Critiques pour l'événement Fêlures, le silence des hommes
23 mars 2019
6,5/10
28
« Je bande, donc je suis ? »
Voici quel serait donc le crédo des « érectocentristes », ceux qui considèrent que la condition d'homme, de mâle se définit avant tout par la propension à avoir des érections en veux-tu-en-voilà, et avoir la plus grosse et la plus longue.

Ce spectacle qui met en scène le concept d' « érectocentrisme » développé par D' de Kabal, est avant tout pour cet artiste un besoin de sortir du silence. Celui, assourdissant, de la majorité masculine.

Arrêter de se taire pour questionner ce qui fait la masculinité. Pour interroger le rapport à la violence faite aux femmes, avec notamment la difficulté encore de nos jours, malgré les efforts de l'administration, de porter plainte, avec la qualification pénale très insuffisante du viol dans notre pays.

Il y aura un plateau séparé en deux, par la diagonale.
A jardin, il y aura le conteur, « celui qui parle », le diseur, celui qui raconte. D' de Kabal en personne.
Il dira les choses, tel un moderne griot, il dira les vérités pas toujours bonnes à dire, il slamera, il utilisera un écran tactile translucide, il nous fera rire, un peu, notamment avec la difficulté dorénavant de prononcer les trois consonnes DSK...

A jardin, il y aura un couple. « Un » et « Deux ».
Durant les interventions de D' de Kabal, les deux répètent en boucle les mêmes rituels, les mêmes actions.
Lui s'amuse avec une surface de contrôle Push du Progiciel Ableton Live, il règle son ampli, il gonfle un ballon de baudruche, il se met un post-it sur le front.
Elle se chausse, se déchausse, écrit sur son carnet Moleskine format A5, écoute son ipod, prend le post-it de son homme et le met dans une boîte translucide.
Les deux joueront quelques saynètes parlées. Des clichés.
Et puis il y aura une violence. Je n'en dis pas plus.

Il y aura R.I.F. (acronyme de Rénover-Innover-Former, du nom d'un dispositif informatique policier), un « corps muet et dansant, incarnant le programme numérique », je cite D' de Kabal), habillé un peu comme les ouvreurs du théâtre du Rond-Point, et qui exécutera quelques chorégraphies.

Après une heure et cinquante minutes, « celui qui parle » aura choisi son camp : « Je suis antiérectocentriste. Si cela veut dire ne plus être un homme, soit, j'en prends acte. Je ne veux plus être un homme. Je veux être libre. »

Auteur, musicien et metteur en scène, D' de Kabal se définit comme un « chercheur expérimentant les croisements entre les disciplines ».

Ce spectacle relève de ce croisement-là.