Critiques pour l'événement Girls and Boys
Il y a 7 heures
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Conte de la folie ordinaire.

Décidément le couple est à l'honneur cet automne au Petit St Martin ... ou plutôt la crise de couple !
Après "Les Beaux" qui deviennent très vilains dans une scène de la vie conjugale au vitriol, c'est au tour de Constance Dollé de faire le deuil de cette institution.

Dennis Kelly est vraiment un grand auteur, qui nous livre ici un récit d'une noire intensité.
A la manière d'un thriller, c'est une descente aux enfers qui commence comme un conte de fées moderne et se termine par un carnage.
La mise en scène, où les convives sont aussi des spectateurs, donne à ce récit une troublante sincérité ....

Il ne reste que quelques jours pour aller découvrir ce morceau de bravoure récompensé par un Molière, oh combien mérité !
4 nov. 2019
9,5/10
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Cette pièce est un choc. Une histoire forte avec une montée en puissance des plus réussie, sublimée par une mise en scène parfaite qui ne laisse aucun temps mort. Mais l’extraordinaire reste le jeu de l’actrice Constance Dollé.

Le mot est faible tellement nous sommes passés par toutes les émotions. Elle nous a fait sourire, elle nous a fait rire, elle nous a inquiété. Elle nous a transmis sa panique, son angoisse puis sa douleur et nous a fait aimer cette femme brisée avec à chaque fois une justesse, une authenticité qui nous a laissé sans voix à la fin du spectacle.

Elle a joué avec une puissance qui nous a embarqué, une grande actrice, une très grande actrice.
11 mai 2019
9,5/10
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Constance Dollé pourrait être la soeur jumelle de Caroline Vigneaux. Leurs deux spectacles parlent de domination masculine. Si celui de l'humoriste fait rire (tout en étant d'une certaine façon très sérieux), Girls and Boys est une tragédie.

Quand vous prendrez place sur les gradins vous remarquerez la comédienne en conversation avec quatre invités, qui sont des spectateurs presque ordinaires, ayant accepté quelques minutes plus tôt l'invitation du caissier du théâtre à suivre le spectacle depuis la scène. Ne vous préoccupez pas d'eux, ils n'auront rien à dire. Je peux témoigner. J'y étais.

Ce n'est pas la première fois que je regarde un spectacle en étant assise sur le plateau. Le dispositif est fréquent. Mais je n'avais pas imaginé que je resterais sous les feux des projecteurs durant toute la représentation, pendant une heure trente. Hors de question de tousser (ou alors vraiment discrètement, en s'efforçant de faire passer la crise avec le verre d'eau qui nous a été versé au début de la soirée), et encore moins de quitter le plateau.

Je ne regrette rien, bien au contraire. Cette expérience m'a permis de décupler mon attention et de vivre la soirée de l'intérieur, en immersion comme le promet le théâtre. L'interprétation de la comédienne est magistrale (je ne pourrai pas en dire autant de la mienne, ... aura-t-on remarqué combien chacun de ses 4 invités buvaient ses paroles, manifestant un maximum d'empathie ?).

Je n'ai pas eu l'occasion de discuter avec Constance Dollé par la suite mais j'ai lu qu'elle disait ne pas être tout à fait Constance la comédienne ni tout à fait le personnage à ce moment-là, qu'elle s'efforce d'avoir l’air détendue pour mettre à l’aise ses invités. Et qu'après, elle prend appui sur eux en fonction de ce qu'elle chope de leurs réactions. Et c'est vrai qu'à plusieurs reprises j'ai remarqué qu'elle s'adressait un bref instant à l'un ou l'autre d'entre nous, dans une forme de connivence, par rapport à nos professions ou nos passions dont nous avions brièvement fait le tour avant l'entrée du (vrai) public.

Curieux "seule en scène" donc que cette représentation. Avec autour d'elle deux femmes et deux hommes et puis la quasi présence de son ex-compagnon, avec qui elle a eu deux enfants auxquels elle s'adresse régulièrement. J'écris "elle", je devrais mentionner "le personnage" ... mes mots sont sans doute consécutifs à l'immersion, ou à la qualité de l'incarnation de la comédienne, qui mérite amplement pour cela sa nomination aux prochains Molières.

Aucun d'entre nous ne savait quand le spectacle commencerait réellement parce que nous étions absorbés par la conversation que nous avions à voix basse avec Constance Dollé alors que nous commencions à percevoir l'installation du public. Elle nous distribua une clémentine, nous versa de l'eau et remplit nos verres d'un (excellent) Saint Joseph ... que nous n'étions d'ailleurs pas obligés de boire.

Nous avons compris que les choses (très) sérieuses avaient définitivement démarré quand elle s'adressa à mon voisin d'une voix un tout petit peu plus affirmée pour lui dire : J’ai rencontré mon mari dans la file d’embarquement d’un vol EasyJet, je dois dire qu’il m’a tout de suite déplu.

Ce monologue a été écrit par le dramaturge britannique Dennis Kelly il y a deux ans à peine. C'est sa première création en France et son titre, Girls and Boys, est celui d'une chanson de Blur. C'est un autre air (Depeche Mode -Enjoy The Silence-1990) que l'on entend à la fin du spectacle dont j'ai eu du mal à retrouver les coordonnées alors qu'il me trottait dans la tête avec ses mots qui correspondaient si parfaitement à ce que je ressentais :
Words like violence
Break the silence
Come crashing in
Into my little world
Painful to me
Pierce right through me
Can't you understand?
Oh my little girl

La mise en scène de Mélanie Leray est très efficace. On vit chaque épisode comme si on y était (et je pense que même sans être sur le plateau j'aurais ressenti semblable émotion). On est hypnotisé. On voit ses enfants, puis le mari. C'est vertigineux.

Constance Dollé a joué dans plusieurs séries télévisées, Un village français, les Revenants. Sa filmographie est impressionnante et elle a été à l'affiche de nombreuses pièces de théâtre. Girls and boys est cependant son unique seul en scène.
28 avr. 2019
8/10
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On va dire que la pièce démarre sur l'histoire d'un couple. Assez classique comme histoire. Les enfants naissent. Le couple est pris dans leur vie professionnelle et sont très impliqués. Peu à peu l'histoire tournera et changera pour aller dans le drame absolu.

J'ai personnellement adoré l'idée de reconstruire l'histoire en enlevant le traumatisme dans le souvenir. Assez troublant comme idée. La fin est poignante.
Le plus remarquable est le jeu de Constance Dollé. Elle porte le texte et lui apporte l'énergie nécessaire. Elle est vitale pour la pièce.
La mise en scène est originale avec 4 spectateurs invités à participer à la pièce. Quelques nuances négatives sur l'occupation de l'espace.

A voir pour le jeu d'actrice.
19 avr. 2019
9/10
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Attention au début trompeur de cette pièce, qui ressemble à celui d'une comédie psychologique...

Il y aura en cours de route de sévères ruptures et le spectacle s'achève sur une tout autre tonalité. Cela dit, impossible de ne pas conseiller d'aller voir Constance Dollé dans ce rôle qu'elle tient à merveille, habilement mise en scène, dans un souci de réalisme qui atteint parfaitement son but dans la dernière partie de la pièce. Enfin, sans qu'on soit nécessairement d'accord avec la théorie de l'auteur, qui veut qu'une violence effroyable habite la psychologie masculine, et que seule la société pourrait canaliser, il est à signaler l'intérêt d'un texte qui prend un peu de hauteur, une fois n'est pas coutume.
19 avr. 2019
6/10
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Assez déçue de cette pièce.

Certes Constance Dollé est volontaire, énergique, assez douée et pleinement investie dans son rôle. Malheureusement, la narration faite de flash back, de zig zag, de mimes, ne laisse place à aucune imprécision et c'est plutôt manqué. La lumière et le son n'aidant en rien à se figurer les changements de temps et d'espace.

Moi qui n'avais rien lu ni entendu sur cette pièce, j'ai trouvé le dénouement inattendu dans le mauvais sens du terme. Rien ne fait monter la tension jusqu'au final tragique.
Les caractéristiques du personnage sont tellement morcelées que l'on cherche tout au long de la pièce à essayer de comprendre d'où elle vient et où elle va, et on passe à côté de l'empathie nécessaire pour être véritablement touché parce qui lui arrive.

Dommage.
15 avr. 2019
9,5/10
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Constance Dollé nous pose un véritable problème pour notre critique : comment évoquer sa performance sans trop abuser de superlatifs ?

C’est vrai, nous pourrions nous borner à écrire « c’était génial ! » mais cela serait trop court pour décrire notre émotion et l’amour qu’elle a su nous insuffler pour cette femme qui s’est livrée sans pudeur devant nous pendant 90 minutes d’interprétation magistrale !

Le jeu (JE) de Constance DOLLÉ est incroyable de justesse et d’authenticité. Ce n’était pas elle mais l’héroïne de ce drame qui nous a fait passer par toutes les émotions possibles, depuis le rire lors qu’elle évoquait ses amours aussi débridés qu’éphémères, un réel et constant intérêt pour sa vie de femme d’affaire, d’épouse amoureuse et de mère, jusqu’à l’indicible horreur finale minutieusement décrite. Quelle justesse dans la ponctuation de ses révélations par ses regards tantôt rieurs, batailleurs, vindicatifs, rageurs, puis bientôt d’une dureté et d’une haine glaçante en évoquant le pire drame qui soit, pour enfin s’achever dans une lueur de pardon baigné de larmes.

Dieu que c’était beau ! Dieu que son jeu était en parfaite symbiose avec l’intelligente et brillante mise en scène de Mélanie Leray (à moins que ça soit l’inverse ?). Bon, foin de superlatif, nous conclurons qu’il ne peut y avoir qu’un « Molière » à venir !
31 mars 2019
9/10
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Constance Dollé ! Comment j'ai pu passer à côté depuis toutes ces années.

Enfin, c'est réparé puisque je suis allée voir Girls and Boys. Elle est juste, pleine d'énergie et sait nous emmener dans une espèce de grand huit d'émotions. La mise en scène est originale avec la présence de public sur scène. Et puis le final avec le titre de Depeche Mode est particulièrement bien vu.

A voir absolument !
26 mars 2019
8/10
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Après le Royal Court Theater de Londres, le Minetta Lane Theater de New-York, c'est au tour du Petit Saint Martin de Paris d'accueillir la pièce du dramaturge anglais, Dennis Kelly.

Mélanie Leray s'empare du récit de cette femme qui raconte sa vie lors d'un repas avec des convives. Elle choisit de mettre au milieu du plateau sur une surface légèrement surélevée un table ovale, un chien dans son panier et quatre personnes. Des "invités privilégiés" comme l'annonce le théâtre à l'accueil. Se sont des spectateurs volontaires qui vont bénéficier d'une interaction particulière avec la comédienne Constance Dollé qui va incarner cette personne brisée par la vie. Elle débute par la rencontre avec son futur mari "J'ai rencontré mon futur mari dans la file d'embarquement d'un vol Easyjet et je dois dire que cet homme m'a tout de suite déplu". Une affirmation qui pourrait dérouter au début. Puis, elle nous explique pourquoi et cela prête à sourire. Quelque chose vient de se créer entre cette homme, plein de confiance et elle. Un avenir commun se profile à l'horizon.

Avec passion et humour, elle nous emmène sur la construction de leur couple, de leur vie au quotidien, de la naissance de ces deux enfants, de la réussite dans son entreprise, de son bonheur tout simplement... Quelques fois, elle s'arrête pour rouspéter après ses enfants. Doucement, une tension commence à apparaître sur son visage. Un jeu de chaises se met en place. L'ombre d'un cauchemar fait son apparition avec la fermeture de l'entreprise du mari, son laisser-aller, son comportement de plus en plus agressif. Peut-être qu'en le menaçant de divorcer cela lui procurera un électrochoc. Mais rien n'y fait, il se morfond de plus en plus et le ciel du quotidien continue de s'obscurcir. Elle quitte la maison avec les enfants en lui permettant de passer du temps avec les enfants pourtant il s'y refuse. La crispation devient de plus en plus flagrante, elle va tout nous dire. Ne sommes nous pas venus pour cela nous demande t'elle? Avec pudeur et retenue, elle va ouvrir sa blessure face à l'acte des plus horribles de son mari à la virilité blessée. Maintenant, elle ne veut conserver que les souvenirs de ses enfants et les faits revivre dans son imaginaire. De lui, il ne doit plus rien rester car il ne le mérite pas.

Une histoire bouleversante incroyablement jouée. Constance Dollé qui reste toujours sur la corde raide. Impossible de ne pas se sentir entrainé par l'énergie à fleur de peau de la comédienne. Pour son premier seule en scène, elle brille par son charisme tout en fragilité et son jeu tout en finesse.
22 mars 2019
10/10
3 0
Un texte coup de poing servi par une comédienne magnifique et une mise en scène étonnante. Il y a longtemps que je n'avais pas été aussi captivé et ému.
15 mars 2019
10/10
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La mise en scène est originale puisque quatre spectateurs sont conviés tous les soirs sur la scène et jouent les convives du repas, ceux à qui une femme raconte sa vie.

Le dispositif est simple et le décor sobre : juste cette grande table ovale et les restes d’une fin de repas. Tout passe par l’immense talent de Constance Dollé qui nous emporte dès les premiers mots. On commence par rire beaucoup et elle a l’art de mimer et de nous donner à voir en quelques mots et quelques mimiques une scène. Et puis, progressivement, le rire devient amer... et l’on plonge dans l’horreur pour finir.

Un grand moment de théâtre et la découverte d'une grande comédienne !
15 févr. 2019
8,5/10
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C. Dollé interprète magistralement ce texte poignant de D. Kelly.

Humour, tristesse puis horreur, m'ont fait passé par tous les états et toutes les émotions y sont passées !
2 févr. 2019
8,5/10
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Découverte d'un auteur à suivre. Dennis Kelly (l'abbatage rituel de G. Mastromas) mène ce huis clos de main de maître. On sent dès le départ que quelque chose cloche dans la vie de cette femme tiraillée, et on glisse vers un épilogue, que l'on sent confusément se dessiner, et qui nous scotche quand il apparait au grand jour !

Le texte et l’approche psychologique sont fins. Cette version française est originale, avec l'idée des quatre spectateurs volontaires sur scène (Mais au fait, sont-ils vraiment là ?...). Constance Dollé restitue avec brillo le ton cru d’une jeune femme qui a su profiter de la vie, aussi bien que celui d’une mère aimante.

Bref, c’est une pièce incontournable.
16 janv. 2019
9/10
4 0
Âmes sensibles, se munir d'une boîte de mouchoirs. Le final du spectacle risque en effet de déclencher chez vous un torrent lacrymal.
La seule en scène (ou presque) nous déclame un monologue de très haute volée, dans lequel on voit passer tous les sentiments humains, des plus touchants aux plus écœurants.
Un grand moment de théâtre, qui donne à réfléchir sur la noirceur de l'âme humaine.