Critiques pour l'événement Je suis un pays
19 nov. 2017
2/10
14
Enfumage en règle...
MISE EN GARDE : ce spectacle est déconseillé aux épileptiques, aux asthmatiques, aux coronariens, aux femmes enceintes, aux malentendants, aux mal-voyants, aux victimes d'attentat, aux plus de 50 ans, aux claustrophobes, aux femmes violées, aux vétérans de guerre, aux moins de 18 ans, à ceux qui n'aiment pas se lever et taper dans leurs mains quand on leur en donne l'ordre, aux allergiques à Rihanna, et plus largement à tous ceux qui aiment savoir ce qui se dit et ce qui se passe sur la scène afin d'essayer de percevoir le but de la performance artistique...
Les dialogues sont criés de façon inintelligible, ou bien chuchotés dans un mégaphone, quand ce ne sont pas de longs monologues monocordes et monotones, vous obligeant à retirer les bouchons d'oreille distribués à l'entrée, tout ça dans une pénombre presque totale. Et de temps en temps, entre deux enfumages complets de la salle aussitôt emplie de quintes de toux couvrant encore plus le texte, une enceinte de 3000 watts rugit sans prévenir, accélère votre cœur et étrille votre cerveau, avant que des éclairs stroboscopiques vous aveuglent pendant 2 minutes, à moins que vous n'ayez déjà convulsé. Les acteurs vocifèrent, courent, sautent, nagent, montent sur les sièges, haranguent le public – on ne peut contester leur énergie – reste à savoir pourquoi…
Avec cette approche scénographique gonzo-punk teigneuse probablement intéressante pour les comédiens, Vincent Macaigne veut semble-t-il réveiller le théâtre "devenu trop souvent petit et étriqué" ; mais cette débauche d'effets un peu trop spéciaux est totalement contre-productive car elle dessert le projet (s’il y en a un), prenant en otage le spectateur qui souffre littéralement dans son corps, se recroqueville sur son siège, et finit par refuser son sacrifice lorsqu’il prend progressivement conscience qu’il n’est en mesure de percevoir autre chose que la vacuité du propos et la superficialité de la méthode.
Cette expérience artistique rageuse n’est en aucun cas une « comédie (pas drôle) burlesque (ridicule ?) et tragique (lugubre) de notre jeunesse passée (faudrait pas vieillir ma bonne dame) », mais plutôt un fatras formel de jeunisme de série Z et de vociférations désespérées d’un auteur qui semble avoir besoin de hurler son angoisse existentielle devant des centaines de spectateurs-objets prisonniers de ce capharnaüm incompréhensible et bruyant. Et boire une bière avec les acteurs à la fin du spectacle n’a pas d’autre vertu que désaltérante.
Dépité, déçu, agacé, et même vexé de m’être fait prendre à ce piège.