Critiques pour l'événement Fugue en L Mineure
12 nov. 2014
7,5/10
79
Encore une fois, le théâtre de Belleville n'hésite pas dans sa programmation à faire des choix de pièces plutôt audacieux dont la mise en scène mêle souvent vidéo et musique au dispositif scénique sortant ainsi des sentiers battus en prenant à bras le corps une scénographie moderne.

La pièce s'ouvre sur une superposition de visages de trois femmes, on ne sait pas qui elles sont, elles sont immobiles mais leur image n'est pas arrêtée. Puis des phrases sortent d'un micro, elles ne font pas beaucoup sens. J'ai d'abord craint avec beaucoup d'angoisse d'être tombée dans un spectacle horriblement prétentieux qui utilise la vidéo comme des paillettes aux yeux et fait éructer des phrases sans aucun sens pour donner l'impression d'une épaisseur fictive à ce qui semble en réalité très creux.

Mais, ouf.

Passées les dix premières minutes on quitte bien heureusement ce fouillis pour rentrer dans le vif du sujet.

L'histoire tourne autour d'une jeune adolescente jamais nommée. Elle se voit confrontée à un âge de plus en plus sexué où l'on décide ou non de tendre vers une féminité sous la pression des camarades de classe malgré les interdictions conservatrices du chef de famille misogyne qui trouve qu'une mini jupe ça fait « appel au viol ». Pourtant, comment peut-on « appeler au viol » ?

La pièce dresse le parcours initiatique de la jeune fille, plutôt maligne et marrante, et pose la question du comportement social à adopter quand on est ni laide ni jolie, bonne en classe (ce qui fait tâche à l'heure du collège) et toujours à porter le jean imposé par ses parents, pas facile alors d'être copine avec la bimbo de la classe.

Le sujet est intéressant et traité avec finesse, l'ado anonyme n'a pas de nom pour mieux faire écho à toutes les adolescentes et donner un caractère universel aux questions qu'elle se pose sur ce que c'est qu'être femme et/ou féminine, deux concepts pas systématiquement imbriqués. Cette « L mineur » éponyme est accompagnée tout au long du spectacle d'une voix, son « L majeur », leurs répliques entrent en résonance et donne de la perspective aux scènes jouées avec ce personnage dédoublé. On y parle d'adolescence mais aussi de sexualité, du rapport au père, ce père qui fait planer une menace indistincte tant sur le plan de l'inceste latent que sur le plan de la violence. Mais parfois les menaces ne résident pas là où on les attend, en ceci la pièce surprend et donne à voir un texte mûrement réfléchi sur un sujet difficile et parfois sordide.