Critiques pour l'événement Hiroshima mon amour
2 mars 2020
8/10
1
Il y a des associations qui semblent évidentes. Le phrasé, la diction… oui, cela semble évident. Qui mieux que Fanny Ardant pour porter les mots de Marguerite Duras ?

Seule en scène, avec cette présence si forte, si magnétique, elle nous entraîne en un instant dans cet hôtel d’Hiroshima en 1957…

Une femme, comédienne, y passe une dernière soirée avec son amant japonais avant de regagner Paris. Petit à petit, elle se confie, et du drame de la ville japonaise, glisse vers son drame personnel.

Judicieusement, c’est la voix-off de Gérard Depardieu qui est l’amant, (presque psychanalyste) et cette présence- absence offre un bel écrin au jeu de la comédienne. On replonge dans la seconde guerre mondiale, ses victimes collatérales, de Nevers à Hiroshima… L’amour, la résilience, les atrocités de la guerre, l’impossible oubli… les thèmes qui traversent l’oeuvre sont forts et toujours pertinents.

Le texte de Marguerite Duras prend vie, ses ruptures, ses répétitions, tout semble couler de source et d’une clarté parfaite, évident, oui.

La mise en scène est très sobre, un fauteuil, quelques notes de musique, juste ce qu’il fat pour mettre en valeur les mots…

C’est vraiment le théâtre qui m’aura fait aimer Marguerite Duras, dont mes lectures lycéennes m’avaient laissé un souvenir mitigé. D’Isabelle Adjani dans Roma à Ils n’ont rien vu, chorégraphie inspirée du même Hiroshima mon amour par Thomas Lebrun qui m’a laissé des images très fortes en tête, voilà une nouvelle adaptation mémorable!

Un seul regret… c’est court! 50 minutes de spectacle, j’en aurais volontiers pris le double!
5 juil. 2019
9,5/10
2
Une grande silhouette dans une salle d’été sombre et chaude s’avance sur la scène. C’est Fanny Ardant.
Le texte de cette mésaventure ( c’est peu dire bien sûr mais c’est dit, c’est Duras) lui va aux courbes ombrées, lui va au sourire-mémoire, aux mots des maux et au corps de la passion.

C’est l’actrice et c’est Hiroshima, ce langage du feu à sang , cette mise à mort et cette destination de l’amour dans la mort, dans la mémoire toujours tenue par l’amour comme on tient un bordel.
Mais le bordel c’est le monde car l’amour lui se tient, il se tient droit au fond des courbes, il se tient droit quand on le tond, il se tient là à Nevers, honoré d’un déshonneur car son seul désaccord est la perte de l’être aimé.
La grande dame nous apprend à quoi ressemble l’amour, amour du texte, éternel, éternité durassienne, écho au temps, beauté qui ne fane pas, beauté résistante, souriante, émouvante.
Cette belle dame dont la grâce nous remercie d’être là.
1 juil. 2019
8/10
6
« Hiroshima mon amour » d’après le scénario écrit par Marguerite Duras pour le film d’Alain Resnais s’arrête pour une courte série de représentations au théâtre des Bouffes Parisiens, adapté et mis en scène par Bertrand Marcos : une déchirante histoire d’amour portée jusqu’au bout des cils par Fanny Ardant.

Dans la pénombre apparaît lentement, avec un pas hésitant, une femme vêtue de noir sur la musique d’Astor Piazzolla qui appelle au rêve, au songe : Oblivion.
Musique que je ne me lasse pas d’écouter dans la version du CD de Camille Berthollet, au violon, accompagnée de Gautier Capuçon au violoncelle. Une musique fil conducteur qui sera plus tard interprétée dans une version piano.

Fanny Ardant c’est d’abord une voix et un phrasé particuliers, reconnaissables entre tous. Quoi de rêver mieux que de l’écouter dire avec sobriété le texte de Marguerite Duras, nous raconter ses histoires d’Amour sur fond de guerre, l’une brûlante d’un souvenir impérissable et l’autre l’éphémère d’une rencontre de quelques heures.
Une voix qui efface les imperfections techniques, qui efface les bruits des bouteilles d’eau qui se ferment et s’ouvrent pendant tout le spectacle, dans une salle à la chaleur étouffante.
Un malaise perceptible, évocation de la chaleur d’Hiroshima, de cette bombe qui en quelques secondes renversa le cours du destin.
Une femme venue tourner un film sur la paix quelques années après cette catastrophe et qui s’éprend d’un japonais.
Une courte liaison qui lui laissera le temps d’évoquer son immense amour pour un soldat allemand rencontré en France : un poème d’amour déchirant à la mémoire vivante.

Fanny Ardant à la fois douce, fragile et lionne, dans un duo imaginaire avec la voix de Gérard Depardieu, évoque d’une manière singulière ses souvenirs.

Cette provinciale de Nevers qui à la libération fut tondue pour avoir aimé un allemand. Un amour fort, résonnant encore dans sa mémoire, un amour qu’il faut garder intact, un amour qui appelle à la réconciliation, un amour qui balaye tous les préjugés.

Bertrand Marcos a situé sa mise en scène dans le dépouillement, un plateau aux tentures noires, un fauteuil noir, et sa comédienne dans une robe noire. La couleur est donnée par le récit et par la voix de Fanny Ardant.
Il a décidé de la laisser seule sur scène pour faire entendre le texte pour ce qu’il est en laissant libre cours à notre imaginaire.
Elle s’approprie cette immense scène en foulant le sol, en caressant le fauteuil et en s’imprégnant du sol en s’allongeant sur des lumières caressantes de Patrick Clitus.
Elle vit intensément son travail de mémoire et ne lâche rien même quand Gérard Depardieu ne cesse de lui répéter qu’à Hiroshima elle n’a rien vu alors qu’au contraire elle lui répond avoir tout vu, Nevers n’y faisant rien.

Fanny Ardant joue un moment intense, grave, puis son sourire final est un bonheur, bonheur d’avoir partagé avec cette immense actrice de bien trop courtes minutes, prolongées par de nombreux rappels et clos par une « standing ovation ».
Un sourire qui à lui seul vaut tout l’or du monde.
1 juil. 2019
6,5/10
1
Hiroshima mon amour avec Fanny Ardant, c'est ainsi que le spectacle est partout annoncé. Je connais le texte de Marguerite Duras que j'avais tant apprécié au Lucernaire il y a cinq ans.

Je m'en souvenais parfaitement, trop sans doute. On peut bien avoir un immense talent, on peut bien être internationalement célèbre, il est impossible de faire oublier le travail de quelqu'un qui vous a précédé. Dominique Journet Ramel demeure la parfaite incarnation de Nevers. Et ne ne parle pas d'Emmanuelle Riva, elle-même mythique à la création.

Même si on est heureux d'entendre la sublime voix de Fanny Ardant et surtout je dirais celle de son partenaire, off mais si présent, Gérard Depardieu qui a réussi à supplanter celui qui assurait ce rôle dans la version précédente. D'autant que -et c'est nouveau- cette voix est parfois celle du japonais, tantôt vivant, tantôt fantôme, parfois aussi celle du soldat allemand.

Il faut rappeler que le film a été pensé et voulu par Alain Resnais qui avait demandé à une femme, écrivain en vogue à l'époque, d'en écrire le scénario. Il s'était tourné vers Françoise Sagan que le challenge effraya. Marguerite Duras accepta. C'était en 1959.

Contrairement à ce qui se passe habituellement avec le 7ème art, ce n'est pas Resnais qui a "monté" le livre de Duras mais Duras qui a écrit le film de et pour Resnais. Ceci explique combien faire jouer ce texte sur une scène de théâtre est un défi.

Surtout dans une mise en scène, signée par Bertrand Marcos, dépouillée à l'extrême avec pour seul accessoire un fauteuil (très peu utilisé d'ailleurs puisqu'il a demandé à la comédienne de s'allonger par terre plus souvent que de s'y asseoir).

Fanny Ardant est vêtue d'une robe à la coupe harmonieuse et classique, intemporelle, noire, comme on s'y attend. Elle est enveloppée de lumières dosées et dessinées par Patrick Clitus qui vont instaurer le climat et le décor du spectacle. La soirée commence dans un noir absolu, pendant lequel elle avance jusqu'au bord de la scène, d'une démarche presque chaloupée, ne cachant rien d'une fragilité dont il est difficile de juger si elle est voulue ou réelle, arrivant sur scène avec sa voix pour seul habillage.

Gérard Depardieu est d'une justesse stupéfiante, même si on l'en sait capable. C'est un plaisir pour nos oreilles. Le couple Depardieu-Ardant a été souvent réuni au cinéma, et même déjà à Paris au théâtre. C'était en 2004, pour La Bête dans la Jungle d'après Henry James, adapté par Marguerite Duras (déjà elle) dans une mise en scène de Jacques Lassalle au Théâtre de La Madeleine.

Resnais situait l'action au Japon. Duras insista sur l'évocation des rives de la Loire, fleuve sans navigation, toujours vide, tellement beau à cause de sa lumière tellement douce. Marcos abolit l'espace pour sans doute diriger la focale sur la déflagration de la rencontre entre Hiroshima et Nevers. Il m'a semblé qu'il avait opéré des coupes dans le texte et qu'il était allé jusqu'à le remanier. La pièce est en deçà d'une heure (le film durait 90 minutes).

Gérard comme Fanny connaissent très bien l'univers de marguerite Duras, et d'Alain Resnais. la comédienne a reconnu très honnêtement dans plusieurs interviews qu'elle n'avait pas compris le propos du cinéaste la première fois qu'elle avait vu le film (comme beaucoup de monde, il faut le souligner). Elle a tourné plusieurs fois sous la direction de ce réalisateur. Bertrand Marcos avoue de son coté honnêtement n'avoir jamais vu le film. Il se l'est interdit pour ne pas être influencé, et se donner l'illusion qu'il a adapté pour la première fois ce scénario pour le théâtre.

Vu sous cet angle le spectateur est face à un "original" Hiroshima mon amour avec Fanny Ardant et il n'est pas utile d'aller chercher plus loin. Il faut aussi le féliciter de n'avoir pas sacrifié à la mode des video-projections. Nous sommes totalement en immersion au théâtre.
22 juin 2019
9/10
20
Il était une fois deux voix.
Deux voix, incandescentes, profondes, habitées, deux voix reconnaissables entre toutes.
De ces voix qui vous fascinent et vous hypnotisent littéralement.

Fanny Ardant. Sur scène.
Gérard Depardieu. Off

Deux mélodies orales, subtiles, brûlantes, bouleversantes.

Un dialogue entre une femme qui voudrait oublier son passé et son amant qui lui pose des questions, lui permettant de raconter, de dire, de révéler sa terrible histoire.

Cette pièce est l'adaptation théâtrale du scénario écrit par Marguerite Duras pour le film éponyme d'Alain Resnais, dans lequel une actrice française va participer à un film sur la tragédie d'Hiroshima tombe amoureuse d'un Japonais.
Nous allons assister à une difficile et poignante recherche mémorielle.

On connaît bien entendu ce thème récurrent dans l'œuvre de Duras, qui mêle la nécessité de se souvenir du passé et un autre besoin, celui de dissimuler la vérité.

Ce fragile équilibre sur la corde raide du temps qui passe va trouver ici son climax.

Le passé de cette femme est douloureux. Une tragique histoire d'amour. A Nevers, en 1944, âgée de 18 ans, la jeune fille d'alors s'était éprise d'un Allemand. Celui-ci fut abattu par des résistants.
Elle, elle fut tondue à la Libération, ses parents l'enfermèrent dans leur cave.

Fanny Ardant est cette femme entre ces deux villes, ces deux époques et ces deux histoires d'amour.
Autant l'écrire tout de suite, elle nous livre une grande leçon de théâtre.

Nous sommes bien au-delà de l'incarnation d'un personnage, tellement est est cette femme brisée qui tente de se reconstruire par le biais de la libération de la parole et du souvenir.

Dans une mise en scène épurée au maximum par Bertrand Marcos, (un seul fauteuil noir côté cour), elle irradie le plateau qui en devient brûlant.
Durant cinquante minutes, elle transforme les mots de Duras en un intense et long poème en prose au lyrisme brut. Une terrible oaristys contemporaine.

Le dialogue des deux voix fonctionne à merveille, celle dans l'éther étant tout aussi présente que celle de l'immense comédienne.

« -Tu n'as rien vu à Hiroshima !

- J'ai tout vu. Tout ! »
Nous aussi, nous avons vu.
Nous avons assisté à un très grand moment de théâtre.
Une leçon, vous dis-je !
22 déc. 2018
9,5/10
1
Une actrice française se rend à Hiroshima pour tourner un film. Une histoire d’amour passionnelle naît entre elle et un Japonais.

Histoire d’amour difficile entre ces deux êtres marqués par :
*les horreurs et les conséquences de la bombe nucléaire sur Hiroshima pour cet homme.

*la douleur et le supplice de cette femme pour avoir aimé un soldat allemand pendant la Seconde Guerre mondiale.

Fanny Ardant par sa présence, son éloquence, son jeu plein de délicatesse et de finesse nous envoute comme par magie.

Nous tombons sous son charme, nous sommes subjugués par cette talentueuse actrice.

La profondeur et la magnifique écriture de Marguerite Duras prend un envol extraordinaire, nous sommes transpercés par l’émotion. C’est la vie, le témoignage de l’irracontable…

"L’écrit ça arrive comme le vent, c’est nu, c’est de l’encre, c’est l’écrit, et ça passe comme rien d’autre ne passe dans la vie, rien de plus, sauf elle, la vie." Duras

Tout commence par l’arrivée majestueuse de Fanny Ardant. La scène est plongée dans la pénombre, seule sa silhouette apparait dans un banc de lumière. C’est magique.

“J’ai tout vu. Tout ”, dit-elle (Fanny Ardant) en s’avançant majestueusement vers le public.

“Tu n’as rien vu à Hiroshima”, répond la voix off (Gérard Depardieu)

Deux voix hors du commun, deux voix irremplaçables qui nous ébranlent et nous vont droit au cœur. Deux magnifiques comédiens qui vont nous conter cette histoire…

De confidences en confidences, nous sommes transportés dans leurs souvenirs où la réalité de l’horreur est inconcevable.

La guerre, la violence, l'intolérance des hommes.
Pourront-ils trouver la paix et vivre leur amour à Hiroshima ?

Rentrera-t-elle en France ? Restera-t-il dans son pays ?

Nous sommes inondées par les émotions et les questionnements longtemps après les applaudissements.

La mise en scène épurée de Bertrand Marcos amplifie la puissance du texte.

L’éclairage de Patrick Clitus tout en finesse crée une intimité profonde, nous sommes au cœur de cette histoire.

C’est grandiose.
9,5/10
4
... Un spectacle impressionnant qui restera mémorable comme ces grandes rencontres que le théâtre sait nous offrir. Les saluts nourris du public, les nombreux rappels, les bravos scandés comme les standings ovations ont scellé le spectacle et son souvenir comme ils le méritent. Un très grand moment. Bravo mademoiselle Ardant. Merci.
22 déc. 2018
9/10
5
La sublime Fanny Ardant est seule sur le plateau de l'Atelier, elle a pour compagnie un joli fauteuil et la voix off de Gérard Depardieu qui lui pose des questions, pour nous conter ce cri du souvenir d’un amour scandaleux et intense qu’est l’histoire d’« Hiroshima mon amour », écrit par Marguerite Duras puis adapté et mis en scène spécialement pour le théâtre par Bertrand Marcos.

Un fauteuil et rien d’autre sur la scène car la présence magnétique et envoutante de Fanny Ardant qui fait vibrer sa voix chaude en fonction de l’histoire, suffit à remplir l’espace. Je me suis laissée plusieurs fois à fermer les yeux pour me concentrer sur cette voix ensorcelante, cette voix riche en nuances qui nous emmène entre Hiroshima et Nevers.

La présence de Fanny Ardant est fantastique : dans une simple robe noire, éclairée avec une parcimonie ingénieuse par les lumières de Patrick Clitus, elle nous entraine dans l’histoire de cette femme avec douceur et passion. Oui, je sais : ces deux mots ne semblent pas aller ensemble et pourtant c’est ce que j’ai ressenti pendant le spectacle. Cette invitation au souvenir est très agréable et nous passons une heure suspendus aux lèvres de la comédienne.

Un moment d’exception en compagnie d’une grande comédienne que je recommande vivement.