce spectacle...

Isabelle Adjani y est parfaite de bout en bout, d'un naturel et d'une grande simplicité, elle s'impose d'entrée de jeu et nous capte dès le début. L'actrice à laquelle elle est confrontée fait le poids face à elle, même si son accent italien fort prononcé peut être au début un frein pour suivre ses propres dialogues. Cela peut être un handicap pour apprécier cette pièce.

Elle interprète la mère du journaliste stagiaire auquel le personnage joué par I. Adjani va succomber. Le point positif c'est que cette femme, de par ses répliques et son attitude sur scène amuse. Elle fait souvent réagir la salle qui savoure son côté mama italienne surprotectrice. Son accent, au bout d'un moment, n'est plus si gênant que cela.

Elle amène une bouffée d'oxygène car l'histoire n'est pas gaie. I. Adjani interprète cette femme amoureuse avec beaucoup de talent, de douceur et de délicatesse. C'est très bien joué.

Seuls points négatifs : le décor, beaucoup trop minimaliste et les costumes, en particulier ceux d'I. Adjani.
Le décor tout d'abord, plus qu'épuré est réduit à une peau de chagrin, ce qui selon moi, dessert la pièce. Quant aux costumes portés par I. Adjani, ils ne la mettent pas du tout en valeur. Reste son talent brut et intact. L'acteur qui joue le jeune journaliste est connu. Il avait déjà conquis Gemma Bovery dans le dernier film d'Anne Fontaine. Il est bien campé et apporte toute la candeur et la fougue d'un jeune homme amoureux face à une femme plus âgée que lui. On comprend en quoi cette relation cachée est difficile pour lui à vivre au grand jour.

Bref, c'est une bonne pièce, plutôt pour un public féminin.