Critiques pour l'événement Justice
15 janv. 2019
1/10
8 0
Le sujet était prometteur et la déception d'autant plus grande : de bons acteurs mais qui n'incarnent pas vraiment leur rôle, une litanie fastidieuse et ennuyeuse de dossiers, un texte pauvre qui ne génère ni émotion ni rire, une mise en scène réduite au minimum, un ton militant qui embarrasse et une morale à deux sous pour enfoncer des portes ouvertes : la justice est inhumaine ! A aucun moment, je n'ai été embarquée par le jeu des acteurs ou le texte. On n'y croit pas et on s'ennuie ferme.
Alors ?
Du voleur d'un téléphone au dealer de drogue, de l'homme à qui on retire la garde de son fils à l'homme envoyé en séjour psychiatrique, en passant par le jeune fraichement converti à l'islam radical, le pouvoir régalien régale le public avec des saynètes tristement ordinaires au sein d'un palais de justice. Entre cour des miracles et vaste panorama du code pénal, le profane du droit aura une idée de ce qu'est une comparution immédiate, un procureur de la République ou encore un avocat commis d'office. Il retiendra le coût d'un détenu en prison. Il saisira les enjeux et s'offusquera peut-être du système judiciaire. La mise en scène déverse les nombreux dossiers (je pensais au début qu'il s'agissait d'un empilement d'épitoge parisienne, c'est-à-dire, dépourvue de fourrure). Le poids des affaires, l'impossibilité d'être une justice rapide (sauf à être expéditive), les papiers sur lesquels le juge s'assoit tel un empereur sur son trône, sont autant d'images et de symboles bien trouvés. Le trio de comédiennes (pour la représentation que j'ai vue avec Samantha Markowic, Alix Poisson et Judith El Zein) se plie à différents rôles, tantôt du côté de l'ordre, tantôt du côté obscur.

L'aspect manichéen est brouillé pour en conclure que la justice est une machine à broyer.
24 oct. 2018
7/10
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Une pièce montée sobrement et efficacement. Les scènes se suivent avec rythme et les personnages défilent, les comédiens et comédiennes interprétant tantôt les accusés tantôt le personnel de justice.

Quelques scènes font sourire mais l'ensemble fait plutôt état d'une justice impuissante face à certaines situations (personnes déséquilibrées par exemple) et assez aveugle.
N'étant pas experte du domaine, disons que cela questionne au moins.
18 sept. 2018
6,5/10
105 0
Il y a du rythme mais cette pièce reste caricaturale, comme l'a dit Agathe.
Ces courtes scènes ne donnent que des constats ; en revanche, les jeux de Fatima N’Doye et de Naidra Ayadi m'ont plu.
25 avr. 2018
9/10
215 0
Je suis allée voir hier Justice, écrit (et joué) par Samantha Markowic au Théâtre de l'Oeuvre, mis en scène par Salomé Lelouch. Plus que 2 représentations, à 16 h et 21 heures aujourd'hui. C'est prodigieux de justesse (oui c'est le mot) et interprété avec immense talent. C'est rythmé, intelligent. Le spectacle dégage une grande humanité et le texte est pourtant sans concession. La démonstration est brillante. Le théâtre du vrai peut être aussi du vrai théâtre. Bravo. Courez-y ! Et espérons une reprise ultérieure.

Parce qu'elle a été confrontée à la justice, Samantha Markowic a eu envie de travailler sur des interrogatoires, des témoignages, et des scènes d’audience, que Salomé Lelouch a mis en scène en nous plongeant au cœur d’une justice en temps réel, celle des comparutions immédiates. Elle avait très bien réussi à dénoncer ce que cachait le Politiquement correct à la Pépinière il y a deux ans et j'étais sure que cette nouvelle mise en scène serait une autre forme d'interpellation.

Je deviens dingue, voilà ce que répètent les trois comédiennes en écho sur tous les tons toutes ensemble, campées sur leurs jambes, droites devant le rideau de fer. Je me suis fait taper, putain, et il a un sursis. On attend la seconde ? C'est quoi cette justice ?

Une des bonnes idées du spectacle est de faire jouer les fonctions de procureur de la République, d'avocat et de prévenu (homme ou femme) uniquement par des femmes, dans un domaine si masculin. Elles sont donc trois comédiennes qui changent de rôles entre les scènes, démontrant que tout le monde peut un jour ou l'autre être de l'un ou de l'autre coté de la barre. Rien n'est tranché et la justice est une machine à broyer.

C'est par contre un peu énervant, cette valse des têtes d'affiche, qui fait qu'on vient pour quelqu'un alors que c'est un(e) autre qui est sur scène ... J'aurais bien aimé voir Camille Cottin mais je dois dire que la distribution de ce soir était excellente et fonctionnait parfaitement (Samantha Markowic, Aidra Ayadi et Camille Chamoux). Il y a pire vous me direz quand un acteur est nominé Meilleur comédien aux Molières pour un rôle ... où il est remplacé par un autre ...

Lorsque s'ouvre le rideau de fer, on les découvre assises, sur ce qu'on devine être des piles de dossiers, format A3, en feutre noir qui composeront les meubles, les murs et où l'on puisera les affaires qui seront rendues ... en comparution immédiate, avec la particularité que dans ce type de justice, on ne juge que l'acte, pas la personne. Le décor est saturé de dossiers et c'est une excellente idée d'avoir évité l'écueil de la reconstitution.

Le vocabulaire est très précis. C'est celui de la justice que pour une fois on comprend, parce que la mise en scène et l'interprétation la rend intelligible, ce qui ne signifie pas qu'on valide le verdict. Le spectateur est ainsi toujours en alerte au profit du jeu des comédiennes et du texte qui fait souvent l'effet d'une bombe et que l'on jurerait (à tort) pour partie improvisé tant il est vivant :
- Evidemment si on compare les 80 € que coute une journée de prison aux 800 d'une journée en hôpital psychiatrique c'est vite emballé et pesé.
- Une sortie sèche de prison, les statistiques sont formelles, c'est 90% de récidive assurée (On se dit que tout ce petit monde pourrait faire un tour en maternelle. Les enseignants le savent bien que punir un enfant ne sert pas à grand chose, juste à apaiser la victime). A ce compte là il est logique que le personnage de Mohamed Ali réapparaisse régulièrement.

Mais le public apprécie aussi des moments de poésie avec par exemple la légende tzigane du quatrième clou qui n'a pas transpercé le corps de Jésus, et qui donc a accordé, en sorte de remerciement aux gitans le droit de mentir et de voler.

Le portrait de notre société est sans concession. On éprouve de l'empathie envers les délinquants autant que pour ceux qui font la justice et qui ne perdent pas leur passion. Chacun se sent concerné, ayant forcément vécu une des scènes ou connaissant un de ses proches qui a été emporté dans ce tourbillon, comme victime ou comme prévenu. Les chiffres donnés à la fin semblent surestimés et pourtant non : 75000 homicides volontaires chaque année, un peu plus d'un millier de viols, 95 000 conduites en état d'alcoolisme, 65 000 sous l'emprise de stupéfiants (des chiffres sans doute en deça de la réalité puisque pas vu pas pris), 275 379 peines de prison.

Combien de fois il sera nécessaire de marteler que le racisme n'est pas une opinion, c'est un délit ?

Justice est un moment de théâtre très fort, qui fait réfléchir mais qui remplit tout à fait aussi sa mission de divertir. C'est du grand théâtre.
29 mars 2018
7,5/10
210 0
Pour ceux qui s’attendent à une diatribe virulente en bonne et du forme de notre système judiciaire, passez votre chemin car vous serez déçu.

En revanche, JUSTICE dénonce à travers de courtes histoires, la fragilité de notre système, qui rend justice sans prendre en compte l’humain, qui juge parfois vite. Le signe le plus probant, cette « formidable » comparution immédiate qui était censée désengorger les couloirs des tribunaux mais à quel prix.
C’est une démarche subtile et efficace doublée d’une mise en scène sobre mais percutante.

Bravo aux comédiennes qui retranscrivent par leur jeu et la diversité de leurs personnages, la complexité d’une partie de notre système judiciaire.
14 mars 2018
0,5/10
190 0
Une pièce caricaturale !
Pour un professionnel de la justice on est très loin de la réalité et du quotidien des juges ... Une justice imaginée par des gens qui n'ont aucune conscience de ce que la notion de misère englobe, du travail des juges et surtout du rôle de la justice dans une société. Des idées simplistes, sans réflexion de fond et très démagogues, bien pensantes. Extrêmement déçu ! Dommage car ça aurait pu être intéressant et il y a tant d'autres choses à questionner sur le rapport de la justice à l'injustice, autrement moins facile et plus intéressant que l'angle choisi par l'auteur du texte.
11 mars 2018
5/10
200 0
Bien, mais pas génial.

Le texte est de qualité, la mise en scène intéressante - bien qu'un peu dépouillée.
Les actrices maîtrisent leur texte mais sans vraiment l'incarner.
J'ai peut-être été dérangée par l'aspect militant assez fort.

Une bonne soirée cependant :)
25 févr. 2018
8,5/10
196 0
Une pièce surprenante car le sujet est dur et difficile.

La succession des scènes courtes est parfaite pour donner un très bon rythme à la pièce. On passe de l'indignation aux rires avec une touche d'humanité.

Bravo, un bon moment grâce au texte et aux comédiennes !
11 févr. 2018
8,5/10
64 0
Justice est une pièce qui nous parle de notre société, de notre justice et de notre regard face aux délits.

Ce qui est intéressant est qu'elle n'a pas un regard convenu mais elle illustre la richesse, la complexité des problèmes que l'on arrive pas à régler.
Justice ne se veut ni moralisatrice, ni tragique mais montrant une réalité. Celle-ci nous est familière, nous la connaissons déjà mais est une bonne piqûre de rappel.
8 févr. 2018
8/10
88 0
Multiplicité de rôles tenus à bout de bras par des actrices impressionnantes ! Les textes ont été bien choisis, ils sont justes et variés permettant de nous faire rire, réfléchir...

Les personnages sont rendus humains et terriblement proches de nous ce qui ne m'a pas laissée indifférente ! Pièce conçue pour interpeller sans pour autant tomber dans une dénonciation trop lourde du système de la comparution immédiate.

Mention spéciale pour la mise en scène qui sert parfaitement le propos et l'esprit de la pièce, tout en légèreté.
3 févr. 2018
4/10
73 0
Nous sortons déçus. Certes, les actrices passent avec un certain talent d’un rôle à l’autre, certes la mise en scène n’est pas dénuée d’originalité, certes le sujet est intéressant, mais cette litanie de faits divers est fastidieuse et nous n’avons pas le temps d’être touchés. La pièce n’apporte pas vraiment de nouveaux éléments de réflexion et ne réussit ni à nous surprendre ni à nous émouvoir.
29 janv. 2018
8/10
93 0
Samantha Markowic a écrit Justice après avoir suivi de nombreuses séances de comparutions immédiates au Palais de justice de Paris.

La pièce Justice est un ensemble de courtes scènes synthétisant tout ce qui l'a marqué lors de ces audiences, avec néanmoins un fil rouge : les différents passages d'un jeune, nommé Mohamed Ali, au tribunal.

Délinquants, roms, apprentis djihadistes mais aussi cleptomane compulsive, raciste et étudiant bizuteur vont croiser le procureur ou le juge. Les trois comédiennes présentes ce jour là, enchainent les scènes avec changement de roles en mode grand écart réussi : elles passent du déféré au fonctionnaire de ministère de la justice avec une facilité déconcertante et surtout beaucoup de fluidité. On sent leur implication dans la pièce. Les audiences sont frappantes, on ne tombe pas dans le cliché et elles nous font nous poser des questions sur les limites de la justice et sur la facilité avec laquelle on peut basculer dans l'illégalité.

Aucun temps mort, la mise en scène est dynamique. Le décor, réalisé uniquement avec des dossiers empilés partout qui peuvent astucieusement devenir chaise ou bureau (mention spéciale pour le fauteuil du juge en hauteur), est ingénieux. Les comédiennes sont habillées de gris, couleur passe partout, qui leur permet de changer de rôle sans difficulté. J'ai vu la distribution avec Camille Chamoux, Camilel Cottin et Samantha Markowic. Ces trois là ont été fabuleuses mais je suis sure que les trois autres comédiennes le sont aussi.

Au final, un tableau de notre justice qui nous fait nous interroger sur son fonctionnement et ses limites...
20 janv. 2018
8,5/10
128 0
Il est parfois des spectacles dans lesquels on met du temps à rentrer, mais dont on met beaucoup de temps à sortir !!! "Justice" fait partie de ceux là ...

On se fait prendre peu à peu par cet exposé de notre système judiciaire, où dans ce sublime décor en noir et blanc, rien n'est tout noir ou tout blanc justement !
Devant une spectaculaire avalanche de dossiers en attente, 3 comédiennes bourrées de talent passent du rôle de juge à celui d'accusé avec une fluidité qui force l'admiration.
Les "cas" s'enchaînent sans violence, sans un mot plus haut que l'autre, et sans cris... et pourtant c'est tellement efficace.
Elles manipulent des dossiers, en font des piles, des chaises, une pyramide sur laquelle trône une juge ... vraiment chapeau bas à Salomé Lelouch pour cette mise en scène géniale.
Et tout en douceur, par petites touches pleines d'humanité, d'ironie, de détresse, de mauvaise foi et de malheurs, Justice nous dévoile l'Injustice !
16 janv. 2018
8,5/10
85 0
On ne peut être juste si l’on est humain.

Avec son assertion, Vauvenargues, au cœur du XVIIIème siècle et alors que Les Lumières étincellent d’ardeur, s’évertuait déjà à mettre en parallèle justice et humanité. Force est de constater que cette dualité a traversé les âges. Aujourd’hui encore, nous pourrions nous demander s’il faut être humain pour juger justement ou si au contraire il est indispensable de s’abstraire de tout sentiment pour être juste. Vaste question …

Peu d’institutions sont capables de déclencher, à la simple évocation de leur nom, un océan déchainé de passions (qu’elles soient politiques, médiatiques ou populaires). La Justice est de celles-là. Pour certains, elle est froide et implacable, là où pour d’autres elle est trop laxiste. Aveugle, alors que certains crient à la trop grande attention portée aux accusés. Trop lente, là où d’autres lui objectent une rapidité lapidaire. Elle est un charbon ardent de sentiments antagonistes.

Elle est surtout un monde à part avec son temps, ses mœurs, ses codes. Son cérémonial impose autant qu’il impressionne. Regardez le nouveau Palais de justice, magnifiquement dessiné par Renzo Piano (avis architectural purement personnel bien sûr), s’élever au-dessus de Paris. Ne symbolise-t-il pas ce glaive qui, telle une épée de Damoclès, semble surplomber nos vies ?

Une Justice à laquelle on ne s’oppose pas !
Telle pourrait être d’ailleurs la symbolique de cette pièce résumée en une phrase.

Justice est un tourbillon théâtral où se succèdent les affaires, de la plus futile à la plus grave ; où les personnalités, les noms s’effacent pour ne devenir que des dossiers. ; où les vies ne sont plus qu’une somme de papiers, un peu à l’image du décor et de ces piles que les comédiennes, telles des automates, ne cessent d’empiler et de déplacer. Tout s’enchaîne. Le spectateur est entrainé, haletant, à travers les couloirs de cette justice expéditive qu’est la comparution immédiate. De la garde à vue à l’expertise médicale : du parloir au prétoire ; du procès à la prison. Sur scène, une nuée de personnages se croise, s’interpelle, s’explique mais ne paraît pas toujours s’entendre.

Pour incarner ces rôles, trois comédiennes. Fatima N’Doye, Naidra Ayadi et Océane Rosemarie se donnent la réplique. Tantôt délinquante, tantôt procureure. Les interprétations sont absolument époustouflantes. Je suis resté scotché sur mon siège happé par leurs regards, leurs gestes, leurs paroles. Elles vivent leurs personnages. Cela se voit, cela se sent. Rien que pour elles, déjà, cette pièce mérite d’être vue.

Mais Justice c’est aussi une bouteille à la mer, le porte-voix scénique d’une dérive de notre monde, le coup de pied salutaire mis au derrière du spectateur pour lui dire d’ouvrir les yeux. Bien joué, car il en ressort avec un sentiment de malaise. Malaise face à cette société qui devient folle, incohérente et inconséquente. Malaise devant cet appareil judiciaire qui donne l’impression de n’être là que pour condamner et qui trahit un esprit déshumanisé. Une impression renforcée par ce décor monochrome et un éclairage blafard.

Justice semble nous dire qu’il y a quelque chose de cassé au royaume de Thémis.

Pourtant, rien n’étant irréversible, elle veut laisser à la fin une lueur d’espoir. De la lueur à la lumière, les Hommes n’ont qu’un pas à faire …

Justice est une pièce engagée qui ne laisse pas insensible. Digne descendante de Vauvenargues ? Je vous laisse juger. Une chose est certaine, Justice est une pièce à voir.