Critiques pour l'événement Elephant Man, Joey Starr, Beatrice Dalle
C'est un des rendez-vous attendus de cette première partie de saison : la confrontation sur scène du couple sulfureux Joey Starr / Béatrice Dalle. La déception est à la hauteur de l'attente. Le couple atomique ne convainc pas dans une mise en scène qui manque de rythme.

Joseph Merrick est un phénomène de foire. Dans le Londres de 1884 il est Elephant Man, la pièce maîtresse du spectacle présenté par le vil Ross, coincé entre la femme à barbe et les sœurs siamoises. Quand le Professeur Treves le découvre il achète sa liberté et l'héberge dans son hôpital. John Merrick ne cessera d'être une curiosité. Atteint de malformations sur tout le corps, rendu complètement difforme, après le peuple ce sont les scientifiques et les bourgeois qui viennent le voir. Une courte vie de misère qui ne connaîtra de répit que dans le regard d'une femme, Madame Kendall, une actrice célèbre qui tombera amoureuse de lui.

Chacun se souvient du film de David Lynch. Tourné en noir et blanc il a ému plus d'une génération de cinéphiles. C'est cette histoire vraie que David Bobée met en scène, à partir d'une traduction de la pièce de Bernard Pomerance. Il confie le rôle de John Merrick à Joey Starr.

Dès la première scène on est en empathie pour ce personnage soumis à la cruauté du monde. John Merrick est montré dans toute son humanité, par opposition à tous ceux, de Ross, le propriétaire de salle de spectacle, au gardien de l'hôpital, qui profitent du handicap du pauvre homme pour tenter d'en tirer avantage. Joey Starr compose une interprétation à la fois forte et sensible, puissante et touchante.

Tout comme lors de la création de la pièce à Broadway Joey Starr n'est pas maquillé ni équipé de quelque dispositif qui rendrait son corps difforme. Il s'exprime par des sons rauques. Lorsqu'il se décide à parler c'est d'une voix qui semble déformée, comme un vibrato. Une démarche lourde, hésitante, un regard vide, hagard. Le monstre n'est pas sur scène, il est dans le regard que les autres portent sur lui. C'est que veut montrer le texte et la mise en scène de David Bobée : un message de tolérance tout en nous amenant à nous demander qui est le plus monstrueux de John Merrick ou de ses visiteurs.

Face à lui Christophe Grégoire est un Docteur Treves sensible. Il exprime toute l'ambivalence de ce scientifique partagé entre la curiosité de son art et la sincérité de l'homme touché par l'humanité de son patient qu'il tentera de protéger du mieux qu'il peut.

Autour de ces deux personnages la troupe est très inégale. La pièce traîne en longueur, mal servie par un texte faible. David Bobée a mis l'accent sur le fantastique, la psychologie, la pensée intérieure. Les scènes de jour alternent avec des fantasmagories cauchemardesques où les pensées de Merrick s'expriment dans la danse inquiétante d'une danseuse reptilienne (étonnante Xio Yi Liu). Béatrice Dalle passe complètement à côté du rôle de Madame Kendall. Là où on attendait une confrontation puissante, ses scènes avec Joey Starr sont d'une platitude déconcertante.

Il y a néanmoins quelques bonnes idées dans la mise en scène. Ainsi cette scène à la fin de la première partie ou chacun exprime l'humanité de John Merrick "Il est comme moi" tandis que l'homme humble et discret, construit une maquette de cathédrale. Mais c'est dans la belle création musicale et non pas dans le texte ni l'interprétation qu'il faut chercher la montée en puissance de la dramaturgie. Le décor blanc de l'hôpital en ajoute dans la froideur et au bout du compte l'émotion ne nous saisis pas comme on l'aurait espéré.

En bref : une rencontre explosive qui fait pchitt. Un texte et une mise en scène qui rendent pesantes les 3h de spectacle. Reste la prestation puissante et émouvante de Joey Starr.