Critiques pour l'événement Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu
26 sept. 2018
7,5/10
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Dialogue aux enfers, c'est un pamphlet de 1864 écrit par le polémiste belge Maurice Joly qui n'aime pas vraiment Napoléon troisième du nom. Sous couvert d'une discussion entre Monstequieu et Machiavel c'est l'occasion de dénoncer le "despotisme moderne" qui est une simple adaptation du régime autoritaire qui régnait à l'époque de Machiavel.

Ce qui est frappant, c' est l'écho profond dans notre monde actuel des propos tenus par Machiavel, l'auteur exprime des dérives autoritaires qui peuvent nous faire penser à des épisodes récents de notre vie politique. C'est glaçant à souhait ! Maurice Joly était il capable de voir l'avenir ? Ou simplement un fin observateur de son temps ?

Hervé Briaux qui incarne à merveille ce monstrueux Machiavel semble prendre un plaisir fou à nous exposer ses théories totalitaires. Je n'aimerai pas croiser cet homme ! Il a perdu la foi en l'homme mais sa façon de présenter les choses ne sont pas dénuées d'une certaine séduction. Quel homme paradoxal !

Pierre Santini est Monstesquieu, bienveillant et confiant dans l'humanité, Gardant son calme la majeure partie du temps face aux démonstrations et arguments fallacieux de Machiavel. Il est magnifique !

Le décor sobre et la mise en scène de Marcel Bluwal servent avec efficacité les propos des deux hommes.
25 sept. 2018
7,5/10
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Un pamphlet interdit à sa publication en 1864 mettant en scène un dialogue imaginaire entre Machiavel et Montesquieu. L'idéal démocratique contre le despotisme. Deux penseurs importants et deux acteurs monstrueusement habiles pour les interpréter : Pierre Santini et Hervé Briaux. Pour moi, tous les éléments se trouvaient réunis pour offrir au spectateur, aguerris ou non, un moment de réflexion et de joute philosophique.

J'aime énormément ce genre théâtre, je le trouve intelligent, engagé et ludique à la fois. Déjà sur le même format, la pièce Voltaire Rousseau m'avait attirée dans la salle du Poche-Montparnasse (où j'ai aussi vu le très bon Hervé Briaux dans son seul-en-scène Tertullien). Ce genre de spectacle qui mêle l'art de la scène et le débat philosophique me plaît beaucoup et la pièce est admirablement jouée. Néanmoins, je me permettrais cette fois-ci de bouder un peu le texte pour me faire l'avocat du diable.

En effet, le rapport de force entre les deux antagonistes est trop déséquilibré. Au lieu d'un débat de pair à pair, l'argument de la pièce donne surtout la parole à Machiavel. Montesquieu écoute, interroge, esquive, s'impatiente, s'indigne mais ne présente pas en profondeur ses idées. Tout aussi intéressant et glaçant que soit le projet présenté par Machiavel, le manque de contrepoids dans ce dialogue imaginaire finit par rendre la pièce bancale. C'est dommage car j'ai d'abord attendu un renversement de situation, un moment où Montesquieu prendrait la parole pour déconstruire l'argumentaire de son homologue. Mais il ne la prend pas et l'apparente vraisemblance du propos de Machiavel finit par ne plus avoir de sens tant les "si" sont légions.

N'ayant pas lu le texte original, je ne sais pas si ce déséquilibre est inhérent au texte. Néanmoins, les analyses sont fines et importantes à connaître. Cette pièce fait du bien car le théâtre a cela de pédagogue qu'il rend les arguments des livres bien vivants!
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19 sept. 2018
7/10
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Machiavel vient exposer sa conception du pouvoir à un Montesquieu sceptique.

Sa défense du despote et de ses méthodes sournoises et totalitaires résonne avec l’histoire contemporaine et même l’actualité. Les comédiens sont habiles et savent défendre le texte. On regrettera des passages confus : on comprend que les protagonistes sont spectateurs de l’histoire et que la pièce se situe au moment de Napoléon III, puis les échanges suivants donnent le sentiment de faire référence à l’actualité. Surtout il est absolument nécessaire que le Théâtre de Poche se dote de climatisation, car la chaleur étouffante empêchait par moment d’apprécier le spectacle à sa juste valeur.

C’est vrai. Maintenant je viens toujours avec une grande bouteille d’eau au théâtre car il y fait très chaud en cette saison.

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Mercredi 19 septembre 2018