Critiques pour l'événement Dépendances
28 janv. 2020
5/10
2
Très déstabilisée par des silences qui semblent durer une éternité ; un texte "assez pauvre", des joutes verbales souvent violentes.

Il manque "quelque chose" pour nous captiver totalement. Deux comédiens pleinement investis dans leur rôle ne font pas nécessairement une bonne pièce !
22 janv. 2020
5,5/10
3
L’histoire est décrite dans les critiques ci dessous. Les acteurs sont bons.

Il me manque quelque-chose pour adhérer pleinement. Les personnes qui liront cette critique auront vu la pièce et je me permets d'écrire sur les dernières minutes. Que ceux qui ont vraiment compris l'histoire me le disent. Pour ma part j'ai "imaginé" que le troisième frère Franck est soit décédé (La mère attend au cimetière) soit a disparu sans laisser d'adresse. A la date anniversaire de cette disparition les deux frères se retrouvent pour une partie de jeux de rôles (Ils aiment jouer). Et imaginent une situation dans laquelle Franck viendrait les retrouver. Mais, il n'y a pas d'évolution dans la pièce ni dans le jeu des acteurs.

Seules les 5 dernières minutes donnent à penser, certaines scènes que l'on analyse à posteriori donnent sens à la fin. Mais, ai je raison?

Un peu plus de pistes à suivre et moins de longs silences auraient été les bienvenus. Mais un bon exercice et une bonne idée.
19 janv. 2020
9/10
4
Pièce vue au Rond-Point où le décor et une partie de la mise en scène semblent différents de ce qu'il y avait au Petit Hébertot.

Là, pas de vidéo, ni d'escalier qui monte à l'étage, mais deux chaises, une table basse, un tabouret, une photo aussi, et, intelligemment, deux portes ouvertes en fond de scène avec un éclairage : ainsi, ces ouvertures font comme un rappel sur le passé, ou bien un passage vers l'avenir.
La fin explique de façon subtile (et certaine) les questions que l'on peut se poser en cours de spectacle.

Bravo aux acteurs, F. Lombrail et T. de Montalembert, ainsi qu'à C. Ghattas, auteur et metteur en scène pour ce moment qui semble quasiment "vécu" !
15 mai 2018
6,5/10
5
Vous n'avez pas besoin de savoir ce qui va suivre pour apprécier ce spectacle, intense, bâti comme un huis-clos familial où l'on pénètre comme sur un ring, mais si cela peut vous décider à franchir la grille du 78 bis boulevard des Batignolles pour aller jusqu'au bout de la cour pavée, cela vaut le coup que je vous dise que Dépendances est le résultat d'un partenariat (et on espère qu'il sera suivi d'autres) entre le Studio Hébertot et le grand Théâtre Hébertot qui a façade sur le boulevard, dont le directeur est Francis Lombrail.

Ni que j'ajoute que l'affiche réunit deux comédiens d'envergure : Francis Lombrail, qui vient de recevoir, avec l’équipe de 12 Hommes en Colère, le Globe de Cristal 2018 de la meilleure pièce de théâtre, et Thibault de Montalembert, connu notamment pour son rôle dans la série Dix pour cent, Globe de Cristal 2018 de la meilleure série télévisée.

N'y allez-y pas pour voir des célébrités mais parce que le texte et l'interprétation vont vous embarquer. Charif Ghattas a imaginé des personnages qui sont en perpétuelle tentative avortée de dire leur amour, et en perpétuel échec et repli dans des zones de contrôle de soi par le rire, le masochisme, la boulimie, l’aquoibonisme comme on peut en connaitre dans sa propre famille, surtout quand il y a un héritage à concrétiser.

Le terme est équivoque parce que la plupart du temps une succession ne se limite pas à décider ce qu'on fera de biens matériels. La situation réactive des blessures d'enfance, des jalousies jusque là contenues et réveille des secrets engloutis.

C'est assez rare pour qu'on le souligne : le metteur en scène est aussi l'auteur. Il est donc très bien placé pour avoir une vision nette de ce qu'il veut faire vivre au spectateur. Il a eu la très bonne idée de dégager l'espace scénique en l'affranchissant des coulisses. Il réussit l'exploit de nous faire croire à un triplex avec pour accessoires une table et quelques chaises ... , et un (vrai) escalier menant aux étages.

La bande son est elle aussi condensée sur l'essentiel : un grondement qui peut être celui d'une déferlante marine. Celle qui ouvre le spectacle et qui, de mon point de vue, est un indice important sur ce qui va suivre. Elle reviendra plus tard, comme un rêve inversé.

L'ombre d'Henri (Thibault de Montalembert) précède l'homme. Les deux frères ne se disent pas bonjour. Leur allure parle pour eux, la posture, les vêtements, surtout les chaussures. On a compris qu'ils n'ont pas le même caractère et que l'affrontement sera inévitable, qu'il sera même salutaire peut-être.

Ce serait des animaux on dirait qu'ils se reniflent. Les regards d'évitement fendent l'atmosphère comme des flèches. Chaque réponse devient une question, prenant aussitôt un autre sens. T'es chiant quand tu t'y mets se plaint le premier ... et le second (Francis Lombrail) s'y met vraiment. La violence n'est pas toujours contenue. Quand elle se matérialise sur le plateau le spectateur croit à une erreur, mais non, ce sera comme ça tous les soirs. Les comédiens sont bons, on n'en doutait pas, mais avec une bonne "direction d'acteurs" ils sont excellents.

C'est le genre de spectacle qu'on ne peut pas raconter davantage, au risque de dévoiler ce qui participe à maintenir le spectateur en haleine. On est entièrement absorbé par ce qui se joue sous nos yeux. C'est ce qu'on aime dans ce théâtre qui a quelque chose de ce que des auteurs comme Nathalie Sarraute ou Samuel Beckett nous ont fait partager.
2 mai 2018
5,5/10
7
Charif Ghattas a écrit une histoire que l’on pourrait définir comme une pièce d’atmosphère.

Deux frères interprétés Francis Lombrail (Tobias) et Thibault de Montalembert (Henri) attendent quelqu’un qui n’arrive pas. Le temps passe très lentement avec une économie de mots où le silence est pesant de discours. Ces deux hommes peu expansifs échangent sur leur passé et sur un investissement rentable futur possible. L’entente n’est pas au beau fixe et semble ne l’avoir jamais été. De plus, les positions différentes créent des tensions.

Puis les questions qui fâchent sont lâchés où souvent juste des regards font office de réponses. Mais doucement, ils vont d’ouvrir l’un à l’autre. On comprend pourquoi il se retrouve dans cet espace avec juste une table et quelques chaises. Cette maison est celle de leur mère. Les derniers locataires sont partis. Il faut prendre une décision, est-ce qu’ils la gardent ou est-ce qu’ils la vendent ? Comme c’est une décision collégiale, Carl doit être présent. Ce troisième frère pourtant n’arrive pas. La surprise de la raison à cette absence semble assez évidente. La réponse se trouve dans la vidéo projetée en début et fin de spectacle. Mais cette évidence doit prendre forme pour cette famille qui doit face à un déchirement.

Le climat pesant convainc moyennement de ce drame familial. L’émotion dramaturgique se veut présente et intense. Mais elle effleure légèrement le cœur de la tragédie. Car lorsque la chute nous est montrée, la surprise est moins étonnante et parait logique.
9,5/10
40
... En conclusion : Un spectacle admirable dont nous sortons groggy par le texte troublant et prenant, profondément touchés par le jeu des comédiens. Incontournable temps de théâtre.
23 avr. 2018
6/10
16
Dépendances, c’est une sorte d’O.T.N.I., c’est-à-dire d’objet théâtral non-identifié. Au premier abord, tout laisse penser qu’il s’agit d’une pièce classique. Au premier abord. Et puis, rapidement, le spectateur se retrouve plongé dans un huis-clos presque indéfinissable. Une ambiance moite et oppressante, où règne le silence, au sens propre comme au sens figuré.

Au cœur d’un appartement vide, deux frères, Henri et Tobias, se retrouvent et reprennent une discussion interrompue il y a vingt ans, lorsque chacun a suivi son chemin. Une vie construite loin de l’autre. La question qui les réunit, en l’espèce « que faire de cet appartement ? », devient alors un prétexte permettant de justifier la réelle raison de leur présence : achever leur conversation. Un règlement de comptes qui s’entamera dès que Karl, le dernier de la fratrie, sera arrivé. Pour l’instant, il se fait attendre. Une absence qui n’empêche cependant pas Henri et Tobias d’engager la joute verbale.

Sur scène Thibault de Montalembert et Francis Lombrail livrent une interprétation impressionnante. Un sacré duo de comédiens ! Par leur talent, ils parviennent même à faire de ce frère désincarné un véritable troisième personnage.

Pourtant, quelque chose dérange. « Dépendances » est un peu comme ce citron pressé bu à la terrasse d’un café et qui vous laisse un arrière-goût amère en bouche. On en ressort avec un sentiment de malaise, dont on ne sait que penser et qui laisse tellement d’interrogations irrésolues en tête.

Pour ma part, je ne suis pas parvenu à assembler tous les morceaux de ce puzzle familial pour voir apparaître une histoire cohérente. Je n’en sors ni déçu, ni énervé, juste troublé, comme si j’avais manqué un élément. Est-ce une mauvaise pièce pour autant ? Non. Juste une pièce complexe.
23 avr. 2018
8/10
7
Deux frères, Tobias l'ainé et Henri se retrouvent dans l'appartement où ils ont grandi. Ils sont différents comme le jour et la nuit, ils semblent ne pas pouvoir communiquer entre eux facilement et il y a une tension palpable qui s'installe comme dans tout bon huis clos. Ils attendent Carl le troisième membre de la fratie mais on sait dès le début que Carl ne viendra pas puisqu'il y a que deux comédiens dans la distribution de la pièce.

L'attente interminable et la montée de stress vont faire surgir des souvenirs de l'enfance, remonter des épisodes difficiles et faire sortir des vérités inavouables.

L'auteur et metteur en scène, Charif Ghattas, laisse des flous et des incohérences dans cette histoire que le spectateur rempli selon son propre prisme et sa compréhension du tourbillon émotionnel qui se déroule sur scène. A la fin, chacun ressort avec une interprétation différente, on confronte son point de vue aux autres, ça peut paraitre frustant mais c'est drole de voir qu'on n 'a pas tous réagi aux mêmes détails.

Ce qui est sur, c'est que l'interprétation des frères par Francis Lombrail et Thibault De Montalambert est remarquable, servie en prime par une mise en scène sobre. Il y a des silences et des regards qui font plus pour l'ambiance oppressante qu'une longue tirade.

Que s'est il vraiment passé dans cette histoire familiale ? je ne suis pas sure de vouloir le savoir vraiment, j'aime avoir ma version de l'histoire qui diffèrera sans doute de la votre.
22 avr. 2018
8,5/10
11
Dès le départ, on sait qu’il y a un problème avec le troisième frère que les personnages interprétés par Thibault de Montalembert et Francis Lombrail attendent et qu’il y a de grandes chances qu’il n’apparaisse pas, vu qu’il y a seulement deux acteurs inscrits au programme (on m’appelle aussi le Père Spicace… désolé…) Et j’ai envie de dire : « On se fiche un peu de savoir pourquoi il ne viendra pas ». Comme dit l’autre, ce n’est pas la destination qui importe mais le chemin. Car le plus captivant ici est de voir ce que cette absence va provoquer chez les deux frères, car on ne peut que se reconnaître en cette fratrie, obligée de se revoir malgré les chemins différents empruntés et surtout de tenter de se parler.

Et en cela, la qualité de l’écriture et la performance des deux acteurs sont les bons points de ce huis-clos. La mise en scène n’est pas tape à l’oeil, laisse les acteurs évoluer, les silences exister et les mots avoir leur propre rythme.

Parfois on est agréablement surpris par une pièce, et c’est le cas pour celle-ci, qui, avouons-le, ne faisait absolument pas partie de mes incontournables du printemps.