Critiques pour l'événement Kean
17 sept. 2019
5/10
1 0
Je m’attendais à mieux d’une pièce nominée autant de fois aux Molières.

Je n’ai pas du tout accrochée à cette histoire et j’ai trouvé ce personnage de Kean plus qu’antipathique. Je trouve aussi qu’il y’avait beaucoup trop de longueurs.

Une déception.
19 juin 2019
9/10
1 0
Je sors du Théâtre de l'Oeuvre où j'ai vu Kean, n'ayant pas été en France à sa création au Théâtre 14 il y a quelques semaines, et j'en suis enchantée à plus d'un titre, comme tout le monde, puisque la représentation s'est clôturée par une ovation debout.

C'est un spectacle très réussi. Ce manifeste en faveur du théâtre a été écrit pour célébrer des comédiens. Je serai heureuse qu'il reçoive un Molière, celui du théâtre public ... alors qu'il est repris dans un théâtre ... privé, ce qui serait la preuve éclatante que cette dichotomie est obsolète (même si les différences de financement existent, je ne les nie pas). Verdict demain soir au cours de la 31ème Nuit des Molières.

Les amateurs de rituels sont servis. On frappe les trois coups avant de lever le rideau. Les décors (de Sophie Jacob) sont modulables et efficaces, mis en place par les comédiens eux-mêmes, ce qui témoigne intelligemment que nous sommes toujours au théâtre et qu'il ne faudrait pas y confondre la fiction avec la réalité comme le faisait ce personnage de Kean qui se comporte dans sa vie comme s'il était encore sur scène.

Le comédien britannique Edmund Kean (1787-1833) fut considéré comme le plus grand acteur au monde au XIX° siècle, un peu à l'instar de Molière avant lui ou de Depardieu après, pour établir des comparaisons qui parleront au plus grand nombre en terme de talent. La pièce a été écrite en 1836 par Alexandre Dumas (le père) pour un acteur de son époque, Frédèrick Lemaître, alors que Jean-Paul Sartre l'adapte pour Pierre Brasseur en 1953.

Depuis, cette pièce n'a cessé d'attirer les plus grands comédiens, comme Jean-Claude Drouot, qui en signait aussi la mise en scène au Théâtre de la Porte Saint-Martin en 1983, et plus récemment Jean-Paul Belmondo. Je ne connais pas beaucoup Alexis Desseaux et après tout j'ai énormément apprécié de voir non pas un "numéro d'acteur" mais un acteur d'abord, c'est-à-dire quelqu'un qui sert son rôle et qui en quelque sorte s'efface derrière lui, et non le contraire comme c'est parfois le cas avec des têtes d'affiche.

La mise en abime est très réussie quand on songe que Alexis Desseaux joue un acteur (Kean) en train de jouer un rôle (celui d'Othello). Il est un Kean saisissant, nerveux, surprenant, parfois fragile et pourtant autant inattendu que peut l'être un Roberto Benigni quand il est au sommet de sa forme. Ce débauché, ivrogne et don juan, insolent de surcroit, deviendra au fil du temps plus homme que comédien.

"Vous veniez ici chaque soir et vous jetiez des bouquets sur la scène en criant bravo. J'avais fini par croire que vous m'aimiez... Mais vous n'aimez que ce qui est faux !" dit-il en faisant allusion à ce que serait la vraie vie. Il sera bouleversant quand il sombrera dans une crise de démence : un acteur n'es pas un homme, c'est un reflet.

Kean l'avait exprimé auparavant à plusieurs reprises : l'acteur est toujours dans le doute d'être encore aimé. Et l'homme également qui, parfois, fait penser à Cyrano de Bergerac : je ne vous attendais plus, mais je vous espérais encore.

Alain Sachs, le metteur en scène, a distribué deux comédiennes de talent pour tenter de le faire succomber (il faut voir la pièce pour connaitre la réponse) Sophie Bouilloux, en comtesse Éléna, épouse de l'ambassadeur du Danemark et Justine Thibaudat, en pétillante Anna Damby, jeune héritière bourgeoise, qui mérite sa nomination dans la catégorie Révélation.

L'une comme l'autre ont des rôles qui évoluent au fil de la soirée. Eléna semble une amoureuse peu impliquée, effrayée d'avoir un penchant pour un comédien, forcément quelqu'un de "très mal", mais elle se révèlera passionnée par la suite. Anna ne cessera de nous étonner. Il ne fait pas de doute que les dialogues ont été écrits pour la surprise des spectateurs et sans nul doute aussi le plaisir des comédiens. Ce n'est pas étonnant qu'ils soient quatre à avoir été remarqués par le jury des Molières.

Sartre a fait preuve de dérision en adaptant Dumas et en prenant le contrepied de ce qu'il dénonce, à savoir que l'ennui avec les auteurs morts c'est qu'ils ne se renouvellent pas (réplique prononcée au tout début de la pièce). Le défi est lancé. La mise en scène appuie autant sur les ressorts tragiques que sur les aspects comiques (je n'avais pas le souvenir que Sartre pouvait être si drôle). Eve Herszfeld nous surprend à chacune de ses apparitions, par son accent, ses mimiques, jusqu'à son art de la roue.

Les roles masculins sont un peu en deçà, sans doute pour ne pas projeter d'ombre sur le Gand Kean. C'est Pierre Benoist qui a le meilleur "second rôle" puisqu'il a la chance d'en cumuler quatre, avec des postures évidemment différentes et des costumes adaptés, tous magnifiques, conçus par Pascale Bordet qui parvient même à faire de la robe de chambre de Kean un vêtement original.

L'ensemble est mené tambour battant avec des rebondissements qui évoquent une trame policière sous les lumières très justes de Muriel Sachs qui parvient à évoquer une ambiance d'église, laissant augurer une justice divine aux turpitudes du personnage.

Il faut enfin saluer aussi les comédiens pour leur qualité à faire entendre le texte, et nous donner envie de le lire ou relire. Sartre y est (aussi) philosophe, il ne pourrait en être autrement. Sa réflexion sur l'orgueil, envers de la honte, est à méditer.
14 juin 2019
8/10
13 0
Du théâtre dans le théâtre !

Où est chez Kean la frontière entre le jeu et la vie ?
Est ce l'acteur ou l'homme que toutes les femmes adorent ?

Dumas nous offre une pièce truculente, pleine de rebondissements, vibrant hommage aux acteurs.
Sartre y apporte une vraie réflexion sur l'être et le paraître.

Alain Sachs lui emmène sa troupe pleine d'énergie et de talent vers un joli succès mérité. La mise en scène est très astucieuse, les costumes superbes.
Plusieurs seconds rôles ont d'ailleurs été nommés aux Molières.
Alexis Desseaux - alias Kean - interprète très élégamment ce rôle immense, avec un jeu tout en nuances et en variations.

Tous les hommes sont des comédiens ... sauf quelques acteurs !
12 juin 2019
8,5/10
1 0
Pétillant, dynamique, séduisant.
Kean, acteur anglais du début du XIXe siècle est vénéré par tous et surtout par la gent féminine. Homme à femmes, un peu ivrogne et couvert de dettes.
La comtesse Eléna (convoitée par le prince de Galles) ainsi qu’Anna Damby jeune héritière bourgeoise, n’ont yeux que pour lui.
Ces passions amoureuses vont le submerger.
Mais c’est avant tout un comédien, il est Roméo, Hamlet, Othello...
« On joue parce qu'on deviendrait fou si on ne jouait pas. »
Et qui est-il vraiment à travers ses personnages ?
« Jouer ! Est-ce que je sais, moi, quand je joue ? Est-ce qu'il y a un moment où je cesse de jouer ? »
C’est avec grande joie que nous sommes entrainés dans les méandres de la vie dissolu de Kean, personnage haut en couleur qui nous subjugue, nous amuse et nous désole…
Alexis Desseaux nous campe un Kean extravagant, dynamique, pétulant, plein de vie. Un Kean qui nous est sympathique, envoutant malgré sa vie de débauche.
Justine Thibaudat joue avec brio et grande justesse la tendre et jeune amoureuse Anna Damdy. C’est un vrai régal.
Sophie Bouilloux (Elena), Jacques Fontanel (le conte), Frédéric Gorny (le prince), Eve Herszfeld (Amy, Fanny, Gidsa), Stephane Titeca (salomon) sont tous excellents et pleins de vie.
Les costumes sont attrayants et les décors mobiles astucieux. C’est un spectacle réjouissant et non dénué de profondeur.
Qui sommes-nous profondément sous nos costumes d’arlequins ?
Alexandre Dumas et Jean-Paul Sartre nous amusent, nous questionnent et nous régalent de beaux mots.
Un très agréable moment de théâtre.
6 juin 2019
9/10
2 0
J'ai beaucoup aimé cette pièce : les acteurs, tout particulièrement A. Desseaux et J. Thibaudat très présents, ainsi que les autres comédiens dont les prestations sont tout aussi excellentes, la mise en scène d'A. Sachs, les décors (ainsi que le rythme donné lors des changements d'actes), et bien sûr ce texte d'A. Dumas remanié par J-P Sartre où l'on perçoit la fragilité entre la vie et les rôles d'acteur.

Je suis passée par toutes les émotions et je pense revoir ce spectacle très prochainement !
3 juin 2019
8,5/10
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Le pitch :
Kean est l’histoire d’un comédien anglais shakespearien du début du XIXème siècle, Edmond Kean. Cette pièce en 5 actes, écrite en 1936 par Dumas père, a été revisitée par Sartre en 1953.

Kean a dédié sa vie à la scène. A la fois extravagant, impertinent et passionné, Kean a un besoin urgent d’être le centre de l’attention de tous. Femmes, argent et célébrité sont les clés de sa vie n’est pas n’importe quelle pièce. C’est une réflexion sur le métier d’acteur. Un miroir dans lequel Jean-Paul Belmondo, 54 ans, a pris le temps de se regarder en 1987 sur la scène du théâtre Marigny ( 211 représentations ! 200 000 spectateurs)

Mon Avis
Le défi était donc de taille! Cette Belle troupe, mise habilement en scène par Alain Sachs, relève le gant avec honneur et brio.

Alexis Desseaux incarne un Kean passionné, passionnant, inspiré, inspirant, flamboyant et sombre tout autant, emportant dans sa folle course sa cour et celle du prince de Galles mais aussi celles et ceux qui tombent sous sa coupe et qui sont prêts à boire jusqu’à la lie….

Kean aurait pu aussi être ce Dom Juan avec son fidèle complice et valet Sganarelle remarquablement incarné par Stéphane Titeca, son double tout autant que son opposé, son miroir tout autant que son juge.

Mention particulière aussi pour Justine Thibaudat, qui endosse probablement le rôle le plus charmant et le plus attachant et qui irradie d’une fraicheur “ingénue.
24 mai 2019
7,5/10
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Vous ne connaissez pas Kean ? Moi non plus avant cette soirée au théâtre de l’Oeuvre. Petite plongée historique : Kean est une pièce d’Alexandre Dumas qui a été adaptée plus d’un siècle plus tard par Jean-Paul Sartre.

Que dire de l’histoire ? Edmund Kean est un comédien shakespearien adulé par la société anglaise. Qui dit adulé, dit courtisé mais aussi séducteur. Il a en particulier séduit Eléna, la femme de l’ambassadeur du Danemark. Ajoutez à tout cela la jalousie du Prince de Galles (de qui est-il vraiment jaloux, je vous laisse le découvrir…) ainsi qu’une jeune femme, Anna, prête à tout pour jouer auprès de Kean. Et saupoudrez de folie, d’ivresse et de démesure pour vous plonger avec délice dans cette soirée.

Le texte est remarquablement écrit, les dialogues s’enchainent à merveille, les comédiens sont vraiment très bons, très investis et tous ont un vrai rôle à jouer, y compris pour les changements de décor. Mention particulière à Alexis Desseaux (que vous reconnaitrez car il interprétait Vincent Motta dans Julie Lescaut) qui trouve un rôle à sa mesure et qui réalise une super performance en incarnant Kean pendant 2 heures sans interruption.

La mise en scène d’Alain Sachs est une valeur sûre. Tout en sobriété (tout en accordant beaucoup d’importance aux petits détails qui changent tout), moderne, efficace !
Un tout petit bémol quant à la durée du spectacle, que j’ai trouvé un peu long.
N’hésitez pas à découvrir Kean !
21 mai 2019
8/10
1 0
Ce n’était pas évident de reprendre le rôle du flamboyant Jean-Paul Belmondo ! Pourtant Alix Desseaux s’en sort à merveille. Les autres acteurs ne sont pas en reste, une mention spéciale pour la ravissante Justine Thibaudat.

C’est grand théâtre comme on aime, les décors et les costumes sont magnifiques. Le texte d’Alexandre Dumas est remarquablement mis en scène par Alain Sachs. Cette comédie nous relate avec humour et sensibilité le désespoir d’’un séduisant comédien à succès débauché et adulé par les femmes, fragile et joyeux qui finit par sombrer dans la folie.
16 mai 2019
8,5/10
6 0
Kean est l'histoire d'un comédien anglais au début du XIXème siècle : Edmond Kean. Cette pièce en 5 actes, écrite en 1936 par Dumas père, a été adaptée par Jean-Paul Sartre en 1953.
Kean a dédié sa vie à la scène. A la fois extravagant, impertinent et passionné, Kean a un besoin urgent d’être le centre de l’attention de tous. Femmes, argent et célébrité sont les clés de sa vie.

Cette pièce, que j’ai vue il y a fort longtemps à Marigny avec Jean-Paul Belmondo, est un hommage au théâtre. C’était un vrai défi de reprendre Kean après cette prestation historique et le défi est repris avec brio !
Oui, la troupe présente sur scène et avec le travail complice d’Alain Sachs à la mise en scène, relève le gant avec honneur !
La fascination exercée par Kean sur son entourage est effectivement bien mise en valeur : le succès populaire est au rendez-vous, le Prince de Galles veut être son ami et les femmes se pâment devant lui.
La mise en scène haute en couleur et généreuse d’Alain Sachs donne de l’ampleur à ce Kean. Il y a un vrai travail pour augmenter la fluidité d’un acte à l’autre et toute la troupe est investi lors des changements qui surviennent : bel esprit de troupe ! Aucun rôle n’est mineur, tout le monde a son importance et c’est bien agréable !

La pièce dure deux heures mais ce sont deux heures qui passent agréablement car l’intrigue est entrainante. Et Alexis Desseaux, un Kean dandy et fou à souhait, occupe la scène quasiment en permanence ! Il est entouré par une belle distribution homogène et nous tombons sous le charme de Kean et de son entourage : Sophie Bouilloux, Eve Herszfeld, Justine Thibaudat, Jacques Fontanel, Frederic Gorny, Pierre Benoist et Stéphane Titeca.
13 mai 2019
9/10
3 0
Kean est l'histoire d'un comédien anglais shakespearien du début du XIXème siècle, Edmond Kean. Cette pièce en 5 actes, écrite en 1936 par Dumas père, a été revisitée par Sartre en 1953 qui l'a "peaufinée" et lui a donné encore plus de puissance et de profondeur.

Acclamé par toute la bonne société londonienne, adulé par les femmes, ami du Prince, Kean, débauché, ivrogne et séducteur, reste néanmoins, à son grand désespoir, considéré, comme un pitre par la haute société.
Deux femmes ont un faible pour lui, la comtesse Elena, épouse de l'ambassadeur, et Anna, jeune héritière bourgeoise qui fuit un mariage non désiré. Mais son coeur penche pour la première dont le prince de Galles est également amoureux.

Cette magnifique pièce nous dévoile, la condition et le désespoir du comédien du début du XIXième siècle, acclamé, envié, même par le prince, mais qui, malgré tout, reste considéré comme un amuseur.
Car Kean est un personnage aérien certes orgueilleux et égoïste mais surtout libre et séduisant.
Seulement, ce parfum de gaieté et de légèreté masque une grande détresse. Alors qu'il est adulé et envié de tous, hors des planches, Kean est confiné dans un rôle de bouffon et souffre de ne pas être reconnu. Il a l'impression de ne pas exister.
La mise en scène d'Alain Sachs est une grande réussite haute en couleurs et en rebondissements. Alexis Desseaux incarne, à merveille, un Kean amoureux, aérien, survolté, excessif, fragile et joyeux qui sombre doucement vers la folie. A tel point que je ne pourrai me l'imaginer autrement. Les autres comédiens sont également parfaits dans leur rôle. Si l'on ajoute une grande variété de costumes soyeux, colorés et des décors bien pensés, tous les ingrédients sont réunis pour faire de cette pièce une grande réussite. Les émotions fusent, c'est profond et léger à la fois. J'ai beaucoup ri, ai été émue, bref c'est un grand coup de coeur pour ma part.
3 mars 2019
7/10
3 0
Il faut souligner la magnifique prestation d'Alexis Desseaux qui tient avec force, énergie et bonne humeur son personnage. Un rôle qui demande beaucoup de travail et de concentration car il est présent à toutes les scènes. Il tient à merveille son personnage nous permettant de suivre avec enthousiasme tout le récit.

Une belle performance de comédien. Le duo très complice qu'il forme avec Justine Thibaudat est plein de fougue et de fraîcheur. Un plaisir de voir le jeu autour de leur différence qui permet des scènes au combien comique. Comment ne pas éclater de rire lors de la scène d'un classique avec une interprétation catastrophique malgré l'aide du souffleur. C'est le point d'orgue de la pièce. Les autres comédiens, Frédéric Gorny, Sophie Bouilloux, Jacques Fontanel, Eve Herszfeld et Stéphane Titeca moins présents sont tout aussi importants dans la construction de l'histoire. Le point commun entre eux se trouvent dans la qualité de la performance qu'importe le personnage qu'ils incarnent. Un très précis et rythmé travail d'équipe qui permet de créer des représentations de qualité.

Un sublime hommage au métier de saltimbanque avec des artistes talentueux. Kean, une pièce à découvrir.
4 févr. 2019
9/10
3 0
Kean : un nom qui fait rêver, qui évoque beaucoup de souvenirs, une histoire écrite par Alexandre Dumas père pour le célèbre acteur Frédérick Lemaître.
Comment ne pas oublier le retour sur scène de Jean-Paul Belmondo dans le rôle titre et dans la continuité celui de Frédérick, rôle écrit par Eric Emmanuel-Schmitt, à sa demande, pour Jean-Paul Belmondo dans « Frédérick ou le boulevard du Crime » : les deux pièces jouées dans le théâtre Marigny.

Kean c’est Edmond Kean (1787-1833), un comédien britannique qui connut une immense popularité avec ses interprétations dans les pièces de William Shakespeare.
Le sous-titre de cette pièce « Désordre ou génie » résume à lui seul la personnalité de cet extravagant acteur.
Un acteur acclamé par le tout Londres jusqu’au prince de Galles, joué par Frédéric Gorny (connu du grand public pour son rôle dans la série « Avocats et Associés ») qui en fait son ami, sans doute à son dépend, lui-même étant un coureur invétéré de jupons.
Kean : un acteur qui a consacré sa vie à la scène, vie excessive dans tous les domaines où les femmes et l’argent seront ses moteurs et sa perte.
L’adaptation passionnante et très bien écrite de Jean-Paul Sartre apporte une vision plus large, plus philosophique du personnage (est-il réel ou bien joue-t-il ?), de sa vie, de son entourage, du statut social, de la société dans laquelle il nage. Le tout donnant un superbe hommage au Théâtre, à la passion d’être un acteur.
Par ailleurs, Jean-Paul Sartre a respecté l’œuvre de Dumas, comment ne pas voir les similitudes de leurs vies, tous deux issus d’un milieu modeste et qui ont gravi toutes les marches jusqu’à la Gloire, la Reconnaissance : mais au final, l’acteur ne serait-il pas, ne resterait-il pas un saltimbanque ?
Une dénomination qui perce le cœur, qui renvoie l’individu à sa triste réalité, à sa superficialité : peut-on prendre au sérieux un saltimbanque ?
Ce soir Kean est Alexis Desseaux (connu du grand public pour son rôle de Motta dans la série télévisée Julie Lescaut), qui disons-le tout de suite fait complètement oublier son illustre prédécesseur. Alexis Desseaux est magistral, il endosse le rôle avec une telle humanité, une telle fougue, il a une telle présence qu’il nous fait oublier les excès du personnage pour ne voir que l’Homme : celui pour lequel on a de l’admiration. En dehors de tout cabotinage son interprétation donne de la profondeur, de l’épaisseur au personnage, il tient son rôle sans le moindre relâchement.
Pendant cinq actes, dans cinq décors, il va nous emmener dans ses délires, ses passions, ses amours partagés entre Elena de Koefeld, femme de diplomate, jouée par Sophie Bouilloux et Anna, une riche jeune fille, jouée par Justine Thibaudat, jusqu’à sa crise de folie qui éclate en pleine représentation devant un public médusé.
La solution pour sortir de cette impasse dans laquelle il s’est fourré : l’exil.

Mais la réussite de ce spectacle c’est avant tout un travail de troupe, que Molière n’aurait pas renié et qu’Alain Sachs, le metteur en scène, a su habilement et adroitement mené avec ses comédiens. Cet esprit de troupe se voit par exemple lors des changements de décors : tous y participent.
J’ai retrouvé l’Alain Sachs que j’aime, celui qui maîtrise parfaitement la fluidité de l’action, le rythme, rythme qu’il insuffle à cette tragi-comédie ; celui qui maîtrise le jeu, le geste, la parole à la virgule et utilise l’espace scénique à bon escient.
C’est un travail très soigné qu’Alain Sachs nous présente dans ce Théâtre 14, tant au niveau des décors de Sophie Jacob, que des costumes de Pascale Bordet, que de la musique de Frédéric Boulard et des lumières de Muriel Sachs.
L’ensemble s’emboîte parfaitement, sans que l’une ou l’autre partie tire la couverture à soi, et donne toute la restitution de cette époque qu’a voulu Alain Sachs dans sa mise en scène.
Avec son œil qui frise et son carnet de notes à proximité, Alain Sachs est un éternel enfant qui s’émerveille et qui nous émerveille.

Il n’y a pas de petits rôles dans cette pièce, chacun est indispensable à la bonne construction du puzzle, chacun maîtrise sa partition, chacun capte notre attention par sa présence, par son jeu : j’ai rarement assisté à une première aussi aboutie.
Pierre Benoist, Jacques Fontanel, Eve Herszfeld et Stéphane Titeca complètent la distribution et nous procurent avec leurs camarades une immense joie d’avoir assister à une pépite du répertoire.

Mais en définitif qui est Kean ? Un séducteur ? Un homme en manque d’amour ? Quel masque voit-on ? Celui de l’homme ou celui de l’acteur ?
La réponse est au théâtre 14.

Mon coup de cœur pour cette rentrée théâtrale, un spectacle à ne pas manquer !
22 janv. 2019
8/10
2 0
Kean est un acteur londonien du début du XIXème siècle qui a donné toute sa vie à la scène. Homme extravagant et excessif, passionné et fou, il a un besoin extrême d’être au centre de l’attention. L’œuvre de Dumas, adaptée par Jean-Paul Sartre, raconte un épisode de sa vie où l’argent, les femmes et bien sur la scène prennent toute la place.

C’est un hommage au théâtre, une mise en abîme : quel est le rôle, la vie, la place d’un acteur si grand soit-il ? Quelles sont ses rapports aux autres, sont-ils vrais ou sont-ils toujours pervertis par sa position d’éternelle saltimbanque ? Où se place la limite entre le comédien et l’homme ? Quand l’acteur s’arrête-t-il de paraître ?

Tous les personnages vivants dans la périphérie de Kean sont fascinés par sa personnalité et son talent. Le prince de Galles recherche son amitié, les femmes ses faveurs et son serviteur lui est totalement dévoué malgré ses débordements et ses folies.

Deux heures qui passent tranquillement et très agréablement. L’intrigue est plaisante, les tableaux vivants et les comédiens tous excellents. Une mention particulière à Alexis Desseaux, parfait dandy excessif, à la fois généreux, insolent et brillant et à la pétillante Justine Thibaudat qui incarne avec simplicité une Anna dont la nativité et la fraîcheur cache une réelle finesse et intelligence.

Les costumes sont particulièrement soignées.
Une pièce bien agréable !